‹ La Clef du mystèreChapitre 15 sur 23 · L'ÉNIGME DU SPHINX · texte numérisé non relu

L'ÉNIGME DU SPHINX

Tous les travaux que j'ai composés jusqu'ici, sont des travaux philosophiques qui s'adressent plutôt aux intelHgences d'élite qu'à la masse des lecteurs. Ils sont le résultat d'observations nombreuses, faites à une époque où je ne savais pas trop où j'allais. Car, par une espèce de fatalité dont j'ai l'explication aujourd'hui, mes qualités elles-mêmes m'ont toujours été funeste.^.

Il en est résulté une existence assez curieuse pour qu'un prêtre de mes amis n;'ait engagé à l'écrire, assez remplie de souffrances pour qu'on s'étonne généralement que je sois encore de ce monde. Et, de fait, il nra fallu une inconcevable énergie pour ne pas mourir, et peut-être eussé-je succombé, malgré la force de mon tempéranient, si Dieu n'avait multiplié les miracles pour me venir en aide.

Le dernier de ces miracles m'a ouvert les yeux sur la protection spéciale dont j'ai été l'objet, et j'en connais la caus-. Je puis; en effet, suivre, pas à pas, l'action de la Providence sur ma vie depuis l'âge de quatre ans, c'e:t-à-dire pendant vingt-sept ans.

Aussi, comme j attribue toutes mes sourlrances a l'éducation et, en particulier, aux idées fausses que Ton m'a données sur Dieu ; que, d'autre part, sans doute pour mieux coifjprendre l'influence des principes sur l'avenir d'un homme, j'ai été placé dans des conditions d'isolement telles que l'histoire de ma vie forme un traité de philosophie, de théologie et de spiritualité pratique, propre à éclairer à peu près tout le monde, inème les protestants^ je me propose de l'écrire avec l'intention de montrer qu'on ne sait pas diriger les enfants.

Et s'il faut à un homme des principes pour se conduire dans la vie; il en faut aussi aux professeurs pour conduire les autres, et je prétends qu'ils n'en ont pas dont ils puissent rendre compte. L'éducation tout entière repose sur des principes faux, et il n'est pas étonnant qu'elle fasse tant de mal. Je n'en fais de crime à personne ; mais ce que je ne -aurais admettre, c'est qu'on veuille consacrer, par des lois absolues, un état de choses dont on souffre partout.

Sans doute, la foi doit être une partie intégrante de l'éducation, je ne le conteste pas ; mais précisément, dans Tordre ue la grâce, si, pendant des années, en enlève la liberté à l'enfant, il n'y a plus de direction possible. Car la grâce suppose la liberté. »

Il ne suiîit pas, pour être vraiment utile, qu'un enseigne Mîcnt soit donné par des religieux, il faut encore, et surtout, qu'il tienne compte dés besoins d'un peuple et des besoins de l'enfance. Si, après dix ans, les enfants n'ont devant eux qu'un avenir incertain, je le dis et je le répète, c'est un danger.

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Uu], si les institutions et les lois, comme il arrive dans notre pauvre P'rance, sont contraires à la vie religieuse et à la famille ; si les études, comme cela arrive partout^ font naître des besoins factices au lieu de donner satisfaction aux besoins le'gitimes ; si la jeunesse se passe à de'sirer un idéal iiidctenniné^ un bonheur qui, en réalité, n'existe nulle part, a'ors il y a dans ces institutions, ces lois, ces les, il y a, dans tout cet état de choses, un danger :;ianent pour la société.

": est impossible que des hommes ainsi élevés, c cii-à-dire autrement que la nature le demande, jetés sur le chemin de la vie sans pouvoir arriver à une situation convenable que par des efforts presqu'héroïques, quelle que soit leur position, si, par hasard, ils font fausse route, et en France c'est fréquent, au Canada, ça le deviendra, il est impossible que ces hommes-là, pour la plupart hommes d'intelligence et denergie, ne tournent pas, un jour ou l'autre, contre eux-mêmes ou contre la société, les armes qu'on a imprudemment mises entre leurs mains.

