‹ La clef du mystère [microforme]Chapitre 32 sur 58 · MONSIEUR L’ABBÉ · texte numérisé non relu

MONSIEUR L’ABBÉ

Je crois vous avoir très-clairement indiqué dans ma dernière lettre de quels éléments, au Canada, se compose la population, et, par les documents officiels que je vous ai envoyés, vous avez dû comprendre quel est son cachet spécial, son caractère distinctif ; c’est un peuple essentiellement religieux qui est tout entier dans la main du clergé. Il me reste maintrnant, après avoir établi la grande influence des prêtres canadiens, à les étudier dans leurs rapports personnels et à vous montrer le

l travail de concentration qui s’opère parmi eux sans e . qu’ils en soupçonnent la cause véritable.

Les prêtres canadiens sont, en général, des hom- d

; mes dont les mœurs sont pures, et bien que, pour q

/ la plupart, ils aiment un peu trop le faste et l'éclat, | fs

| on ne peut pas dire que ce soient de mauvais2s Et

gens. S'ils pèchent assez fréquemment par excès de il

zèle, cela tient, en partie, au milieu dans lequel ils oi

se trouvent et à l’opinion exagérée qu'ils ont de ce

leurs droits. A peine, en effet, ont-ils revêtu la sou- sc

tane qu'ils reçoivent déjà des témoignages de véné- | a ration, et, sans avoir eu besoin, pour cela, de passer

par aucune épreuve, avant même d’avoir acquis la m

science et l'expérience, ils voient, tout, jeunes | vé

encore, leur autorité universellement reconnue, et | ak

ils jouissent immédiatement d’une considération | en

et le

et d’une influence que vous autres, du clergé français, vous ne pouvez obtenir qu’à force d’abnégation. Encensés par tout le monde, ne rencontrant jamais de contradiction, même quand ils ont tort, entourés de gens que. le peuple, dans son langage imagé, appelle ici /es /icheux de prêtres, expression caractéristique, ils finissent, presque tous, les mêmes causes produisant partout les mêmes effets, ils finissent par oublier qu'ils sont hommes, et, sous l'empire de cette excessive confiance en eux-MÊMES, ils se sont tellement identifiés avec la religion qu’on: ne peut plus signaler le moindre abus, faire la moindre observation, sans être aussitôt regardé par eux comme un ennemi de Dieu et traité comme

tel; et, comme ils sont tout-puissants, que, d’un

mot, ils peuvent briser l’avenir d’un homme, la classe moyenne, sur laquelle pèse surtout cette situation et qui est composée des avocats, médecins, notaires, hommes de lettres et marchands, sachant qu'il est dangereux d’entrer en lutte avec eux, cette classe, quoique moins soumise que le peuple, les laisse faire, se tait par prudence, et, d'ordinaire, se contente de leur opposer une résistance passive ; mais il est facile de prévoir que le temps n’est pas éloigné où elle secouera le joug, et c’est rendre service à ces Messieurs que de leur dire la vérité ; car ils sont plus craints qu’aimés et il est malheureux: qu’il en soit ainsi,

Depuis la conquête jusque vers l’année 1840, et même plus tard, le clergé canadien semble avoir vécu dans une grande union. Comme il n’y avait alors dans tout le Canada qu’un seul diocèse et, en dehors des Sulpiciens de Montréal, qu’un seub

collège, le séminaire de Québec, les prêtres, seul

des Français, les prêtres avaient un double mandat à remplir : défendre la religion catholique contre le protestantisme et protéger le peuple vaincu contre l'arbitraire et les violences du peuple vainqueur ; et les évêques, successeurs de Mgr. de Laval, ayant ainsi un double point d'appui, et fo: ’; pour ainsi dire, par les circonstances, de concentrer toute l’autorité entre leurs mains, de-

. vaient nécessairement exercer sur le clergé et sur le

peuple un contrôle absolu. (Car, à cette époque,

les intérêts matériels et les intérêts spirituels étaient

le: imétses ; et tout le mcnde comprenait qu'il frilait se ‘«r nges derrière eux pour tenir tête à: l’ennemi ; : quand, plus tard, cette situation se fut MC À aifiée | peu à peu et que, le danger passé, on eut érigé de nouv-ux évéchés et fondé de nouveaux collèges, les liens qui les avaient jusque-là tenus étroitement unis, se sont distendus au point de se rompre et, pendant longtemps, ils ont formé

‘- deux camps ennemis. Il m’est impossible, au fond

d’une campagne, de me procurer les documents qui vous permettraient de juger par vous-même de

l'esprit qui animait le clergé dans ces différentes

luttes, et il faudra vous contenter de l’analyse sommaire que je vais vous en donner.

