‹ La clef du mystère [microforme]Chapitre 33 sur 58 · LA · texte numérisé non relu

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qu’on vous donne tort ; et voilà précisément ce qui rend ma tâche si difficile ; mais Dieu ne peut manquer de me venir en aide parce que je combats pour la justice, et que vous combattez, vous, contre la justice. : |

Au reste, mon intention n’est pas de répéter de nouveau ce que vous connaissez déjà parfaitement bien, mais seulement de vous faire observer une chose, qui a dû vous frapper dans le temps, et dont j'ai eu, avant qu’elle arrivât, l’explication surnaturelle, je veux parler de la mort presque subite de Son Eminence le Cardinal Franchi qui n’a précédé que de trois jours, comme vous lé savez, celle de

‘ Son Excellence Monseigneur Conroy, (son a/er

ego).

Le cardinal Franchi que vous aviez eu l’habileté demettre dans vos intérêts, était, pour vous,à Rome, vous ne l’ignorez pas, un auxiliaire puissant, tout disposé, comme patron de l’Université, à soutenir vos droits et à exaucer vos vœux. Son Excellence Monseigneur Conroy avait été spécialement choisi par lui, et il venait ici, au Canada, avec des instructions très-précises, toutes en faveur de l’Université : la conduite qu’il a tenue, les discours qu'il a prononcés, l'établissement de la succursale à Montréal, tout le prouve.

En vous assurant le concours de ces deux hommes dont l’un était l’ami intime de Sa Sainteté, le Pape actuel, et qui, étant eux-mêmes hommes d'autorité, devaient être naturellement portés à vous prêter main-forte, vous deveniez le maître de la situation et vous étiez, grâce à eux, en position

de placer sur le siége de Chicoutimi celui qu’il vous

plairait d’y placer. Or, il est certain, et vous n’en disconviendrez pas, que c'était, chez vous, une idée, depuis longtemps arrêtée, d'obtenir de Rome, pour M. Racine, votre ami d’enfance, la, place quil occupe actuellement et que, Dieu ayant d'autres desseins et vous les faisant connaître par des miracles, pour reconnaître ces miracles, il vous fallait faire un acte d’abnégation que vous auriez dû faire et que vous n’avez pas fait.

Aussi, quand j'ai vu les prêtres de votre entou-

rage me susciter entraves sur entraves, et s'opposer,

par tous les moyens possibles, à ce que la lumière se fit, j'ai vite compris que je me heurtais à une décision déjà prise et que vous ne céderiez pas aux meilleures raisons. C’est alors que j'ai écrit à Rome, en calculant la portée de toutes mes expressions, et j'ai lieu de croire que le Pape a dû charger quelqu'un, très-probablement Son Eminence le Cardinal Franchi ou tout au moins Son Excellence Monseigneur Conroy, de prendre des informations auprès de vous, de telle sorte que, si ces deux prélats n’ont pas ajouté foi à mes paroles, c’est à vous, sansnul doute, que la chose doit être attribuée ; et leur mort, cette double mort qui était pour vous un double coup, arrivant sur ces entrefaites, de la nomination au sacre de Monseigneur Racine, doit au moins paraître singulière à tous ceux qui ont eu connaissance des démarches que jai faites auprès d'eux et de celles que vous avez dû faire, vous, en sens contraire ; et, si vous ne trouvez pas la chose extraordinaire, c'est que vous êtes volontairement aveugle.

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M. Dion, du ‘‘ Journal de Québec.’’

M. Dionest attaché, depuis de longues années, à la rédaction du /owrnal de Québec. C’est un homme: dont la vie, toujours régulière, s'écoule, chaque jour, sans variation aucune et qui n’est guère porté par nature, étant journalite, à croire, sans preuves, aux faits de l’ordre surnaturel ; mais c’est un homme droit et je sais qu'il a déjà reconnu comme vrai ce que je dis de lui dans un de mes ouvrages ; il ne miera pas que la chose ne lui ait paru tout-à-faite extraordinaire, étrange. Car c’est l’expression dont il s’est servi.

Là

Lettre à M. Dion du Journal

Mon CHER MONSIEUR, — Je suis à la veille de quitter le Canada, et, avant de partir, il peut être bon, pour préciser vos souvenirs, que je vous rappelle, en peu de mots, la conversation que nous avons eue ensemble quelques semaines avant la mort-de Sor Excellence Monseigneur Conroy.

