‹ La Clef du mystèreChapitre 21 sur 23 · UNE BORDÉE DE VÉRITÉS · texte numérisé non relu

UNE BORDÉE DE VÉRITÉS

Nous sommes tous enfants d'Adam. — M. Tabbé de Ratisbonne, Juif converti, actuellement à Jérusalem, avant d'e'crire sa vie de St. Bernard, ouvrage trèsremarquable, a su, en quelques pages, dans une préface lumineuse, résumer magnifiquement l'idée fondamentale qui préside au gouvernement du monde par la divine Providence ; cette idée, c'est Tunité de la race humaine et la réunion en un seul corps de tous les éléments épars qui constituent l'humanité.

Ce dogme de l'unité humaine, qui est la clef des mystères du christianisme et qui domine la philosophie, ce dogme est la base, le point de départ de l'histoire. L'œuvre du christianisme est, avant tout, une œuvre d'union, et l'Eglise a été fondée pour obtenir cette union.

Sans doute les nations existent, séparées les unes des autres, avec des missions qui ne sont pas les mêmes ; mais ces différentes missions des différents peuples ne sont pas contradictoires ; et chaque peuple a une mission spéciale à rempHr qui, tout en restant distincte, est telle cependant qu'elle se confond, en quelque sorte, avec la mission d'un

autre pcup.j de sorte qvie, pour remplir sa mission, un peuple doit s'unir à d'autres peuples et marcher de conserve- avec eux ; et, dans les grands miracles que Dieu a faits jadis en faveur des Juifs, on voit que la grdce a toujours e'té, pour ainsi dire, partage'e en deux. C'est Joseph qui explique le songe miraculeux; mais c'er.t Pharaon, le payen, qui ala vision ; et il faut que Pb.araon, le grand roi d'Egypte, sache que Dieu lui a donné pour auxiliaire un homme qui, humainement parlant, n'est rien, un esclave prisonnier que l'on accuse d'un crime et que l'on a emprisonné pour ce crime.

D'un autre côté, la grâce suit la race, en quelqu'endroit qu'elle se développe, et, pour l'ange qui protégeait les Juifs, ceux d'entr'eux qui habitaient la Perse, quoique nés en Perse, et pouvant être, à l'extérieur, considérés comme des Persans, n'avaient pas cessé, pour cela, d'être des Juifs et ce qui le prouve, c'est que l'Ecriture nous montre cet ange en lutte avec l'ange protecteur des Perses : l'ange des Juifs, à l'édit de Cyrus, demandant à Dieu qu'ils retournassent tous en Judée ; l'ange des Perses, dans l'intérêt de ses clients, insistant pour qu'il en restât quelques-uns en Perse. Or est-il à croire, d'après cela, que la puissance céleste qui jadis présidait aux- destinées du peuple canadien, quand le Canada appartenait encore à la France, ait cessé, à la conquête du pays, de les regarder, eux, comme restant Français. Que les Canadiens le sachent bien et que ce ne soit pas là, pour eux, une vérité spéculative, nous tous, Français d'Europe et Français d'Amérique, quoique séparés par les mers, nous ne tbrmons, devant Dieu, qu'une seule

et même nation dont les membres, appele's à se réunir dans la même action, ne peuvent, les uns comme les autres, remplir leur mission qu'en marchant de conserve et il est facile de voir que les relations, longtemps interrompues entre les deux pays, tendent, de nos jours, à se renouer de nouveau. En un mot, nos destinées sont communes et nous sommes solidaires ; et c'est à ce point de vue-là qu'il faut se placer pour comprendre l'action providentielle et ne pas faire fausse route.

jMais, au reste, quand on remonte à l'origine des deux peuples, les Anglais et les Français sont-ils bien vraiment de races différentes ; et, nous autres, en particulier, nous autres Bretons, placés jadis comme un trait-d'union entre la France et l'Angleterre, n'avons-nous pas quelque chose du caractère de ces deux peuples et faut-il, au Canada, pays de transformation et de fusion, faut-il nous déchirer comme ennemis ou nous embrasser comme frères ?