La guerre a commencé à propos des oiquée Les uns, ceux de Montréal et de Trois-Rivières,

demandaient qu’on proscrivit entièrement les au-

teurs payens pour les remplacer par les auteurs

chrétiens, et je crois que c’est là une exagération,

bien que le principe d’une réforme dans le sens

corps organisé qui fût resté debout après la défaite

religieux ait sa raison d’être; les autres, ceux de Québec, partisans de l'ancien système et décidés à le maintenir, objectaient que les auteurs payens, ayant été expurgés, n’offrent aucun danger pour l'éducation de la jeunesse, et il est certain que les ouvrages de César, et d’autres encore, peuvent, sans inconvénient, être mis entre les mains des enfants. Au fond, il y a du vrai d’un côté comme de l’autre ; mais la plupart de ces messieurs abordaient la lutte sans principes arrêtés, sans méthode nouvelle à opposer à l’ancienne, avec un programme mal défini, et, dans ces conditions, aucun d’eux ne pouvant agir d'autorité ni imposer sa volonté aux autres, les articles succédaient aux articles, de jour en jour plus violents, et, sur les derniers temps, la polémique avait fini par dégénérer.en invectives et en injures, au grand scandale des laïcs peu habitués à voir les prêtres s’insulter ainsi publiquement. Les évêques eux-mêmes étaient déscendus dans l’arêne et combattaient comme de simples soldats, répoñdant par l’excommunication aux arguments de leurs adversaires et interdisant aux simples fidèles la lecture des ouvrages qui ne leur plaisaient pas, ouvrages, m’a-t-on dit, moins condamnables dans le fond que dans la forme.

La querelle s'étant assoupie, une autre a surgi plus sérieuse dans laquelle, par malheur, la plupart des évêques canadiens, à la suite de Mgr. Dupanloup, ayant pris fait et cause contre l’infaillibilité du pape, ou, du moins, contre l’opportunité d’une définition à ce sujet, le clergé, quelque peu imbu des idées gallicanes, a, presque tout entier, soutenu cette thèse qu’il était dangereux pour la foi que ce

dogme fût formulé et qu’il serait impossible, si la chose arrivait, d'obtenir la conversion des protestants, erreur déplorable qui a été violemment combattue dans la presse par un homme. ardent qui, déjà, dans la question des classiques, s’était déclaré pour les auteurs chrétiens et avait, sur ce point, tenu tête à l’Archevêque de Québec et à l’Université-Laval dont ce prélat était alors le recteur. En un mot, c’étaient les mêmes adversaires, déjà aigris les uns contre les autres par leurs luttes antérieures, quise retrouvaient sur un autre terrain.

NoTA.—M. l’avocat Chabot m’a fait observer que la chose ainsi présentée, est trop absolue ; qu’il a pu se trouvér quel- . ques prêtres professant cette doctrine ; mais que la grande ‘masse du clergé n’a jamais eu ces idées-là. Je lui donne acte de son démenti ; mais en lui faisant cependant une interrogation ? Comment se fait-il, Mr Chabot, si ce que vous dites est vrai, que Mgr. Laflèche, à son retour du concile, et avec une franchise qui l’honore, ait dit à peu près ceci : Vous auéres, évêques, nous nous sommes {ous trompés ; il n'y a eu que ce pauvre petit curé de campagne à voir clair dans celte importante question. Celui dont je tiens ce propos est un homme en qui j'ai toute confiance et qui est parfaitement renseigné. Enfin, il y a eu quelque chose,

Après la promulgation du dogme, ils n’ont pas.

enterré la hache de guerre, et, chacun travaillant dans son sens, ceux de Québec, pour avoir le monopole de la haute éducation, ceux de Montréal, pour les empêcher de l’avoir, ils ont dernièrement porté la question au tribunal du Pape qui vient, de trancher le débat en faveur de l’Université Laval. Par cette décision souveraine, cette Université qui, en 1877, a été érigée en université catholique sous le

si la otescom- | qui, claré joint, "Uniteur.