Nous étions alors, je crois, dans le courant de juin, et Monseigneur Racine, malgré tous mes efforts pour empêcher la chose, venait d’être officiellement désigné comme devant être évêque de Chicoutimi ; son sacre était fixé au quatre août. La situation paraissait donc désespérée, et les ennemis de la vérité, ceux qui ont tout fait pour empêcher que la lumière se fit, et dont vous-même, à plusieurs reprises, m'avez dévoilé les ténébreuses machinations, les ennemis de la vérité triomphaient. On pouvat et on devait croire qu’ils

étaient vainqueurs, et c'était, si j'ai bonne mémoire, le sens de vos observations, quand vous me disiez qu’au Canada, eût-on mille fois raison, il était impossible de lutter contre eux ; que leur volonté, non celle de Dieu, faisait la loi et que nous dévions, nous autres, nous souméttre à tous leurs caprices ; qu’à Rome on ne leur donnerait jamais tort.

Il est certain qu'il est difficile d’obtenir justice, et qu’en pratique le droit d’en appeler au Pape, est un droit illusoire dont ces Messieurs s'inquiètent fort peu ; mais, comme en toute cette affaire, ils se sont conduits. avec une évidente mauvaise foi, en repassant dans mon esprit la grandeur des miracles faits, qui, pendant plusieurs années, se sont sûccédé sans interruption, s’expliquant et se complétant les uns par les autres, de plus en plus clairs à mesure qu’on approchait du dénouement, j’entrevoyais qu'ils allaient être confondus par les événements mêmes ; et, déjà préparé à ne rien négliger, sachant que les secrets du ciel ont été fréquemment connus de cette façon, j'’augurais d’un songe caractéristique qui s’est renouvelé trois fois, qu’un évêque allait être soudainement frappé dans le temps du sacre de Monseigneur Dominique Racine.

S1 l'événement ne m'avait pas donné raison ; si la conduite tortueuse du clergé de Québec n’indiquait pas clairement qu’on a dû me desservir auprès de la cour de Rome ; sila mort de Son Eminence le Cardinal Franchi, patron de l’Université-Laval, et celle de Son Excellence Monseigneur Conroy, choisi par lui et qui le remplaçait au Canada ; si la mort de ces deux prélats qui, à linstigation de

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Monseigneur Taschereau, ont fait Monseigneur Racine ce qu'il est aujourd’hui, n'établissait pas une concordance parfaite‘entre le fait mystérieux que j'invoque et l'interprétation que j’en donne, je l'aurais très-probablement passé sous silence ; mais comme il importe de démasquer les batteries de l'ennemi et de montrer à tous les incrédules ce qu'ils sont au yeux de Dieu, le temps est venu de dire les choses telles qu’elles sont, sans ménagement pour personne ; et comme vous avez eu connaissance de toutes les démarches qu’à cette époque je faisais, presque journellement, auprès de Monsieur Côté pour obtenir de lui qu’il me laissât écrire sur son journal et développer librement mes preuves ; que vous savez, par ailleurs, qu’à chacun de mes articles, on mettait tout en œuvre pour étouffer ma voix, vous êtes, mieux qu’un autre, en mesure de comprendre le rapport frappant que moi, étranger, privé de toutes ressources, sans influence et sans autorité, quoiqu’ayant mission pour agir, je devais trouver entre ma position et celle d’un homme qui se voit tout à coup entouré et pressé par des milliers de serpents.

La plupart des songes ne sont que des réminiscences du passé, images fugitives qui disparaissent sans laisser de traces et dont il ne faut pas tenir compte ; mais il en est d’autres qui ont un sens réel, et les indications de l’Ecritures sont trop nombreuses et trop précises pour qu'il puisse y avoir le moindre doute à cet égard. Parconséquent, en admettant qu’il y ait lieu de discuter sur le caractère de tel ou tel songe, il ne viendra à personne de ceux qui reconnaissent la Bible comme un livre

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inspiré, l’idée de nier, absolument, la possibilité.de révélations de Dieu obtenues par ce moyen. Il y a certainement des songes qui sont des visions, et, dans ce cas, ceux-là seulement, en faveur de qui le miracle ést fait ou qui ont pour mission-de l’expliquer, peuvent savoir, avant l'événement, si un songe est naturel ou ne l’est pas, et ce qu'il signifie.