Une double trahison

Loin donc de moi la pensée de mettre en cause les Canadiens que j'aime et dont je connais les vertus ; je sais trop quelle est la foi de cette petite nation, rameau détaché de la vieille France, pour la rendre responsable du crime de quelques hommes puissants ; mais comme, en définitif, ces hommes ont toute l'autorité en mains et qu'ils imposent leurs doctrines au peuple, il n'en est pas moins vrai qu'on tend à nous regarder là-bas comme des étrangers, sans tenir compte des desseins providentiels de Dieu sur nous. C'est Dieu

qui fait le droit et sa volonté est que nos destinées s'accomplissent et que les tronçons séparés de notre empire se rejoignent. Au Canada, comme ailleurs, nous avons un rôle à remplir, et, en désignant le Père Arnauld pour être évêque de Chicoutimi, la Providence disait clairement que le temps de .'épreuve était fini pour les Canadiens comme pour lous ; mais les races privilégiées qui se développent i l'écart, avec la mission de conserver le feu sacré, le comprennent pas toujours qu'elles n'existent que pour les autres et qu'il vient un moment oîi elles doivent faire part de leur trésor à ceux chez qui la foi s'est éteinte, et qu'il faut, pour ainsi dire, qu'elles disparaissent comme noyées dans la masse générale àes peuples.

Or, au Canada, dans ce pays qui est grand comme l'Europe, où l'on compte à peine de quatre à cinq millions d'habitants d'origines diverses, il y a une école qui voudrait nous exclure, nous autres, d'un territoire que nos pères ont possédé, qu'ils ont colonisé, qu'ils ont défendu pied à pied. (Car enfin c'est nous qui avons gagné la dernière bataille et les gloires du Canada sont des gloires françaises) ; et c'est en somme, en vertu de ce principe faux, qu'on appelle en France le Gallicanisme, en nationalisant la religion, que, malgré un ordre formel de Dieu, on a systématiquement écarté le Père Arnauld du siège de Chicoutimi ; et vous, prêtres et chanoines de Nantes, en refusant de reconnaître la vérité, vous vous trouvez être en même temps les ennemis de Dieu et les ennemis de la France, et j'ajouterai même, du Canada. Car les Canadiens avaient tout intérêt à ce que le miracle ne fût pas

méconnu, et moi, je suis obligé, chose sing :':ière, de défendre contre vous la mission d'un Fr-.ncais, dont les droits, comme catholique, ont été foulés aux pieds au Canada. Dans cette affaire-lil% vous n'êtes ni Catholiques, ni Français, et il est bon que le peuple le sache afin qu'il ne se laisse pas tromper par vous.

Je ne suis ni pour ni contre

;M. Texier, vicaire à Saint-Pierre, est, paraît-il, un de ces caractères tranchés qui n'ont peur de personne, qui disent oui quand il- faut dire oui, et non quand il faut dire non. On devait dcyic s'attendre qu'en face d'une vérité clairement démontrée, lorsqu'il s'agit, chose grave, d'un ordre de Dieu, il ne nagerait pas entre deux eaux, et qu'il se prononcerait carrément pour ou contre, et, en cas de négative,qu'il en donnerait franchement la raison. Eh bien ! non. 'M. Texier lui-même, M. Texier, qui a été providentiellement amené pour tenir en échec tous ces gens qui biaisent devant la vérité, pour leur dire hardiment qu'ils ne font pas leur devoir et qu'ils trahissent, M. Texier, quoique plus honnête, tout en avouant qu'il a sur la question une idée arrêtée, ajoute : je ne suis ni pour ni contre. A^oilà qui me semble contradictoire. Car enfin de deux choses l'une : ou la preuve est faite, et alors il faut être pour ; ou elle n'est pas faite, et alors il faut être contre. Je n'admets pas Ventre-d'eux du Père Boutin, attendu que le miracle existe ou qu'il n'existe pas, que la mon de son

Exe. Mgr Conroy est accidentelle ou qu'elle ne l'est pas.