déjà anté-

, chose r quelrrande 1e acte nter:o- 1s dites et avec Nous y a eu s celte est un ement

t pas.

illant ono-

pour porté tran- Par i, en s le

patronage de Son Eminence le Cardinal Franchi et qui, en 1878, grâce à Son Excellence Mgr Conroy, a obtenu de Rome d’avoir une succursale à Montréal, l’Université-Laval, institution puissamment riche qui, par l’affiliation, tient sous sa dépendance tous les colléges du Bas-Canada, cette université défie aujourd’hui toute concurrence et elle imposera la méthode qu’elle voudra. C'est de là que sortira, au Canada, le bonheur ou le malheur du peuple, suivant que les principes qui pr'évaudront dans cette institution séront bons ou mauvais.

La confédération canadienne

Monsieur l’abbé,

+ Jusqu'ici, il n’a guère été question, dans mes lettres, que d’une seule province, la province de

Québec, dans laquelle demine l'élément français et

catholique. Je crois maintenant utile, pour que vous ayez de la situation générale une idée bien nette, de vous exposer, en peu de mots, par suite de quelles circonstances, le Bas-Canada, qui formait autrefois un gouvernement à part sous la direction immédiate de l’Angleterre, se trouve aujourd’hui faire partie d’une confédération que l’on appelle la Puissance du Canada.

Il suffit, pour cela, de remonter à 1837, époque où, pour la première fois depuis la conquête, les Canadiens, obligés jusque-là de se soumettre à toutes les exigences des gouverneurs anglais, ayant demandé des réformes et ne les ayant pas obtenues, en appelèrent aux armes et se révoltèrent. Les troubles durèrent trois ans; mais, sauf quelques

escarmouches de peu d'importance, on ne peut pas dire qu'il y ait eu de véritables combats. D'ai leurs le soulèvement n’était que partiel, et les patriotes, mal armés et mal commandés, n'étaient pas en mesure de résister sérieusement aux soldats de l'armée régulière. Après un simulacre de lutte, ils durent se disperser; les uns se cachèrent dans le pays; les autres s’enfuirent à l'étranger, et parmi eux, Papineau, le chef du mouvement, Quelquesuns furent pris et pendus et, peu à peu, le calme se rétablit ;. mais le feu couvait sous la cendre et

: l'Angleterre était trop habile pour ne pas com-

prendre que le moment était venu pour on de faire quelques concessions.

En 1840, elle imagina d’unir ensemble, par un mariage forcé, les deux Canada, le Haut-Canada, en majeure partie composé d’Anglais, et le Bas- Canada où la population d'origine française était déjà en grande majorité ; elle accordait aux Anglais . d'Ontario la faveur spéciale d’avoir, quoique moins nombreux, une représentation égale à celle du Bas-Canada. De plus, le Haut-Canada apportait en dot à la province de Québec une dette assez

considérable que, par la volonté souveraine de

Notre-Dame la Reine, celle-ci devait, à partir de ce moment, considérer comme sienne. Moyennant quoi, on octroyait implicitement aux habitants du pays le droit de se gouverner eux-mêmes.

Mais, d’abord, il fallut lutter contre la mauvaise volonté des gouverneurs anglais habitués à commander en maîtres et qui, interprétant à leur avantage, l'acte du parlement britannique, voulaient

maintenir quand même l’ancien état de chose; et À

nl mm ge

ce ne fut que, sous l'administration de lord Elgin, que les deux provinces, marchant de concert, obtinrent enfin le gouvernement constitutionnel tel qu’il se pratique en Angleterre.

Par malheur pour les Canadiens, des symptômes de division commencèrent bientôt à se manifester parmi eux ; et Papineau, le tribun populaire de 37, étant revenu au pays après dix ans d'absence, et ne

comprenant pas, ou ne voulant pas comprendre, que la situation n’était plus la même, au lieu de se rallier aux hommes de valeur et d'expérience qui dirigeaient alors le pays, s’unit contre eux avec quelques jeunes gens, à idées avancées, et leur prêta l'appui de son nom en collaborant au journal l'Avenir, dans lequél ils exposaient leurs théories. Le tort de ces messieurs qui ne désarmaient pas, était de raviver les visilles haines qui n'avaient plus leur raison d’être, de prêcher l'annexion aux Etats- Unis, annexion qui, à mon sens, ne sera jamais profitable au Canada, et de demander en bloc un ensembie de réformes qui ne pouvaient s’accomplir