Ainsi, la mère du docteur Morin que vous connaïissez, a eu, ily a une douzaine d'années, un songe de ce genre, qu’elle a toujours regardé, et, qu’elle regarde encore comme un fait de l’ordre surnaturel, et même aujourd’hui, après un si long espace de temps, elle n’y pense jamais, sans éprouver, dit-elle, une émotion indéfinissable, Or, je vous Je demande, qui donc, en dehors d'elle ét des quelques familiers de 5a maison à qui elleena parlé comme d’une chose extraordinaire, qui donc, sans l'avoir interrogée à ce sujet, peut se prononcer sur la nature de ce songe et dire, avant tout examen, ceci est ou n’est pas un miracle; et si je n'étais pas venu, conduit par la Providence, pénétrer cette mystérieuse énigme, qui donc se douterait qu'une grâce de premier ordre a été faite à cette dame, et par cette dame, au Canada dont elle est ici la représentante. k

Le 25 décembre dernier, dans la nuit de N Mme Morin, interrogée par moi à ce sujet nouveau répété, devant M. David Ch sœur Mlle Ph. Chabot, ce quelle avait .léjà an. rieurement dit à plusieurs personnes, qu’elle ne

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pouvait encore, même aujourd’hui, s'expliquer ce songe ; qu’elle le regardait comme üne chose extraordinaire, inexplicable ; que, dût-elle être traitée de visionnaire, elle maintenait son dire. Or Mme Morin est une femme de tête, toujours parfaitement maîtresse d'elle-même, qui, par ses talents, a su donner à ses enfants une éducation soignée et les placer, tous, dans une situation relativement

brillante ; et son témoignage, én cette affaire, étant

donné son caractère calme et froid, son témoignage est ici d’un grand poids. “Ce qui m’étonnait surtout, dit-elle, c'était cette lumière éclatante qui venait du ciel et, auprès de laquelle, toutes les lumières de l'église, quand je fus à la messe, me paraissaient

ternes et pâles. Il me fut impossible, pendant

tout l'office, de penser à autre chose. ”?

Et moi, ce qui m'étonne, Mme Morin, c’est qu'ayant de cette vision une explication parfaitement claire; sachant les démarches que j'ai faites auprès de Son Exc. Mgr. Conroy ; les circonstances qui ont accompagné la guérison de votre fils, Jean- Baptiste, vous n’ajoutiez pas foi à mes paroles, vous ne me croyiez pas, voilà ce qui m'étonne. C’est le cas, ou jamais, de dire avec le prophète : 1ls ont des yeux et ils ne votent pas ; ils ont des oreilles et ls n’entendent pas.

Un autre avertissement

Une autre dame du Canada, Madame Choquette, de St. Hugues, a reçu, elle aussi, dans une vision mystérieuse, un avertissement à cet égard, et elle en fut si frappée d’abord qu’elle voulait en parler

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au prêtre de. l'endroit ; mais elle eut peur qu'il ne se moquât d'elle et elle se contenta de communiquer ses impressions à ses voisins et voisines ; c’est ainsi que la chose est devenue publique.—Cette dame fut d’abord prévenue en songe de la mort de son fils et fort étonnée, ensuite, quelques jours après sa mort, de le voir, dans uné vision, (car c’est une vision,) lui apparaître tout resplendissant de lumière et les nains pleines de fleurs. ‘ Es-tu ss sauvé, lui dit-elle ? ” Oui, répondit l'enfant, je suis us sauvé ; mais vous, autres, ajouta-t:il, vous autres, ji) prenez garde ! Pourquoi cet avertissement, sinon parce que quelque chose d’extraordinaire devait

se passer qui pourrait mettre en danger le salut

d’un grand nombre? Car l'avertissement n’est pas seulement pour Madame Choquette; il est pour vous

tous qui avez besoin d’être prévenus qu'un grand mystère s’accomplit et qu’il faut être sur vos gardes.

Oui, prenez garde ! vous tous qui lirez ce livre où

la vérité est clairement démontrée; car si vous n’obéissez pas aux ordres de Dieu, ayez pour cer-

i tain que vous ne vous sauverez pas. Prenez garde !

Quand Dieu offre le salut pour un acte de foi, d'où qu’il vienne, il faut l’accepter.

M. l'Abbé Delay.

Cette lettre est la réponse faite par moi à un prêtre de France, M. l'abbé Delay, qui, après avoir implicivement reconnu qué je pouvais avoir une

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mission à remplir, n’a pas osé être conséquent avec lui-même quand il a mieux compris la situation qui m'était faite. Sa principale objection est de

dire que les évêques ont mission de conduire

l'Eglise, et que nous devons, foujours, nous soumettre à leurs jugements. Je réponds à cette objection.

