CHAPITRE VIL
Du Dynamisme
I. Notion du Dynamisme. — IT. Critique de ce système : il nie la divisibilité de la matière à Tindéfini ; — détruit la réalité de l'étendue et l'unité du corps naturel; — suppose l'action à distance ; — n'explique pas la diversité spécifique des corps et leurs transformations substantielles ; — enfin conduit à des conséquences funestes.
1. Notion du Dynamisme. — « Lo Dynamisme est tout le contraire de l'Atomisme. Il assigne au corps, pour premiers éléments, des monades ou êtres sini]:)les, c'est-à-dire des substances inétendues et actives, qu'on a regardées comme des forces subsistantes par elles-mêmes. Ce système est suivi par le plus grand nombre des métaphysiciens modernes, tel que Ta formulé Boscovich. On sait que ce philosophe l'a dépouillé de plusieurs inconhérences qu'on trouve dans l'exposé qu'en a fait Leibnitz. Leibnitz refusait à ses monades toute action au dehors; il leur attribuait l'acte de la perception et de l'appétition : et, pour expliquer la divisibilité sans limites de la matière, il admettait un nombre infini de monades dans chaque corps et dans chaque partie des corps. Or, si les monades n'ont pas d'actions externes,
elles ne peuvent se tenir entre elles à la dislance nécessaire pour ne pas se compénctrer, et elles se réduisent toutes à un seul point. Si elles sont douées de perception et d'appétition, quoique sans conscience et sans volonté, elles ne sont pas différentes des âmes, au moins des âmes des bêtes. On aurait ainsi, d'après cette singulière et curieuse théorie, des corps composés d'une intinité d'âmes. Si ces monades sont en nomljre infini, aussitôt se présentent à nous toutes les absurdités que les philosophes constatent dans le nombre infini. Afin d'échapper à ces absurdités, Boscovich rejeta l'existence des monades, et conçut les corps comme autant d'agrégats d'êtres simples en nombre considérable, mais fini. Il suppose ces êtres privés de toute faculté appréhensive et appétitive, et doués seulement d'une mutuelle attraction et répulsion pour maintenir les uns en dehors des autres aune distance déterminée. La variété que l'on admire dans les espèces si nombreuses de substances qui décorent cet univers, il l'explique par la disposition différente des êtres simples et de la place qu'ils occupent ; de la même façon à peu près qu'une multitude de points noirs peut, suivant leur disposition, donner toutes les lettres de l'alphabet, tous les caractères d'un volume et même d'une riche bibliothèque. Enfin, Kant, suivant à peu près les traces de Boscovich, enseigne
que les corps ne sont autre chose que des forces motrices disséminées dans l'espace. Ces forces sont concentratrives et expansives, et, par l'action des unes sur les autres, elles produisent le phénomène de l'étendue.
« Ce système, ainsi que le précédent, divise en quelque sorte la dualité du système scolastique. L'Atomisme, en effet, n'admet que la matière ou la réalité qui est l'origine de l'étendue ; le Dynamisme n'admet que la forme ou le principe inétendu par lui-même, pour donner au composé son activité '. »
II. Critique du Dynamis!\je. — Tel est, en substance, le système des êtres simples. Le court exposé que nous venons d'en donner pourrait presque nous dispenser de toute réfutation ; car, à première vue, cette théorie paraît répugner aux principes les plus élémentaires du sens commun. Même dégagé des erreurs de Leibnitz,le Dynamisme se heurte à des écueils et à des impossibilités qu'il nous suffira de signaler.
Et d'abord le Dynamisme, en supposant dans chaque corps un nombre fini d'éléments simples, nie par là môme la divisibilité à l'infini de la matière. Or, nier la divisibilité à l'infini de la matière, c'est nier la réalité ellemême de l'étendue et ainsi renverser les mathématiques. Il n'y a pas de science sans objet