que progressivement et à la longue. Ils mêlaient

d’ailleurs le vrai avec le faux, et, à côté d’excellentes choses que le parti conservateur, plus pratique, a su leur emprunter, ils n’eurent pas la prudence de se taire. sur d’autres questions, et, en proposant l'abolition des dîmes, ils s’'aliénèrent immédiatement tout le clergé: qui, depuis cette époque, et malgré ses transformations, a toujours regardé d’un mauvais œil le parti libéral.

Le Canada est un très-beau pays, mais c’est un pays froid, et, en hiver, le Saint-Laurent, devenu route carrossable, cesse d’être ouvert à la naviga-

tion de telle sorte que les habitants, avant l'établissement des chemins de fer, se trouvaient, six mois de l’añnée, isolés du reste du monde et l'hiver était généralement considéré, par eux, conme.une saison morte pendant laquelle la plupart des gens ne faisaient rien ou à peu près rien; mais quand la pre

mière ligne, le Grand Tronc, eut été construite et qu

cette ligne eut mis la province de Québec en communication permanente avec Portland, il s’établit, presqu’aussitôt, vers les centres manufacturiers des Etats un mouvement de va-et-vient qui, d'année en année, plus sensible, a fini par devenir incontrôlablé et par constituer une véritable émigration. On calcule qu'il y a actuellement, aux Etats-Unis, de trois à quatre cent mille Canadiens-Français, peutêtre davantage ; et c’est là, vous le comprenez, une cause d’affaiblissement pour le Bas-Canada qui ne reçoit d'Europe qu’un renfort insignifiant, tand'

que le Haut-Canada, depuis quarante ans, est re.

| forcé, chaque année, par une émigration considé- de LU rable d’Anglais, d’Ecossais et surtout d’Irlandais el ER qui, aussitôt arrivés ici, et sans avoir besoin de se’ osé

faire naturaliser, jouissent immédiatement des droits | au

les plus étendus. lier

Ces nouveaux-venus ayant rétabli en peu de Fes

temps l'équilibre entre la population d’Ontario et dar

celle de Québec, et, l’émigration continuant tou- pas

jours, la population d'Ontario ayant fini par dépasser vas

-elle de Québec, le Haut-Canada favorisé, lors de ray

l'Union, par l'octroi d'une représentation égale à ja

celle du Bas-Canada, ne voulut plus de cette disposition quand elle lui fut contraire et demanda la vieil représentation basée sur la population, chose que

lroits

de io et touasser rs de ale à ISpO- Ba la que

les habitants de la province de Québec ne pouvaient leur accorder sans se mettre à leur merci ; mais l’agitation, dans le Haut-Canada, ayant pris des proportions alarmantes, pour y mettre fin, il fallut songer à quelque combinaison qui sauvegardât les intérêts particuliers de chaque province ; et le ministère Macdonald-Cartier, d'accord en cela avec le chef des Grits, imagina de réunir en un seul faisceau, sous le nom de Confédération Canadienne, toutes les possessions anglaises de l'Amérique du Nord, en laissant à chacune d’elles, pour les intérêts locaux, un gouvernement particulier

‘Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse entrèrent immédiatement dans la combinaison ; la Colombie suivit cet exemple, et, les vastes territoires du Nord-Ouest ayant été annexés moyennant cinq cent mille piastres payées à la compagnie de la Baie d'Hudson, cet immense empire, qui compte à peine de quatre à cinq millions d’habitants et qui pourrait aisément en contenir deux cents, se trouva constitué, comprenant tout le pays qui s’étend de l'Atlantique au Pacifique sur une longueur de huit à neuf cents lieues et sur une largeur qui varie de cinq à six cents.—Il y a, là, de la place et un avenir indépendant pour bien clw monde ; et la Providence n’a pas dû ouvrir, sans raisons, à notre époque, ces vastes solitudes qui, d'ici à quelques années, seront

traversées, de part en part, par une gigantesque voie

ferrée, le Pacifique Canadien. C'est là, sans nul doute, que se déversera le trop plein de notre vieille Europe, et tout semble se préparer pour qu’il en soit ainsi. Avant qu’il soit longtemps, une émigration colossale, venue de France et d’ail-

