DIALOGUE III
Mémf. sujet : Suite
Cadi. A la sourate t Abeille , v. /j6 : « Les apôtres , que nous avons envoyés avant toi , ont reçu chacun leur livre et le don des miracles. A loi, nous avons donne un livre, pour que tu expliques aux hommes nos enseignements , afin qu’ils réfléchissent.
Prêtre. Douze fois. Les autres apôtres ont reçu avec le livre le don des miracles, comme' preuve que le livre venait d’en haut.
Cadi. Encore à la sourate le Tonnerre, v. 4< : « Avant toi, nous avons envoyé d’autres prophètes, à qui nous avons donné des épouses et une postérité. Aucun d’eux n’a fait de miracles, si ce n’est par la volonté de Dieu. »
Prêtre. Treize fois. Ce verset révèle que les infidèles faisaient à Mahomet le double reproche de rie pas faire de miracles et de posséder trop de femmes.
MurnTi. Oui. 11 semble qu’avec un peu plus de l’un, et un peu moins de l’autre, les affaires du prophète n’en eussent été que mieux >' i ).
(i) Le muphti et le cadi se trouvent un peu endoctrines par les Soirées de Carthage.
Cadi. A la même sourate, v. 43 : « Les infidèles (ne voyant point de miracles) diront : Tu n’as point été envoyé de Dieu. Réponds-leur : Il nu suffit (fue Dieu et cett.r qui connaissent le. livre soient mes témoins. »
Prêtre. Quatorze fois. Je ne comprends pas bien ceci : les infidèles demandent un miracle comme témoignage d’en haut, et dans la réponse, Mahomet est autorisé à donner pour témoin la foi des hommes qui avaient cru sans témoignage.
Muphti. Laissons la discussion. Le fait est que, |iar le verset, Mahomet est mis à son aise, bien que le don des miracles lui soit refusé.
Cadi. à la sourate Thau , v. i33 : « Les Mecquois disent : Que ne nous fait-il voir un miracle de la part de son Seigneur ? — N’ont-ils pas une preuve évidente dans le livre du Pentateuque? »
Prêtre. Quinze fois.
Cadi. A la sourate les Prophètes , v. 56 : « Les Mecquois disent encore : Le Coran n’est qu’un tas de rêveries; c’est lui (Mahomet) qui a inventé ce iivre. Ce u'est qu’un poète. Qu’il nous montre un miracle pareil à ceux des apôtres d’autrefois. .lucune des villes que nous avons détruites nu cru; ils ne croiront pas non plus. »
Prêtre. Seize fois. Savez-vous que ces Mecquois étaient passablement impertinents. Ils ne se gênaient pas pour caractériser le livre et le prophète. On le voit bien, de tels hommes n’ont embrassé l’islam que sous l’autorité du sabre.
Muphti, Le babas sort de son rôle; il devrait
se borner à compter les versets où il est dit que Mahomet ne devait pas faire des miracles.
Prêtre. Alors, mon rôle devient pire que celui du garçon de billard ou du domestique du daouleti (juge de la police corectionnelle), auxquels il est permis de parler tout en comptant, l’un les points, l’autre les coups de bâton.
Cadi. A la sourate Elaraf \ v. ig 4 : « Il est dit au prophète : Si tu ne fais pas un miracle par ta puissance (nous ne croirons pas). Réponds-leur : Je ne suis </uc suivre les inspirations île mou Dieu. »
Prêtre. Dix-sept fois. N’en déplaise au muphti, je ne puis m’astreindre au rôle de compter des versets à la charge du Dziri. La politesse, dirai* je la justice, m'impose de vous faire observer en sa faveur : les mêmes versets étaient donnés comme des inspirations par Mahomet, et accueillis par les Mecquois comme des rêveries. Convenez qu’un miracle eût été nécessaire pour trancher la difficulté.
Cadi. A la sourate la l âche, v. 1 1 a, 1 1 3 : « Ceux qui ne connaissent rien, disent : Si Dieu ne nous parle, ou si tu ne nous fais voir un prodige, nous ne croirons point. — Ainsi parlaient leurs pères; leur langage et leur cœur sont les mêmes. Nous t’avons envoyé avec la vérité, chargé d'annoncer et d'avertir. On ne te demandera nul compte de ceux qui seront précipités dans l’enfer. »
Prêtre. Dix-huit fois. Toujours la même condition : Nous ne croirons pas si nous ne voyons des miracles.
Muphti. Toujours même réponse : Tu n’es charge que et annoncer et d'avertir.
Cadi. Sourate Voyage nocturne, v. 60: « Rien . ne nous eût empêché de t’envoyer avec le pouvoir de faire des miracles, si les peuples n’avaient traité de mensonges les prodiges opérés par les prophètes précédents. Nous avons fait voir aux Thamoudites la femelle du chameau bien distinctement ; ils n’out pas laissé de la maltraiter. Nous n envoyons de prophète avec le don des miracles que pour intimider. »
Prêtre. Dix-neuf fois. La crainte est le commencement de la sagesse, dit Salomon, fils de David , que la paix de Dieu soit sur eux ! Puisqu’nu dire du Coran, Dieu n’accorde les miracles que pour intimider, s’il en avait accordé à Mahomet, que la miséricorde de Dieu soit sur lui ! c’eût été au commencement de ses prédications, et non à la fin, comme j’ai entendu certains musulmans le prétendre.
Muphti. Ni au commencement, ni à la fin : la déclaration est formelle.
Cadi. « Nous ne croirons pas, disent les Mecquois, à moins que tu ne fasses jaillir de la terre une source d’eau vive; ou, à moins que ne te soit donné un jardin où la vigne se marie au palmier, et que tu ne fasses jaillir des sources du milieu de ce jardin; ou, à moins que tu ne fasses descendre sur nous une partie du ciel, comme tu semblés t’en arroger le pouvoir, et que tu n’amènes Dieu et les anges comme garants de tes paroles; ou, à moins qu’il