On a beau leur inculquer les meilleurs principes, il faut encore, et dès le premier âge, les mettre dans une position telle qu'ils n'aient pas à hésiter entre le bien et le mal, et que, n'ayant aucun intérêt à faire le mal, ils fassent naturellement le bien sans comprendre qu'ils puissent faire autrement. Car, comme dit le pioverbe et le proverbe dit vrai : •'' c'est l'occasion qui fait le larron "

CEIDIIPE

Ce qui donne à ma vie un cachet spécial, c'est que, sans le savoir d'abord, j'ai cherciie' quel rapport exi.-te entre la prescience divine et la liberté humaine et la part de responsabilité qui incombe à chacun de nous dans la grande bataille de la vie. C'est ut'^e question importante et qui intéresse tout le monde. Car enfin, tout est là : serai-je sauvé ou ne le serai-je pas ?

Après y avoir beaucoup réfléchi, je crois pouvoir dire que la plupart des chrétiens ne sont pas des gens raisonnables. Et, en effet, qu'est-ce donc qu'un homme raisonnable ?

Un homme raisonnable est un homme qui a àes principes, des principes justes, dont il tire des conséquences et des conséquences justes ; et l'*homme qui n'a pas de principes ou qui a des principes faux, ou même qui, ayant des principes justes, n'en tire pas de conséquences ou en tire des conséquences fausses, cet homme-là n'est pas un homme raisonnable.

Or, ou sont ceux qui ont des pri^icipes justes, ou qui, ayant des principes justes, en tirent des conséquencss justes? En voyez-vous beaucoup? Je n'en vois guères ou plutôt je n'en vois pas : et je comprends cette exclamation de l'écrivain sacré quand il s'écrie : le 7io?nhre des sots est infini !

Je n'ose pas me ranger dans la catégorie des gens raisonnables, (ils sont si rares !) mais j'ai été un garçon logique, autant du moins que l'éducation m'a permis de l'être. Or, celui qui est logique arrive

à voir s'il est dans le vrai ou d.ins

autres ne le savent pas et ne le sauront jamais.

Les situations fausses.

Je suis ne' en iS46,le 20 février. Ma vie ne pre'sente rien de particulier jusqu'à l'âge de douze ans, époque

îi je reçus la première impression qui ait influé a'une manière sérieuse sur mon avenir. Avant cette cpoque, je ne m'étais jamais occupé de rien ; et, ■ ependant, il me manquait quelque chose dont les

etits enfants ont grand besoin pour que leur cœur puisse se développer à l'aise ; il me manquait lescaresses d'une mère à qui, dans l'occasion, j'allasse confier mes peines et mes joies.

En revanche, j'avais une belle-mère, et îesbeliesmères n'ont pas l'habitude d'aimer à l'excès les enfants du premier lit. Aussi, faute d'épanchement, érais-je plus sensible que d'autres aux impressions religieuses, comme, au reste, à toutes espèces d'impressions. Je le suis encore. La moindre caresse me rendait heureux, la moindre i:ijustice, le moindre froissement, me révoltait déjà.

Avec un tempéramment comme ça, dans les conditions où j'étais placé, il n'y avait que la foi qui fût capable de me dompter ; mais il ne fallait pas me donner la foi étroite des jansénistes. Celle- ^à, loin d'être une force, est la plus grande des faiblesses pour les individus comme pour les peuples. Elle n'epjpêche pas le mal et elle empêche lebien.

