EX TOI, DIT-ON, RÉSIDE LEUR PUISSANXE
1885. Depuis que cette lettre a été écrite, David Morin, mon ancien élève, est devenu un homme, et il ne regarde pas comme un petit honneur, Messieurs les avocats, d'être entré dans voire docte société, in dodo corJ>ore vf.stro, de sorte que moi, qui ne suis rien, pas même un avocat, j'ai considérablement baissé dans son estime et il a une tendance marquée à me couvrir de sa haute protection ; et,
quoiqu'avec discrétion, la nécessité m'y oblige, j'en ris dans ma barbe.
Nous avons même eti, à cet égard, une discussion amicale, bien qu'assez vive, à la suite de laquelle j'ai cru comprendre que, pour ce cher David, un avocat, c'est comme qui dirait le plus beau mei'le de la création et qu'après vous, Messieurs les avocats, ma foi ! il faut tirer l'échelle. J'ai bien timidement objecté à cette prétention, un peu exclusive, par une petite histoire : mais je n'oserais dire que j'aie convaincu mon ancien élève qui est d'un caractère pas mal entier.
Il y avait, jadis, à Nantes, un père Jésuite, le plus original des Jésuites, le Père Labonde, qui avait dressé, pour le bon combat, toute une compagnie de vaillants chrétiens, baptisés par lui du nom de chais^ et connus, à Nantes, sous le nom de " Chati> du Perc Labonde. " Or donc, un jour, un de ses chats vint lui miauler à l'oreille un compliment flatteur à l'adresse de la Société de Jésus qui était pour lui chat, le recepîable de tous les talents, ce qui est un peu vrai d'ailleurs. Le Père Labonde, en réponse à cette petite flatterie, eut une répartie charmante : " Oh 1 dit-il finement, nous avons quelques aigles ; mais il y a bien des moineaux. " Eh bien, mon opinion, c'est que, pour les avocats, c'est absolument la même chose : il y a quelques aigles, mais il y a bien des moineaux. I\Iais, au reste, mon cher David, puisque, pour être digne de toi, il faut absolument être un avocat, je crois que Messieurs tes confrères ne me refuseront pas un diplôme d'honneur. Car c'est, en somme, une cause que j'ai à soutenir, une cause
qui, par son importance et son e'trangeté, la nature des te'moignages, le rang des parties, la mauvaise volonté' des juges, le tribunal suprême auquel j'en ai appelé, est destinée à devenir une cause célèbre. Pour gagner un procès de ce genre, pour forcer le Pape lui-même à exécuter l'arrêt porté par un^plus puissant que lui, il faut être un assez bon avocat, qu'en penses-tu ? Et la cause est gagnée avant même que l'arrêt ne soit exécuté.
Est-ce à dire que je veuille m'amuser aux dépens de M. David !^Iorin? Xon certes, je sais trop quelles sont les grandes qualités de ce jeune homme, l'énergie de son caractère, sa bouillante nature, et surtout le glorieux privilège dont il jouit, pour avoir, un seul instant, cette pensée ; mais ce que je regrette, c'est de le voir lui que Dieu, entre tant d'autres, a choisi, par une élection spéciale, pour être, non pas l'avocat de telle ou telle cause, mais l'avocat de tout un peuple, qui, pour cela, (il ne l'admet pas, mais la chose est,) qui, pour cela, est armé d'une puissance redoutable, qui peut, à son gré, arrêter ou précipiter les événements, ce que je regrette et ce qui me désole, c'est de le voir se montrer fier du titre plus ou moins sonore que les hommes lui ont donné et dédaigner l'importante mission qu'il a reçue de Dieu. C'est un mystère, direz-vous ; oui, c'est un mystère ; c'est le mystère de Juda, personnification d'un peuple, et pouvant, par sa seule volonté, forcer le Christ à se faire reconnaître et, par son obstination et son incrédulité, empêchant Dieu d'agir et de se manifester à son peuple. David Morin n'a pas la mission de Juda ; mais il a une mission analogue à celle de Juda et
très-importante ; c'est VŒdipe Canadien, celui en qui, par un impénétrable mystère, réside la force du Canada-français, et c'est dans son sac à lui que, par la volonté de Dieu, a été mise la coupe de Joseph. Car, dans le monde chrétien, vous êtes, vous Canadiens, la tribu de Benjamin, le dernierné des peuples, le peuple du Sacré-Cœur.
