Descartes admet la divisibililé de Tatome
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improduits, éternels, et ils ont formé les différentes substances matérielles en se rencontrant et en se groupant par l'effet du hasard ; erreurs rejetées par les atomistes modernes. 6'' La variété des corps, leurs transformations et leurs propriétés ne sont ni essentielles ni môme réelles ; elles ne proviennent que de la différence de nombre, de figure, de grandeur, de position et surtout de mouvement des atomes qui sont spécifiquement identiques ; ces différences et ces propriétés ne sont pas autre chose que les effets produits sur nos sens par une seule et même substance selon que les atomes de cette substance sont groupés de telle ou telle manière et agités de tel mouvement plutôt que de tel autre ^ . 7^ Les intervalles supposés entre les atomes de la matière pondérable ne sont pas entièrement vides ; mais ils sont remplis par une matière extrêmement déliée et impondérable, appelée élher. Cette matière impondérable est comme une immense atmosphère, dans laquelle sont plongés tous les corps et qui les pénètre dans leurs profondeurs les plus intimes. 8^ Tous les phénomènes de gravitation et d'attraction universelle, d'affinité chimique, de cohésion, de lumière, de chaleur, d'électricité, de magnétisme, en un mot tous les phénomènes de la nature sont dus aux vibrations des atomes de la matière pondéra- 1 Descartes n'admettait pas le vide entre les atomes.
ble et de la matière impondérable. Donc point de diversité essentielle entre les corps ; pas de propriétés qui leur soient inhérentes et propres à chaque espèce. Identité des atomes, force de résistance, mouvement passif imprimé par Dieu, c'est tout TAtomisme mécanique.
L'Atomisme chimique ne diffère pas substantiellement de l'Atomisme mécanique, car il suppose aussi que la nature des corps est formée d'atomes séparés les uns des autres et diversement groupés. Ce qui distingue ces deux formes de l'Atomisme, c'est que les partisans de l'Atomisme chimique admettent des ditYérences essentielles entre les atomes. Les atomes de môme nature réunis par la force de cohésion forment les molécules intégrantes ou homogènes dont les divers assemblages composent les corps simples. Les molécules constitutives ou hétérogènes, c'est-à-dire provenant du groupement d'atomes de dilTérentes espèces, constituent les corps mixtes ou composés. Dans les corps simples, il n'y a que des molécules intégrantes, tandis que dans les corps mixtes on trouve en même temps les deux espèces de molécules, et la diversité des substances matérielles résulte de la nature différente des atomes qui les composent. En formant les corps mixtes, les corps simples ne changent pas substantiellement ; ils gardent leur propre nature spécifique. Il est vrai que le corps composé n'a pas
les propriétés des composants, qu'il en a même d'entièrement opposées. Mais cette différence ne vient pas de la production d'un nouveau principe spécifique ; les éléments^ en s'unissant, sont restés ce qu'ils étaient; ils ont seulement combiné leurs mouvements, et les propriétés du nouveau corps, que le commun des mortels a la naïveté de croire l'éellcs, ne sont que la résultante des vibrations des atomes. Tel est en substance l'Alomisme chimique, qui compte aujourd'hui beaucoup de partisans parmi les physiciens et les chimistes et quelques-uns môme parmi les philosophes, v. g. le P. Tongiorgi, S. J.
Outre des réalités étendues de nature différente, TAtomisme dynamique admet des forces ou propriétés inhérentes à ces réalités et distinctes du mouvement. Ces forces se manifestent surtout par la résistance. Cette forme de l'Atomisme, enseignée d'abord par Newton, a été reprise de nos jours par Henri Martin ^ . L'Atomisme dynamique se rapproche beaucoup du système de la Ma-tière et de la Forme.
III. Examen de l'Atomisme. — Voilà, en quelques mots, une notion exacte et suffisante, croyons-nous, de TAtomisme et de ses différentes espèces. Mais que faut-il penser de ce système ? Est-il le dernier mot de la science
1. Philosophie spiritualiste de la nature. T. 1", 2' p., c. I, 10, 14.
sur la consUtulion substantielle des corps? — Non certainement. Même dégage des erreurs grossières de ses premiers fauteurs, TiVlomisme n'est pas soutenable comme explication philosophique delà nature des substances matérielles. On ne peut le défendre ni comme thèse ni comme hypothèse. Une thèse est une doctrine vraie, démontrée^ par conséquent incontestable : la vérité de l'Atomisme n'est point démontrée. Une hypothèse est une proposition probable, qui peut être fausse, mais aussi qui peut être vraie : TAtomisme, comme théorie philosophique, est certainement faux. Venons aux preuves.
