‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 63 sur 89 · Metaphys. Disp., XV, sect. I · texte numérisé non relu

Metaphys. Disp., XV, sect. I

2. Revue de V Académie romaine de Saint-Thomas^ P"- vol., p. 247.

se nourrit, étaient annihilées, l'entretien et la croissance du corps humain seraient une véritable création. La seconde supposition ne répugne pas moins. Impossible que l'âme humaine soit forme substantielle de ces substances sans qu'elle devienne une seule substance complète et une seule nature avec elles, et par conséquent sans qu'elle leur communique l'être spécifique de corps humain. Si les corps élémentaires demeurent dans l'homme identiquement ce qu'ils étaient et gardent leur propre nature, 1 ame pourra bien être par rapport à ces corps forme assistante et motrice, mais non pas forme substantielle, parce que le propre de la forme substantielle est de donner l'être premier, essentiel, et de former une seule substance avec la matière qu'elle spécifie. La seconde hypothèse est par conséquent fausse et manifestement inconciliable avec le dogme de l'union substantielle de l'âme et du corps. Reste donc la dernière hypothèse, c'est-à-dire que les substances dont l'homme entretient sa vie, p^hnssent en partie et non totalement. Or, il est évident que l'élément qui demeure dans le corps humain, n'est pas le principe qui constituait chacune de ces substances dans son espèce propre ; autrement, il n'y aurait point de changement substantiel, et l'âme ne serait pas leur forme substantielle. Donc, ce qui est détruit, c'est le principe spécifique, et ce qui

demeure est une réalité indéterminée par elle-même et capable de faire partie tantôt d'un corps et tantôt d'un autre, puisqu'elle passe d'une espèce à une autre. C'est la matière première des Scolastiques. Par conséquent les corps sont véritablement composés de deux' principes substantiels. Qu'on les appelle matière et forme, termes qui expriment très bien leur rôle respectif, ou qu'on les appelle autrement, il importe peu. Il suffit au défenseur de la thèse scolastique d'avoir prouvé l'existence de ces deux principes. Saint Thomas dit quelque part « qu'il est indigae de vrais sages de se disputer sur des mots quand on est d'accord sur les choses : Turpe est litlgarc de vocibus qiiando convertit de rebiis. »

III. Preuve tirée des transformations substantielles DES CORPS dans LA NATURE. LcS

considérations qui précèdent nous amènent naturellement à une autre preuve de la théorie scolastique, celle tirée des transformations substantielles des corps.

Il y a dans la nature des transformations substantielles : l'expérience, la raison, le sens commun en font foi. L'expérience, car les propriétés des corps transformés ne sont pas celles qu'ils possédaient avant leur transformation ; elles sont entièrement différentes, quelquefois contraires ; par conséquent, la

nature de ces corps, principe d'où émanent ces propriétés, n^est pas la même avant et après le changement. La raison, qui ne saurait trouver dans la différence de position, de nombre et de mouvement des mêmes éléments, une cause suffisante de la diversité des opérations et des propriétés des corps transformés. Le sens commun enfin, qui se refusera toujours à admettre qu'entre le minéral, la plante et la chair de l'animal, il n'y a que des différences accidentelles tenant à la variété de position et de mouvement des mêmes réalités, atomes ou monades. Or^ il est impossible d'expliquer les transformations substantielles des corps sans supposer qu'ils sont composés de deux principes substantiels distincts^ l'un indéterminé et l'autre spécifique, principes appelés par les Scolastiques matière et forme.