Mon CHER MONSIEUR,

Votre proposition et la miennne ne sont pas contradictoires. Vous dites, d’après saint Paul, que c'est aux évêques qu'il appartient de conduire l'Eglise de Dieu; c’est là une proposition que je ne conteste point. J’admets'très-bien qu’un évêque, en choses ordinaires, ait juridiction dans son diocèse ; mais comme il n’a pas juridiction hors de son diocèse, et qu'il y a cependant des questions d'ordre général qui intéressent tous les diocèses, je ne vois pas qu'il soit contraire à la logique chrétienne de supposer que, dans certains cas, Dieu, pour des raisons à lui connues, puisse confier à ur homme une mission spéciale avec obligation pour les autres, et même pour les évêques, de s’y conformer. La chose ayant eu lieu dans les siècles passés, elle peut arriver de nouveau. Qui oserait le nier ?

Vous dites que nous devons nous soumettre humblement aux jugements des évêques. Oui, en règle générale; mais, dans le cas présent, cette soumission ne serait pas raisonnable de ma part, attendu que, ces Messieurs étant en cause, il n’est

pas juste qu’ils soient en même temps juges et

parties ; et il est même contraire aux principes du

droit que, dans un procès, on donne tort à l’une

des parties en s'appuyant sur l'opinion intéressée de l’autre partie. Si j'avais un procès avec vous, admettriez-vous que je fusse moi-même le juge de ce procès”; admettriez-vous même que, pour vous condamner, on s’appuyât sur mon opinion à moi? Non. N'est-ce pas? Eh bien! l'argument négatif que vous m’opposez, pèche par la base et ne soutient pas l’examen ; la question reste entière, d’autant plus que je n’attaque nullement l'autorité légitime des évêques, en disant que Dieu leur a fait connaître sa volonté sur un point déterminé.

Car, enfin, en quoil’autorité des évêques canadiens se trouvait-elle amoindrie par la nomination du Père Arnauld à l’évêché de Chicoutimi ; par la nomination d’un homme, choisi, par sa congrégation elle-même, comme digne d'occuper cette place P Quand, tout d’abord, j'ai dit que Dieu avait choisi le Père Arnauld pour l'évêché de Chicoutimi, il n’y avait pas encore d’évêque à Chicoutimi et les miracles sur lesquels je m’appuyais pour le dire, ne condamnaient personne. Je pouvais alors soutenir la vérité sans qu’on eût à s’en formaliser ; mais,

. par exemple, si les miracles existaient vraiment et

qu’on n’en tint pas compte, on devait nécessairement se trouver, un jour donné, en face de Dieu, et, aujourd’hui, la position qui n’a pas changé pour moi,. n’est plus la même pour les évêques de la Province de Québec. Ils sont dans une impasse d’où ils ne peuvent sortir qu’en se donnant tort. Je dis, moi, en 1882, ce que je disais en 1876, en 1877, en 1878 ; ce que je pouvais dire alors sans

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offenser personne ; ce que je ne puis plus dire sans mettre en cause-ceux qui, obligés d’obéir, ne l’ont pas fait.

Faut-il, par considération pour eux, sacrifier la vérité, une vérité qui intéresse l’Eglise universelle P Non certes. Ils n’ont pas voulu faire leur devoir, qu’ils en portent les conséquences. Car, pour moi, je ne suis pas homme à reculer, et la lutte va recommencer, ardente et violente, et, de mon côté, elle sera sans compromis comme sans faiblesse, hardi-

ment et franchement. Ou je dis vrai et alors il

faut être de mon bord contre eux ; ou je suis dans l'erreur et alors pourquoi me refuser cet examen juridique que la justice humaine, si boiteuse pourtant, accorde à tout prévenu. Baïllonner les gens, c’est un mauvais argument.

On ne doit jamais combattre l'autorité en tant qu'autorité ; mais 1l y a des cas, et le Pape actuel en parle dans une de ses Encycliques ; il y a des cas, quand les hommes d’autorité abusent de leur pouvoir pour opprimer la conscience, où on a le droit, et même le devoir, de leur tenir tête, et c’est ce que je fais Au temps de Notre-Seigneur, la Synagogue était l’autorité légitime, fallait-il prendre parti pour elle contre Notre-Seigneur ou pour Notre-Seigneur contre, elle ? Quand les évêques d'Orient se sont séparés de Rome, devait-on les suivre dans leur révolte ? A l’époque de la réforme, fallait-il apostasier avec les évêques anglais ? Poser la question, c’est la résoudre ; et je regrette pour vous qui m'avez témoigné quelque bienveillance, la position que vous prenez dans le débat. Il n’y a pas d’autorité contre la vérité,