Gomme nous l'avons dit, l'Atomisme a été professé dans l'antiquité par Leucippe, Démocrite, Epicure et Lucrèce, pour ne nom» mer que les principaux tenants de cette doctrine. Victorieusement combattu par les Pères de TEglise, entre autres par saint Justin, saint Clément de Rome, saint Augustin, saint Irénée, saint Denys d'Alexandrie, il gisait dans un oubli mérité lorsque, il y a bientôt trois siècles, il fut ressuscité en France par Gassendi et Descartes. Ce dernier l'expose longuement dans son livre Deprincipiisphiiosophici%SiCCumulant hypothè^s sur hypothèses, qu'il donne d'abord comme douteuses et môme fcmsses^ et auxquelles il finit par croire lui-même. Malebranche et Newton embrassèrent aussi
rAtomisme. Nous pensons que c'est peu comme autorités philosophiques, surtout si on les compare aux défenseurs de la théorie de la Matière et de la Forme. On dira peut-être que si l'Atomisme n'a pas le suffrage des métaphysiciens proprement dits, il a celui des physiciens et des chimistes, et que cela suffit. Nous répondons que des physiciens et des chimistes de grand renom n'admettent point ce système comme dernière explication de la nature des corps. De plus, les physiciens et les chimistes ne sont pas des juges compétents en cette matière entièrement philosophique. Dans la science, l'autorité des savants n'a d'autre valeur que celle des raisons sur lesquelles ils s'appuient. (( Le raisonnement, dit saint Thomas, qui est fondé que sur le témoignage des hommes a peu de valeur : Locus ah auctoritate quœ fundatur super revelatione hiimana ( seu declaratione et testimonio hominuni) est infirmissimus^ » Que les savants dont nous parlons étudient les phénomènes de la nature ; qu'ils remontent aux lois qui régissent ces phénomènes; qu'ils déterminent les corps simples qui entrent dans les combinaisons chimiques et en quelles proportions se font ces combinaisons, ils sont dans leur rôle, et la philosophie admet d'avance tout ce qu'ils prouveront. Mais s'ils prétendent donner comme premiers 1. 1» q. 1, a. 8. ad. 2.
principes constitutifs d(3 l'essence des corps, les éléments auxquels ils s'arrêtent nécessairement dans leurs recherches, c'est-à-dire des corps, ils dépassent les limites de leur champ d'études, et loin de résoudre la question qui nous occupe, ils ne l'abordent pas même.
Nous avons dit plus haut qu'on ne doit pas bâtir des théories a priori^ mais partir de l'expérience et remonter aux dernières raisons des choses par voie de raisonnement. Toute science véritable est à cette condition, toutes les fois, bien entendu , que l'expérience est possible. Hé bien, l'Atomisme est-il fondé sur les données de l'expérience? Ceux qui le soutiennent, et dont la plupart ne cessent de reprocher aux grands Docteurs du moyen âge d'avoir fait bon marché de l'observation des faits, s'appuientils sur l'expérience? Mais qui donc a jamais vu les atomes ? Qui a constaté les interstices qui les séparent? Qui a remarqué les mouvements si divers, mouvements rectilignes, circulaires qui les agitent, et qui ont la vertu vraiment merveilleuse de produire tant de phénomènes dans la nature ? Qui pourrait dire que la matière est substantiellement la même dans tous les corps? L'expérience prouve-t-elle que les corps simples demeurent intacts dans les composés chimiques? Enfin, quel est le point de doctrine propre à ce système vraiment basé sur l'expérience? « Combien il eût
été plus raisonnable, disait Lactance aux Atomistes de l'antiquité, de garder le silence que de faire de votre langue un usage aussi misérable et aussi inutile : Quanto melhis fuerat tacere, quam in usks tam rniserabiles, tam inanes, habere linguam * ? »
L'Atomisme n'est pas plus conforme à la raison. L'eisence des corps, d'après ce système, consiste dans une réalité étendue ; ou dans l'étendue, selon Descartes qui confond ainsi le corps mathématique, c'est-à-dire les dimensions des corps considérés d'une manière abstraite, avec le corps physique et réel, tel qu'il existe dans la nature. Or, l'étendue n'est pas de Tessence des corps, elle n'en est qu'une propriété naturelle, propriété que Dieu, par sa toute-puissance, peut séparer du corps physique. (( Outre l'étendue, disait avec raison Leibnitz^ il faut voir un sujet qui soit étendu, c'est-à-dire une substance à laquelle il appartienne d'être répétée ou continuée ; car l'étendue ne signifie qu'une répétition ou continuité de ce qui est répandu, une pluralité, continuité et coexistence de parties, et par conséquent elle ne sutïît point pour expliquer la nature même de la substance répandue ou répétée, dont la notion est antérieure à celle de la répétition 2. » L'essence n'a point de dimensions ; elle est une et indivisible, tout entière dans tout le