M. Texier dit qu'il n'est ni pour ni contre. Or ceci n'est pas possible parce ciue, ma mission ne pouvant s'accomplir que si elle est reconnue, comme je suis placé entre Dieu qui m'ordonne de marcher et vous qui, par votre incre'dulité, m'empêchez de le faire, je regarde comme un ennemi quiconque ne me croit pas, en sorte que, si M. Texier ne reconnaît pas la vérité que je défends, il est mon ennemi et l'ennemi de Dieu Ne vous y trompez pas, M. Texier, il y va pour vous du salut et, malgré que vous occupiez à Saint-Pierre une position en apparence secondaire, il eut suffi d'une parole énergique de vous pour faire triompher la vérité, et cette parole vous auriez dû la dire, et vous ne l'avez pas dite, pas assez haut du moins. Quand l'autorité trahit, il faut se dresser en face de l'autorité et crier au peuple qu'elle trahit.

Une loi providentielle

Le comte de ]\Iaistre, qu'on peut sans trop de désavantage mettre en comparaison avec l'important M. Allard, voir même avec le gros Bliguet, a prévu, dans une page admirable de ses soirées, qu'un événement immense et miraculeux se produirait un jour et qu'il fallait se tenir p. et pour une nouvelle effusion de l'esprit de Dieu sur la terre. Il a même été jusqu'à dire que nous aurions la clef des mystères du paganisme et des vérités surnaturelles que, dans les tempsanciens, le démon

avait détournées de leur vrai sens. Au 17^^ siècle, l'oratorien Mallebranche avait eu la même pensée, et, par un trait de génie, il avait compris que la perte des âmes ne s'explique qu'imparfaitement par le péché qui n'est qu'une conséquence ; que la véritable cause de leur malheur est ailleurs, probablement, dit-il, dans la violation de quelque loi générale que nous ne connaissons pas, et qui empêche la grâce d'arriver jusqu'à elles en quantité suffisante pour qu'elles se sauvent. Dans ses Provinciales, l'erreur à part, c'est au fond la même thèse que soutient Pascal. Or, il se trouve qu'ils ont eu raison tous deux, et sans parler du mystère qui s'accomplit de nos jours, je n'aurais besoin d'en donner comme preuve que le message providentiel apporté à Louis XIV par l'amante du Sacré Cœur. Au moment m.ême ou les Jansénistes, faisant abstraction de l'amour infini de Dieu pour nous, le représentaient comme un maître cruel altéré de notre sang, Jésus-Christ, pour sauver la France et le monde, ne demandait à un roi pécheur qui avait porté le scandale sur le trône, il ne lui demandait qu'un acte de foi.

Dieu est certainement le maitre, et il pourrait aisément renverser par la force les obstacles qu'il rencontre, briser les résistances et il le fait ; mais ce n'est pas un être qui agisse au hasard et sans règles. Il laisse à l'homme qu'il a créé pour être hbre et dont il respecte la liberté, le choix entre deux routes. Dans l'une, celle de l'amour, tout est disposé par les anges pour que l'humanité soit heu-reuse ; dans l'autre, au contraire, c'est la fatalité

qui gouverne, une partie des hommes est sacrifiée? et le démon, ce redoutable gendarme, a pour mission de détruire l'obstacle jusqu'au jour où, l'obstacle ayant disparu. Dieu se présente de nouveau avec une grâce nouvelle ; mais ce n'est pas lui qui est la cause de notre perte ; ce sont ceux qui refusent de faire pour l'humanité l'acte de foi qui leur est demandé. Adam et Eve en mangeant la pomme ; Caïphe et Judas en refusant de reconnaître le Messie ; Regnault de Reims en trahissant Jeanne d'Arc ; Cauchon en la brûlant ; Louis XIV en dédaignant la Vierge de Paray, ont conduit en enfer des milliers et des milliers d'âmes ; et vous, Messieurs les Chanoines de Nantes, si vous n'obéissez pas, j'ai la certitude que vous aurez, dans le séjour des douleurs éternelles, une place toute spéciale. Car vous avez refusé pour le peuple la plus grande grâce qu'il ait encore reçue, et à votre mort, qu'on se souvienne de ce que je dis, il y aura des signes que vous êtes des réprouvés. Hier peut-être vous étiez des saints, mais aujourd'hui vous ne l'êtes plus.

