‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 17 sur 89 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du composé substantiel.

I. Autre division générale de l'être. — 11. La substance et l'accident. — 111. Substance complète et substance incomplète. — lY. Substance simple et substance composée. — V. Union substantielle et union accidentelle. — VI, Le continu.

I. Autre divlsion générale de l'être. — L'être premier et infiniment parfait, avons-nous dit, n'est pas composé de puissance et d'acte. En lui, la substance, les facultés et l'opération, l'essence, l'existence et tous les autres attributs sont une seule et même chose. Il est acte pur, excluant toute composition, parce qu'il est la perfection même. La division générale de l'être en puissance et en acte ne convient donc qu'à l'être fini, à la créature. L'être produit est imparfait et n'a pas, par lui-même et en vertu de sa nature, l'existence qu'il possède ou peut posséder, mais il la reçoit d'un être distinct de lui, d'une cause efficiente. La créature est par conséquent composée sous plusieurs rapports, et tout d'abord de puissance et d'acte. Par là même qu'en Dieu il n'y a pas

de distinction entre l'essence et Texistence, l'être n'est pas reçu dans l'essence comme dans un sujet. Dans la créature, au contraire, l'essence est à l'existence comme le sujet à ce qui le détermine et le complète, comme la puissance à l'acte.

L'être créé a l'existence parce qu'ill'a reçue; mais il peut l'avoir de deux manières : en lui même ou dans un autre être qui lui sert de sujet et comme de support. De là, une nouvelle division de tous les êtres en substances et en accidents, division qui suit immédiatement la division en puissance et en acte, et qu'il est absolument nécessaire de rappeler ici pour l'intelligence de la question que nous voulons étudier. Gomme il y a neuf classes d'accidents, de là les dix modes d'être qu'on appelle les dix catégories. La division de l'être en puissance et en acte est plus générale que celle qui le partage en substance et en accident, parce que la composition de puissance et d'acte se retrouve dans chacun de ces dix genres suprêmes, et que l'être ne pourrait se diviser ainsi s'il n'était composé de puissance et d'acte. L'être nécessaire ne peut posséder l'existence de diverses manières ; il est l'être improduit et essentiellement un ; son seul mode possible d'être, c'est d'être la perfection sans limites et sans aucun mélange d'imperfection; tandis que la créature reçoit Têtre à des degrés divers et

en des manières différentes. Mais ici nous ne voulons considérer que les deux genres suprêmes, les deux manières générales dont les choses créées possèdent l'être : en soi et sans besoin d'un sujet, ou en adhérant à un sujet qui sert de support et de fondement : in se aut in alio tanquam in siibjecto.

IL La substance et l^accident. — Tous les êtres qui existent et peuvent exister se partagent donc en deux grandes catégories : les substances et les accidents. Entre ces deux classes de réalités, il n'y a pas de milieu : tout ce qui n'est pas substance est accident ou se rapporte à la catégorie de l'accident, et réciproquement. La substance substave est l'être qui subsiste en lui-même et n'a pas besoin, pour exister, d'être supporté par un autre être : ens per se stans seu non egens subjecto oui inhœreat ad existendimi. L'homme, l'animal, la pierre, sont des substances. Deux choses constituent la notion de substance : une réalité et le mode dont cette réalité existe ; mode qui consiste en ce que cette réalité existe en ellemême et n'a pas besoin pour exister d'un sujet qui la supporte et la soutienne*. La substance est donc une réalité assez forte et assez vigoureuse pour subsister en elle-même, indépendam-

\, Cft\ Y 3i\\et, Prœlectionesphilosophicœ Ontol. 3^ p. c. Il, a. L

ment de tout support. Ce n'est pas que IVHre substantiel existe par lui-même, en ce sens qu'il n'ait pas été produit. La substance peut avoir une cause efficiente, comme elle peut n'en point avoir : la substance divine est nécessaire et n'a pas été produite, tandis que toute substance finie doit l'existence à une cause efficiente. Ce qui est donc essentiel à la substance, c'est qu'elle n'a pas besoin de sujet qui la supporte pour exister.

L'accident est aussi une réalité, ou quelque chose de positif; mais ce quelque chose ne peut exister en lui-même, parce que cette réalité est faible et débile ; il lui faut absolument un sujet ou une puissance qui la maintienne dans l'existence. La pensée, la couleur, l'étendue sont certainement des réalités ; mais ces réalités ne sauraient subsister par elles-mêmes : la pensée ne subsiste que par l'intelligence qui l'a produite, la couleur et l'étendue, par la surface affectée de ces accidents. Ce qui distingue donc l'accident de la substance, ce n'est pas d'être ou de n'être pas une réalité, ou quelque chose, car l'accident est un être ; c'est la nature de cet être, ou si l'on veut, son imperfection, sa faiblesse qui le rend incapable de subsister en lui-même, indépendamment d'un sujet ou d'une puissance qui ait assez de vigueur pour le supporter. Il est absolument certain qu'il y a des accidents

réellement distincts et même surnaturellement séparables de leur snjet ou de la substaace. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans plus de détails sur ce point ; ce que nous venons de dire suffit pour l'intelligence du sujet qui nous occupe.

III. Substance complète et substance incomplète. — La substance se divise en plusieurs espèces. De ces difT^'entes divisions, la plus importante à connaître est celle par laquelle on distingue la substance en complète et incomplète. Un être est complet lorsqu'il a en lui-môme tout ce que demande la perfection de sa nature et Texercice de l'activité qui lui est propre. Ainsi, un homme sans le corps, ou sans le sens de la vue ou toute autre faculté, ne serait pas un homme parfait. Or, il est dans la nature de la substance de subsister par ellemême et d'exister en elle-même. Donc, si cette subsistance convient à une réalité indépendamment de tout autre principe, c'est-àdire si cette réalité peut exister sans être unie à une autre substance, elle sera une substance proprement dite, elle sera parfaite en tant que substance, parce qu'elle vérifiera complètement la définition de la substance, ens per se stans, l'être existant par lui-même, soit en luimême, ou, comme dit saint Thomas : « ?'es ciijiis quidditati dehetur esse non in aliquo : l'être à l'essence duquel il est dû de ne pas

exister dans un autre être * » comme dans un sujet qui la supporte et la fasse exister. Tels sont l'ange et l'âme liumaine. Non seulement l'Ange et l'âme de l'homme n'existent pas in alio tanquam in subjecto^ puisqu'ils ne sont pas des accidents, mais ils existent sans être cuni alio, ou, du moins, si l'âme existe avec le corps, elle n'en dépend pas intrinsèquement et peut exister sans lui.

Que si, de plus, cette substance peut faire par elle-même et sans le concours d'aucun autre principe substantiel toutes les opérations qui lui sont naturelles, elle est complète comme nature ou espèce, compléta in ratione speciei '^\ elle est une nature entière, complète, et non point seulement la partie d'une nature. La substance angélique est complète comme nature. L'âme humaine est capable, sans le corps, de comprendre et de vouloir, car le corps ne concourt pas à ces opérations comme co-principe. En d'autres termes, l'intelligence et la volonté sont des facultés inorganiques et spirituelles, et non point liées à des organes comme les sens. L'âme seule est le principe et le sujet de ces facultés, et elle ne les exerce point par l'intermédiaire du corps, comme le prouve la nature des objets et le mode d'agir de ces facultés. Ce qui veut dire

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