DIALOGUE X
Sujet : Application de la clef aux autres faits ou paroles de la Sonna. — Ces faits, d’après même la classification qui en a été faite par les auteurs musulmans, 11e peuvent devenir matière de foi. — Il est prouvé que des tradilionnaires célèbres ont fait usage du mensonge. — Mahomet en at-il fait usage?
Cadj. lt faut en convenir, ô Dziri, tu as fait une bonne et belle action en donnant la liberté à Frach. Je ne me serais jamais attendus trouver tant de ressources dans cet homme.
Dziri. Moi non plus. Dans son enfance, il paraissait même un peu borné. Pendant le peu de temps que j’ai passé à Alger, depuis la conquête des Français, Frach a beaucoup fréquenté les chrétiens. Sa religion n’a rien perdu à ce contact, et son intelligence a beaucoup gagné.
Cadi. Cet homme doit avoir fait quelques études; cela se voit.
Dziri. Je lui ai fait fréquenter l’école pendant cinq ans; il sait presque le Coran par cœur.
Cadi. Ce serait bien qu’il pût étudier El-Boukbari.
Dziri. J’y ai pensé bien souvent; mais tu le sais, o catli, dans les familles il est des clioses qu’on projette toujours, et qu on n exécute jamais.
Cadi. Dieu seul fait ce qu’il veut, parce que seul il peut tout.
Dziri. Et que seul il ne veut jamais à demi. Le nom d’El-Boukhari,ce roi delà Sonna, me suggère une question qui vient naturellement se placer après celle des miracles; la voici : Sais-tu si dans le reste des badiths (récits) Seidna Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! et les traditionnaires ont fait usage du privilège, et dans quelle proportion?
Cadi. La question du Dziri me prend au dépourvu. Je n’ai pas réfléchi sur cette matière, ni ne vois l’importance de le faire. Si la morale enseignée dans la Somia tend à la gloire de Dieu et au bonheur de l’homme, nous n’avons qu’à la pratiquer, n’importe de quelle manière elle nous arrive. Quant aux faits, libre à nous de rejeter, à l’exemple d’El-Boukhari , ceux où le mensonge se montre trop évident. C’est ce que nous avons fait, en traçant la marche aux fidèles qui voudront le faire sur une échelle plus étendue.
Dziri. La réponse du cadi ne me satisfait point: je veux savoir dans quelle proportion doit être évalué le mensonge parmi les badiths; en d’autres termes, quelle part doit être faite à Dieu, quelle part peut être faite à l’homme.
Secrétaire. Ne pensez pas que mon maître soit hostile à la Sonna; il justifie, au contraire, cette