Mes prévisions se sont réalisées depuis.

Un déni de justice

Il y a, dans l'histoire du monde, tout un côté que les prêtres se gardent bien de mettre en lumière, et, quand ils le font, c'est toujours en ayant l'air de dire qu'ils n'auraient pas été capables, eux autres, de méconnaître la vérité. Or, vous voyez ce qui arrive à Nantes, où, depuis déjà un an, je leur demande en vain de vouloir bien m'entendre. Croyez-vous qu'il y ait rien de plus révoltant que la conduite de ces Messieurs ? Je serais curieux de savoir ce que pense d'un pareil déni de justice, le curé de Vertou, -lui qui ne comprenait pas, naguère, qu'en Amérique on pût, sans un examen sérieux, porter sur la question un jugement quelconque.

Dites-moi donc, ^L Sotin, quelle est votre opinion sur tout cela ? Trouvez-vous que votre bon ami M. Bliguet, 'M. Allard, le vénérable doyen, et Mgr notre Evêque fassent leur devoir, même en admettant que la chose ne soit pas. Ou bien il faut poser en principe qu'il n'y a jamais eu de mission surnaturelle ; que Moïse, les prophètes, Jeanne d'Arc et tant d'autres étaient des imposteurs ; ou bien, si Dieu, à des époques différentes, par le moyen de certains hommes, a fait connaître sa volonté au peuple, il faut, quand cela arrive, donner à celui qui se présente en son nom, toutes les facilités possibles de prouver sa mission. L'incrédulité s'explique, mais ce qui ne s'explique pas, c'est de refuser, en pareil cas, l'examen et la discussion. Oh 1 Messieurs, si la question pouvait se traiter dans les journaux, vous verriez quel potin ça ferait,

et comme je vous sabrerais ; mais, au reste, je crois que voiiq ne perdrez riea pour attendre.

En S' Mime, c'est la vieille histoire qui recommence ^: ce n'est pas d'aujourd'hui cjue les choses se passent ainsi. ^Maigre' les fle'aux dont le j^euple avait à souft'rir, Pharaon, pendant des anne'es, a refusé de reconnaître en Moïse le serviteur de Dieu ; les prophètes ont tous e'té perse'cute's ; le Christ a e'té rais à mort ; on a brûlé Jeanne d'Arc ; on a traité de folle la bienheureuse Marguerite- Marie ; mais, par exemple, pour l'amante du Sacré-C'œur, Dieu a fait un miracle qu'il ne fera pas pour tous nos Sages de la Cathédrale ; il a conservé son cerveau, l'organe de la pensée. Il suffira, pour moi, qu'il conserve mes écrits, et c'est, paraît-il, ce qui les gêne et je comprends cela. Car enfin, j'ai le droit de leur présenter mes livres et de leur dire ceci à tous ces braves gens : sur quel point me trouvez-vous en défaut ? quelle est la page dans laquelle je raisonne de travers? J'ai con tre vous, mes bons Messieurs, l'argument du Sophocle et vous le savez bien. Vous n'êtes pas des hommes droits. M. Constant, que j'ai mis cent fois au pied du mur, mais qui a toujours fermé les yeux pour mieux voir ; M. Constant me disait, l'autre jour, qu'on n'est pas obligé de croire à la mission surnaturelle d'un homme : qu'ainsi il n'est pas obligé, lui, de croire à la mission de Jeanne d'Arc, que ce n'est pas un dogme ; mais les dogmes, avant d'être formulés, ont d'abord reposé sur la mission du Christ, sur celle de Saint Jean-Baptiste, sur celle des Apôtres, et quand l'Eglise n'était pas encore reconnue, pour les payens qui entendaient

