LA CLEF DTI CORAN
l’Évangile, plus détaillé, tout aussi bien ou mieux conçu que dans le Coran.
Messieurs, avouons-le : les Mecquois ont manque de forme, mais ils n’ont pas manqué à la vérité, en disant que le prophète se faisait instruire par les juifs ou s’inspirait dans leurs livres. (Sourate les Prophètes.')
Vous devez , Messieurs , regretter l’omission commise par le secrétaire : c’est ici qu’il aurait trouvé l'occasion de faire ressortir le talent de Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui! Pour suppléer à sa négligence, arrêtonsnous, par forme de digression , sur deux passages remarquables; ils regardent David et Salomon, que Dieu a doués de science et de sagesse, est-il dit dans le Coran. (Sourate la Fourmi.) Vous verrez comme, grâce à l’habileté du prophète, le Coran l’emporte sur la Cible.
D’après le livre des juifs, David, que la paix de Dieu soit sur lui! ayant laissé entrer l’infirmité dans son cœur, s’appropria une femme dont il fit mourir le mari. Dieu, pour lui faire reconnaître sa faute, lui envoya le prophète Nathan, qui lui adressa cette parabole : « Deux hommes vivaient dans une ville, l'un riche, l’autre pauvre.
« Le riche possédait des brebis et des bœufs en grand nombre.
« Le pauvre n’avait qu’une jeune brebis qu’il avait achetée, élevée, et qui avait grandi sous son toit avec ses enfants, mangeant du pain de sa table, buvant à sa tasse, dormant la tète reposée sur son sein ; elle était pour lui comme sa fille.
SUITE AUX SOIRÉES DE CARTHAGE. l/j()
« Un voyageur vint demander l’hospitalité au riche. Celui-ci ne voulut point touchera ses brebis ni à ses bœufs pour lui donner à manger; il prit la brebis de son voisin, et prépara un festin à son hôte.
«Sur un tel récit, David, transporté d’indignation contre cet homme, dit à Nathan : J’en jure par le Dieu vivant, est digne de mort l’auteur d’un semblable procédé. Il rendra la brebis au quadruple pour s’étre permis une telle action. Nathan dit à David : Cet homme, c’est toi. — David dit à Nathan : J’ai péché contre le Seigneur ; et David fit pénitence. » ( Les Rois, liv. ni.)
Dans le Coran , au contraire, sourate Sad, la même histoire est écrite de cette manière : « Pendant que David était dans l’oratoire, se présentèrent à lui deux hommes, qui étaient en procès. David éprouva un mouvement de frayeur. Ils dirent: Ne crains pas. L’un de nous a préjudicié à l’autre; prononceentre nousavec vérité; sois impartial; dirigenous dans le sentier de l’équité. Voici, dit l’un : Ce fils de mon oncle avait quatre-vingt-dix-neuf brebis; je n'en possédais qu’une. Il me dit : Confie-moi ta brebis, je la garderai avec les miennes; et je me
laissai persuader par ses paroles!
David répondit : 11 a été injuste envers toi, en demandant ta brebis pour la réunir aux siennes. En vérité, dans les affaires, beaucoup agissent avec injustice et violence contre d’autres qui croient
en Dieu et font le bien. Mais que ceux-ci sont
en petit nombre! Et David comprit que nous
l’avions mis à l’épreuve (que la parabole le regardait), et demanda grâce au Seigneur. Il se pros-
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terna la face contre terre, et revint à Dieu. » Le talent du prophète se montre en ceci : d'après l’enseignement du Coran et de la Sonna, tous les prophètes doivent être exempts de péché avant et après leur élection. Le livre des juifs dit clairement que David, reconnu comme un des plus grands prophètes dans le Coran , ainsi que dans l’Ancien et le Nouveau Testament , commit un grand péché. Séid Mahomet, ne pouvant justifier David, dont il connaissait l’histoire, conséquent au principe du Coran, a sauvé sa réputation aux yeux du peuple : il a su trouver une parabole qui a conduit ce grand prophète au repentir sans parler de son péché.
Muphti. Le l’entateuque et l’Evangile disent trop crûment les choses; ils sont sans indulgence pour les faiblesses des prophètes. Vive Séid Mahomet, le prophète du Clément, du Miséricordieux !