Et mon existence n'eût-elle eu pour résultat que d'abstraire des événements la loi mystérieuse qui préside aux destinées du monde qu'elle serait déjà fort utile. Car c'est un grand point que de savoir qu'il y a, dans chaque peuple, certains hommes qui sont, pour ainsi dire, comme les boulevards du peuple parce qu'ils sont plus spécialement protégés par les puissances invisibles qui défendent le peuple et que, même à leur insu, même inconnus ou méconnus, par la force surnaturelle dont ils déposent ou qu'ils immobilisent, ils ont toujours, sur la marche des événements, une action décisive. Ce n'est pas agir avec prudence quand ils se présentent, de ne pas les reconnaître ; et, d'un autre côté, quand ils sont éclairés, eux autres, ils assument sur leur tête une terrible responsabilité en n'obéissant pas. Mais, dit David Morin, pour faire ce que vous demandez de moi, il faudrait me sacrifier et sacrifier ma vie tout entière. Sans doute ! et si tu ne le fais pas, tu t'apercevras, avant qu'il soit longtemps, que Dieu n'aime pas être dédaigné. Ton bonheur consiste à obéir à Dieu ; hors de là, pour toi surtout, il n'y a que déboires et déceptions, et. à ton heure dernière, si tu ne fais pas ce que je dis, tu auras de terribles inquiétudes. I\Iieux vaut profiter des expériences faites par d'autres que de les faire soi-même;
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mieux vaut croire que voir, et ce que je dis à D. Morin, je le dis à vous tous. Car rnenage's jusqu'ici parce que, vousCanadiens.vous êtes le mo^^en. vous allez être certainement brise's, comme autrefois les Juifs, si vous devenez l'obstacle. Examinez bien la tournure que prennent les e'vénements : il y a de la poudre dans Tair.
Les VŒUX de Mr l'avocat Dorion
^laintenant, je conteste à Mgr Taschereau le droit qu'il s'est arrogé, de relever de ses vœux, 2\Ir Edouard Dorion, aujourd'hui avocat à Québec, par la raison bien simple, et que tous les avocats comprendront, c'est qu'étant en cause et accusé par moi, il ne saurait être, en niême temps, juge et partie. Au reste, je dénie ce droit à qui que ce soit attendu que. Dieu s'étant prononcé, il n'est permis à personne, pas même au Pape, de s'opposer à sa volonté souveraine. En vérité, vous autres prêtres, vous paraissez, tous, avoir sur les vœux de singulières idées ; et vous étendez, au-delà de toute mesure, le droit que vous avez de lier et de délier. Même à ce droit, il y a des bornes, et, surtout, il ne .saurait être exercé sans règles. Car enfin il est mipossible d'iidmettre que vous puissiez ainsi faire, à votre gré, le chaud et le froid, la pluie et le beau temps, et quand un engagement, par vœu, a été solennellement pris devant Dieu, que vous ayez, vous, le droit, par un mot, d'annuler cette obligation.
Le vœu qui, dans tous les temps et chez tous les peuples, a touj.jur=. été considéré comme une chose
icdoutable, deviendrait alors, vous l'avouerez, une vraie plaisanterie, si, après avoir fait un vœu, il suffisait à un homme, pour en être relevé, d'aller trouver le premier prêtre venu, et on en trouve toujours pour relever d'un vœu.
Je comprendrais encore, s'il s'agissait d'une obligation indiscrète, et sans portée pratique, prise à la légère par quelque dévote à l'esprit faible, je comprendrais qu'un prêtre, après un examen sérieux, pour éviter un plus grand mal, pût la dégager de son vœu ; mais tel n'est pas le cas de l'avocat Dorion. C'est une intelligence de premier ordre, un caractère calme et froid qui a parfaitement su ce qu'il faisait en s'engageant par un vœu ; qui, d'ailleurs, avant de s'engager par ce vœu, a longuement étudié les raisons qu'il avait d'agir ainsi, et, qui, dès lors, ne saurait sérieusement soutenir qu'il a été surpris et trompé par moi.
Car, pendant dix huit mois, m'étant réservé ce droit, je lui ai offert, en maintes occasions, de lui rendre sa liberté, et quand il s'est engagé définitivement et irrévocablement, il a pris huit jours pour réfléchir. Autrement dit, le vœu a été fait dans les conditions voulues pour être valide, deux ans après l'âge que l'Eglise a fixé ellermême pour qu'on puisse faire un vceu de ce genre.
