Quœsi, disp., De Poteniia, q. I, a
— Sade la plante et la forme substantielle du minéral sont des actes non subsistants. Ils donnent à la matière qu'ils informent l'être premier, spécifique et substantiel, ils en font un composé substantiel d'ure nature déterminée, mais ils ne peuvent exister sans le sujet qu'ils actuent, ils ne sont pas des formes spirituelles.
III. Relations de la puissance et de l'acte. — Il n'est pas nécessaire, pour le but que nous nous proposons, d'énumérer toutes ces relations. Qu'il nous suffise d'indiquer les principales.
a) Un être n'est parfait qii autant quil est en acte ; il est d' autant moins par fait qit il est plus en puissance.
Ce principe est clair par lui-même et n'a pas besoin de démonstration. Puisque l'acte est perfection et la puissance, imperfection, il est évident qu'une chose n'est parfaite qu'autant qu'elle est en acte, qu'elle a plus d'acte. Par la même raison, la mesure de sa potentialité sera la mesure de son imperfection. Il est facile de s'en rendre compte en mettant en regard la puissance et l'acte dans l'ordre de leur opposition respective.
b) Lacté absolument pur est parfait, par conséquent cest Dieu lui-même.
Principe encore évident, pourvu qu'on entende les termes. Qui dit acte pur, dit acte sans aucun mélange de puissance, en d'autres
termes, perfection sans imperfection. L'acte impur, au contraire, est un mélange d'acte et de puissance, c'est-.à-dire de perfection et d'imperfection. C'est l'acte d'une puissance, comme l'âme est l'acte du corps ; ou bien il est ordonné à un acte ultérieur, comme toute nature créée est ordonnée à l'acte d'existence qui la complète et l'actue dans l'ordre réel. Par conséquent, toute créature se compose de puissance et d'acte ; car toute créature est un mélange d'être et de non être, de perfection et d'imperfection, de principe déterminable et de principe déterminant.
c) Un être n'agit qii autant qu'il est en acte ; il souffre et reçoit l'action d'un autre être en tant quil est en puissance.
En effet, l'action suppose l'être et le principe de Faction. Si donc on prend la puissance et l'acte d'existence, l'axiome signifie qu'un être ne peut agir qu'autant qu'il existe; ce qui est évident. Si l'on oppose la puissance réelle passive à l'acte formel qui constitue un composé dans telle espèce d'êtres, homme ou animal, il est clair qu'un être ne peut agir et produire des opérations d'une espèce déterminée qu'autant qu'il possède la nature qui seule peut être | la source de ces opérations. Impossible à un être qui n'est pas vivant de faire des opérations vitales. L'effet suppose la cause. Enfin, si par puissance et acte on entend la faculté
active et l'opération, il n'est pas moins évident qu'un être ne peut faire telle ou telle opération s'il ne possède pas la faculté qui est le principe immédiat de cette opération. Par exemple, pour comprendre et vouloir, il faut être doué d'intelligence et de volonté. C'est encore l'application du principe de causalité. D'autre part, qu'est-ce ({uejjatir sinon recevoir ce à quoi on est en puissance, ce qu'on n'a pas mais qu'on peut acquérir * ?
d) Tout être miiable est co7nposé d'acte et de puissance.
De vrai, pour un être, changer c'est devenir ce qu'il n'était pas^ acquérir ce qu'il n'avait pas, ou cesser d'être et d'avoir ce qu'il était et avait. Mais ce qui est, ce qui est possédé et perfectionne est acte; ce qui reçoit est puissance ou en puissance de recevoir, et changer n'est pas autre chose que passer de la puissance à l'acte ou de l'acte à la puissance, du non être à l'être, ou de l'être au non être. Tout être qui change, et c'est toute créature, est donc composé de puissance et d'acte ; tandis que l'être qui ne peut changer,, l'être absolument immuable est acte pur son mélange de puissance. C'est Dieu lui-même, l'être souverainement parfait.
e) Dans l'être qui change, la puissance précède r acte d'une priorité de temps; cependant ^
\. la q. LXXIX. a, 5, ad 3.
en sol et dune manière absolue, l'acte est antérieur à la puissance.
Encore une fois, changer c'est passer d'un état à un autre, de la puissance d'être telle chose ou d'avoir tel mode d'être au fait d'être cette chose ou de posséder ce mode d'être; V. g. de la possibilité à l'existence réelle, de l'ignorance de la philosophie à la connaissance de cette science. Donc, évidemment, l'être qui passe ainsi de la privation d'une réalité quelconque, d'une manière d'être à la possession actuelle de ce mode d'exister en est d'abord privé et change en l'acquérant. Mais, en soi et absolument, l'acte est avant la puissance, sinon toujours d'une priorité de temps, du moins d'une priorité de nature, parce que l'être est avant le non être, la cause avant l'effet, sans quoi elle ne pourrait pas le produire, faire passer la puissance à l'acte et lui donner le degré de perfection qu'elle lui communique : « Bien que ce qui est tantôt en puissance et tantôt en acte soit, quant au temps, en puissance avant d'être en acte, cependant on peut dire simplement que l'acte est antérieur à la puissance, parce que la puissance n'arrive pas d'elle-même à l'acte, mais il est nécessaire qu'elle y soit déterminée par un être qui soit lui-même en acte. Tout ce qui est de quelque manière en puissance a donc quelque chose qui lui est antérieur. Or^ Dieu est le premier
être et la première ca'isc ; il n'y a donc rien en lui qui soit en puissance : Quamvis id quod quandoque est in potentia, quandoque in actu^ priiis sit tempore in potentia quam in actn ; tamen sinipliciter actus est prior potentia, quia potentia non educit se in actuniy sed oportet quod educatuv in actuni per aliquid quod sit inactu. Onine igitur quod est aliqno modo in potentia, habet aliquid prius se ^ . » Le saint Docteur en conclut que Dieu, par là même qu'il est l'être premier et la première cause, ne peut rien avoir de potentiel, mais qu'il est tout en acte, acie pur : « Beus auteni est ens priniuni et prima causa; non igitur habet in se aliquid potentiœ admixtum ^. »
f) La puissance en tant que puissance ne peut seule et par elle-même passer à lacté, mais il faut nécessairement qu'elle y soit amenée par tin principe en acte.
En effet, la puissance, en tant que puissance, n'a pas l'acte ou le degré de perfection qu'elle est susceptible de recevoir. L'être possible n'a pas l'existence ; l'être réel mais indéterminé, la puissance subjective n'a pas ex se la forme qui doit la spécifier et la placer dans telle ou telle classe de réalités ; la puissance active, V. g. la raison est indifférente à toute espèce d'actes dans l'ordre de la connaissance et n'en