‹ La clef du Coran, faisant suite aux Soirees de CarthageChapitre 6 sur 46 · DIALOGUE IL · texte numérisé non relu

DIALOGUE IL

$^j*t : Altercation «ssez vive entre le cadi et le Dziri, — JJ e$» prouve, par une vingtaine de vervçts du Coran, que ttaiiuiuet n'avait pas le pouvoir de faire des miracle».

Le Dziri , s’adressant au cadi et au muphti : Est-il bien vrai, dit-il, que Mahomet 11 ait qualifié le prophète du nom rapporté par le babas?

La Di. La citation est exacte; le fait est rapporté par nos historiens.

Dziri. Cet empereur est cependant compté au nombre «les croyants.

Cadi. Certainement; mais on peut être croyant de tant «le manières.

Dz'Ri. // n'y a île Dieu que Dieu x et iManomÇt est l’Eneoj é de Dieu, voilà l uuiquc base de la véritable croyance.

Cadi. Mahomet II se f lisait gloire de porter le nom «le notre maître; mais il ne le regardait point comme prophète, llien ne l’avait happé parmi les signes qu’on apporte eu faveur de sa mission.

Dziri. Je comprends maintenant l’impiété de cet empereur : elle était fille de l'orgueil et de l’ignorance.

P&ÊrAE. Un de nos sages l’a dit aussi : Peu de

suite avx soinées de «îarthage. $7

saeoir éloigne Je la vérité , beaucoup Je science y ramène.

Dznif. Comment ! le conquérant de Constantinople, bien qu’ébloui par l’éclat de ses victoires, n'était pas frappé de l’autorité imposante des miracles opérés par le prophète ! Je lisais, il n’y a pas encore deux jours, dans Alunet-ben-ldris, qu’aucun autre prophète n’en a fait un aussi grand nombre.

Cabi. Prends garde, ô Dziri , le terrain est mouvant; n’avance pas trop, crainte de ne pouvoir revenir sur tes pas ( i ).

Dzilu. Je sais bien ce que je dis, moi qui passe mon temps à étudier dans la Sonna les preuves de la religion.

Cadi. C’est dans le Coran qu’on doit d’abord étudier les preuves de l’Islam; et le livre dit expressément que Séidna Mahomet, que la bénédiction «le Dieu soit sur lui* u’avait pas le pouvoir de faire des miracles.

Prêtre. Mettez-vous d’accord, Messieurs. Si les paroles du Coran sont fondées, comme vous devez le supposer, l’assertion du Dziri ne peut l’étre.

Dziri. I.es paroles «le la Sonna sans foudetm lit !

Phêpre. Si les paroles du Dziri sont vraies, le cadi doit rétracter ce qu’il avance.

Cai»i et Muphti. Rétracter les paroles du Coran! cela veut dire renier Dieu et le prophète.

Prêtre. Jusqu’ici le Coran et la Sonna sont en

(l) I.erail' n itrjà ri'cnnini que, il'a prés le Coran, le «Ion «les miracle» était refusé à Mahomet. Soirées de Cait/iuge, p. 10t.

^8 LA CLEF mr COU A y,

contradiction; mettez -vous donc d’accord. Messieurs.

D/.iri. T/C hou musulman ne se laisse jamais confondre : je soutiendrai ma proposition puisée dans la Sonna, sans sacrifier pour cela un verset du Coran. Seulement, qu’on ne fasse pas dire au Coran ce qu il ne dit pas.

Ce cadi et le muphti se regardent, et s'adressant au Dziri : Ja rarljel (ù homme) ! s’écrient-ils, estce nous peut-être qui faisons «lire an Coran ce qu il ne dit pas?

Prêtre. Messieurs, n'envenimez pas la question. Ce n est le moyen ni fie plaire à Dieu ni fie servir la vérité. A ous êtes tons docteurs de la loi; consultez le livre, écoutez ce qu’il dit, et la question sera vidée.

Cadi. f a Dziri, prends ton Coran; ia muphti, prends le tien; le mien est dans ma tète; ia babas, prends un qalam (roseau) et du papier, et compte mes citations.

