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Aussi, comme j'attribue toutes mes souffrances à l'éducation et, en particulier, aux idées fausses que l'on m'a données sur Dieu ; que, d’autre part, sans doute pour mieux coinprendre l'influence des principes sur l'avenir d’un homme, j'ai été’ placé dans des conditions d'isolement telles que l’histoire de ma vie forme un traité de philosophie, de théologie et de spiritualité pratique, propre à éclairer à peu près tout le monde, éme les protestants, je me propose de l'écrire avec l'intention de montrer qu’on ne sait pas diriger les enfants.
Et s’il faut à un homme des principes pour se conduire dans la vie; il en faut aussi aux professeurs pour conduire les autres, et je prétends qu’ils n’en ont pas dont ils puissent rendre compte. “| L'éducation tout entière repose sur des principes faux, et 1l n’est pas étonnant qu’elle fasse tant de f mal. Je n’en fais de crime à personne; mais ce | que je ne saurais admettre, c’est qu’on veuille consacrer, par des lois absolues, un état de choses dont on souffre partout. |
Sans doute, la foi doit être une partie intégrante de l'éducation, je ne le conteste pas: mais précisément, dans l’ordre de la grâce, si, pendant des années, on enlève la liberté à l'enfant, il n’y a plus de direction possible. (Car la grâce suppose la liberté.
Il ne suffit pas, pour être vraiment utile, qu’un enseignement soit donné par des religieux, il faut encore, et surtout, qu’il tienne compte des besoins ll d'un peuple et des besoins de l’enfance. Si, après 1 (M dix ans, les enfants n’ont devant eux qu’un avenir
| incertain, je le dis et je le répète, c’est un danger.
Oui, si les institutions et les lois, comme il arrive dans notre pauvre France, sont contraires à la vie religieuse et à la famille ; si les études, comme cela arrive partout, font naître des besoins factices au lieu de donner satisfaction aux besoins légitimes ; si la jeunesse se passe à désirer un idéal déterminé, un bonheur qui, en réalité, n'existe nulle part, alors il y a dans ces institutions, ces lois, ces études, 1l y a, dans tout cet état de choses, un danger permanent pour la société.
Il est impossible que des hommes ainsi élevés, c'est-à-dire autrèment que la nature le demande, jetés sur le chemin de la vie sans pouvoir arriver à une situation convenable que par des efforts presqu’héroïques, quelle que soit leur position, si, par hasard, ils font fausse route, et en France c’est fréquent, au Canada, ça le deviendra, il est impossible que ces hommes-là, pour la plupart hommes d'intelligence et d'énergie, ne tournent pas, un jour ou l’autre, contre eux-mêmes ou contre la société, les armes qu'on a imprudemment mises entre leurs mains. |
On a beau leur inculquer les meilleurs principes, il faut encore, et dès le premier âge, les mettre dans une position telle qu'ils n'aient pas à hésiter entre le bien et le mal, et que, n’ayant aucun intérêt
à faire le mal, ils fassent naturellement le bien sans
comprendre qu’ils puissent faire autrement. Car, comme dit le proverbe et le proverbe dit vrai: ‘ c’est l’occasion qui fait le larron ?”