Quand, plus tard, longtemps après, Edouard Dorion, à l'instigation de son confesseur, est allé trouver Mgr. Taschereau pour lui exposer son cas, l'archevêque de Québec, avec un aplomb impertubabie et sans l'ombre d'une hésitation, lui a dit carrément qu'il avait le droit, par sa seule volonté, de faire qu'un engagement, pris devuint Dieu et
accepté par Dieu, cessât d'exister parce qu'il lui plaisait à lui. archevêque de Québec, qu'il n'existât pas. Or ceci, en principe, est une chose inacceptable ; il est inadmissible que Dieu ait pu donner à un homme, quel qu'il soit, un droit pareil parceque, s'il en était ainsi, il eût été impossible de fonder dans l'Eglise aucun ordre religieux et, plus encore, de l'y maintenir. ?<Iais pour montrer à tout le monde, et à lui-même, combien est exorbitante la prétention de Mgr. Taschereau à cet égard, je me permettrai de lui demander ceci : dites-moi donc, Monseigneur, quelle était, devant Dieu, la valeur du vœu que firent jadis, sur les hauteurs de Montmartre, les premiers disciples de St-Ignace quand, à la messe du père Lefebvre, ils s'engagèrent tous, par serment, à vivre de la même vie et à combattre les même conibats. Auriez-vous osé, vous archevêque de Québec, en face de cet homme qui lisait dans le livre de Dieu, auriez-vous osé lui dire que ce vœu ne signifiait rien ; que ses disciples, à la fantaisie d'un évêque, voir même d'un archevêque, pouvaient être dégagés de leur vœu.
Et vous, Messieurs les Jésuites, quelle est votre opinion là-dessus ; croyez-vous que vos vœux à vous, si solennels qu'ils soient, diffèrent, en principe, des vœux qui firent autrefois les compagnons de St-Ignace ; que le vœu cesse d'exister parce qu'il est fait en dehors d'un ordre religieux ; qu'il faille absolument, pour qu'un vœu soit sérieux, la consécration de l'Eglise. C'est restreindre un peu trop le domaine la conscience, la liberté de l'âme, ^lais, d'ailleurs, un ordre religieux existe devant Dieu avant qu'il puisse être officiellement reconnu
par l'Eglise ; et quand Dieu donne à un homme la mission d'en fonder un, il lui donne, parla mcme, le droit de recruter des soldats, et sans les vœux de religion, la chose ne serait pas possible.
Les vœux qu'a faits M^ Edouard Dorion sont les trois vœux de religion, vœux qui, conside'rés en eux-mêmes, dans leur essence, constituent, devant Dieu, un engagement irrévocable ; ils ne diffèrent en rien de ceux que vous faîtes vous. Messieurs les Religieux ; et je maintiens que personne, dans les circonstances particulières où il se trouve, n'a le droit de relever Edouard Dorion de ses vœux, parce que. Dieu ayant fait connaître sa volonté et sa volonté' e'tant immuable, s'il ratifiait votre jugement, c'est ce qu'il se contredirait et il ne se contredit pas ; mais, en admettant même qu'il y ait doute, et pour moi il n'y en a pas, c'est un cas re'servé au Pape et au Pape seul. L'archevêque de Québec, n'a pas le droit qu'il se donne, de relever du vœu de
religion. Edouard Dorion, tu n'es pas relevé de
tes vœux.
Le Docteur Oatellier
Le docteur Catellier est un médecin distingué qui habite avec sa famille l'hôpital de marine dont il partage la direction avec le docteur Lemieux. Ces deux messieurs sont, en même temps, professeurs à rUniversité-Laval, et on doit les considérer comme des autorités pour tout ce qui concerne la médecine. Or, en 1878, ils ont, tous deux, après un examen attentif, fait devant témoins, constaté que M. Jean-Baptiste Morin, actuellement pharmacien à Québec, avait à la main une tumeur
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dont la guérison ne pouvait être obtenue que par une opération dangereuse entraînant la perte d'un doigt. Cette gue'rison ayant eu lieu, quelques jours après, sans le secours d'aucun remède, par l'application sur la tumeur d'une goutte seulement de l'eau de Lourdes, ]\I. le docteur Catellier, sans y être sollicite' par personne et sans comprendre l'importance, pour moi, de son témoignage, a reconnu, en propres termes, que c'était un miracle, un vrai miracle. J'ai cru devoir prendre acte de cette déclaration et relater la chose sur le Joiwnal de Québec. On ne m'a pas donné de démenti.