Prêtre. A la bonne heure.

Cadi. Je commence. Sourate t Araignée, (v. 9.9) : T.es Mecquois disaient : n Si au moins des miracles lui étaient accordés fie la part de son Seigneur. Iîeponds-leur : Les miracles sont au pouvoir tle Dieu, et moi je ne suis qu un. encore chargé ti’ avertir clairement. »

Prêtre. Une fois.

Cadi. A la sourate Famille el’/mran v. nq, 180, 181) : Comme les Juifs refusaient de croire au prophète, parce qu’ils 11e voyaient pas de miracle, il fut révélé : a A ceux qui disent : Dieu nous

stm. aux soirées m. Cautuagj:.

a juré que nous 11e sommes tenus de croire à un prophète qu'au tant qu’il présentera une offrande, et que le feu du ciel la consumera , réponds : / vus aviez avant moi des prophètes /pii ont opéré des miracles, et meme le miracle dont vous parlez; pourquoi donc les avez-vous tués? ditcs-le, si vous êtes véridi/ptes . S’ils te traitent / l’imposteur , les apôtres venus avant loi ont été traités de même, quoi <pè ils eussent opéré, des miracles et apporté le livre des psaumes et le livre qui éclaire (l'Évangile j. >>

Prêtre.. L'aveu n’est qu’implicite, mais il est clair. Deux fois.

Caui. A la sourate le. Bétail (v. 109), d est dit des Mecquois : « Ils ont juré devant Dieu, par le serment le plus solennel , que s'il (Mahomet J leur faisait voir un miracle, ils croiraient, dis-leur: Les miracles sont au pouvoir de Dieu, qui en dispose à son gré, »

Prêtre. Trois fois.

Cadi. Séid Mahomet taisait connaître aux habitautsde la Mecque les versets que Dieu lui révélait par l’entremise de l’ange Gabriel. Les Mecquois répondaient qu’iis ne croiraient pas avant d’avoir vu descendre les feuillets contenant les versets révélés, ou d’avoir été témoins de quelque autre miracle. En réponse a leurs exigences, il est dit : Quand meme nous aurions fait descendre le livre en feuillets, et que le.s infidèles l’eussent touché de leurs mu ins, iis' diraient : Cesl île la pure magie, (lùid.)

Prêtre. Quatre lois. Voir descendre les ieuil-»

3k» IA CLEF DTI COR AIT,

lets <iu Corail, et les toucher, c’eût été pour les Mecquois nu grand témoignage. Il parait étonnant «pie Di«‘u ait refusé à Mahomet le pouvoir «le leur donner cette satisfaction, puisque les frais étaient faits.

Mneuri. Tu as vu le motif «lu refus, ils auraient «lit : C'est de la pure magie,

Caiii. A la sourate Jouas (v. a i J, les Mecquois disent : « Si un miracle ne lui est accordé par' son Seigneur, nous ne croirons pas; dis-leur : Les choses surnaturelles sont au pouvoir de Dieu, »

Prêtre. C’est pour cette raison que ces choses, mises à la disposition «le l’homme, deviennent une preuve évidente de sa mission. Cinq fois.

Caui. A la même sourate (v. qq), dis-leur: Contemple» ce qui est dans les cû-ux et sur la terre; les miracles et les avertissements ne sont d’aucuue utilité à ceux qui lie croient pas.

Prêtre. Dieu les a jugés utiles du temps de Moite et de Séidna Aica;à eux, salut! Six fois.

Muphii. N 'importe. Par ce verset, il n’en est pas moins déclaré «pie Séidna Mahomet, que la bénédiction de Dieu suit sur lui! ne devait point faire des miracles.

