‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 14 sur 89 · Opusc, Dt' principiis raturce · texte numérisé non relu

Opusc, Dt' principiis raturce

celle de recev^oir toutes les formes dont l'art peut le revêtir. La puissance réelle est donc active ou passive. La puissance active est la capacité de faire ou produire un acte ; par exemple, l'intelligence, qui est la faculté ou la puissance de connaître la vérité. L'acte qui répond à cette puissance, est l'action ou l'opération, et nous avons déjà fait observer que les noms de puissance et d'acte ont d'abord été donnés à l'opération et à la faculté qui la produit. L'opération est Vacte second ; elle procède de la puissance et la complète. Autre chose est l'intelligence, puissance de connaître le vrai, autre chose cette même faculté faisant l'acte qu'elle est essentiellement destinée à produire, et Descartes s'est trompé en enseignant que la faculté et l'acte sont une seule et môme chose.

La puissance jon^s^/t'e est, dans un être actuel, la faculté de recevoir une détermination quelconque ou complément qui place cette chose dans une classe spéciale d'êtres. L'acte qui répond à cette puissance n'est pas l'opération, mais la réalité substantielle ou accidentelle qui actue ce sujet indéterminé et le constitue ce qu'il est, v. g. corps vivant, ou corps rouge. C'est Vacte formel qui, en s'unissant à la puissance réelle, la spécifie, la complète et en fait un composé substantiel ou accidentel. La matière dont notre corps est formé n'a pas ex

se l'ôtre, la perfection de corps humain, mais seulement la puissance de recevoir cet être, ce complément essentiel qui en fait un corps humain. L'acte formel de cette puissance est l'âme rationnelle, principe substantiel qui, en s'unissant à la matière, constitue cette substance composée essentiellement une, unaîn per se, qui est l'homme ou le composé humain. Ce même corps humain, une fois constitué in esse corporis humani, est apte à recevoir diverses déterminations accidentelles, V. g. la blancheur, la beauté, etc., comme le marbre est susceptible de prendre, sous le ciseau de l'artiste^ une forme, une détermination quelconque qui en fera une statue ou une colonne. L'acte qui actue et complète cette puissance passive est toute forme accidentelle, toute qualité qui modifie son sujet sans en changer la nature; la blancheur, par exemple, qui ne fait pas qu'un corps est de telle ou telle espèce, mais qui le place dans la catégorie des corps blancs.

Gomme on le voit, les termes de puissance et d'acte sont des termes corrélatifs, et les réalités qu'ils désignent s'appellent l'une l'autre, car Tindéterminé et le perfectible appelle ce qui le détermine et le complète. A la puissance logique répond l'acte d'existence ou l'existence, esse. A la puissance active, qu'on définit ordinairement et très bien : prin-

cipe immédiat d'opération, répond Tacte opératif ou Faction. A la ^^uissance passive répond Tacte formel, essentiel ou accidentel^ qui constitue la réalité potentielle dans une espèce déterminée d'êtres, corps humain, corps blanc. L'acte formel essentiel, ou la forme substantielle, est 'dp\)e]é acte pj'€?7iier, parce qu'il n'en suppose pas d'autre qui lui soit antérieur, et que l'opération en procède par le moyen de la puissance active : « Gomme rien ne souffre, dit saint Thomas, qu'en raison de la puissance passive, de même rien n'agit qu'en raison de Vacte premier, ou la forme substantielle qui constitue l'être dans sa nature spécifique : Sicut iiihil patiiur nisi ratione potentiœ passivœ, ita nlhil agit nhi ratione actiis primiqui est forma \ »

De ce que nous venons de dire, on peut conclure qu'un être est en puissance, inpotentia, par rapport à tout ce qu'il peut être, avoir ou faire, et que ce même être est en acte, in actii, par rapport à tout ce qu'il est, possède ou fait réellement.

Ajoutons encore que l'acte premier est subsistant ou non subsistant. L'acte subsistant est celui qui peut exister seul et sans sujet; tels sont l'ange et l'âme humaine. L'acte est non subsistant s'il ne peut exister séparément d'une matière ou d\m sujet. L'âme de l'animal, celle

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