St. Pierre prêcher l'Evangile, les ve'rités officielles n'existaient pas encore, et cependant il y avait oblisjation, pour eux, de croire en la parole de Saint Pierre. Le dogme est une vérité hors de doute que l'Eglise impose parce que c'est la vérité. Est-ce à dire que Dieu, en dehors des dogmes, ne puisse pas donner un ordre à l'humanité et qu'il n'y ait pas danger à rejeter cet ordre? Qu'est-ce donc alors que le péché contre le Saint-Esprit ? En vérité, M. Constant, malgré vos longues études pour être prêtre, je vous engagerais à étudier encore, car vous en avez besoin. Souvenez-vous donc, Messieurs, de la réponse que fît autrefois Jeanne-d'Arc aux prêtres de Poitiers : " il y a plus au Livre de Dieu qu'aux vôtres. Il y a dans ce Livre des choses qu'un clerc n'a jamais sues, si savant qu'il soit en cléricatur^. " Vous accordez beaucoup trop au travail de l'homme, et pas assez à la grâce, à la puissance de Dieu, et pourtant c'est Dieu qui fait tout : mais il y a des vérités qu'un savant, tout plein de lui-même, ne comprendra jamais parce que, pour les comprendre, ce qu'il faut surtout, c'est moins la science que l'humilité et la droiture du coeur. ^Nlême quand on a la preuve d'un mystère, le mystère existe encore ; il existe pour moi, et, à plus forte raison, doit-il exister pour vous.

P. S. — Aux coups terribles que Dieu a frappés à Nantes et dans ma famille, M . Constant, prêtre étranger à la Bretagne et qui n'était pas absolument libre, s'est laissé convaincre et j'ai de lui entre les mains une lettre où il reconnaît la vérité. Mieux vaut tard que jamais.

— 3-J3 — La vraie ca,use du mal

Avaiit d'avoir vu à quelle compression morale le peuple, dans les pays catholiques, se trouve condamné, l'obligation oii il est d'adorer dans les prêtres jusqu'à leurs caprices, je ne comprenais pas qu'on fût arrivé en France à les persécuter et à les haïr comme on le fait ; mais aujourd'hui que je les vois systématiquement hostiles à la vérité, à une vérité qui vient de Dieu, je comprends tout ce qui est arrivé dans les temps passés, et j'ai maintenant la certitude que la responsabilité première des événements dont ils se plaignent, leur appartient à eux. Ils reprochent à Luther d'avoir soulevé le monde contre l'Eglise catholique, et je ne prétends pas excuser le fougueux novateur ; mais est-ce bien à Luther seul qu'il faut attribuer cette protestation universelle de la conscience humaine, qui, à la voix d'un homme, s'est élevée de toutes parts ? Comment admettre que Luther, si le terrain n'avait pas été préparé par des abus de toutes sortes, eût pu, par sa parole, si ardente qu'elle fût, mettre le feu partout et déterminer un pareil incendie ?

Trois siècles avant Luther, du temps même de St Bernard, le mal existait déjà, et Ste Hildegarde,. la prophétesse de l'Allemagne, dont les écrits ont été lus et admirés, en séance solennelle, par le pape Eugène III et dont les révélations se sont toutes réahsées, dont, par conséquent, le témoignage ne peut être suspecté par vous, Ste Hildegarde, parlant au nom de Dieu, reprochait, avec une violence sans égale, au clergé de cette époque de ne pas faire son devoir et de préparer, par sa conduite dé-

plorable, le schisme terrible qui devait éclater plus tard. " Vous devriez être, leur dit-elle, comme des colonnes de feu marchant à la tête des peuples, et vous êtes des reptiles malfaisants, distillant le plus noir venin. " Et plus loin : Ou vous êtes le jour, leur dit-elle encore, ou vous êtes la npit, car vous êtes l'un ou l'autre ; quand vous n'êtes pas la lumière du jour, vous êtes une nuit profonde.

