LA CLEF DP CORAN
engagements qui ont eu lieu depuis vingt ans dans la guerre d’Afrique. Yoyez. quel est le parti qui a manque de sagesse et rf intelligence; de quel côté sont ceux qui ont montré de la constance et de l 'énergie; de quel côté ceux qui ont triomphé par la volonté de Dieu, je ne dis pas cent de deux cents , mille «le deux mille, selon la promesse du second verset; mais vingt de deux cents, cent de deux mille , ainsi que l’affirme le premier; témoin l’attaque du camp de Djcmila ( 1 838) , l’événement de Mazagran ( 1840 ), la prise de la Zmala (i843), la journée d’Isly (i 8 j4), etc., etc. Enfin, appliquez aux infidèles ce que le Coran promet aux croyants, aux croyants ce que le Coran applique aux infidèles, et vous aurez la juste interprétation de ces versets. Aussi, Messieurs, le peuple, qui sait raisonner plus qu’on ne croit, n’aura pas manqué de se dire : Si ces promesses de triomphe sur les infidèles, renfermées dans le Coran, venaient de Dieu, elles auraient leur accomplissement. Quel doute! Messieurs.... Les hommes instruits qui se trouvent parmi ces populations ont pu aller plus loin. Après avoir remonté dans l’histoire et promené leurs regards de l'Occident à l’Orient, de l’Orient à l’Occident, ils ont pu se dire : Contrairement aux promesses du Coran , nous fûmes chassés de l’Espagne, et nous n’en avons pas chassé ceux qui nous en avaient chassés; nous fûmes chassés de la Grèce, et nous n'en avons pas chassé ceux qui nous en avaient chassés. Aux plaines de Poitiers, devant les portes de Vienne, au golfe de Lépante, le nombre était pour nous, et nous avons
succombé. Sur terre et sur mer, depuis des siècles, notre pavillon a pâli, notre épée est brisée; nous ne connaissons le nom de victoire que par celles que l’ennemi remporte sur nous. — Où est donc la vérité de cette religion qui nous assure le
triomphe? Et, trompés sur la terre, sommes-
nous bien sûrs de ne pas l’être dans le ciel? Est-il bien vrai que ceux de nos frères qui ont succombé en combattant dans le sentier de Dieu, se délectent au milieu des bouris et de toutes les délices que le Coran nous promet? Ce qu’il y a de certain, c’est que la guerre nous a ruinés, et que nos frères ne sont plus.... Voilà, Messieurs, le doute qu’Abd-el-Kader a dù jeter dans toute âme qui raisonne; il a fait brèche au Coran. Je ne comprends donc pas quel reproche vous pouvez faire aux populations qui se tiennent en garde contre tout étendard levé au nom de la religion.
§ III
Dziri. Ce qui ne s'est pas accompli, Dieu est assez puissant pour l’accomplir. Abd-el-Rader n’est pas mort encore...
Muphti. Le babas a-t-il entendu dire en France que l'émir dût bientôt partir pour l'Orient?
Prêtre. Dieu a conduit Abd-el-Rader en France. Il ne peut que bien se trouver là où il est.
Dziiu. Abd-el-Rader a, en effet, assez de foi pour bien se trouver en prison, si Dieu veut qu’il y soit.
Prêtre. Abd-el-Rader habite un ancien palais royal. Autour de ce palais toute espèce d’agréments :
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jardins aux allées bordées de roses, prairies émaillées de fleurs, bosquets odoriférants, courants d’eau limpide, un fleuve, tout ce qui peut rappeler Séville, Grenade ou Bagdad. A la porte de l’exémir, des gardes à sou service. Il a auprès de lui sa mère, sa nombreuse famille, des imans. Il reçoit des visites, et peut sortir à plusieurs lieues de distance pour se promener et voir ses amis; car il a en France des amis, et en France les amis ne trompent pas. Tout le monde se plaît à rendre hommage à ses rares qualités et à son génie. Pour preuve de ce que je dis , si vous eu doutez, voici quelques lignes d’une lettre que m'a écrite à son sujet une dame de haut rang , résidant à une assez longue distance du château dWmboise :
« J’ai été favorisée de deux visites de l’ex-émir... Si j’étais assez heureuse, monsieur l’abbé, pour vous voir à Chenonceaux, j’aurais beaucoup de choses intéressantes à vous dire sur cet illustre prisonnier. Il est du plus haut intérêt de s’entretenir avec lui...
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Abd-el-Kader est entouré de délices, de respect et d’honneur. Après le Grand Sultan, pas de souverain parmi les musulmans qui jouisse d’un séjour, sous tous les rapports, aussi bien assorti. Vous ne pouvez qualifier sa demeure du nom de prison que dans le sens de cette parole de la Sonna : La terra est la prison des croyants
M 1 TE Alix SOIRÊE5 DE CAKTHAC.K. I I
Dziri. Il manque à l’émir une chose essentielle : la facilite de suivre les prescriptions du Coran.