Lettre au Docteur Catellier
Monsieur. — En 1878, vous aviez pour interne, à l'hôpital de marine, i\L Edouard ]Morin, aujourd'hui médecin à Québec ; et vous ne devez pas avoir oublié, puisque la chose a été publiée sur les journaux, que, dans les premiers jours d'avril, son frère, M. Jean-Baptiste Tslorin, étant venu le voir pour le consulter au sujet d'une tumeur douleureuse qu'il avait à la main, vous avez examiné cette tumeur en présence du docteur Lemieux, et qu'après en avoir reconnu la gravité, vous avez, tous deux, porté ce diagnostic qu'il fallait en faire l'ablation, mais que l'opération était dangereuse et que. probablement, elle entraînerait la perte d'un doigt.
Le cas était donc grave, et il n'est pas admissible que deux hommes de votre valeur, après avoir contrôlé vos observations les unes par les autres, ayez pu, dans une consultation publique, vous prononcer à la légère sur la nature du mal : et ce serait
vous faire une injure gratuite que de supposer qu'en matière aussi sérieuse, l'opération ayant été par vous jugée redoutable, vous ayez pu offiir au jeune homme de l'opérer immédiatement sans être absolument sûrs de votre diagnostic.
Le jeune homme, comme vous le savez, refusa de se laisser faire, et, de retour à la maison, dans des circonstances qui donnent au miracle une signification spéciale, par le moyen de l'eau de Lourdes, que sa mère, IMadame Morin, avait, sur mes instances, quelques jours auparavant, fait demander à 2\l. Labrecque du Séminaire, non pour lui, mais pour moi, il se trouva, sans le secours d'aucun remède, subitement guéri, le jour des Rameaux, à notre grand étonnement à tous.
Le lendemain, quand vous avez eu connaissance de la chose, vous avez déclaré, en propres termes, que c'était un miracle, et M. Labrecque du Séminaire le croyait si bien qu'il se préparait, paraîtil, à en faire dresser le certificat authentique quand, tout à coup, la chose ayant été relatée suvle/ournal de Québec, il comprit que j'entendais m'appuyer sur ce miracle pour soutenir mes autres affirmations. Oh alors ! il ne fut plus question du certificat.
Vous êtes vous, Monsieur, placé, par suite des circonstances, dans une pénible alternative, ayant à choisir entre votre intérêt et votre devoir. Votre intérêt, le clergé de Québec dont vous dépendez, se trouvant compromis, c'est de déguiser une vérité qui lui déplaît et le condam.ne ; votre devoir, si vous êtes un honnête homme, c'est de proclamer hardim.ent qu'il y a eu un miracle de fait puisque
vous l'avez dit et que vous le croyez, et, si vous ne le croyiez pas, pourquoi l'avez-vous dit ?
Le Révérend. Père Mothon
qui, en 1877, a prêché dans la Basilique de Qut'bec la neuvnine de riramaculée-Conception. Tous les sermons du Révérend Père ^.lothon ayant eu pour but d'établir les dogmes fondamentaux de la Religion catholique et, plus particulièrement, le mystère de la Transubstantiation, s'il peut être prouvé que ces sermons ont donné lieu à plusieurs miracles, il s'ensvùt de là que ce ne sont plus des compositions ordinaires et que ce religieux, en les faisant, a été réellement inspiré sans le savoir. Or, dans un pays où les protestants sont nombreux et où le danger, pour la foi, vient de leur mélange avec les catholiques, si Dieu veut ramener les uns et protéger les autres, c'est par des miracles de ce genre qu'il doit s'y prendre, de telle sorte que s'opposer à ce que la preuve se fasse sur ce point, c'est être l'ennemi de Dieu, et on conçoit difficilement que le clergé canadien soit assez aveugle pour empêcher la vérité de triompher, quand il s'agit du salut de tant d'âmes confiées à ses soins et qui se perdent.
Lettre au Révérend Père Mothon
Mon Révérend Père, — En décembre 1877, pendant la neuvaine de l'Immaculée-Conception, je vous ai écrit plusieurs lettres pour vous avertir que vos sermons avaient donné lieu à des miracles, et
je nie suis môme rendu au Se'minaire de Québec pour vous voir à ce sujet ; mais n'ayant pu arriver jusqu'à vous parce que, déj^., on se défiait de moi, après avoir vainement sollicité qu'on ouvrît une enquête, je me suis contenté d'indiquer sommairement la chose dans un opuscule qui a été imprimé "XM Joirrnal de Qucbec, vers la fin de décembre.