Dzi ri. Séid Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui ! fidèle au même principe, a couvert du même voile de respect les faiblesses de Salomon, fils de David, sur tous deux soit la paix ! A la sourate la Fâche, il est dit : « Ce n’est pas Salomon qui fut infidèle ; les infidèles, ce furent les Chitans. »
Un autre passage où Séid Mahomet a montré la supériorité de son talent : le Livre des juifs, eu racontant la visite de la reine de Saba à Salomon, dit tout simplement : « I.a reine de Saba, jusqu’à laquelle était parvenue la renommée de Salomon qui parlait dans le Seigneur, vint s'assurer de la vérité en proposant au roi des énigmes à expliquer. Elle entra dans Jérusalem, accompagnée d’une
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grande suite, de richesses, de chameaux chargés de parfums et d’une grande quantité d’or et de» pierres précieuses. Elle se présenta à Salomon et lui proposa toutes ses énigmes.
« Salomon l’instruisit sur tout ce quelle lui avait proposé. Il n’y eut pas une parole que le roi ignorât, et sur laquelle il ne répondît.
«La reine de Saba, témoin de la sagesse de Salomon, en voyant l’édifice qu’il avait bâti, les mets' de sa table, les habitations de ses serviteurs 1 , la distribution de ses ministres, leurs uniformes, et les holocaustes qu’il offrait dans le temple du. Seigneur, perdait haleine.
« Elle dit. au roi : Vrai est ce que j’ai entendu dans mon royaume et sur ton éloquence et sur ta sagesse; je n’en croyais pas le récit qu’on m’en, faisait. Depuis que je suis venue et que j’ai vu de mes yeux, je nie suis convaincue que la moitié des choses ne m’avaient pas été racontées. Ta sagesse et tes œuvres,, ô roi, sont au-dessus de ce que la renommée m’en avait appris.
« Heureux sont tes ministres et les serviteurs qui jouissent de ta présence, et entendent le langage de ta sagesse.
« Béni soit le. Seigneur ton Dieu, à qui tu as su plaire, et qui t’a placé sur le trône d Israël pour donner à ce peuple un témoignage de sa perpétuelle amitié, et qui t’a constitué roi pour juger selon la justice et l'équité.
* Elle donna au roi cent vingt talents d’oT, des» parfums en abondance, et des pierres précieuses. Jamais il ne fut. fait présent d’autant de parfums
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que la reine de Saba en offrit à Salomon.» (3 e liv. des Rois.)
Voici comment le prophète, en racontant le même fait, renchérit sur l’auteur juif, par la poésie et le merveilleux :
« Salomon fut l’héritier de David. Il dit : O hommes, on in’a enseigné à comprendre le langage des oiseaux. J’ai été gratifié de toutes choses. Certes, c’est une faveur manifeste.
ttUn jour, Salomon rassembla ses armées, composées de génies, d’hommes et d'oiseaux, tous rangés séparément selon leur espèce.
a Comme ces troupes arrivaient à la vallée des fourmis, une d’entre elles, la reine de la république, s’écria: Ho! fourmis, hâtez-vous de rentrer dans votre citadelle, de peur que Salomon et son armée ne vous écrasent par mégarde sous leurs pieds.
« Salomon, entendant ces paroles, éprouva un sentiment de jouissance, et, le sourire sur les lèvres, dit : Seigneur, mon Dieu! excite en moi la reconnaissance pour ’jles bienfaits dont tu as comblé moi et mes pères; fais que je pratique le bien pour te plaire; conduis-moi sous les ailes de la sagesse dont tu environnes tes serviteurs vertueux.
« Il passa en revue les oiseaux et dit: Comment se fait-il que je ne voie pas la Huppe? est-ce quelle est absente? En vérité, je lui infligerai un rude châtiment; je la punirai de mort, à moins qu’elle n’apporte de légitimes motifs d’absence.
« Elle ne tarda pas à se présenter, et dit à Sa-
lomon : J’ai visité un pays qui t’est inconnu; je viens de Saba, d’où j’apporte des renseignements positifs.
«J’y ai trouvé une femme qui règne sur les habitants; elle possède toute espèce de richesses, et son trône est magnifique.