Rien n'est habile comme un prêtre pour savoir profiter à son avantage personnel de la situation qu'il occupe dans la société. Ces Messieurs aiment qu'on les flatte, qu'on les encense, qu'on leur fasse des présents, qu'on les invite à de bons diners ; et, à cette condition, quand même vous seriez en révolte contre Dieu, ils consentent assez volontiers à vous regarder comme étant du bon parti. " C'est un homme bien pensant, diront-ils." Ils tiennent, en général, à être bien vêtus, à avoir ces belles soutanes dont se moque St. Thérèse ; mais ce qu'ils ne dédaignent jamais, c'est de se mettre au lieu et place des familles pour gober un héritage. Je ne sais pas si c'est vrai, mais plusieurs de ces Messieurs m'ont fait dire que c'était là qu'il fallait frapper M. Bliguet. Jugez, par là, dans quelles bonnes dispositions ils sont pour recevoir la vérité, et s'il est étonnant, après cela, que je ne puisse pas arriver à les convaincre.

6« alnis. — C'est dans la construction des églises, au Canada, que l'on voit bien le danger qu'il y a de donner, par Tine loi, à un homme, quel qu'il soit, un pouvoir exorbitant et sans contrôle. Ce n'est pas un mal de bâtir des églises, de belles églises, quand les choses se font comme en France par des dons volontaires et avec le temps ; mais c'est un mal de

les bâtir, par vanité humaine, avec le sang du peuple et malgré lui, sans tenir compte de sa pauvreté et de ses besoins ;. c'est un mal de gaspiller en un jour la fortune des paroisses, et Dieu a en horreur ces temples magnifiques quand ils ont pour effet immédiat d'affaiblir la foi dans les âmes. Car la religion est faite pour le peuple et non pas le peuple pour la religion et, en principe, le surplus des dîmes elles-mêmes, c'est Lacordaire qui le dit, appartient aux pauvres de la paroisse. Le curé qui se sert des dîmes, soit pour faire fortune, soit pour enrichir sa famille, soit pour se payer de coûteuses fantaisies, ce curé-là ne fait pas son devoir. Il vit du peuple et aux dépens du peuple. C'est un mercenaire. Parcourez le Canada d'un bout à l'autre et partout vous entendrez des plaintes à ce sujet. Nous avons nos torts,. Messieurs, mais vous avez les vôtres.

La situation a changé, pour vous, en France ; mais vous êtes, vous, du moins, prêtres de la Cathédrale, vous êtes ces mêmes hommes qui, dans tous les temps, des centaines de révélations le prouvent, avez toujours méconnu les vérités surnaturelles et empêché la grâce de Dieu d'arriver jusqu'au peuple, et, pour ce qui nous regarde, la Vierge de la Salette a dit à Mélanie, et vous ne l'ignorez pas, que vous étiez en grande partie responsables des malheurs dont nous souffrons. Ce sont vos doctrines, les doctrines des Universitaires qui ont brûlé Jeanne d'Arc et ridiculisé la bienheureuse Marguerite-Marie, ce sont ces fausses doctrines qui ont créé la situation actuelle et perdu la France ; et, tant qu'elles domineront dans vos collèges, l'âme humaine ne jouira pas de la liberté dont elle a besoin pour recevoir la grâce de Dieu et la suivre.

L'Université dont vous vous plaignez tant et vos établissements d'instruction secondaïïe sont les

enfants d'un même père qui est le diable ; et toute cette organisation-là, que vous le vouliez ou non, a pour effet de nous soumettre, nous autres qui sommes du peuple, à un travail exorbitant et inutile. C'est l'oppression systématique de l'intelligence et on a eu raison d'appeler votre éducation : l'éducation homicide. C'est la le Sphinx qui dévore le monde. Pour élever leurs enfants, les parents sont obhgés de s'imposer les plus durs sacrifices, de se saigner aux quatre membres. De là, pour eux, la fatale obligation de ne pas avoir trop d'enfants. Abyssus abyssuîH invocat.