La famille du Docteur Morin

La famille du docteur Morin n’a rieh, au premier

‘abord, qui puisse la distinguer de toute autre famille

de Québec si ce n’est qu’on y trouve,plus qu'ailleurs, cette générosité chrétienne qui attire sur les familles les bénédictions de Dieu. Quand, en 1877, n’ayant déjà plus d’argent, je suis venu, épuisé et malade, y prendre domicile, j’ignorais que cette famille éût été plus directement préparée à me croire et qu’elle se trouvât activement mêlée à l’action providentielle ; et ce n’est que plus tard que j'ai pu, éclairé par les événements, comprendre les mystérieux rapports qu’il y avait entre eux et moi. Le jeune Morin à qui j'écris cette lettre, a su, par un miracle, quelle était sa vocation.

Louis David Morin

Mon CHER AMi,—Si les évêques de ton pays avaient obéi aux ordres de Dieu et quéle Rév Père Arnauld eut été choisi, par eux, pour être placé sur le siége de Chicoutimi, ma position serait nécessairementtouteautre qu’elle est aujourd’hui, puisqu'alors, au lieu d’avoir pour ennemis des hommes dont l’influence est ici prépondérante, je les aurais pour auxiliaires, et qu'appuyé sur eux et sur le Père

“Arnauld, devenu évêque, il eût été facile d’établir

une chose que je n’ai pas pour mission de faire seul, bien que ce sit à moi qu’il appartienne de l'organiser ; et je ne m'étonne pas.trop de voir qu'à ton âge, malgré la faveur bien rare dont tu as été l’objet, tu ne sois pas au poste de combat que

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la Providence t’avait assigné par un ordre précis ; mais, tout en réconnaissant que la situation avait ses difficultés et qu’il te fallait de l’abnégation et du courage pour ne pas faiblir, quand je considère, d'autre part, que tu as reçu des grâces signalées ; que plusieurs miracles ont eu lieu dans ta famille pour t'éclairer, je ne puis m'empêcher de dire que, situes hors de ta voie, c'est avec connaissance de cause et que tu auras bien de la peine à t’excuser

au tribunal de Dieu.

Car, sache-le bien, il n’en est pas de toi comme de beaucoup d’autres que je ne connais pas, mais qui doivent exister, et dont la vocation était, sans doute, de se consacrer à cette œuvre si elle avait pu se faire. Ceux-là n’ont point eu, comme toi, de lumière spéciale pour les guider, et ils ne sauront, peut-être jamais ce que toi tu ne peux ignorer ; ce: que, très-probablement, tu étais chargé de leur apprendre si tu avais obéi à cette voix mystérieuse qui te parlait tout bas, quoique d’une manière bien claire.

Ta responsabilité est même d’autant plus fortement engagée que, par un secret jugement de Dieu, et sans qu’il me soit-possible d'expliquer la chose, tu parais jouir d'une influence inexplicable, e qu’autour de toi on dirait qu'il se livre, dans l'ombre, un combat invisible dont l'issue n’est incertaine que parce que tu t’abstiens d'y prendre part, comme si, en agissant ainsi, tu immobilisais, par cette abstention même, les forces actives que la Providence ne veut accorder qu’à toi.

Si le soir où tu as pu constater, comme moi, le miracle qui s’est fait dans la basilique de Québec,

et ce soir-là tu ne le contestais pas ; si tu avais reconnu ta vocation ; si, au lieu de suivre uné autre voie que la nôtre, tu avais consenti à nous aider, Édouard Dorion qui est resté quatre ans ”, fidèle à ses vœux, n'aurait pas reculé au dernier | moment en me voyant seul, et, à nous trois, nous étions de force à tenir tête à l'ennemi. D'ailleurs, d’autres jeunes gens seraient certainement venus s’adjoindre à nous.

Tu feras bien, je crois, de réfléchir que si, par \ ta faute, cette œuvre vient à manquer, tu te sauveras difficilement en admettant, chose douteuse pour moi, que tu ne sois pas en grand danger de te perdre ; mais, en tout cas, c’est une obligation stricte pour toi, et pour les tiens, de reconnaître comme vrai ce que vous savez être vrai ; et j'ose espérer que tu appuieras de ton témoignage, qui est ici d’une grande valeur puisqu'il te condamne, * cet étonnant miracle qui a été pour moi la clef du mystère.

+ : L'Œdipe Canadien q

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