« lîlle et son peuple, je m’en suis convaincue, adorent le soleil, à l’exclusion de Dieu. Satan fait prospérer leurs œuvres et les a embellies à leurs yeux ; il les a détournés de la voie de la vérité. Aussi marchent-ils privés de direction, sans adorer Dieu qui produit au grand jour les secretsdes cieux et de la terre, qui connaît ce que vous cachez dans vos cœurs et ce que vous dites; le Dieu unique, le possesseur du grand trône.
« Salomon dit à la Huppe : Bientôt nous saurons si tu dis vrai , ou si tu es du nombre des menteurs.
« Va avec cette lettre de ma part, remets-la-leur, et place-toi à l’écart, attentive à leur réponse.
« Balcaïsa (c’était le nom de la reine), après la ré-, ceplion de cette lettre, dit aux grands de sa cour : Messieurs, j’ai reçu une pièce honorable. C’est de la part de Salomon. En voici le contenu : Au nom de Dieu clément et miséricordieux, ne vous armez pas contre ma puissance ; mais venez à moi avec soumission.
«Messieurs, ajouta la reine, conseillez-moi dans cette affaire; je ne prendrai aucune décision sans votre avis.
J>es seigneurs répondirent : Notre force, notre valeur, nos armes sont à ton scrrice; à toi appar-
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tient l’empire. C’est à toi de voir ce que tu as à ordonner.
« La reine dit : Lorsque les rois entrent en ennemis dans une ville, ils la saccagent et réduisent les plus grands personnages au dernier degré des citoyens. Ainsi agira-t-on à notre égard.
a Je me détermine à envoyer des présents ; j’attendrai la réponse de mes ambassadeurs.
« Lorsque l’envoyé se présenta devant Salomon, le roi lui dit : Est-ce que vous prétendez augmenter mes biens? Ce que Dieu m’a donné vaut mieux que ce qu’il vous a donné. Gardez vos richesses, dont vous savez si bien faire usage.
«Retourne vers ceux qui t’envoient. Nous irons les attaquer à la tète d’une armée formidable; nous les chasserons de leur pays couverts d’ignominie.
«Salomon, se tournant vers ses ministres, leur dit : Qui de vous m’apportera le trône de la reine avant qu’elle vienne avec, son peuple faire sa soumission?
«Moi, répondit Ifrit, l’un des génies, je te l’apporterai avant que tu te sois levé de ton trône. Je suis fort et fidele.
«Un autre, qui avait la science du livre, dit au roi : Moi, je te l’apporterai avant que tu aies le temps de fermer l’œil et de le rouvrir (d’un clin d’œil ).
«Et lorsque Salomon vil le trône placé devant lui, il dit : C'est un témoignage de la faveur de Dieu. 11 me tente, pour voir si je serai reconnaissant ou ingrat. Celui qui est reconnaissant, l’est à
son propre avantage. Pour l’ingrat, Dieu peut se passer de lui : il est riche et généreux.
* Masquez le trône de la reine de manière à le rendre méconnaissable. Nous verrons si elle est sur la voie droite, ou bien du nombre de ceux qui ne sauraient être dirigés.
«Lorsque Balcaïsa se présenta devant Salomon, on lui demanda: Est-ce là votre trône? Elle répondit : On dirait que c'est lui.
« Nous avions reçu la science avant elle, et nous étions résignés à la volonté de Dieu.
« Les divinités qu’elle adorait, à l’exclusion de Dieu, l'avaient égarée. Elle fut du nombre des infidèles.
«On dit à la reine (1) : Entrez dans ce palais. Quand elle le vit, elle crut que c'était un bassin d’eau , et se retroussa la robe pour marcher. — C’est un palais pavé de cristal, dit Salomon.
«Seigneur, dit la reine, j’ai agi iniquement envers moi-même en adorant les idoles. Maintenant je me résigne à la volonté de Dieu, maître des mondes. » (Sourate la Fourmi.)
Jugez, Messieurs, de la supériorité de Séid Ma-
li) Gelal-Eddin, fondé sur la tradition, dit : Salomon, ayant entendu dire <|iie Balcaïsa avait les pieds et les jambes couverts de poils romme une An esse , pour juger de la chose usa de cc stratagème : il lit placer son trône devant un bassin d'eau oïl nageaient des poissons, de manière à ce que la reine fût obligée de retrousser la robe pour y parvenir. Mais un ange passa une couche de chaux sur les jambes de Balcaïsa , et .Salomon consentit à l'admettre au nombre de ses femmes.