A cette époque, je ne comprenais pas du tout la signification des miracles, et, n'ayant jamais entendu parler qu'une fois de la prophétie de saint Malachie, j'étais à cent lieues de penser qu'il pût s'agir de cette prophétie ; mais j'ai toujours parfaitement vu que c'étaient des miracles, et si, au lieu de vous tenir a l'écart comme vous l'avez fait, vous aviez consenti à m'entendre, je vous l'aurais prouvé comme je l'ai prouvé au Père Arnauld, à M. Lafontaine et à d'autres, comme je le prouverai à quiconque, étant de bonne foi, voudra m'écouter.
Mais vous autres, gens d'église, quand vous n'êtes pas parfaitement droits, vous trouvez toujours quelques faux-fuyants pour vous mettre à couvert ; vous fermez les yeux et !es oreilles, et, pour ne pas voir la vérité qui vous gêne, vous vous retranchez dans votre dignité, masquant ainsi, sous un prétexte ou sous un autre, ce qui n'est au fond que de la lâcheté ou de la mauvaise foi.
Car, enfin, ce que je dis est vrai ou ne l'est pas.
S'il est vrai que la prophétie de saint Malachie se soit vérifiée au Canada, et si elle doit se vérifier quelque part, c'est à notre époque que la chose doit avoir lieu ; si cette prophétie, dont l'ia.portance saute aux yeux, a pour but d'établir mathématiquement, et sur des preuves tangibles, que le Christ est
dans l'hostie ; qu'à la parole da prêtre il '.escend sur l'autel : que la confession est d'ii: titution divine ; qu'en un mot la vérité est dans h religion catholique et non pas dans la religion prciestante ; si, à cette grâce signalée, qui, au Canada, correspond aux besoins de tant d'âmes, Dieu en ajoute une autre, plus spécialement destinée à éclairer les catholiques sur les dangers de l'éd^l' ayan'- eu "j^^^ à la jeunesse, et qu'il en indiq- -.g^t^^.j^. ^iô :, ditesmoi, peut-il y avoir un fait plus considérable que celui-là, et si la chose est, -oyez-vous que vous ayez le droit de rester neutres ? J'as plus que res anges coupables qui, dans le ciel, voyant J^,|.jQj.a' se révolter contre Dieu, ne voulurent P^js^nt a '^^^ ni pour ni contre saint ^lichel et qu. -„ „^j^ condamnés pour ce fait.
Si extraordinaire qu'elle soit, je prétends que la vérité brille aux yeux d'un éclat incomparable, qu'elle est évidente, qu'elle est indéniable ; et je ne puis m'expliquer que vous, religieux français, qui voyez la situation telle qu'elle est ici, qui en souffrez, vous n'ayez pas le courage de reconnaître hardiment un miracle de Dieu ; et, ce qui est encore beaucoup plus difficile à comprendre, que vous refusiez d'en faire l'examen. Est-ce donc une raison, parce qu'ils ont trahi, pour que vous trahissiez vous-même ?
P. S. — Cette lettre n'a pas été envoyée; mais j'ai fait à pied, et sans argent, un voyage de soixante lieues pour aller à St-Hyacinthe trouver le Père Mothon qui m'a reçu poliment, mais qui a refusé de m'entendre, sous prétexte que ce n'était pas à lui qu'il appaitenait de juger les évêques. Je réponds ailleurs à cette objection spécieuse qui ne supporte pas un examen attentif.
M. Sotin, curé de Vertou
M. Sotin, actuellement cure' à Vertou, a été jadis directeur au collège des Couëts. C'est là que l'ai connu quand j'étais enfant. M. Sotin est un homme d'intelligence et d'énergie qui s'est déjà prononcé sur un point ; il ne comprend pas qu'on ait refusé de f^i^'/c'^t'te ^"<^.^^^^ ^ ^^ sujet. Le connaissant de longU(r^^ .• /"' j *nt conservé avec lui des relations Ultimes, j\.. . ^ -^ se laisserait convaincre et j'ai été le trouver à Vertou. C'est un esprit juste et un cœur droit, me disais- - ; il reconnaîtra la vérité et m^p/^'^m à la faire triompher. L'a-t-il reconnue ?
^^'Miir à ?' "^- ''^^^^'^ '"^^^^ ^^^ ^^ moYt de Son Exce <,g^|.- v^^onseigneur Conroy est véritablement une ch ,^ t.Lraordinaire, étrange ! mais il ne veut pas conclure. C'est que, voyez-vous, pour me donner raison, il faut donner tort à sept évêques et en déposer un et ça paraît un peu raide, cette logiqueià. — ^vlais c'est la logique de Dieu.