En effet, lorsqu'un corps se corrompt et donne naissance à un autre corps de nature diverse, v. g. lorsque le bois devient cendre par la combustion, et que les aliments dont l'homme se nourrit entrent dans l'intégrité du corps humain, une partie du corps détruit demeure nécessairement dans le nouveau composé. S'il n'en était pas ainsi, le premier corps serait annihilé, et le second tiré du néant ; ce que personne n'a jamais songé à soutenir. Non, évidemment, le premier corps, celui qui disparaît, n'est pas entièrement

anéanti, mais il en reste quelque chose qui passe dans le second ; et ce nouveau corps n'est pas produit selon la totalité de sa substance, car la matière dont il est fait préexistait déjà. Or, ce principe substantiel qui passe ainsi d'une espèce de corps à une autre, qui est tantôt fruit, eau, chair d'animal, tantôt chair humaine, cendre ou autre chose, est manifestement indéterminé de sa nature et indifférent à faire partie de telle ou telle espèce de corps. Voilà la matière première des Scolastiques.

Mais cette matière, en passant dans le nouveau composé, perd ses propriétés pour en acquérir d'autres complètement diverses ; elle n'agit plus comme elle agissait, elle n'a plus les qualités qu'elle manifestait ; elle en a d'autres et produit des phénomènes qui ditlèrent absolument des premiers. Donc, elle a perdu le principe qui la constituait dans l'espèce à laquelle elle appartenait avant le changement^, in tennino a qiio, et qui était la raison de ses opérations et de ses propriétés. Le nouveau composé a d'autres propriétés et produit d'autres phénomènes. D'oii viennent ces nouvelles propriétés, qui sont quelquefois complètement opposées aux premières? Quelle est la cause de cette activité ditTérente ? Dira-t-on que ce changement provient de la différence de disposition des mêmes éléments? Mais la cause n'est

pas proportionnée à l'eilot; une différence de position, de figure, de mouvement n'est qu'accidentelle, par conséquent elle ne saurait changer aussi radicalement les propriétés et le mode d'agir des corps. Donc, nécessairement, dans le corps transformé, la matière est informée d'un principe substantiel et spécifique qui n'est pas celui qui l'actuait avant le changement. Ce principe nouveau, résultat de la transformation de la matière sous l'influence des agents naturels^ est ce qui constitue le nouveau corps dans son espèce propre et qui est la source de ses propriétés. C'est la forme substantielle des Scolastiques. Donc, les corps sont vraiment composés de deux principes substantiels, l'un indéterminé et l'autre déterminant, l'un passif et l'autre actif, l'un commun et Tautre spécifique. Encore une fois, qu on les appelle des noms que l'on voudra : ils existent, et sans ces deux principes on ne peut pas expliquer les transformations substantielles des corps dans la nature.

IV. Preuve tirée des propriétés des corps. — • Enfin, en partant des diverses propriétés des corps, on arrive à la même conclusion. Résumons cette preuve en quelques mots.

Les corps sont d'espèces différentes; ils sont doués d'unité proprement dite et d'activité ; laissés à eux-mêmes, ils revêtent des formes

diverses selon la variélé de l'espèce à laquelle ils appartiennent, comme l'expérience le montre dans tous les règnes de la nature. Or, ces propriétés diverses ne peuvent s'expliquer sans un principe spécifiqne, actif et distinct de la matière étendue. La matière est, de sa nature, indifférente à toute espèce de corps ; elle multiplie l'être, l'étend et le divise ; par elle-même, elle n'a pas de forme déterminée. Il faut donc nécessairement qu'il y ait dans chaque corps un principe spécifique qui constitue la matière dans telle espèce de corps ; un principe actif qui soit la source des propriétés et des opérations dont ce corps est doué ; un principe simple et inétendu qui compénètre les parties du sujet étendu et les fasse participer à son indivision ; un principe enfin qui dispose d'une manière régulière, selon la diversité des espèces, les parties matérielles des corps. Ce principe, les Scolastiques l'appellent avec raison la forme substantielle, parce qu'il est substantiel et qu'il est la source de l'être spécifique de chaque composé naturel et des propriétés qui en découlent. Donc, les corps sont substantiellement composés de matière et de forme.

V. Preuves a priori. — Et il en devait être ainsi. D'après saint Thomas , le monde ne serait pas parfait s'il ne renfermait pas tous les genres de substances ^ L'unité dans la variété

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