‹ La Clef du mystèreChapitre 20 sur 23 · UN COUP DE BOUTOIR · texte numérisé non relu

UN COUP DE BOUTOIR

Le clergé nantais. — A la mort de ]Mgr Jacqaemet, le chrgé nantais s'était partagé en deux camps : les partisans de l'ancienne administration qui voulaient avoir pour évêque M. l'abbé Richard, aujourd'hui coadjuteur de Son Exe. le Cardinal Guibert ; tandis que les autres, soutenus par le gouvernement, proposaient à la cour de Rome un autre prêtre, M. l'abbé Fournier, curé de Saint- Nicolas. A cette occasion, paraît-il, on fit circuler dans le clergé une double liste, et, après une lutte acharnée, Mgr Fournier l'emporta et devint évêque de Nantes, mais sans pouvoir obtenir de ceux qui l'avaient combattii, qu'ils se soumissent entièrement à son autorité. Aussi ce prélat, peut-être avec trop d'ardeur, ayant pris fait et cause pour une pauvre fille de la campagne que l'on disait avoir les stigmates, la guerre éclata de nouveau et ]\Igr Fournier, dénoncé à Rome par ses anciens adversaires, dut partir pour aller en Italie expliquer sa conduite. C'est dans ce voyage qu'il est mort.

Un argument ** ad hominem "

L'affaire de Bîain. — J'ai entendu parler- de l'aflaire de Blain à trois prêtres qui sont M. Constant, AI. Boutin et un chanoine d'Angers. M. Constant, qui a vu Marie-Julie, a l'air de dire que c'est de la comédie ; M. Boutin admet qu'il y a du surnaturel, mais du surnaturel de mauvais aloi ; le chanoine d'Angers prétend, lui, qu'on ne sait pas au juste à quoi s'en tenir et que la question, en somme, est douteuse. Il faut, en vérité, qu'il en soit ainsi pour qu'une pauvre fille inconnue ait pu se faire des partisans dans le clergé et qu'un évêque d'un grand esprit, tel qu'était Mgr Fournier, ait pu se prononcer pour elle.

Toutefois, comme la plupart des prêtres, m'a-ton dit, sont hostiles à la chose, si, dans l'affaire qui nous occupe, je vous voyais agir avec honnêteté et droiture, je pencherais plutôt pour la négative que pour l'affirmative. Au reste, n'ayant aucune indication qui me permette de me prononcer en connaissance de cause, je ne suis ni pour ni contre Marie- Julie, et je ne sais pas du tout qui a eu raison de vous ou de Mgr Fournier ; mais ce que je constate, c'est que, dans une question douteuse et dans laquelle, par conséquent, il était permis à un évêque d'avoir un avis différent du vôtre, vous ayez cru pouvoir, vous prêtres qui êtes hiérarchiquement placés au-dessous des évêques, faire une enquête extra-épiscopale et dénoncer à Rome Mgr Fournier pour une chose qui, même aujourd'hui, est encore libre.

Voilà, AFessieurs, un acte qui est très-grave et

qui vous place, vis-à-vis des évêques, dans ia même situation que moi, avec cette diffe'rence, à mon avantage, c'est que j'ai mission pour agir, que j'en donne une preuve e'vidente et que, dès lors, la liberté' n'existe pas d'être pour ou contre moi, tandis que ^Igr Fournier, évêque de Nantes, avait le droit, dans une question douteuse, de penser autrement que vous.

Je trouve donc fort étonnant, après ce qui s'est passé dans l'affaire de Blain, que M. Allard, autrefois si peu réservé dans ces sortes de choses, soit devenu tout-à-coup si humble envers les évêques et que, ne sachant quelle réponse faire à une juste demande, il me renvoie à IMgr Lecoq comme seul compétent en ces matières ; mais alors, M. Allard, comment expliquer la conduite que vous avez tenue à l'égard de Mgr Fournier ? Hier, vous vous déclariez de vous-même le juge d'un évêque sur une question d'ordre surnaturel, et, aujourd'hui, dans une question du même genre, vous dites que cela ne vous regarde pas. C'est vraiment un moyen trop facile de sortir d'embarras.

Au reste, mes bons Messieurs, vous prenez, en face de la vérhé, une position qui n'est pas acceptable en principe. Et, en effet, il ne s'agit pas pour vous d'une question à juger, mais, ce qui est bien différent, d'une question jugée et jugée par Dieu lui-même. C'est purement et simplement un acte de foi qu'il exige de vous ; et, la preuve étant faite (car elle est faite), je ne vous reconnais d'autre droit que celui d'obéir. Si vous refusez la discussion que je demande, l'examen que je sollicite, c'est que vous savez très-bien que m.on argumenta-

lion est inattaquable et que vous n'avez rien de sérieux à y objecter. C'est pour cela que, très-embarrassés de cette situation et ne sachant que faire, vous vous retranchez tous dans un silence prudent, et qu'à toutes mes demandes d'examen vous opposez une fin de non-recevoir qui est la négation de la justice la plus élémentaire. Avec un pareil système, Jeanne d'Arc elle-même n'aurait pas pu établir sa mission.

