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CHAPITRE XII

Démonstration du système scolastique.

1. Preuves tirées de la fausseté des autres systèmes. — 11. Preuve tirée de la composition substantielle de Thomme. — m. Preuve tirée des transformations substantielles des corps dans la nature. — IV. Preuve tirée des propriétés des corps. — V. Preuves a priori.

I. Preuves tirées de la fausseté dès autres SYSTEMES. — En exposant le système scolastique de la Matière et de la Forme, nous avons en môme temps établi la réalité des principes fondamentaux de ce système. Nous pourrions donc nous en tenir là, et considérer comme faite la démonstration de cette théorie. En effet, à moins d'admettre que la nature des corps échappe absolument à l'intelligence humaine, ce qui serait renverser le fondement de toute science, force est de choisir entre l'Atomisme, le Dynamisme et le système Aristotelico-scolastique. Quoiqu'on fasse, il est impossible de sortir de ces trois hypothèses : les corps sont essentiellement composés ou de forces simples, ou de la seule réalité étendue, ou bien de quelque force simple, substantielle et constitutive de la matière dans telle ou telle

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ospoce déterminée de substances matérielles. Or, on ne peut s'arrêter aux deux premiers systèmes comme explication philosophique de Tessence des corps. Considérés à ce point de vue, qui est le seul vrai, l'Atomisme et le Dynamisme ne sont soutenables ni comme thèses ni comme hypothèses, parce que bien loin d'être démontrés, ils se heurtent à des difiicultés qui leur enlèvent toute probabilité. Donc, reste la théorie de Platon, d'Aristote, de saint Augustin, de saint Thomas d'Aquin, et de tous les Docteurs du moyen âge ; théorie que ces grands hommes ont embrassée de préférence à tout autre système et qu'ils ne se sont pas lassés de proclamer comme la seule véritable explication de la nature des corps. Il faut adopter cette explication ou admettre que dans une question de la plus haute importance et qui est purement philosophique, les Pères et les Docteurs de l'Eglise, les plus illustres philosophes de l'antiquité et des temps modernes se sont tous trompés et ont pris pour des démonstrations scientifiques les rêves de leur imagination. Qui oserait faire cette injure à tant de sublimes génies, qui sont la gloire de l'humanité !

Une autre preuve, ou, si l'on veut, une très forte présomption de la vérité de la théorie de la Matière et de la Forme, c'est que cette théorie réunit tous les avantages des autres

systèmes sans aucun des inconvénients qui les font rejeter. Gomme nous l'avons montré, ni la réalité étendue, ni une force simple et inétendue ne suffisent séparément à constituer la nature des corps et à rendre raison de toutes leurs propriétés ; il faut en même temps ces deux principes pour former une substance composée essentiellement une et douée de tant de propriétés diverses. Or, nous trouvons précisément ce dualisme de principes constitutifs dans la théorie scolastique ; car elle admet deux principes substantiels comme premiers éléments de l'essence des corps : la matière première, principe indéterminé, source de l'étendue et de la divisibilité ; la forme substantielle, principe spécifique et raison de toutes les propriétés qui tiennent à la diversité des corps. Ce système est donc la synthèse nécessaire de tous les autres, qui, outre d'autres vices, ont le grand tort d'être incomplets, et par là même incapables d'expliquer d'une manière suffisante la constitution des composés naturels.

D'autre part, seule la théorie scolastique sauvegarde la distinction essentielle entre les corps et les esprits, et évite ainsi les abîmes de ridéalisme et du matérialisme. D'après l'Atomisme, les substances matérielles diffèrent des substances spirituelles en ce que les premières sont étendues et les secondes ne le

sont pas. Mais, nous l'avons prouvé, l'étendue n'est pas de l'essence des corps, elle n'en est qu'une propriété naturelle dont la toute-puissance de Dieu peut la priver, comme cela a lieu pour le corps adorable de Notre Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Donc, si l'Atomisme est vrai, il n'y a pas de dillerence essentielle entre les esprits et les corps. Les matérialistes disent-ils autre chose ?