La question religieuse

On serait porté à croire qu'il suftii: à ur. iiommc de faire un cours de théologie, dans un séminaire quelconque, pour être ensuite en état de diriger le^ âmes dans la bonne voie, c'est une erreur. Il faut. en plus de cela, le sentiment de sa propre faiblesse, la connaissance du cœur humain, une grande bonne volonté et des efforts personnels sens la conduite d'un maitre expérimenté dans les combats de la vie intérieure ; et, s'il est vrai, comme le dit Saint François de Sales, qu'il faille choisir son directeur entre dix mille personnes, c'est, apparemment, qu'il n'y en a pas beaucoup de bons. Là, plus qu'ailleurs, il faut des principes, une méthode, et tout le monde n'en a pas. Je l'ai appris à mes dépens. J'ai pour certain que la plus grande partie des chrétiens se perdent, parce qu'on ne les éclaire pas ou qu'on les éclaire mal, parce qu'on ne les dirige pas ou qu'on les dirige mal. Cccciis enijn, si €œco ducat uni prœstet, in força m cadat.

A douze ans donc, j'étais en sixième avec un professeur qui ne manquait pas de talent, mais qui ne comprenait rien à la religion. Je l'ai rencontré, depuis, dans le monde, à un âge où j'étais en mesure de juger du vrai et du faux, même en spiritualité, et je comprends le danger, pour un enfant dont le cœur est droit, detre instruit par un homme comme ça.

Il m'a donné, il est vrai, l'appréciation juste de la vie ; mais, par ses observations sur les pénitences des saints, qui, souvent, ne sont pas admirables du | tout, comme on peut s'en convaincre en lisant la

vie de Saint Paphnuce, ii a fait que, pendant longtemps, j'"ai mis la vertu là où elle n'est pas.

Un dogme catholique

Voici la méditation qui a é'.é mon point de départ en spiritualité ; elle force à réfléchir quiconque a la foi et même celui qui ne l'a pas. Car. enfin, rien ne prouve le contraire.

Oh ! moment de l'Eternité ! Que vous êtes désirable ! Que vous êtes terrible ! Pensez-y bien ! — IMortel, qui as une âme immortelle, étudie, médite, approfondis ce grand mot : Eternité ! Eternité ! que dira de toi l'homme d'un jour, comment le dira-t-iî, et qui comprendra ce qu'il pourra dire de toi?

Oh ! qu'elle est longue ! qu'elle est profonde ! qu'elle est immense et infinie, dans ses biens et dans ses maux, cette Reine de tous /les siècles, cette interminable et toujours vivante Éternité !

Je compte mille ans, cent mille ans, cent millions de fois mille ans, autant de millions de fois mille ans qu'il y a de feuilles d'arbres dans les forêts, dé brins d'herbe dans les prairies, de grains de sable sur les rivages, de gouttes d'eau dans l'océan, d'atomes dans les airs, d'étoiles au firmament, et je n'ai pas encore- commencé à dire ce que tu es, ô Éternité !

Un jour viendra que le soleil aura été éteint, le monde aura été consumé, la race humaine aura fini, les vivants et les m.orts auront été jugés, les siècles se seront amoncelés ; puis, il y aura eu des abîmes, et des abîmes de durée, depuis le jour de

la vie laissée si vite : la vie ne paraîtra plus que dans un immense éloignement. comme ces e'toiles presqu'imperceptibles que rœil ne de'couvre qu'à

force de se nxer, comme un songe évanoui'

et ce sera encore, et ce sera autant que jamais l'Éternité. Car elle durera toujours ; elle ne finira jamais, rÉterniîé. O toujours ! O jamais !

Si c'est pour moi l'Eternité dans les cieux, inconi préhensible honneur ! Toujours la vérité et la vertu, la vie et les délices, les bienheureux et les anges. Toujours Dieu, à contempler, à aimer, à posséder, à bénir, toujours I et jamais "plus de larmes, ni de mort, ni de douleur, jamais 1

Mais si c'était pour moi l'éternité dans les enfers. effro3-able malheur ! toujours le péché qui souille. toujours les ténèbres qui pressent, toujours le ver qui ronge, toujours les chaînes qui serrent, toujours les pleurs qui coulent, toujours les dents qui grincent, toujours les réprouvés qui s'irritent et enragent, toujours les démons qui tourmentent, toujours la malédiction de Dieu qui écrase. Et jamais un rayo;i de jour qui réjouisse, un moment de s^mnieil qui délasse, une goutte d'eau qui rafraîchis îe, une parole d'ami qui console : jamais i -ieu !