leurs, avec des idées et des mœurs qui ne sont pas les idées et les mœurs des Canadiens, modifiera complètement l’état économique et la situation religieuse du Canada, et, cela étant;'il est naturel que Dieu, qui voit les choses de loin, conduise au Canada des hommes qui connaissent les idées, les mœurs et les besoins es populations de l’Europe. C'est ici, au Canada, qu'est, pour nous autres Français, la solution de notre question sociale ; mais, pour réussir, l’émigration française demande à être dirigée et doit se faire par groupes compactes.

Au reste, les paysans, pouvant disposer de quatre ‘ à cinq mille francs et décidés à s'établir et à rester sur ce qu'on appelle ici les #rres nouvelles, sont les seuls qui aient une chance sérieuse, presque la certitude, avec Gu courage, de trouver dans cette partie de l'Amérique, pour eux et leurs familles, une indépendance qu'ils n’ont point chez nous et des conditions de vie plus avantageuses qu’en France. Encore même faut-il qu'ils soient guidés par des hommes connaissant le pays et capables de leur donner des conseils. Car, en aucun lieu de la terre, la fortune ne court les rues, et l’aisance ellemême est, partout, la récompense de l'intelligence, du travail et de la bonne conduite.

L'action providentielle

Les lettres qui suivent, complément de plusieurs autres ouvrages, ont Dour but de mettre en relief certains personnag®: ‘* d'établir que le Révérend Père Arnauld, relig:. . x as qui habite le Canada depuis trente-cinq ans environ » À ae miraculeuse-

nt pas lifiera ation aturel ise au es, les urope.

autres ciale ; mande pactes.

quatre rester s, sont que la s cette milles, ous et qu’en guidés bles de 1: de la e ellegence,

sieurs relief rérend anada leuse-

ment désigné comme devant être évêque de Chicoutimi. L’archevêque de Québec, sans tenir compte de la volonté de Dieu clairement démontrée, ayant fait nommer à cet endroit un de ses amis d’enfance, Mgr. Racine, comme il y a en jeu des intérêts de premier ordre, j'ai cru devoir en appeler au Pape que l’on a trompé, et pour que la vérité ait chance d'arriver jusqu’à lui, la chose doit être rendue publique.

Le Révérend Père Arnauld

Le Révérend Père Arnauld dont il est ici question, est un religieux français qui habite le Canada

depuis trente-cinq ans environ ; il a organisé les

missions sauvages de l'Amérique du Nord, et, en 1874 ou 1875, les Oblats, à la sollicitation de la cour romaine, l'avaient choisi pour être évêque. Dieu ayant depuis confirmé ce choix par des miracles, il y avait pour tout le monde obligation d’obéir, et, en refusant de le faire, on se mettait en révolte et on s’exposait à quelque terrible punition : c’est ce qui est arrivé.

Lettre au Révérend Père Arnauld

Mon RÉVÉREND PÈRE.—Le jour où un homme sait ce que Dieu veut de lui, 1l cesse d’être libre d'agir comme bon lui semble ; 1l faut aw’il entre résolûment dans la voie qui lui est indiquée, surtout quand cette voie lui est indiquée par des miracles. Or, je vous ai prouvé très-clairement, et j'ai prouvé aux autres, que la volonté de Dieu est que vous soyez évêque de Chicoutimi; et j'ose dire que

fl [#4 FA

vous le serez malgré les obstacles, en apparence insurmontables, qui semblent s’opposer à ce que la chose soit.

Au reste, la Providence vous a justement inspiré la conduite qu’il fallait tenir pour que vous fussiez, un jour, en mesure de reconnaître la vérité sans qu’on pût vous accuser ni d’ambition ni d’intrigue. Et, en effet, choisi par votre congrégation comme étant l’homme qui répondit le mieux aux désirs, plusieurs fois manifestés par la cour romaine, qui, en 1874, je crois, voulait absolument avoir un Oblat pour évêque dans le nord de l’Améïrique, vous avez, pendant deux ans, refusé ce dangereux honneur, objectant qu’il convenait à Monseigneur Racine mieux qu’à vous, et c’est la meilleure preuve que vous en étiez digne.