Prêtre. Abd-el-Kader adore le Dieu des mondes, et le Dieu des mondes reçoit les adorations qui viennent de l'Occident comme celles qui viennent de l’Orient.
Dziri. A-t-il une mosquée tournée vers le temple de la Mecque, kebla de nos prières?
Prêtre. Dans le palais qu’il habite, Abd-el-Kader peut approprier une mosquée autrement belle que celles de votre pays. 11 est assez habile pour savoir s’orienter. Mais ce point du culte ne doit pas être bien important pour un homme comme lui : il sait que la première kebla de nos prières, c'est Dieu , et Dieu est partout.
Dziri. Il nous est expressément recommandé:
« Quand vous priez, tournez la face vers l’Oratoire « sacré; en quelque endroit que vous vous trou- « viez , tournez-vous vers ce point. » ( Sourate ht tache, v. 146.)
Prêtre. Mais il vous est dit aussi, et avec plus île sens, dans la même sourate, verset 1 16 : « A « Pieu appartient l’Orient et l’Occident : de quel- « que côté que vous vous tourniez dans vos priè- « res, vous rencontrerez la face de Dieu. >'
Dziri. C’est vrai.
Prêtre. Abd-el-Kader possède en France un autre avantage, qu’il doit bien apprécier, comme disciple de Mahomet : le prophète, dans la Sonna , recommande à tout musulman de s’instruire, decrail-il aller jusqu’en Chine chercher la science.
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Salomon , fils de David, dit aussi, en parlant de celui qui est appelé à instruire les autres : Il a parcouru les nations, pesant partout le bien et le mal. Eh bien ! Messieurs, de la Chine et de toutes les parties du globe, c’est en France qu’on se rend quand on veut s’instruire. C’est la droite de Dieu qui a conduit Abd-el-Rader en France.
Dziri. Ahd-el-Kader est assez savant. Il n’a rien à apprendre des Français. Ils ont tout à apprendre de lui; mais ils n apprendront rien; ils ne sont pas plus dociles que leurs ancêtres.
Prêtre. Merci fin compliment. I.a première leçon utile qn’Abd-el-Rader ne manquera pas de prendre -en France, s’il v demeure assez longtemps, c’est de reconnaître en quoi il s’est trompé dans le passé : en voyant les forces formidables dont la France dispose, il ne pourra s’empêcher de se dire : Oui, tu as été téméraire d’avoir voulu, avant l’heure, lutter contre le géant. Autre leçon ; il comprendra que, quand la France use d’indulgence à l’égard des Arabes, ce n’est, de sa part, ni peur ni faiblesse, mais magnanimité, longanimité; que la faiblesse seule est cruelle; qu’il n'appartient qu’à un grand homme ou à un grand peuple d’imiter le Clément, le Miséricordieux.
Si , dans l’avenir, il plaît à Dieu de rendre Abdel-Rader aux Arabes, riche d’expérience et d’études, il se montrera, en temps de guerre, plus circonspect dans l’attaque, et plus puissant, sinon plus habile dans l’action. En temps de paix, il saura que les richesses des chefs ne consistent point à dépouiller les populations, ce qui entraîne
leur découragement, et, avec le découragement, l’anéantissement de l’agriculture, du commerce et de l’industrie; mais que du bien-être des populations dépend l’opulence des souverains; que l’agriculture, le commerce et l’industrje sont trois mères nourricières des sujets et des rois.
Dznu. Tant de nourrices à la lois me paraissent suspectes; une, bonne, doit suffire.
Prêtre. Ce que je dis n’est pas de trop aux peuples robustes; ce que tu dis est suffisant aux peuples qui sont encore dans l’enfance. Mais du moins faut-il, pour ces peuples, sous peine de ne jamais passera l’adolescence ou de ne pouvoir remonter le courant, s’ils sont à la décrépitude, faut-il, dis-je, que cette nourrice ait deux mamelles : les pâturages et i agriculture. C’est ce que disait un grand roi de France, dans un temps où, à quelques égards, nous étions moins avancés qu’au- (ourd’hui, mais moins arriérés que vous.
Abd-el-Kader fera donc une chose agréable à Dieu, puisqu’elle sera utile aux Arabes, que de leur apporter par ses écrits ou par ses paroles, si Dieu le permet, l'art de bien cultiver les terres.
Dziri. Tout ceci n’a que faire avec la foi; c’est une occupation digne des amis de la terre, mais indigne d’Abd-el-Kader.
Prêtre. Les richesses de l’agriculture sont le premier moyeu de mettre les Arabes en mesure de faire avec quelque avantage la guerre contre les chrétiens. L’histoire du règne des Abbassides vous prouve que la prospérité n’est pas incompatible avec la foi. Alors vous étiez forts, parce que