‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 30 sur 46 · LA CLEF DU COR AA · texte numérisé non relu

LA CLEF DU COR AA

la maison. Cette femme, désappointée en voyant le bernons entre ses mains, et indignée de voir ses avances méprisées, appela les domestiques et leur dit, en parlant de son mari : Il nous a amené cet Hébreu pour nous insulter. Cet homme est venu à moi la passion dans le cœur; pour toute défense, je me suis mise à crier. Lorsqu’il a entendu mes cris, il a laissé entre mes mains son bernons, que je tenais pour le repousser, et a pris la fuite. Lorsque le mari rentra dans la maison, elle lui montra le bernons, qu’elle gardait comme prétendue preuve de sa fidélité, et lui dit : L’esclave hébreu que tu nous a amené est venu pour me faire violence. Comme je me suis mise à crier, il a pris la fuite, laissant le bernons entre mes mains. A ce récit, le maître entra dans une grande colère, et fit mettre Joseph en prison.'»

Dziri. Arrête, ô secrétaire! pose la Thaourat, et lis le morceau correspondant dans le Coran.

Secrétaire. C’est, pour moi, laisser le pain du soldat, pour savourer le pain du sultan. J’y suis. « Lorsque Joseph parvint à l’âge de puberté, nous lui donnâmes la sagesse et la science. C’est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien. La maîtresse de la maison conçut de la passion pour lui ; elle ferma les portes de l’appartement, et l’invita au mal. Dieu m’en préserve! répondit Joseph. Mon maître m’a donné une généreuse hospitalité. Les méchants ne prospèrent pas. Zalika (nom de la femme) redoubla d’instances. Joseph était sur le point de succomber, lorsqu’un avertissement de Dieu l’en détourna. Nous avons

sriTF. Alix SOIRÉES DE CARTHAGE.

voulu le détourner d’une action coupable et déshonorante, car il était du nombre de nos serviteurs sincères. Alors, tous les deux s’élancent vers la porte: Joseph pour fuir, Zalika pour le retenir; et la femme déchire la tunique du jeune homme par derrière. Le mari arrive sur ces entrefaites; tous deux se trouvent en face de lui, à l'entrée de la porte. Que mérite, dit Zalika, celui qui a voulu attenter à la vertu de ta femme? N’est-ce pas la prison ou un châtiment terrible? — C’est elle, dit Joseph, qui a voulu me porter au mal. Un parent de Zalika intervient, et propose ce témoignage. : Si la (unique est déchirée par devant, c’est la femme qui dit la vérité, et le garçon est du nombre des menteurs. Si, au contraire, la tunique est déchirée par derrière, c’est la femme qui ment, et lui dit la vérité.

« Le mari examina la tunique, et \it qu’elle était déchirée par derrière. Voilà vos fourberies, ô femmes! s’écria-t-il; voilà vos fourberies! vos fourberies sont grandes. Le mari, se tournant versle jeune homme, lui dit : O Joseph, ne fais pas d’esclandre, et toi, Zalika, demande pardon de la faute; car tu es du nombre des pécheresses! Les femmes de la ville, de se raconter le fattarello (petit fait), en disant : La femme de l’Azis (éminent) est devenue folle de son esclave ; elle a voulu!... Cette femme, en vérité, ne suit pas le droit chemin. Lorsque Zalika eut connaissance de ces propos, elle invita les voisines à un festin; elle donna un couteau à chacune, puis elle ordonna à Joseph de paraître. Quand ces femmes eurent vu le jeune

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homme, chacune de lui faire compliment : O Dieu! décriaient-elles, ce n’est pas un homme, c’est un ange (ligne de nos adorations ; et, dans la distraction, elles se taillaient les doigts (en croyant couper des oranges ou des citrons).

« Voilà cependant, dit Zalika, voilà celui au sujet duquel j’ai encouru vos blâmes. J’ai voulu le faire céder à mes désirs; mais il s’obstine à garder l’innocence. S’il persiste dans son refus, il sera jeté en prison, où il sera réduit à un état misérable.

« Seigneur, s’écria Joseph, la prison est préférable au crime auquel ces femmes me sollicitent. Si tu ne me protégeais contre leurs séductions, je me laisserais entraîner par un penchant de jeune homme , et serais du nombre des insensés.

« Dieu exauça Joseph et déjoua tontes leurs ruses; car il entend et sait tout. Cependant, malgré les preuves que Joseph avait données de son innocence, on le mit en prison pour un temps. »

Dziri. Suspends, ô secrétaire! Messieurs, je prévois et apprécie d’avance les réflexions de chacun de vous sur le parallèle entre le passage du Coran et celui de la Thaourat. J'aurais beaucoup de plaisir à vous entendre; mais nous avons assez immoré sur cette sourate. Seulement, comme c’est particulièrement pour moi que la lecture s’est faite, laissez-moi placer la seule réflexion qui paraisse se rattacher au sujet de notre entretien. Dans le récit de Moïse, Joseph est faussement accusé; mais, bien que par erreur, il est jugé coupable, et, comme tel, jeté en prison. Cela va de soi.

SUITE AUX SOIRÉES DE CARTHAGE. Ia5

Dans le Coran, Joseph est' reconnu innocent par son maître, qui est son juge. Joseph est cependant mis en prison , sans qu’on voie ni pourquoi ni comment. En ceci, je ne vois pas de logique. Ta clef paraît sûre , ô cadi! continue, je te prie, d’en faire l’application.

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