En somme, il est parfaitement logique à moi de m'adresser d'abord à vous, parce que la vérité étant à la portée de toutes les intelligences, elle n'est pas plus visible à un évêque et au pape lui-même qu'à vous, et qu'il m'est plus- facile de vous aborder, vous, que d'aborder le pape ou même un simple prélat. Vous êtes entr'eux et moi les intermédiaires naturels, et il y a ici une raison particulière de procéder ainsi, l'affaire de Blain étant là pour avertir Monseigneur Lecoq qu'il doit se tenir sur ses gardes et ne pas agir avec légèreté. C'est pourquoi, en montrant à tout le peuple que votre conduite n'est pas honnête et droite, je vous mets dans l'impossibilité, plus tard, de lui causer aucun ennui.

Je sais bien que Mgr Lecoq a pour mission de recevoir la vérité et de la défendre ; mais ce que je sais aussi, ce que je vois, c'est que, les choses étant ce qu'elles sont, il lui faut une grande vertu et un grand courage pour ne pas la méconnaître / et voilà pourquoi, malgré les dangers de l'heure présente, je suis obligé de procéder avec lenteur. Dieu veuille que, par votre faute, dans l'effroyable bouleversement qui se prépare, les victimes mnocentes ne soient pas trop nombreuses !

Scribes et Pharisiens.

M. Ailard que je mets en cause, est un de ces vieux professeurs, nourris de latin et de grec, comme on en trouve dans tous les coUe'ges, hommes d'abstractions qui vivent et meurent au son de la cloche, mais qui n'ont jamais acquis, par eux-mêmes une connaissance |)ratique des choses. Rouages utiles dans une administration bien ordonnée et qui a sa raison d'être, ils sont, d'ordinaire, par par leurs qualités mêmes, profondément antipathiques à toute réforme, et, quand ils ont des idées fausses et peu de vertu, ce qui n'est pas rare, ils deviennent, presque toujours, les plus dangereux ennemis du bien parce qu'ils ne voient rien au-delà de leur étroit horizon et qu'ils ignorent et les souffrances et les besoins et les aspirations des peuples.

Pleins d'une science vaine, follement épris de leur inutile savoir, on les rencontre toujours, ces orgueilleux pharisiens, ces scribes imbéciles, quand Dieu suscite quelqu'un pour faire connaître sa volonté aux hommes, à ces heures décisives de l'histoire ou il faut que les forces sociales se concentrent et que l'autorité agisse avec vigueur. Eux, ces beaux Messieurs, épiioguent, discutent et argumentent, non pas avec le désir de chercher la vérité et de la trouver, mais avec la jalouse obstination d'hommes qui ferment systématiquement les yeux à la lumière.

Yoyez-les, au temps du Christ, ces faux sages, ces hommes dangereux, quand tou-t annonce, que tout proclame le Sauveur, que les merveilles naissent sous ses pas et que le peuple enthousiasme' ne

demande qu'à reconnaître et à suivre son roi, vontils obéir, eux autres ? Non. Le Christ qui apparaît n'est pas celui qu'ils ont rêvé, et ils n'en veulent pas. Ils ont peur des Romains, et par crainte des Romains, ils tuent le lion de la tribu de Juda, celui qui, à la tête des Juifs, devait conquérir le monde.

Voyez-les avec Jeanne d'Arc, quand Orléans va succomber, quand, malgré le courage du soldat et de l'habitant, tout le monde sent que la ville est perdue, et qu'à moins d'un miracle, c'en est fait de la France, le secours, tout-à-coup, arrive, inespéré, inattendu, sous les traits gracieux de l'héroïque Pucelle, vont-ils se rendre au signe miraculeux que Jeanne a donné de sa mission, vont-ils l'envoyer à Orléans ? Non. Pendant des semaines et des semaines, au lieu de comprendre que tout retard est une sottise et un crime, ils s'amusent, eux, les sottes gens, à ergoter, à discuter avec la vierge inspirée, comme s'ils prétendaient, avec leur science humaine, contrôler l'incontrôlable, pénétrer l'incompréhensible, s'attirant d'ailleurs de ces foudroyantes réponses qui les ont couverts, aux yeux des siècles, d'un éternel ridicule.

