Contra Gentiles^ lib. I, c. xvi, n° 2. 2.1bid
fait aucun par oUe-meme et sans y être déterminée. Or, si ces dilFérentes espèces de puissances passaient d'elles-mêmes à l'acte auquel elles sont ordonnées, elles se donneraient ce qu'elles n'ont pas ; ce qui est manifestement impossible. Donc, pour que la puissance puisse passer à l'acte, et ainsi être perfectionnée et actuée, force est d'admettre un principe réel qui possède en quelque manière l'acte ou le degré d'être qu'il communique à la puissance en produisant le changement, c'est-à-dire en faisant passer la puissance à l'acte. Le rien ne peut rien produire ; c'est toujours l'application du principe de causalité *.
g) La puissance et l'acte auquel elle est essentiellement ordonnée appartiennent au même genre suprême.
Les genres suprêmes sont la substance et l'accident. Le principe énoncé signifie donc que si la puissance est substantielle, l'acte doit être substantiel ; si au contraire la puissance est accidentelle, l'acte le sera aussi , et réciproquement.
Ne parlons pas de la puissance objective et de l'acte d'existence ; car évidemment un être à l'état de possibilité et ce môme être réalisé et devenu existant ne sont pas deux êtres d'espèce diilerente. Mais le principe que nous venons de formuler concerne surtout la puis-
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sanco réelle, soit active soit passive, et il signifie que la faculté et Tacte qu'elle produit, la matière et l'acte qui Tinforme et la constitue dans une espèce déterminée d'êtres sont du môme genre suprême. Il faut bien qu'il en soit ainsi, et il suffît pour s'en convaincre de bien considérer le résultat de l'union de la puissance et de l'acte et le rôle respectif de ces deux principes. En effet, la puissance réelle et l'acte qui la spécifie et l'actue forment un composé essentiellement un, une seule essence complète. Or, en s'unissant pour constituer ce composé, les éléments qui en sont les parties essentielles, c'est-à-dire la puissance et l'acte, ne peuvent pas changer de nature, en ce sens que ce qui est substance devienne accident, et que ce qui est accident soit converti en substance. Manifestement, un pareil changement est impossible. D'autre part, une substance et un accident unis ne peuvent former qu'un composé un^^^y accidens, et non point une seule et même essence; car l'accident s'ajoute à son sujet et le suppose déjà existant et par conséquent constitué dans sa propre nature et dans son individualité. Donc, l'acte qui spécifie une puissance substantielle et forme avec elle un composé un per se, une seule essence complète, ne peut être que substantiel, c'està-dire doit être un principe appartenant à la catégorie de la substance. De môme, l'acte
et la faculté qui le produit sont tous les deux de môme genre, et comme dans la créature les actes sont des accidents, il s'ensuit que les facultés sont aussi des accidents, u 11 est impossible de soutenir, dit saint Thomas, que Fessence de l'âme soit ses puissances, bien que quelques auteurs l'aient enseigné : hnpossibile est dicere, qiiod essentiel animœ sit ejiis j^otentia, licet hoc quidam posuerint ^. »