‹ La clef du mystère [microforme]Chapitre 45 sur 58 · LES VOIES DE DIEU · texte numérisé non relu

LES VOIES DE DIEU

Transition.—Après d’'inutiles efforts pour faire triompher la vérité, après avoir vu ce qu'il en était à quelle espèce d'hommes j'avais affaire, ayant enfi reçu de l'argent, je compris la nécessité pour moi de revenir en France où j'espérais que, ma cause étant celle de Dieu, je trouveraisdes auxiliaires ; mais lincrédulité de deux prêtres, connus à Nantes pour l'opposition systématique qu'ils ont faite à Sa Grandeur Mgr Fournier sur une question dumêmegenre, ayant intimidé Mgr Lecoq, son successeur, il a craint sans doute de se compromettre et il m’a été impos-

. Sible d'obtenir de lui que la chose fût sérieusement

examinée. Les pages qui suivent montrent jusqu'où va l’abstention en pareil cas, et la difficulté qu'il y a, ron pas seulement de se faire croire, mais même de se faire entendre. Oh! c’est une singulière justice que la justice de tous ces braves gens !

La cause du mal La vraie cause du mal dont souffre la société,

est dans l'éducation, et la chose peut être prouvée, (je lai prouvée) ; mais pour arriver ‘plus tôt

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au point capital de la question, supposons qu'il en soit ainsi; supposons qu’en négligeant d'élever l'enfant pour la position seule qu'il doit occuper plus tard, on lance des générations’entières dans une fausse voie, croyez-vous qu’il soit humainement possible d’apporter remède à un mal qui s’est implanté depuis des siècles et sans qu’on sache trop comment la chose a pu se faire? Pour moi, je ne le crois pas.

Le bien, dans cet ordre d'idées, ne peut évidemment se faire que par le clergé ; c’est le seul corps organisé qui, dans sa conduite, se laisse, en général, guider par le vrai, et qui soit susceptible, à un moment donné,d’imprimer à l’humanité tout entière

‘ un mouvement d'ensemble. Mais qui pourra forcer

le clergé d’obéir à un mot d'ordre dans une question où les avis peuvent être partagés? Personne, si ce n’est Dieu.

Il faut une réforme, maïs qui fera cette réforme ? Ce n'est pas une chose facile. Car enfin, pour exécuter un pareil travail, pour mettre tout le monde d’accord, il faut poser des principes, composer des ouvrages ; il faut posséder les détails et connaître l’ensemble ; il faut avoir l’expérience des hommes et de la vie, et, surtout, être exempt d'idées. préconçues.

Supposons que, pour résoudre cette question, on mette ensemble un certain nombre de professeurs, de ces hommes qui ont toujours vécu, tranquillement assis entre leurs élèveset leurs livres, en admettant qu’ils puissent s’entendre, chose qui me paraît douteuse, croyez-vous qu’une réforme ainsi faite

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répondrait à tous les besoins d’un peuple ? et, d’ailleurs, quel moyen auraient-ils de la faire accepter ? Déjà, il y a quelques années, la question. a ét

soulevée en France et au Canada; on a discuté pour ou contre les autres païens. Qu’en est-il résulté ? qu’on n’a pas pu s'entendre et c'était facile à prévoir.

__ Non, non, la réforme ne se fera point ainsi; et l’histoire de l’humanité est là pour dire que jamais

le progrès, sous toutes ses formes, n’est dû à un

groupe d'hommes ; il vient toujours de quelques individus isolés qui travaillent à l’écart et avec mission. Quand le moment, pour eux, est venu de paraître, la Providence les conduit où ils doivent être et leur montre ce qu'ils ont à faire.

Diminuer les charges des parents ; shnplifier le travail des enfants ; rendre l’éducation pratique ; éviter l'encombrement de certaines positions ; multiplier, en les facilitant, les vocations qui exigent de l’homme un entier dévouement ; établir une école-modèle qui puisse servir de type pour la réforme générale; organiser une œuvre qui ait pour but d'élever les enfants pour rien : voilà ce qu'il faut faire, et j’ai montré que Dieu avait tout préparé pour que la chose eût lieu.

En somme, toute la question est là: Dieu veutil ou ne veut-il pas qu'il y ait une réforme dans lJ’enseiguement ? Ai-je ou n'ai-je pas mission, de faire cette réforme? Si je puis établir, par des miracles, qu'il en est ainsi, vous êtes tenus de m’obéir sur ce point-là. Vous n'objecterez peut-être que je. ne suis point un saint, je le sais mieux que vous ; mais je vous répondrai à cela que Louis XIV ne

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l'était pas non plus, et on voit cependant, par la révélation de la bienheureuse Marguerite-Marie, qu’il avait à remplir une mission de premier ordre. La volonté de Dieu est immuable et la mission d’un homme ne change pas parce qu’il la méconnaît. Et, d’ailleurs, quelle part de responsabilité revient-il à chacun de nous dans la grande ‘bataille de la vie? C’est assez difficile à dire, et, dans le cas présent, on doit admettre que quatre cents messes ont pu rétablir l'équilibre.

Il y a miracles et miracles

Quant aux miracles considérés en eux-mêmes, je vous dirai qu’ils sont de deux sortes : il y a des miracles comme ceux qui sont arrivés à Lourdes, quand Bernadette parlait à la Vierge sans que personne l’entendît chose qui, paraît-il, l’étonnait fort ; il yen a d’autres qui sont, pour ainsi dire, des miracles matériels, visibles à l’œil nu, et destinés,

en certains cas, à prouver les premiers.