L'acte de foi

Au Canada, est mort, il y a quelques années, et dans les meilleurs sentiments, un homme, M. Tremblay, député au parlement de Québec, qui appartenait au parti libéral, et c'était un catholique pratiquant, puisque, tous les mois, m'a-t-on dit, il approchait des sacrements; mais, en politique, il avait des idées que le clergé ne voit pas d'un bon œil, et, à cause de cela, il était tenu en suspicion. Or, en 1875, il se présentait à la Baie St. Paul contre un conservateur, homme très-honorable sans doute, mais dont le chef politique est un protestant et qui, par conséquent, dans les élections, ne saurait être considéré comme le représentant du principe rehgieux. Car enfin, pour un prêtre, qu'est-ce qu'un protestant ? Un protestant, pour un prêtre, c'est un homme qui dit : je ne crois à rien de ce que vous croyez, ni à la messe, ni à la confession, ni au pape ; tout cela, c'est de la blague. Or le pouvoir du prê-

tre, l'autorité de l'Eglise, reposant sur ces vérite's surnaturelles que le protestant n'admet pas, par ce fait seul qu'un homme est protestant, il est l'ennemi du prêtre et de l'Eglise. Il semblerait donc que si, dans une élection, un prêtre avait à se prononcer entre deux catholiques, appartenant à des partis différents, dans chacun desquels il y a des protestants, il dût, au moins, laisser la religion de côté pour agir comme citoyen et non pas comme prêtre. Eh bien ! non. Comme l'xYngleterre, puissance protestante, a su habilement, par des avantages matériels, s'attacher le clergé au Canada, quand il s'agit, même indirectement, de ces questions secondaires, les dogmes principaux de la religion sont néghgés, et le grand dogme, le dogme fondamental, pour ces Messieurs, c'est que le prêtre boira bien et qu'il mangera bien, qu'il aura chevaux et voitures, qu'il habitera des palais et gagnera beaucoup d'argent. Aussi qu'est-il arrivé ? Il est arrivé, chose monstrueuse et qui se répète fréquemment, c'est que le curé de la Baie St. Paul, en menaçant de la damnation ceux qui n'obéiraient pas, a cru pouvoir, en pleine chaire, imposer, au nom de Dieu, à ses ignorants paroissiens l'obligation de voter pour l'un des candidats au détriment de l'autre, M. Tremblay étant, au su de tout le monde, publiquement connu pour être un catholique et un catholique pratiquant. M. Tremblay, soutenu de tout son parti, en a appelé à Rome et a gagné son procès, mais il avait perdu son élection ; et voilà comment, dans les pays catholiques, les prêtres arrivent à s'aliéner le peuple et le pousse peu à peu à la

voîte. Ce n'est pas contre Dieu qu'on se re'volte

abord, c'est contre eux.

Or, Dieu qui a tout prévu et à l'intelligence de qui rien n'e'chappe, sait fort bien qu'en France et dans les pays protestants, l'esprit humain ne s'est éloigné de lui qu'en haine des prêtres qui l'ont opprimé dans les siècles passés ; que le peuple, dans ces temps reculés, ne comptait pour rien, qu'il avait beau demander les réformes les plus urgentes, se plaindre des abus les plus criants, on ne l'écoutait pas, et que, s'il a fini par secouer le joug, c'est qu'on l'y a en quelque sorte forcé. La responsabilité appartient à ceux qui ont abusé de lui, et s'il a pris l'habitude de se moquer des choses les plus saintes, c'est qu'elles ont autrefois servi à masquer la tyrannie la plus odieuse, parce qu'on est désarmé contre elle, celle de la conscience. Il est plus à à plaindre qu'à blâmer, le peuple, et Dieu le voit. Que fera-t-il pour le ramener ? Choisira-t-il comme agent de la grâce souveraine qu'il veut accorder, un de ces hommes que les protestants, et même les Français, ont pris l'habitude de regarder comme leurs ennemis, contre qui ils se sont révoltés, dont ils se défient toujours ? Mais alors ce serait bien peu connaître le cœur humain que de ne pas comprendre que la grâce, si grande qu'elle soit, offerte par ce moyen, ne serait pas acceptée. Non, Dieu ne s'y prendra pas ainsi, et l'acte de foi qu'il demandera à tout le monde, et qui sera, pour chaque homme, la condition essentielle de son salut, sera tel, que l'autorité méconnue du prêtre, ses prérogatives si extraordinaires s'appuieront sur des miracles dont les preuves sembleront donner tort à