Mortel ! il y a une éternité et tu n'y penses pas I tu n'y penses pas et cette éternité est pour toi ; et tu es sur le bord de cette éternité ! Et, bientôt, de tous ces plaisirs qui t'amusent, de toutes ces aifaires qui t'occupent, de toure cette vie qui t'abuse, il n'y aura que l'éternité. L'Eternité et tes œuvres et leurs fruits ; alors, le plaisir du pécheur aura passé ; mais la peine qui restera; et la peine du juste aura passé, mais le plaisir lui restera. Donc, ouïes plaisirs

du icai[j3 ci\c'^ 1C5 peines de rciciiuLc. uu ics peines du temps avec les plaisirs de réternité. Choisis.

Une résolution énergique

J'étais alors un enfant, sans expérience ces hommes et de la vie, incapable de comprendre qu'on allait me jeter dans le faux. J'écoutais, attentivement, cette effrayante méditation que notre professeur lisait en scandant chaque mot pour nous frapper davantage. Mon impression fut terrible, je m'en souviens encore. Ce fut comme un trait de lumière dans mon intelligence, e% avec une implacable logique qui prouve que les enfants raisonnent juste quand il s'agit des questions religieuses, je me dis en moi-même : si c'est comme ça, la vie n'est rien : coûte que coûte, faut que je me sauve. Comment faire pour être sûr de mon coup ?

Toute la soirée, (c'était en hiver), je méditai làdessus ; et comme j'avais entendu dire que les martyrs allaient droit au ciel, qu'à cette époque la persécution sévissait en Chine contre les chrétiens, je pris, dés lors, l'énergique résolution de me rendre, un jour, dans le Céleste Empire avec l'intention bien arrêtée de m'y faire casser la tête d'une façon ou d'une autre. Il me semblait qu'il n'y avait pas à hésiter et qu'il était plus avantageux, pour moi, de souffrir un peu dans ce monde-ci que beaucoup dans l'autre. Le soir, en me couchant, j'annonçai solennellement à mon professeur que je voulais être missionnaire.

— 18G — La prédestination

Il faut savoir ce que c'est que la vie intérieure, et même avoir pe'nétré très-loin dans l'étude de la religion, pour comprendre ce qu'il y a de dangereux dans le principe que je plaçais ainsi à la base de mon édifice spirituel et qui, tantôt sous une forme et tantôt sous une autre, a dominé ma vie pendant dix-huit ans.

Et, en effet, si ma résolution indiquait une foi très-vive, elle dénotait, d'autre part, un manque absolu de confiance en Dieu et une ignorance corn plète des lois qui président au salut et à la transformation de lame. Tant que j'agissais d'après ce principe, mon salut n'était pas facile.

Et si, ayant été jeté, hors de ma voie, je n'avais, pas été logique avec moi-même jusqu'à l'absurde, je ne sais pas trop ce qui serait arrivé. La permission du mal est donc, de la part de Dieu, une preuve de son amour pour nous ; et, en certains cas, le péché est la conséquence nécessaire de l'erreur. La preuve en est dans l'Evangile. Xotre- Seigneur n'a-t-il pas prédit à Saint Pierre qu'il tomberait trois fois ? Or Saint Pierre n'est pas seulement un homme, cest un type; il représente tout un groupe dans l'humanité.

Le trop est trop

Quand nous prenons une bonne résolution par un autre principe que la confiance en Dieu, le diable qui est un fin matois et qui nous connaît bien, va immédiatement demander la permission

de nous tenter, et, comme il est plus fort que nous, il s'arrange de manière à nous faire e'chouer.