La grandeur d’un miracle ne dépend pas du nombre des spectateurs qui le voient, ni même de ceux qui peuvent le constater. Car, alors, il faudrait dire que les visions de Jeanne d’Arc et celles de la bienheureuse Marguerite-Marie n'étaient pas des miracles de premier ordre. Et, en effet, les preuves extérieures qu’elles en ont données, étaient si peu visibles que l’on a brûlé la Pucelle d'Orléans et que Louis XIV a dédaigné la révélation qui lui a été

faite par l’amante du Sacré-Cœur.

Aujourd’hui, on admet: généralement la mission de Jeanne d'Arc ; mais qu’on se reporte à l’époque

où elle a vécu ; que l’on dégage l’action directe, qu’une héroïne de 19 ans devait nécessairement exercer à la tête d’une armée, et l’enthousiasme qu’elle devait exciter parmi les soldats, pour s’en tenir à ses inspirations, quel moyen avait-on de les contrôler en dehors de la preuve positive qu’elle en donna à Charles VII ?—Rien.

J'ai lu et relu, à plusieurs reprises, la vie de Jeanne d’Arc et celle de la bienheureuse Marguerite-Marie ; jai étudié avec soin quelle peut être, pour un philosophe, la valeur des signes extérieurs qu’elles ont donnés l’une et l’autre de leurs révélations ; et je dis que les preuves que j’apporte, sont plus claires et plus visibles.

Souvenez-vous donc que Dieu vous a dit ceci : vos votes ne sont pas mes voies et vos conseils ne sont pas mes conseils. C’est à vous d’obéir à Dieu et non à Dieu de vous obéir.

Le doyen du chapitre de Nantes

C'est un mauvais système, pour faire triompher la vérité, de s'adresser à tout le monde ; et l’expérience du passé m’a fait comprendre que ce n’est point ainsi qu'il faut procéder. Quand, en effet, la vérité, de sa nature, est compromettante et qu’il y a danger à la reconnaître, chacun se dérobe et tâche prudemment de se mettre à l'écart. À Nantes, c’est votre principe ; vus vous dérobez. Que demain Mgr Lecoq cède à l'évidence ; après-demain, je n’aurai pas un contradicteur.

J'aurais désiré cependant que quelqu'un se présentât ponr discuter la question ; mais comme

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tout le monde se tient sur la réserve et qu'on a mauvaise grâce, après cela, à parler contre l4 vérité quand je ne suis pas là pour la défendre, j'ai fait les premiers pas vers ceux qui ne voulaient pas venir à moi, et, sachant que M. Allard, doyen du chapitre, ne paraïssait pas convaincu et le disaït trop, je lui ai écrit directement pour lui faire une proposition qui, ce me semble n'avait pour lui rien de blessant. Mettez, lui ai-je dit, mettez à ma disposition la salle capitulaire, et, devant ces Messieurs, je vous forcerai, malgré vous, à reconnaître les miracles. Est-il possible, je le demande, d'agir plus franchement ?

M. Allard, ainsi mis en demeure, a compris qu'il s'était trop avancé et qu’il valait mieux reculer et il a reculé ; il m’a fait répondre que le jugement de cette affaire ne le regardait pas et qu'il fallait, pour cela, m'adresser à Mgr Lecoq. C’est là une réponse qui paraîtra raisonnable à bien du monde et que cependant je ne puis accepter, parce que Mgr Lecoq pourrait m’en dire autant et m'envoyer à Rome où je sais que je me heurterais à des difficultés insurmontables, Ignoïez-vous qu’à Rome les prêtres eux-mêmes ont peine à se faire entendre P

Il est évident que si le Pape pouvait savoir et croire que j’ai véritablement un ordre à lui transmettre de la part de Dieu, et que, de cet ordre, dépend le salut de la société, il me recevrait à bras ouverts et je n’aurais besoin, comme introducteur auprès de lui, ni de M. Allard, ni même de Mgr Lecoq ; mais le Pape est un souverain qu’on n’aborde pas comme on veut, et ceux qui avaient d'abord mission de recevoir la grâce, ne l'ayant pas

reçue, leur incrédulité est devenue le véritable obstacle au triomphe de la vérité ; voilà pourquoi il faut que cette vérité soit examinée et reconnue ailleurs qu’à Rome pour avoir quelque chance d’être, un jour, sérieusement examinée et reconnue à Rome ; et la chose ne peut se faire qu'ici où je suis connu de vous et où je vous connais tous. Adressez-vous à Mgr Lecoq, dit M. Allard. C’est bien mon intention ; mais comme Mgr Lecoq est | l’homme de la Providence et qu’il a été envoyé à \. Nantes par un dessein particulier de Dieu ; qu’il y aurait danger, si je m’adressais immédiatement à lui, qu’il se laissât tromper par les apparences, et qu'il prit, en face de la vérité, une position dontil ne pût pas revenir, je préfère, pour l'instant, qu'il assiste à la discussion en spectateur désintéressé. | | Quant à vous autres, Messieurs, ce n’est pas vous | humilier, je suppose, que de vous faire connaître la volonté de Dieu ; que de vous demander, en son nom, de vous mettre à la tête d’une réforme sociale, de rendre à la France et au monde un inappréciable service qui fera bénir votre nom en tous lieux. Loin d’affaiblir votre autorité et de diminuer votre action, l'acte de foi que Dieu vous impose, est, pour vous, une question de vie ou de mort ; vous ne pouvez triompher de vos ennemis qu’à cette condition. Veuillez donc ne pas me regarder ‘comme un étranger et tâchez, s’il est possible, de considérer la mort de Son Exc. Mgr. Conroy pour ce qu’elle est en réalité : un signe miraculeux que Dieu vous donne pour que lincrédulité des autres ne vous influence pas.

Seul, je ne puis rien ; avec vous, je pourrais

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