Toujours, à toutes les époques, vous les retrouverez les mêmes, entravant, par leur incrédulité coupable, les desseins de Dieu, trompant les peuples et les jetant désarmés dans les bras de l'ennemi ; mais ce que je ne soupçonnais pas, ce dont je voudrais douter tncore, c'est que, parmi ces prêtres que j'avais appris à respecter et à aimer, sur lesquels je croyais pouvoir compter comme sur moi-même pour faire triompher la vérité, il y eût de ces gens-là. Je ne les ai pas convaincus,

disent-ils ! Mais le Christ a-t-il convaincu les Pharisiens ; Jeanne d'Arc a-t-elle convaincu l'e'vêque Cauchon ; la bienheureuse Marguerite-]\Iarie a-telle convaincu les Janse'nistes du dix-septième siècle ? Vous n'êtes pas convaincus, c'est possible ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que vous n'avez rien à dire et qu'en face d'un défi public, vous n'osez pas ouvrir la bouche.

Iriez-vous jusqu'à dire que la messe n"a pas, par elle-même, une valeur infinie et qu'appliquée aux choses de la terre elle soit sans eiïet ?

Une objection qui ne porte pas

J'avais peme autrefois à m'expliquer le langage violent que tenait, à Jérusalem, St-Jean-Baptiste, parlant aux Pharisiens ; mais placé par la Providence dans une situation analogue à la sienne, ayant à défendre le droit méconnu et ne rencontrant partout que visages de bois, j'ai compris, par expérience, qu'il y a des gens, ceux qui n'agissent pas avec droiture, qu'il laut écraser sans pitié. Quand les adversaires de la vérité, dit St-Bernard, ont le iront dur, il faut l'avoir plus dur qu'eux.

L objection de M. Aîlarà. — J'ai rencontré hier soir, à la sortie de l'église, M. AUard, doyen du chapitre, qui, avec ]\I. Bliguet, curé de St-Pierre, a cru, par un mot, qu'il étoufferait ma voix ; mais ce mot ne trompe que les imbéciles et je ne suis point homme à me laisser déconcerter pour si peu. T'ai soutenu la vérité, uendant six ans, avant

de quitter l'AmeVique et je ne suis pas prêt de ce'der, parce qu'entre M. Bliguet et M. Allard, d'un côté, et Dieu, de l'autre, je crois que l'hésitation n'est pas possible.

M Allard qui sait bien dans ^quelle position je suis plac ^ et combien il e3t difficile, à moi, même en ayant raison, d'obtenir justice, s'en est tiré hier en disant aux gens que je voulais me faire passer pour un prophète ; mais enfin, si c'est le cas, pourquoi ne le dirais-je pas ? M. Allard trouve parfaitement naturel que lui Allard, qui, après tout, n'est qu'un homme comme moi, ait reçu d'un évêque le pouvoir, cet invraisemblable pouvoir, de transformer, par quelques mots, le pain au corps deNotre- Seigneur et le vin en son sang, et de renouveler, chaque jour, cet étonnant prodige ; il exige que, sans y rien voir, sans y rien comprendre, je fasse un acte de foi, et il me menace de la danmation si je refuse de le faire ; et, quand il est parfaitement certain qu'il y a eu des prophètes, que ces prophètes, sauf de rares exceptions, n'ont point été crus de leur vivant ; quand j'apporte de ma mission une preuve reconnue connne extraordinaire par cinq prêtres, il s'étonne que je dise de moi une, chose qui, en somme, pour qui veut réfléchir, n'est pas plus étonnante que ce pouvoir mystérieux dont il prétend qu'il jouit, et quand je demande, ce qui est mon droit, que la question soit sérieusement examinée, il me répond par une sottise ? et vous voudriez que je r^-tasse insei'isible à cette insulte gratuite, sachant que les malheurs de la France ont pour cause réelle cette grâce éclatante que l'on dédaigne. Non, ^îessieur.-. je ne me tairai pas ; je

parlerai à temps, et à contre-temps, — Ecoutez-moi bien, prêtres de Nantes, vous, du moins, qui -êtes des hommes droits, qui, tout d'abord, avez pu vous laisser tromper par les apparences ; mais qui, j'en suis sûr, devez trouver, comme M. Sotin, qu'il n'est pas admissible qu'une question pareille puisse être jugée sans un examen sérieux. Vous voyez quelle est la position de ^Igr Lecoq, l'impossibilité où il est d'agir et la crainte naturelle où il peut, et doit être, de se compromettre après ce qui est arrivé à !Mgr Fournier. L'obligation qui vous incombe, par conséquent, à vous, c'est de prendre l'initiative, puisque, dans une question douteuse, vous avez le droit, tant qu'elle n'est pas condamnée par l'Eglise, de l'étudier, de l'examiner, d'avoir votre opinion, et que, dans le cas présent, vous pouvez le faire, vous, sans courir aucun risque, sans assumer aucune responsabilité. Car enfin, je vous convaincrai ou je ne vous convaincrai pas. Si j'arrive à vous convaincre, hésiteriez-vous à prendre le parti de Dieu ? Si je ne puis pas vous convaincre, si vous me réduisez au silence ; si vous me montrez que mes arguments sont mauvais, eh bien, j'aurai fait mon devoir et vous le vôtre. On ne pourra pas dire dans le peuple que vous agissez malhonnêtement, que vous êtes les premiers à ne pas croire au surnaturel.