C'est absolument comme dans le siège d'une ville, avec cette différence qu'il e'vite ge'néralement de montrer ses cornes, pas toujours cependant. Ah ! c'est un garçon intelligent, faut le reconnaître ; il en a donné et il en donne encore des preuves nombreuses.

Ainsi on va jus ju'à prétendre, que, lors du grand combat qui s'est livré, jadis, dans le ciel entre les anges et les démons, il avait trouvé moyen d'embarrasser Saint Michel lui-même et que celuirci, à bout d'arguments et ne sachant trop que répondre, pour se tirer d'affaire, dut en appeler à Dieu.

En un mot, il faut arriver à reconnaître que, par nous-mêmes, nous ne pouvons rien dans Tordre du salut. Autrement nous sommes exposés à faire de dures expériences. Car Satan a contre nous des moyens puissants dont il se sert avec avantage, comme, par exemple, de l'affection naturelle que nous portons à nos parents. x\ussi est-il écrit : celui qid aï me son père ou sa uihe plus que moi, n'est pas digne de moi. C'est le premier sacrifice qu'il faut faire à Dieu pour obtenir ses faveurs. Quand on hésite, on a lieu de s'en repentir plus tard, et les parents aussi. J'en puis servir de preuve.

La volonté des parents

i:.: en effet, pendant que je me fixais ainsi un but bien déterminé, mon père m'en fixait un autre, sans s'inquiéter de savoir si telle était sur moi la volonté de Dieu, décidé à me faire entrer dans ses vues, bon gré mal gi*é.

A la suite de son second mariage, et sur les instances de ma belle-mère qui voulait se rapprocher de sa famille à elle, et peut-être aussi éloigner mon père de la sienne, il éta^'t allé s'établir dans un pays ou les bourgeois de l'endroit ont tous été enrichis par les' biens volés au clergé en 1793. Or mon père est Vendéen^ et, comme tel, ennemi de ia révolution et des révolutionnaires. Il tonibait dans un guêpier.

Mon père est un homme d'une grande valeur comme médecin et il connaît sa valeur. Il a été, pendant deux ans, interne des hôpitaux de Nantes et, plusieurs fois, lauréat de l'école. Or, ce ne sont pas, d'ordinaire, les élèves les moins intelligents qui obtiennent les prix.

Comme, de son temps, le titre de docteur ne signihait pas grand'chose et que, d'ailleurs, il était trop pauvre, alors, pour se rendre à Paris, il s'est contenté du grade inférieur. Ses ennemis s'en sont servi pour le décrier dans l'opinion publique et pour lui opposer un jeune docteur, tout frais éclos.

La place étant excellente, mon père a tenu bon ; et comme il avait déjà une certaine fortune, il se trouvait en mesure de lutter. Il a eu raison de son concurrent, mais, dès ce moment, il se disait sans doute : Ah ! c'est comme ça ! Eh bien, je veux que mon fils soit docteur et même professeur dans une faculté. C'est un amour-propre qui s'exphque parfaitement ; mais qui m'a coûté cher à moi. Car, en France, pour être docteur, il faut passer, d'abord, deux examens difficiles, le baccalauréat-ès-lettres et le baccalauréat-ès-sciences. On

peut être médecin sans être bachelier, mais non pas docteur. C'est absurde, mais c'est comme ça. Il fallait donc, avant tout, que j'obtinsse mes deux diplômes. Aussi mon plus grand péché, aux yeux de mon père, a toujours été de ne pas réussir dans les compositions. Il ne me pardonnait pas une mauvaise place, et j'avais beau m'épuiser pour le contenter, jamais je n'en faisais assez.

