aq. LXXVr, a. 4,ad
ces corps simples conservent après la combinaison tout leur être actuellement plutôt que virtuellement dans le corps mixte. Définir une pareille question n'appartient point à l'expérience, qui se concilie avec une hypothèse aussi bien qu'avec l'autre, mais au raisonnement seul *, parce que l'expérience n'atteint pas immédiatement la substance des corps. Et de fait, les défenseurs de la chimie, comme les Scolastiques , résolvent la question par voie de raisonnement. Il n'y a pas entre eux d'opposition relativement à la permanence des propriétés des corps simples dans les combinés chimiques ; car tous admettent que ces propriétés demeurent. Les Scolastiques enseignent que les propriétés des corps élémentaires sont altérées , modifiées et qu'il s'en forme une résultante, proprietas média, comme l'appelle saint Thomas ; d'après les modernes, ces propriétés ne sont pas anéanties mais neutralisées. Evidemment, toute la différence est dans la manière de s'exprimer. La controverse porte donc toute entière sur la permanence des principes spécifiques des corps simples dans les corps composés. Dans les combinaisons chimiques, disent les modernes, les corps élémentaires ne subissent pas de transformation substantielle ; ils restent ce qu'ils étaient avec leur nature spécifique ; les Scolastiques au contraire 1. Composé Inf^main^ c, viii, a. t5,
tiennent qiio dans les voritables mélanges chimiques, il y a corruption ou destruction des formes substantielles, et par conséquent de la nature des corps simples, et production d'un nouveau principe formel, essentiellement ditïérent, qui actue et spécifie le corps mixte dans son espèce. Examinons les preuves que Ton fait valoir de part et d'autre.
La démonstration des partisans de l'Atomisme chimique se réduit à l'argument suivant: Les corps simples qui entrent dans la composition du corps mixte, reparaissent intégralement lorsque ce corps se dissout. Or, cela ne pourrait pas avoir lieu, si les corps simples n'étaient pas contenus en acte^ avec leur propre nature, dans le corps composé. Donc, ces éléments, en se combinant, ne subissent pas de changement substantiel. Tout se borne à une juxtaposition diOerente des corps simples et à une variation de leurs forces.
Le raisonnement peut paraître spécieux, mais il est certainement sans valeur démonstrative. D'abord, le fait sur lequel s'appuient les chimistes est loin d'être sans exception ; il ne se vérifie pas dans la chimie organique, et tous les savants en conviennent. La chimie peut décomposer une plante ou une partie d'une plante, mais elle est absolument incapable de rien recomposer dans cet ordiie ;
preuve évidente qu'en se séparant les éléments du corps vivant éprouvent des changements qui atteignent l'essence elle-même de ces éléments ^ Et même dans le règne minéral, il faut encore faire des restrictions. En analysant l'eau, on obtient sans difficulté de l'oxygène et de l'hydrogène ; et en combinant de nouveau ces deux corps, on reproduit l'eau. Or l'expérience prouve que l'eau ainsi formée n'a pas absolument toutes les qualités de l'eau naturelle. D'oià vient cette différence, si l'analyse et la synthèse chimique ne sont que la séparation et la réunion d'éléments demeurant substantiellement les mêmes? Mais soit; ne tenons pas compte de ces exceptions qui atténuent singulièrement la valeur du principe sur lequel est basé le raisonnement que nous discutons. Peut-on conclure de la réapparition des corps simples dans l'analyse chimique, à la permanence actuelle de ces corps dans le composé chimique? Point du tout, et des chimistes éminents, tels que Mazzoni, Wright, Gooke, Schiff, Rubini, et d'autres qui ne suivent pas les Scolastiques, ne font pas difficulté d'en convenir ; ils affirment qu'on ne peut rien inférer de ce fait concernant l'état des corps simples dans les corps mixtes^. Quelques-