‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 18 sur 46 · DIALOGUE IX · texte numérisé non relu

DIALOGUE IX

Suite du même sujet. — Chaque miracle en particulier porte avec soi les signes de son origine.

Müphti. En attendant que le cadi finisse son déjeuner, j’ajoute une observation à ses observations: un autre côté, qui rend trop évidente l’origine des miracles rapportés par les traditionnaires, c’est que, de tous ces prétendus miracles, il n’en est point qui ne renferment des choses contradictoires, ou ne s’expliquent par les seules lois de la nature. Ce ne sont, aux yeux des moins clairvoyants, que des faits controuvés ou des faits ordinaires, travestis en miracles. Je me borne à en rappeler quelques-uns: Schéab, fils d’Othman, pour venger la mort de son père et de son beaupère, tués par la main d’Ali dans un combat, voulut attenter à la vie de Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Il saisit un moment où le prophète se trouvait sans armes. Ariana fait parler l’assassin ainsi : « Comme je vais attaquer le prophète par la droite, j’aperçois sur mon passage son beau-père Abbas, revêtu d’une cuirasse blanche, brillante comme l’argent; je me détourne pour l’attaquer par la gauche; mais je rencontre de ce côté Abou-Sophiau, autre beau-

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père chi prophète, également revêtu d'une cuirasse. J’essaye alors de le prendre par derrière. Comme je vais frapper mon coup, voilà qu’une flamme s’élève entre la victime et moi; saisi de frayeur, je prends la fuite.»

L’invraisemblance qui entoure ce récit empêche de le prendre au sérieux : Schéab, pour aller de droite à gauche, passa-t-il par devant ou par derrière? S’il passa par devant, comment ne fut-il , pas aperçu par le prophète? S’il passa par derrière, pourquoi, au lieu (l’arriver à la gauche, ne s’arrêta-il point, pour frapper son coup, à l’endroit où il fut obligé de revenir?

Le cadi, chez qui le sérieux du docteur a fait place à la gaieté du convive, lève sa tête rayonnante , et laissant entrevoir par un malin sourire ses dents d’ivoire au travers de sa moustache , légèrement humectée par le voisinage dès plats : Comment! dit- il, le muphti oserait toucher à cette belle symétrie! Mais ces deux cuirasses mystérieuses, cette flamme soudaine, voilà le merveilleux; ôtez une de ces trois choses, l’imagination n’est plus satisfaite.

Mupiiti. Voilà ce qui s’appelle merveilleusement entrer dans l’esprit de l’auteur : satisfaire l’imagination au détriment de la raison et de la vérité. Aussi, après le récit d’Ariana, le cadi, comme moi, reste-t-il frappé, avant tout, de l’impossibilité du fait.

Cadi. Non ; mais frappé, avant tout, de l’aveuglement des traditionnaires.

Secret a tu r. Oui, je le répète, l’imprudence des

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amis est plus funeste que l’habileté des ennemis.

Mephti. Passons à un autre fait. « Après que la chaire eut été placée dans la mosquée de la Mecque, un tronc de palmier sur lequel le prophète avait jusque-là coutume de s’appuyer en instruisant le peuple, fit entendre des cris semblables aux beuglements (gémissements ) d’une chamelle dont on sèvre le petit. A ces cris plaintifs, Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! descend de chaire, pose la main sur le tronc, et les gémissements cessent. » Ce fait est-il vraisemblable? La chaire, par le fait et dans l’intention de Séid .Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui ! avait été érigée pour l’avantage des fidèles et pour la plus grande gloire de Dieu. Si Dieu avait voulu à cette occasion exalter par un miracle le prophète, il eût choisi un signe approbateur de l’acte; tandis que le miracle en question paraîtrait un désaveu plutôt qu’un témoignage en faveur. Ce qu’il y aurait de vraisemblable, si le fait matériel avait quelque chose de fondé, c’est que le vent, s’engouffrant dans le creux de l’arbre, s’échappait en sifflant par quelque fente, et que le prophète a habilement saisi l’occasion , en fermant la fissure qui servait d’issue, d’en imposer par cette pieuse supercherie aux yeux des obstinés Mecquois. Mais non , le fait laisserait d’ailleurs trop d’invraisemblance pour que le prophète eût tenté de le faire admettre comme miracle.

Les Bédouines qui se trouvent à la cour recommencent de plus belle : Ion. ion, ion, etc.

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