Les corps, selon le Dynamisme, sont composés de forces simples et inétendues mais actives, dont les différentes positions et la résistance produisent le phénomène de l'étendue. Or^ les esprits ne sont-ils pas des réalités simples, inétendues et actives ? Il n'y a donc entre les uns et les autres qu'une différence du plus ou moins dans la simplicité et l'activité ; c'està-dire qu'il n'y a pas de différence essentielle, parce que le plus et le moins ne diversifient pas les espèces. « Magls et mimis non variant speciem. » Cette différence essentielle entre les substances matérielles et les substances immatérielles, nous ne la trouvons que dans la théorie scolastique, d'après laquelle les corps sont essentiellement composés de deux principes, la matière et la forme, l'un source de l'étendue, et l'autre source de l'activité ; tandis que les esprits sont substantiellement simples et sans composition de plusieurs principes. Donc, si l'on ne veut pas confondre les corps

a^ec les esprits, ou, ce qui revient au môme, ne les distinguer que par des dilïérenccs accidentelles, il faut admettre le seul système qui établisse parfaitement cette distinction fondamentale et la mette à Tabri de toute controverse. Ce système est celui de la Matière et de la Forme.

Pour peu qu'on examine avec attention les preuves que nous venons de donner, il ne sera pas possible de ne pas leur reconnaître une très grande valeur. Mais il y en a d'autres et plus fortes encore.

II. Preuve tirée de la composition surstan- TiELLE DE L^HOMME. — L'hommc cst composé de matière et de forme ; donc^ conclut Suarez, tous les corps sont également composés de matière et de forme. Citons les paroles du grand docteur: « L'homme, dit-il, est constitué par la forme substantielle comme par une cause intrinsèque ; donc toutes les autres substances de la nature sensible le sont également. Preuve de l'antécédent : l'âme raisonnable est évidemment une substance et non pas un accident, puisqu'elle subsiste par elle-même après sa séparation d'avec le corps, par là même qu'elle est immortelle. Donc, elle est subsistante par elle-même et indépendante de tout sujet ; par conséquent, elle n'est pas un acci- (jent, mais une substance. D'autre part, cette

àmc est la vraie forme du corps, comme l'enseigne la foi et le prouve clairement la raison naturelle. Car elle ne peut être une substance assistant au corps ou une substance qui le meut du debors, autrement elle ne le vivifierait pas, lc3 opérations vitales ne dépendraient ni de sa présence ni de son union avec le corps ; enfin, ce ne serait pas Tbomme qui penserait, mais une substance quelconque qui lui serait présente. Donc, rbomme est composé du corps comme de matière et de l'âme raisonnable comme de forme ; car par forme substantielle on n'entend pas autre cbose qu'une substance partielle qui peut être unie à la matière de manière à former avec elle une substance complète, essentiellement une, tel qu'est l'homme : Homo constat forma substantiall ut intrinseca causa; ergo et res omnes naturales. Antecedens probatur : nam a/iima ratiojialis substantia est et non accidens, ut patet, quia per se manet separata a cor pore , cum sit inmiortalis ; est errjo per se subsistens et independens a subjecto ; non est ergo accidens, sed substantia. Rursus, illa anima est vera forma corporis, ut docet fîdes, et est etiam evidens himine naturali : non enim pot est esse substantia assistens, aut extrinsece movens corpus, aliàs non vivificaret illud, neque ex prœsentia et conjunctione ejus essentialiter penderent opéra vAtx ; nec denique esset ipse homo qui

intelligit, sed qiiœdam alla suhstantia illi assistens. Constat ergo homo corpore ut mater ia et anima rationali ut forma; nam nomine suhsA tantialfs formai nihil aUud significatur quaim suhstantia quœdam partialis^ qiiœ ita iiniri\ potest materiœ ut cum illa componat substantian^ integram ac per se unam, qnalis est homo\ » Ainsi raisonne l'illustre tiiéologien. L'antécédent est hors de doute : c'est une vérité] prouvée par la raison naturelle et, de plus,j définie comme dogme de foi par le Concile dej Vienne, en 1311 , et par le v^ Concile dej Latran, en 151 S. Mais que penser de la conséquence? Est-elle légitime? La conclusion tirée par Suarez descend-elle vraiment du principe sur lequel il s'appuie? On l'a nié, mais à tort, et il nous sera facile de le démontrer. En effet, quand l'homme s'assimile des substances inorganiques, V. g. de l'oxygène, de l'hydrogène, du nitrogène, etc., de trois choses Tune, dit le P.Cornoldi^: ou ces substances sont annihilées; ou elles demeurent avec leur nature propre et sans changement substantiel ; ou bien elles subsistent en partie et périssent en partie. Personne n'a jamais soutenu la première hypothèse, qui d'ailleurs est évidemment absurde; car si les substances élémentaires dont l'homme

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