Physic.j c. IX
la forme substantielle disparaît, et la matière première, premier sujet de toute forme, sera informée par un autre acte substantiel^, c'est-à-dire par une autre forme substantielle qui la constituera dans une autre espèce de corps naturel. La matière première, encore une fois, n'est pas un accident, mais une réalité substantielle. Elle n'est pas une substance complète m spec^e sua, ne pouvant ni agir ni exister par ellemême sans être unie à la forme substantielle avec laquelle elle constitue le corps physique. Eniîn, la matière première n'est pas composée de matière et de forme, mais elle estle premier sujet de toutes les mutations substantielles. Vraie Protée, qui est capable de toutes les transformations ; qui n'est aucun corps naturel et peut entrer dans la composition de tous les corps ; qui est comme le théâtre de tous les changements substantiels dans la nature. Toujours unie à quelque forme substantielle, la matière première garde son indifférence à l'égard des autres formes et son aptitude à passer successivement de l'une à l'autre.
m. En qu£l sens la maïièrs pbemière est UNE PURE puissance. — C'cst cc qui a faire dire aux Scolastiques, après Aristote, que la matière première est une pure puissance, ;j?^ra potentia. On distingue deux espèces de puissances : l'une objective et l'autre subjective, qui est
active ou passive. La puissance objective est quelque chose cridéal, qui n'existe pas en dehors de l'intelligence qui le conçoit; c'est la possibilité d'exister. La matière première n'est pas une puissance objective, car elle concourt physiquement à la constitution de chaque corps comme élément essentiel. Ce n'est donc pas un être purement possible, mais une véritable réalité substantielle. La puissance passive est le sujet qui peut recevoir quelque chose, une détermination quelconque, une forme accidentelle ou substantielle qui le placera dans telle catégorie d'êtres. Ainsi, V. g. un mur est une puissance passive par rapport à la blancheur qu'il n'a pas, mais qu'il peut recevoir ; de môme, un ignorant, relativement à la science. A la puissance répond la détermination ou la forme, qu'on appelle acte. Il y a deux sortes d'actes : l'acte d'essence, actus essentiœ, par lequel le sujet qui n'était pas déterminé et spécifié, est constitué dans telle espèce déterminée d'êtres ; V. g. la rationabilité est l'acte essentiel de l'homme, parce que c'est la rationabilité qui le fait homme ou animal raisonnable. L'acte d'existence, rtc^^As existentiœ ,n Q?>i'^di'è autre chose que l'existence elle-même, qui fait passer une essence de la pure possibilité à l'ordre réel. Donc, la puissance passive n'est pas déterminée par rapport à l'acte d'essence quand,
d'elle-même, elle n'est pas telle espèce d'être en particulier, mais indifférente à le devenir. De môme, elle est pure puissance relativement à l'acte d'existence, si elle n'existe pas d'ellemême, si elle ne reçoit l'existence que d'un autre principe qui la lui communique en s'unissant à elle pour former un compose naturel. Or, d'après Aristote, saint Augustin, saint Thomas 1 et les Scolastiques, la matière première est une pure puissanca, et sous le rapport de l'essence complète et sous le rapport de l'existence.
La matière première est pure puissance relativement à l'acte d'essence ou à l'acte spécifique et substantiel, parce qu'elle n'est ni principe spécifique, ni composée de matière et de forme, mais privée d'elle-même de toute détermination : informitas sine specie'^ , selon le mot de saint Augustin. Ce qui veut dire que la matière première n^est pas ex se constituée dans une espèce déterminée de substance corporelle complète. La matière dont notre corps est formé n'est pas humaine ex se ; qWq n'a pas, indépendamment de l'âme, cet être substantiel, spécifique, premier qui en fait un corps humain, le plus beau de tous les corps de la nature. Pendant que l'homme vit, la matière
L la q. VII, a. 2. — In Hbr, VI i Metaphys,, lect. 2. — De Spirit. créât., a. 1.