Cadi. Encore à la sourate le /Jetai/ (v. SI) : Grand nombre «le ceux qui avaient embrassé l’islaniismeapostasiaienl, parce «pi’ils ne voyaient point de miracles. Dieu adresse au prophète «-es paroles de consolation : « La désertion des infidèles t'afflige : certes, si tu te pouvais, tu voudrais pratiquer un antre au sein de la terre, un dresser une échelle pour monter au ciel et en faire descendte un mira-

c/e. Si Dieu voulait, ils se réuniraient tous dans lu direction du chemin droit. Ne sois donc pus du nombre des ignorants. «

Prêi-re. Sept fois. Si Mahomet n’a pu opérer des miracles, ce n’est pas sa faute; il le désirait ardemment.

Muphti. Dieu a mieux aimé consoler le prophète que de lui accorder le pouvoir de faire le moindre prodige.

Caim. A la même sourate (v. 35) : a Nous ne croirons pas, disent-jls; réponds-leur : Dieu est assez puissant pour faim descemlre un rnirucle, mais lu plupart ne le comprennent pus. »

Prêtre. Je ne comprends pas bien, moi non plus : les infidèles se plaignaient que celui qui se disait envoyé ne fît aucun miracle. Il leur est répondu que Dieu peut en faire. Ce n’est pas la question. Si du moins on avait répondu que, par la permission de Dieu, Mahomet avait ce pouvoir; mais non. Huit fois.

Muphti. La raison est toute simple: c’est que Dieu exigeait qu’on lui reconnut le pouvoir de communiquer le don des miracles, quoiqu'il le refusât à Mahomet, que la bénédiction de Dieu soit sur lui!

Cadi. A la même sourate (v. iît/|): « Lorsque des versets révélés sont proposés a leur croyance, ils disent : Nous ne croirons point tant que nous ne verrons pas un miracle pareil à ceux qui ont été accordés aux autres envoyés de Dieu. Dieu sait, leur est-il répondu, de quelle manière il doit régler la mission de chaque prophète. »

3l LA CLLl DU COR AN,

P hêtre. Neuf fois. C’était bien le cas alors, ou jamais, d’accorder à Mahomet le pouvoir d’opérer quelque prodige : les Mecquois n’attendaient qu’un signe pour se convertir.

Muputi. La raison du refus est donnée dans le verset : il n a pas plu à Dieu de régler ainsi la mission du prophète.

Cadi. Sourate te Tonne ne ;v. H) : « Les incrédules disent : Est-ce que Dieu ne lui n pas accordé le pouvoir de faire des miracles : Non, tu ries chargé une d avertir : chaque peuple a son mode de direction. »

Prêtre. Comme tout ceci est clair. Dix. fois.

Qui. Meme sourate (v. ubj : « Les infidèles disent : 11 n’a pas reçu de Dieu le pouvoir d’opérer des miracles, dis-leur: Dieu égare celui qu’il veut, et ramené h lui ceux qui se repentent. »

Prêtre. Onze lois. Ceci commence à devenir monotone, ô cadi!

Cadi. Mon rôle n'est pas le moins pénible, et je ne nu; plains pas.

Muphti. Comment trouvez-vous le Dziri? ('est à cause de lui que nous avons entrepris ces longues citations. Au lieu d’écouter et de vérifier, il passe le chapelet.

Dziri. Mon éducation est faite depuis longtemps.

Prêtre. Quand on croit n’avoir rien a apprendre, pour compléter l'éducation, il est utile de voir si l’on n’a rien à désapprendre.

Cadi. Par les versets qui viennent d’ètre cités, le Dziri peut comprendre qu’en disant que Maho-

met n’avait pas le pouvoir de faire des miracles, nous ne faisons pas dire au Coran ce qu’il ne dit pas. Désapprendre sur ce point est plus utile, comme dit le babas, que d’apprendre.

Dziri. Je n’étais pas encore sorti du coutab école), que ma réponse était prête contre tout ce que vous pouvez me dire.

Cadi. Si le docteur a pour parti pris de jurer parson maître; si la poussièrede l’école forme toujours une barrière impénétrable entre les versets du Coran et son intelligence, inutile de continuer.

Muphti. Je prie le cadi de reprendre pour ma satisfaction.

Prêtre. Et pour rendre hommage à la vérité.

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