Avant tout examen, il y a comme preuve de la mission que je dis avoir, l'apparition de la Vierge à Pontmain, qui a été officiellei^ent reconnue par Mgr l'évêque de Laval et qui, d'ailleurs, est parfaitement prouvée. Or, si la prophétie de Samt-Malachie s'est réalisée comme je p/rétends être en

mesure de l'établir, c'est le fait le plus extraordinaire qui ait jamais eu lieu ; et il n'y a rien d'impossible, cela étant, que l'étoile symbolique me désigne moi, puisque vous-mêmes, Messieurs, qui êtes des docteurs, vous êtes ainsi désignes dans le langage apocalyptique. J'ai donc le droit de m'appuyer, et je m'appuie sur le miracle de Pontmain, pour vous obliger tous, sinon à me croire, du moins à ne pas me refuser l'examen que je demande.

Vous devez comprendre combien terrible doit être ma position si je dis vrai, obligé que je suis de soutenir la vérité, une importante vérité, contre de puissants personnages qui, par malheur pour eux et pour moi, l'ont systématiquement méconnue ; mais, en somme, c'est un Français, le Père Arnauld, qui est en cause, et la vérité n'est pas contre vous. Dans le principe même, pendant plus de deux ans, elle n'était pas contre ces messieurs du Canada ; et j'ose dire que la situation a été, là-bas, ce qu'elle est ici, où vous voyez qu'il a suffi de deux hommes pour étouffer rna voix et empêcher la grâce d'arriver jusqu'au peuple.

Ne vous y trompez pas, ^tlessieurs, en face d'un homme qui se dit porteur d'un ordre de Dieu, il n'y a d'autorité que celle qui obéit ; et quand Lucifer levait, dans le ciel, l'étendard de la révolte, quoiqu'il fût hiérarchiquement placé au-dessus de St. Michel, il fallait prendre pani pour St. Michel contre lui, et la même obligation existe aujourd'hui pour vous tous. Car la situation, au fond, est la même. Veuillez donc vous réunir, en quelque lieu qui vous plaira de m'indiquer, en assez grand nombre pour que vous soyez lil^res et moi aussi, et

j'établirai clairement que j'ai véritablement reçu de Dieu une mission à remplir qui intéresse et l'Eglise et la France. Je répondrai à toutes vos objections, je résoudrai tous vos doutes et je vous mettrai dans l'impossibilité de nier.

M. Allard m'a fait, hier, une objection qui ne porte pas en me jetant dans les jambes l'affaire de la Cathédrale, qui, en somme, n'a été pour moi qu'une fausse manœuvre, et qui, d'ailleurs, avait sa raison d'être puisqu'on me refusait l'examen, et, qu'ayant épuisé toutes mes ressources, je voulais, par n'importe quel moyen, appeler l'attention du peuple sur la question, à une époque où je croyais être réduit à l'impuissance. Mais, au reste, les miracles ayant eu lieu de 1876 à 1879, la preuve à cet égard étant faite et bien faite, le 4 août 1878, par quel mystère de logique, ce rhétoricien aux abois trouve-t-il qu'une action, quelle qu'elle soit, faite par moi en 1883, puisse détruire une chose qui était étabhe à la lin de 1878 ? Répondez donc à ça, M. Allard.

Quand même je cesserais d'être catholique pour me faire mahométan ou juif; quand même, abandonnant le droit chemin, j'entasserais sottises sur sottises, la vérité serait encore la vérité et elle vous condamnerait. Personne ne peut la détruire ni même l'affaiblir, pas même moi. Ecce dedicoràm te ostiu?n apotum quod nemo potest claudere. (Apocalypse).

Je comprends votre incre'dulite' ; mais ce que je ne comprends pas, ce que personne n'admettra en France, c'est qu'en face de demandes re'ite'rées, vous refusiez l'examen et la discussion. Car enfin, avec un pareil système, Jeanne d'Arc elle-même n'aurait pas pu établir sa mission. Si j'ai véritablement mission de Dieu, ma conduite est parfaitement explicable et c'est la vôtre qui ne l'est pas. Spiritus spirat nbi viilt.

9ême FAKTIK

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