:ox CHER Monsieur,
Je ne puis pas m'empécher de penser à la distinction subtile que vous avez prétendu établir, dans la gare de Nantes, entre deux mots qui sont certainement cousins - germains s'ils ne sont pas frères. J'avais toujours cru jusqu'ici, et je crois encore, que l'on entend, à une nuance près, exprimer la même pensée quand on dit d'une chose qu'elle est extraordinaire ou qu'on dit de ceUe chose qu'elle est étrange. Pour moi, ces deux mots sont synonymes et je ne vois guères quelle difïé-
rence il y a entre eux. A mon sens, e'trange dit même plus qu'extraordinaire. ^.lais, au reste, à quoi bon discuter là-dessus ; vous avez employé ces deux termes pour exprimer une pense'e qui, au fond, est la même ; et il est vraiment pénible, en matière aussi importante, de voir qu'un homme de votre valeur et de votre caractère soit obligé, pour échapper à la vérité qui s'impose à lui, d'en venir à de pareilles arguties et de jouer ainsi sur les mots.
C'est qu'en réalité vous n'avez rien à dire, absolument rien, à une argumentation qui est inattaquable, et que, du simple exposé des faits, ressort, pour tout homme droit, la preuve évidente qu'il y a eu, dans le cas présent, une intervention du'ecte de Dieu. Vous admettez l'extraordinaire, donc ce que je dis est vrai. Sans cela, vous ne me feriez par cette concession.
Comment ! voilà les évèques canadiens qui veulent faire nommer 1\L Racine à l'évêché de Chicoutimi ; je sais, moi, par des miracles, que ce n'est pas M. Racine qui doit être évêque en cet endroit, mais un religieux français, un saint missionnaire, le Père Arnauld ; je sais, et je prouve, que le Père Arnauld est l'élu de Dieu pour l'évêché de Chicoutimi, non pas M. Racine. Une lutte s'engage, lutte violente qui dure dix-huit mois. Tout dépend d'un homme, d'u:i légat du pape, de Son Exe. !Mgr. Conroy ; je le vois clairement et je fais des efforts inouïs pour convaincre ce prélat. S'il me croit, le Père Arnauld sera évêque ; s'il ne me croit pas, M. Racine l'emportera. On ne m'écoute pas ; M. Racine est choisi pour être évêque ; sa nomination est obtenue du pape par l'entremise de Son Em. le
cardinal Franchi, protecteur attitré de l'Université- Laval. Le sacre, malgré mes protestations, a lieu le 4 août 1S7S. Son Exe. Mgr. Conroy meurt, et meurt subitement, le jour même du sacre ; Son Em. le cardinal Franchi, trois jours avant, et Cf^ n'est pas là un jugement de Dieu, ce n'est pas là un miracle ?
Mais, alors, Dieu n'est pas le maître de la vie et de la mort. Ce n'est pas lui qui préside aux destinées huniaines. Croyez-vous donc que je ne sois pas capable, par moi-même, de voir si une chose est naturelle ou ne l'est pas ? En vérité, je ne comprends pas ; non, je ne comprends pas votre incrédulité, ou, plutôt, c'est toujours la même histoire : vous avez des yeux pour ne point voir, et des oreilles pour ne point entendre. A lires habcnt et non audiiinf, ocuîos habcnt et non vident^ pedes hahent et non ambulabiint.
Opinion de Mr. l'Abbé Boutin
Appelé à se prononcer sur le même fait, Mr. l'abbé Boutin, de la cathédrale de Nantes, s'est exprimé ainsi : on ne peut nier, a-t-il dit, que la mort de Son Exe. ^Igr. Conroy, entourée des circonstances que vous mentionnez, n'ait étonnamment les apparences d'un miracle.
Le devoir du Pape
La conclusion de tout ceci est terriblement sunple : :'est que le Père Arnauld ayant été désigné par des miracles comme devant être évêque de Chicoutimi ; G
Mgr Racine ayant été nomnie evêque c; ntrairement à ia volonté expresse de Dieu ; S n Exe. ]\Igr Conroy étant mort pour ne pas avoir obéi à cet ordre formel, il y a pour le pape obligation stricte de déposer Mgr Racine. Car, enfin, je ne puis admettre qu'il y ait deux poids et deux mesures; que nous soyons, nous, obligés d'obéir à Dieu, et les autres pas. S'il en était ainsi, ce serait la destruction de toute morale, ce serait le règne de l'arbitraire.
4èiue PAKTiE