‹ La Clef de la philosophie scolastiqueChapitre 74 sur 89 · In lib . II, de Gen. et Corrupt.^ lect · texte numérisé non relu

In lib . II, de Gen. et Corrupt.^ lect

et que cette composition est soumise à des lois déterminées, quoiqu'il soit très vrai que leurs connaissances en cette matière n'étaient pas arrivées jusqu'aux admirables formules de la science actuelle. Evidemment, et les Scolastiques ne l'ont jamais pensé, tous les corps n'ont pas également la propriété d'agir chimiquement les uns sur les autres, de manière à déterminer des combinaisons proprement dites.

Puisque la combinaison chimique demande l'action réciproque des propriétés des corps simples, si les porportions exigées par la nature entre ces différents corps n'existent pas, la combinaison n'aura pas lieu, ou bien elle se fera de manière à produire une substance autre que celle qui aurait été produite. Encore ici, point de désaccord entre la scolastique et la chimie moderne.

Enfin, d'après les chimistes, dans les combinaisons les corps se résolvent en atomes qui agissent les uns sur les autres pour produire le composé. Mais les Scolastiques n'ignoraient pas cette loi de la nature ; c'était un axiome pour eux que : « Corpora non agunt nisi saliita : Les corps n'agissent qu'autant qu'ils sont dissous. » Ils admettaient aussi l'atome ou la molécule, la plus petite quantité sous laquelle la nature d'an corps peut subsister sans changer d'espèce.

« Tous les auteurs admettent, dit le car-

dinal Tolet, que les corps, dans la combinaison chimique, sont dissous jusqu'aux derniers atomes, et que les atomes de l'un des corps combinés sont unis aux atomes de l'autre et qu'ils s'altèrent jusqu'à production d'une nouvelle et troisième forme, qui est la forme du corps mixte : « Atictores conveniunt quod iràscihilia iisque ad ininima naturalia dividantur, et singula ininima sint jiixta alteriiis miscibilis singula, et se mutiio altèrent donec iina tertia resultet forma ipsiiis mixti^. » Par conséquent, tout ce que la chimie enseigne concernant le nombre, le poids, la proportion des éléments qui entrent dans la combinaison chimique demeure et n'est point en contradiction avec la théorie de la Matière et de la Forme, pourvu que l'on considère le composé dans l'acte de sa formation, in fieri, et non pas dans sa constitution permanente, in facto esse. Le corps mixte une fois formé est-il un assemblage d'atomes distincts et séparés, en contact les uns avec les autres, les chimistes ne le prouvent pas et ne peuvent pas le prouver, et les Scolastiques le nient avec raison. Mais encore une fois, la chimie n'a pas besoin de cette hypothèse gratuite pour expliquer ses analyses et ses synthèses. Le continu n'est pas l'indivisible, et les Scolastiques anciens et modernes qui admettent l'unité de continuité

\. In I lih. De G en. et Corrupt,

des corps, n'ont jamais songé à nier leur divisibilité.

S'il en est ainsi, qu'y a-t-il donc en physique et en chimie de contraire au système de la Matière et de la Forme? Pas autre chose que la permanence non virtuelle mais actuelle des corps simples dans le corps mixte qu'ils constituent. Mais il importe pou aux sciences naturelles que l'on admette que les corps simples persévèrent ou ne persévèrent pas dans le combiné chimique, puisque les phénomènes dont elles s'occupent peuvent très bien s'expliquer sans cette permanence actuelle. L'expérience ne prouve point que les corps simples demeurent actu, sans changement substantiel, dans le composé chimique; et les propriétés spécifiquement diverses de ce nouveau corps prouvent le contraire. Sans doute, l'analyse chimique reproduit les corps simples en décomposant le corps mixte ; mais, ce qui est vrai aussi, c'est que les corps simples ne réapparaissent {\\\après\di décomposition et non point avant, et ils doivent réapparaître, puisqu'ils étaient demeurés virtuellement dans le corps mixte. Conclure de ce fait à leur permanence dans l'intégrité de leur nature , est contre toutes les règles de la logique, comme nous l'avons montré dans le chapitre précédent.

Page 1