PRINCIPES DE L'ENSEIGNEMENT
PRINCIPE FONDAMENTAL.—Ze principal d'abord, l'accessoire ensuite. — L'enfant n’est pas destiné à occuper, plus tard, dans la société, toutes les positions à la fois, mais seulement, à l'exclusion des autres, une position donnée pour laquelle il lui faut des aptitudes et des connaissances spéciales, en dehors desquelles toutes les autres connaissances ne sont et ne sauraient être que des accessoires ; et, dans l’éducation d’un enfant, la première chose à se demander est de savoir ce qu’il peut faire et ce qu'il veut faire. Car les conditions de fortune et de santé, les aptitudes intellectuelles et morales, les connaissances à acquérir, le genre de vie, tout, en un mot, variant d’une position à une autre, l'éducation à donner à un enfant doit tenir compte de ces différences. et ne pas être la même pour tous les enfants. Et de même qu’il ne serait pas raisonnable à un homme de partir pour un grand voyage sans en connaître le but dès le moment de son départ ; de même il n’est pas plus raisonnable,
à mon avis, de faire entreprendre à un enfant de longues et pénibles études dont il est fort possible qu’un jour il ne tire que peu de profit.
. Tout ce qu'on dépense d'énergie er dehors de | sa vocation, est perdu pour celle-ci; et il y a, dans | chacune des positions élevées, trop de connais- NUL sances, utiles à acquérir, pour qu’on reste, si longl temps, sur des études que l'avenir montre à beau- | coup n'être pour eux que secondaires, et, tout en | admettant un ensemble précis de connaissances Lil générales, sil est passible qu’un enfant, à un âge 1] relativement peu avancé, puisse, én connaissance | | |
de cause, se décider pour un parti plutôt que pour un autre, 1l y a intérêt, et pour lui, et pour sa famille, et pour la société, à ce qu’il fasse ce choix, [ parceque, ce choix fait, il aura un but, et qu’il ne ji marchera plus, dès lors, dans la vie, indécis et (ll incertain, que, d’ailleurs, il réussira certainement | mieux dans une voie où il sera librement entré. La question revient donc à savoir à ‘quel âge un enfant, d’une bonne intelligence, peut, sans être exposé à se tromper, prendre un parti et se décider sur sa vocation. Balmès, ce philosophe chrétien d’un sens si droit, dans unlivre unique, l'art dar river au vrai, Va jusqu’à prétendre que, la vocation étant indiquée à chacun de nous par un secret ins-
tinct, par nos aptitudes et par les conditions de famille où Dieu nous a placés, un enfant, avec l’aide de de ses parents et de ses maîtres, est en état de se er décider à cet égard dès l’âge de douze ans, et, de ü ul fait, pour tous les enfants du peuple, c’est ce qui sale : ul
arrive. Obligés, par la nécessité du pain quotidien, de se suffire à eux-mêmes le plus tôt possible, ils
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| ne connaissent point toutes les tergiversations des
gens riches qui font une affaire d'état d’une chose, très-simple en réalité, quand on laisse agir la nature de l'enfant. Mais commençons d’abord par poser des principes.
Premier principe. —L'homme étant composé d’un corps et d’une âme, il faut connaître les besoins de l'âme et ceux du corps pour donner satisfaction aux uns et aux autres, et maintenir ainsi l'harmonie qui doit exister entre l’âme et le corps. Or, l’exercice étant une nécessité pour le corps, il ne’ faut pas l’immobiliser comme on le fait. Quiconque ne travaille pas de corps, vit en dehors des lois de la nature : donc, travail manuel.
Quant à l’âme, il faut la considérer à différents points de vue. Comme intelligence, elle a besoin d’être éclanée sur les vérités de l’ordre naturel et sur les vérités de l’ordre surnaturel; la raison est en effet la sœur de la foi. Comme sensibilité, elle a besoin d’aimer et d’être aimée; il ne faut pas l'isoler et la priver, même momentanément, des affections que la nature établit ou peut établir : donc, en règle générale, quand la chose est pos-
sible, éducation dans la famille. J’en excepte les
vocations religieuses. Comme volonté, elle.a besoin d'agir ; il ne faut pas traiter l’enfant en esclave, mais lui donner un point d'appui et lui proposer un but. | Deuxième principe. —L'homme étant appelé à une position précise, et non pas à un idéal indéterminé, il faut savoir, le plus tôt possible, quelle est la vocation d’un enfant. Or, il y a deux tendances principales, assez faciles à discerner dès.le bas âge, deux