I. OkIGLN'E H[STOl\[QUE DU SYSTÈME DE LA
Matièke et de la FomiE. — Venons enfin à la théorie de la Matière et de la Forme. C'est le plus célèbre de tous les systèmes inventés par la philosophie pour expliquer la constitution substantielle des corps. Quoiqu'on Tappelle ordinairement le système scolastique, ce système ne doit pas son origine aux philosophes du moyen âge. Ces grands hommes ont tous embr-assé cette doctrine et l'ont merveilleusement développée, mais ils ne l'ont pas inventée. La théorie de la Matière et de la Forme remonte aux deux plus illustres philosophes de l'antiquité, à Platon et à son disciple Aristote, le philosophe par excellence, le Maître de ceux qui savent, comme l'appelle magnifiquement le Dante. Elle a été admise par l'école stoïcienne, par Cicéron, Plotin, Porphyre, Ploclus et un grand nombre d'autres philosophes'. Dans les premiers siècles de l'Eglise
1. Cfr. Sanseverino, Elementa phiiosophiœ Christian^ ect., Cosmolog, G. \,a. 5.
(( faulores habuit, dit le protestant Moshcim, e C/instianis ingentem veterum Doctorum numerum, » parmi lesquels il faut placer en première ligne le grand saint Augustin, qui attribue à une grâce très spéciale de Dieu l'intelligence de cette doctrine'. Le moyen âge ne connut pas d'autre théorie pour expliquer la nature des corps, qui a toujours été regardée comme le fondement de toute la philosophie. Il y a, sans doute, entre les Scolastiques, des divergences, mais elles ne portent que sur des points secondaires et de peu d'importance ; sur la substance elle-même du système, ils sont tous d'accord. De là le nom d'Aristoteliso-scolastique donné à ce système.
La doctrine de la Matière et de la Forme régnait encore dans toutes les écoles catholiques lorsqu'éclata la prétendue Réforme protestante. On comprend les fureurs de Tapostat de Vittemberg contre les grands Scolastiques et surtout contre le Prince de TEcole, saint Thomas d'Aquin ; mais du moins Aristote aurait dû trouver grâce devant l'audacieux novateur. Point du tout, et l'on sait que Luther et ses disciples ont traîné dans la boue l'illustre philosophe grec et l'ont couvert des plus grossières injures. Pourquoi cette levée de boucliers contre le Fondateur du Lycée ? C'est