‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 23 sur 46 · LA CLEF DU COR AV · texte numérisé non relu

LA CLEF DU COR AV

bien, je vous le demande, Messieurs, les hadiths de ces catégories, ceux mêmes de la première, peuvent-ils être rangés parmi les vérités de la foi; de la foi, comme nous l’entendons, nous véritables croyants? Non : la foi doit être ferme, et ne comporte dans son objet, comme dans son principe, le moindre degré d’incertitude.

Parmi les hadiths solides, on distingue sept catégories, chacune desquelles renferme des hadiths différents en degrés de certitude. Ces hadiths sontils conciliables avec la foi? Non : la foi 11e peut être à demi; elle doit être entière. Les faits ou les parolesqui en sont l’objet doivent reposer sur une certitude absolue, certitude qui n’admet de degré ni en plus ni en moins. Même réponse pour les hadiths qui tiennent le milieu entre les solides et les faibles.

Secrétaire. Le cadi le dit avec raison, les vérités de la foi excluent toute hésitation. Telle est en effet la règle que Dieu nous a donnée dans les premiers versets de la sourate la Vache : a Voici le livre sur lequel// n’y a aucun doute. C’est à ce titre qu'il doit être le livre des croyants.»

Cadi. Ainsi, dire, comme les traditionnaires, que les hadiths rapportés à la fois par El-Boukhari et par Moslein sont plus certains que ceux qui ne le sont que par l'un de ces docteurs; que les hadiths racontés par Moslem sont moins solides que ceux qui sont rapportés par El-Boukhari, etc., c'est dire qu’aucun hadith n’est revêtu de la certitude requise pour devenir matière de foi.

Dziri. Faut-il donc rejeter tous les hadiths de la Sonna?

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Cadi. Non, mille fois non : nous devons accepter tout ce qui est utile, et un enseignement peut être utile, sans être un article de foi.

Secrétaire. Quand Dieu a dit dans le Coran :

« Rappelle-toi le contenu des versets qui viennent de Dieu et de ta Sagesse, n il semble, en effet, établir une différence entre le contenu du Coran et celui de la Sonna. Il recommande les versets du livre tomme venant d’en haut; pour la Sonna, il la recommande comme un ouvrage de philosophie, un ouvrage dicté par Séid Mahomet, en tant que sage, et non en tant qu’inspiré par l’ange Gabriel.

Cadi. Ceci, observez-le bien, Messieurs, regarde les hadiths qui remontent à Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Ces hadiths, d’après l’enseignement du Coran, doivent être regardés comme des maximes de philosophie, non comme des versets venant de Dieu. Pourquoi regarderions-nous comme inspirés ceux dont la tradition est incertaine ou interrompue? La plupart sont imaginés par des hommes sans contredit moins sages et moins habiles que leur maître.

Secrétaire. Mais les docteurs ont établi des règles pour discerner les hadiths qui remontent à Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Ces règles, que vous devez connaître aussi bien que moi, Messieurs, sont celles-ci : que les personnes qui ont enseigné ces faits ou ces paroles dans leurs récits, et celles qui jusque-là les

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ont transmis de bouche en bouche, soient des hommes d’un jugement sain, d’une probité reconnue, d’une foi solide, et qu’ils ne soient pas du nombre de ceux qui iaboulou Jï zanka (lâchent de l’eau dans les rues).

Cadi. En toute matière, il est plus facile de poserdes règles que d’en faire l’application. Quant à celles dont il s’agit, ce n’est pas chose facile que dediscerner, surtout au travers des temps, les personnes d’un jugement sain, d’une probité reconnue, d’une foi solide, etc.; et parviendrions-nous à le faire, dans la question qui nous occupe, que ces règles resteraient défectueuses.

Secrétaire. Défectueuses! Le cadi n’y prend pas garde : il avance pour le moins un paradoxe.

Cadi. Je m’explique et je prouve : parmi les hadiths qui ont eu de la vogue, on peut citer les trois suivants : Criai de deux cavaliers qui est vaincu à la course, doit céder son cheval au vainqueur . Celui qui a le dessous dans C exercice de l'arc , doit abandonner son cheval et son arc. Celui qui montre moins d’adresse dans ta chasse aux pigeons, doit céder son arme. Ces hadiths ont eu cours chez les Abbassides, qui ne manquaient pas ordinairement de probité, moins encore de jugement. La chaîne traditionnelle les faisait remonter jusqu’à Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Quand ils ont été soumis à la critique, il est resté évident que l’origine n’en remontait qu’à El-Mohadi, troisième kalife de Bagdad. Les motifs qui ont dicté les deux premiers hadiths, c’est que El-Mohadi voulait former des

guerriers adroits. Le motif du dernier, c’est que le kalife était un peu gourmet, et que le pigeon était son plat favori. (Voir Sciouti et Elarag.) D’autres, pour se donner la réputation d’érudits dans la tradition, ont supposé des hadilhs dont la fausseté a été découverte. Enfin, des hommes contemporains et amis (t) de Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! des amis de Séid Mahomet ont inventé des hadiths. (Voir Elarag.) N’oubliez pas, Messieurs, que ces hommes sont du nombre de ceux à qui le prophète a promis le ciel, comine s’ils eussent été confirmés en grâce. Voilà la preuve de ce que j’ai avancé: la probité de ceux qui ont rendu témoignage dans la chaîne traditionnelle n’est pas une garantie de leur véracité; ce n’est, au contraire, qu’une présomption de plus que ce qu’ils disent est suspect: les mécréants ou les tièdes se mettent peu en peine de la gloire de Dieu et du prophète. Les

(i) Par amis de Mahomet, les uns entendent ceux qui ont accompagne Mahomet dans sa fuite; d’autres, tous ceux qui ont vu le prophète; d'antres, enfin, tous les croyants contemporains. A la mort de Mahomet, le nombre des amis était de mille quatorze. D’autres disent de mille vingt-deux. Le meilleur de tous est Aboubaker. Après lui, c’est Omar. Quant au troisième, l’opinion est partagée entre Othman et Ali. About on fiel mourut cent ans après l’hégire. C’est l’ami qui a survécu le plus longtemps à Mahomet. — Noms des amis que l'on dit avoir transmis le plus de hadiths Comme les tenant de Mahomet : Ahd-Allah-ben-Omar, deux mille six cent trente ; Anaz-hen- Melek, vingt-deux mille quatre-vingts; Aïcha, cinq mille cinq cent soixante-quatorze; Abd-Allah-ben Abbas, trois mille six cent quarante; Jaker, mille quatre cent soixante. Quant aux mitres, personne n’a dépassé mille.

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