Je conçois bien qu’ignorant les desseins de Dieu sur vous, et considérant, d'autre part, quelles sont

ll les obligations d’un évêque, vous ayez, tout d’abord, qui . agi comme vous avez agi et préféré la vie tranquille @ est: / que vous menez au milieu de vos sauvages à la ver tâche difficile d'organiser un nouveau diocèse; je vér conçois même qu'aujourd'hui, l’épiscopat canadien qu’

tout entier étant hostile à la vérité, vous n’envisa- VOL

giez pas, sans une certaine inquiétude, la situation si C

qui vous est faite ; mais comme il ne s’agit pas de Æ fac

vous seul ; que Dieu ayant donné des ordres, 1l faut que

que ces ordres soient exécutés ; que l’action provi | mir

dentielle, par son développement, est:la démonstra- cho

tion miraculeuse de la religion catholique ; que, dès lors, c’est une grâce spécialement destinée à éclairer les protestants sur ce point, vous seriez grandement II coupable si, ‘par une humilité mal entendue, vous

arence que la

inspiré ussiez.

é sans itrigue.

omme désirs, 1e, qui, oir un érique, igereux eigneur eilleure

le Dieu es sont d’abord, anquille res à la èse ; je hnadien ’envisatuation pas de , il faut provionstraque, dès éclairer dement e, vous

Ÿ ré 4 WE : PAROLES NES AN 1 * ne ges D: XL ait e + CARS Lo PE 2e D'EAU TE 727 PNA ST PNR AE RTE ME FI A PAT PEN AA + LE TA NRA

mettiez obstacle à leur conversion. Le jour où le Pape fera descendre Mgr Racine de son siége pour vous y placer, ce jour-là, ils ouyriront les yeux à la lumière.

Je ne vous demande pas de faire la moindre

démarche pour obtenir la place qui vous est légiti-

mement due,et qui vous appartient de par la volonté de Dieu ; mais j'ai le droit de vous demander, et je vous demande, de répondre hardiment et franchement ranx questions que se proposent de vous adresser plusieurs prêtres de France avec qui je suis en correspondance à ce sujet ; je vous demande, et je vous supplie, de leur dire, en toute simplicité,

, ce qui est indirectement renfermé dans toutes les

lettres de vous que j'ai entre les mains, ce que vous avez formellement reconnu à Québec lors de notre dernière entrevue.

Le fait de vous avoir convaincu, vous, un religieux qui: jouissez, à juste titre, parmi vos frères d’une estime méritée, doit être, pour tout esprit non prévenu, un argument péremptoire en faveur de la vérité que je soutiens. (Car il n’est pas admissible qu'après avoir refusé d’être évêque, vous ayez pu vous laisser circonvenir par de vaines raisons ; et si quelqu'un en doute, qu’il essaie, pour voir si c’est facile, de persuader à un prêtre ou à un religieux que Dieu l’appelle à l’épiscopat dans un lieu déterminé. Que pourrais-je dire de raisonnable si la chose n'était pas ?

Monseigneur Dominique Racine

Il y a, m'a-t-on dit, une loi ecclésiastique d’après laquelle deux évêques ne peuvent être choisis dans

Ati Ant ras ', AUD Da dt Li HN PR ed LE Le UNS a PA LS dE be as er a Nr UUA Ra dé tue Pa FE "4 TAG | ANT % D, “ ALARME ME NET EN pe LE AE LEMANER je.

( ;NATES Le RP AE UT MO CL OPEN MISE 5

\ 4, UE ART ou F : 4 AA

la même famille sans des raisons très-graves. Or, Mgr Racine, actuellement évêque à Chicoutimi, étant le frère de Sa Grandeur Mgr Antoine Racine, évêque de Sherbrooke, et ces deux prélats ayant été nommés évêques, l’un à Sherbrooke et l’autre à Chicoutimi, dans un court espace de temps, et par l'influence de Monseigneur Taschereau, archevêque de Québec, leur ami, je suis en droit de dire, en dehors de toute autre preuve, que, dans le choix de l’un, les considérations purement'humaines ont prévalu sur la vérité et l’ont empêché de triompher.