Passionné pour son art, ne voyant que la mé .cine, n'aimant que la médecine, il avait si bien amalgamé ses intérêts avec les miens qu'il n'admettait pas, il ne l'admet pas encore, que je pusse avoir une idée juste en dehors de lui. Pendant dix ans, il a poursuivi ie même but avec une ténacité incroyable et ii ne me pardonnera jamais d'avoir fait échouer ses plap.s. Et moi je lui dirai toujours : pourquoi ne m'as-tu pas laissé suivre ma vocation ?

La ilberté des enfants.

Les parents ne comprennent guères la responjiiité immense qu'ils assument devant Dieu en s'opposant à l'action de la grâce dans le cœur d'un enfant. Ils jugent de ces choses-là par les maximes du monde qui sont, partout, même dans les pays les plus catholiques, la contradiction des principes de l'Evangile.

Trompés par Tafiection et aussi, quelquefois, par i'égoïsme, ils s'imaginent assez généralement que leurs enfants doi^--?^-'- ^^ ■soumettre à toutes leurs volontés.

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Oui, en règle générale. Xon, quand il s'agit des questions religieuses. Car un tout jeune enfant peut avoir, à cet égard, des idées plus justes qu'un homme fait ; et, à douze ans, je jugeais plus sainement des choses de la vie que mon père qui en avait quarante.

Dès lors, il était incapable de me conduire ; et, en subissant son influence, bien qu'à contre-cœur, je m'exposais à ne faire que des faux pas. Je n'ai jamais cédé entièrement. Aussi la lutte entre mon père et moi a-t-elle été continuelle. Qu'en est-il résulté ? C'est que je ne suis ni missionnaire ni médecin et que ma vie a été une série de souffrances. Ce n'était plus là une direction, mais bien de îa contradiction.

Le moment cle îa grâce

D'un autre côté, l'éducation qui m'était donnée, ne me convenait à aucun titre, soit que, plus tard, je dusse être m.édecin, soit que je devinsse missionnaire, et, dans l'un et l'autre cas, les trois quarts, au moins, du travail que l'on m'imposait, ne pouvaient m'être d'aucune utilité. Avec dix fois moins de peine, on arriverait à sa position si les choses étaient organisées comme je dis qu'elles doivent l'être ; mais, au point de vue religieux, le seul qui mérite réellement de fixer l'attention, elle a le grave défaut de laisser passer le moment favorable pour agir avec efficacité sur le cceur de l'enfant.

Ainsi, mon année de seconde, il eut été beaucoup plus difiicile de me tromper, pour deux raisons, d'abord, parce que j'étais alors dans d'ex-

cellentes dispositions, ensuite, parce que mon père jtait frappé de cette pensée qu'il allait mourir. Il fivait une maladie de foie et, par une inconséquence (Ui n'a pas de nom, il disait ceci : si je vis, je veux ■ ;ue tu sois médecin ; si je meurs, je désire que tu -ois prêtre. Deux ans après, il me jetait hors de ma voie avec une habileté dont je suis loin de lui savoir gré.

Les deux camps

Il avait préparé les choses de loin en me plaçant :ans un collège spécial, tenu par les prêtres du diocèse, mais dont, pendant vingt ans, sauf deux ou rois exceptions, il n'est sorti que des hommes du r.onde.

Au reste, ce collège avait été fondé, en 1848, ^ans le but de séparer les jeunes gens de la camagne des fils de famille dont le contact et les idées mpêchaient, dit-on, beaucoup de vocations à l'état ccîésiastique. C'était le collège des nobles.

Sans doute que dans un pays oii la. foi est iolemment attaquée et oii, par conséquent, on cspire une atmosphère viciée, parmi des jeunes ens. éblouis de leurs richesses et de leurs vains -très, il en était peu capables de recevoir l'impreson de la grâce et de comprendre quelque chose /.x mystérieux abaissements du Christ ; mais, sur j nombre, il devait cependant s'en trouver queljes-uns que l'on pouvait mener à Dieu si on avait u les V conduire.

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