Lettre à Mgr Dominique Racine

MONSEIGNEUR, — J'ai été jusqu'ici dans l’impossibilité de me rendre à Rome pour y revendiquer contre vous, auprès du Pape, les droits du Rév. Père Arnauld au siége épiscopal de Chicoutimi ; et la Providence n’a pas voulu permettre que je quittasse le Canada, sans vous avoir très-clairement démontré que vous étiez en révolte contre Dieu qui a, pour ainsi dire, gravé sa volonté dans les événements mêmes.

Il serait prudent, croyez-moi, avant que le Pape ne vous ordonne de le faire, de descendre de la place que vous occupez injustement et à laquelle vous. n’avez aucun droit ; et vous éviteriez de cruelles humiliations en prévenant l'orage qui ne peut manquer, tôt ou tard, d’éclater sur'vous. Car si vous êtes parvenu ici à étouffer ma voix, vous ne pouvez espérer qu'il en sera ainsi dans les vieux pays où le clergé persécuté sent, depuis longtemps, le besoin d’une intervention quelconque de Dieu ;

. Or, utimi, acine, int été atre à ps, et archeoit de dans le maines > trlom-

limposndiquer lu Rév.

outimi ; que je irement e Dieu ans les

le Pape re de la laquelle e cruele peut

Car si

ous ne is vieux otemps; Dieu;

et vous connaîtriez bien peu l'esprit de la nation française si vous pensiez que, de l’autre côté de l'Océan, je ne trouverai pas des auxiliaires puis- ; sants pour faire triompher la vérité que vous retenez captive.

Vous avez dit dans votre re! mandement, et cette thèse, dans les circonstances, était vraiment singulière, vous avez dit que la volonté de Dieu vous avait été manifestée par vos supérieurs ecclésiustiques, et qu’en leur obéissant, vous croylez avoir obéi à Dieu, c'est là une excuse pitoyable. Car, s’il est vrai qu’en règle générale la volonté des supérieurs soit, en pareil cas, le moyen, pour un homme, de reconnaître ce qu'il doit faire, il n’en est plus de même quand Dieu intervient directement par des miracles ; et vos supérieurs n'ayant rien fait pour s’éclairer, il est tout naturel qu'ils se soient trompés ; vous ne sauriez en justice vous appuyer sur eux pour motiver votre conduite.

Vous n’avez aujourd’hui qu’une seule chose à faire : c’est de reconnaître la vérité et d’agir en conséquence, et si, chose malheureusement trop probable, vous ne le faîtes pas, vous vous damnerez infailliblement malgré que vous soyez évêque.

1885.—Puisque, dit-on, vous avez contribué, plus qu'un autre, à obtenir de Rome la division du diocèse de Trois-Rivières et que cette division est décidée en principe, eh bien, Monseigneur, qu’on vous nomme évêque à Nicolet et que le Père Arnauld soit placé sur le siége de Chicoutimi, et tout sera pouï le mieux dans le meilleur des

mondes. Ze diable, Monseigneur, c'est un grand serviteur de Dieu.

Mgr Taschereau, archevêque de Québec

Monseigneur Taschereau,archevêque de Québec, a été, pendant de longues années, recteur de l’Université-Laval, et, dans ces derniers temps, il a‘énergiquement travaillé à obtenir de Rome, pour cette institution puissante, le monopole de la haute éducation. Les luttes violentes qui viennent d’avoir lieu, à ce sujet, entre le clergé de Québec et celui de Montréal, ont montré la grande influence dont il jouit, grâce à sa position, et la presqu’impossibilité qu’il y a d’avoir raison contre lui, même quand on a raison. Or, c’est Monseigneur Taschereau qui a fait nommer Monseigneur Racine à l'évêché de Chicoutimi.

Lettre à Sa Gâce Mgr Taschereau

MoNSEIGNEUR.—II y a ceci de particulier dans ces grands miracles que Dieu ‘a voulu faire ici et dont j'ai pour mission de prouver l'existence, c’est que, faute de les avoir reconnus à temps, vous vous êtes volontairement placés, votre clergé et vous, dans la terrible position où se trouvaient les ennemis du Christ après sa mort. L’analogie est complète, et, de même que les Apôtres, après la résurrection du Sauveur, ne pouvaient établir sa divinité qu’en accusant d’un crime énorme les Juifs déicides qu’il l'avaient crucifié ; de même je ne puis, moi, sans vous mettre en cause, faire triompher la vérité que vous avez méconnue et étouffée, de telle sorte

Page 1