ceux-là mêmes dont elles feront connaître ja redoutable puissance, de sorte que l'acte de foi ne sera pas plus difficile à faire pour un protestant que pour un catholique, pour un laïc que pour un prêtre, et qu'en assurant les droits légitimes du clergé, Dieu assurera en même temps les droits du peuple, en répondant d'un seul coup à toutes les objections des protestants. C'est un coup de maître qu'il a fait là. Il vous offre à tous le salut pour un acte de foi ; mais si vous ne le faites pas, fussiezvous le pape, vous serez condamnés. Je l'ai dit à Mr Sotin qui, malgré lui, en a tressailli.

La divine comédie

Le Père Beuchet est l'élève des Sulpiciens, et ma foi, on peut dire qu'il leur fait honneur. Car c'est extraordinaire comme il a des idées justes en religion, et, avec quelle sûreté de doctrine, il tranche les plus hautes questions de la spiritualité. Ainsi, pour ce qui est des miracles du Sacré-Cœur qu'au reste il avoue naïvement ne pas connaître, il est d'avis, lui Beuchet,' que : puisqu'on s'en était passé Jusque-là, on aurait bien pu s'en passer encore. Il m'a dit cela sans sourciller, sans même s'apercevoir .qu'il disait là une grosse bêtise. J'ai mangé hier, c'est une raison pour ne pas manger aujourd'hui, n'est-ce pas ? mais que voulez-vous ! ces savants de collège, çà ne comprend que la physique et la chimie et encore ! Eh bien ! Louis XIV qui vivait dans un siècle où les doctrinaires à l'esprit étroit étaient en grande majorité, Louis XIV avait sur les miracles du Sacré-

Cœur à peu près les mêmes idées que M. Beuchet, et, quand le père de la Chaise, un Jésuite, lui eut transmis le message de la Bienheureuse, il répondit que c'était une folle et qu'il n'y avait pas ^à s'occuper de pareilles rêveries.

Le Dieu qui gouverne le monde, a recueilli cette parole de Tincrédulité, et il m'a chargé, moi, d'y répondre. Je leur enverrai, a-t-il dit, un homme, choisi entre mille, parmi les plus logiques qui aient jamais existé ; à qui je donnerai une constitution physique et morale capable de résister aux plus grandes souffrances ; autour de qui, par ma Providence qui dispose de tout, je rassemblerai les hommes les plus fortement organisés pour le forcer, malgré lui, à pénétrer le prmcipe faux dont ils seront la personnification ; je ferai qu'indifférent à toutes les futilités dont s'occupe le monde, ayant d'un coup d'ceil jugé la vie, il ne cherchera qu'une chose, la vérité, et que, sans jamais se laisser déconcerter par les obstacles, il la cherchera toujours avec une indomptable persévérance, jusqu'à ce que, nouveau Proméihée, l'ayant suivie à d'insondables profondeurs, il voie de son regard puissant ce que n'aperçut jamais l'œil d'un mortel ; et, sur le seuil de l'infini, ma Raison rencontrant sa raison, j'agrandirai l'horizon de sa pensée ; il saura le redoutable mystère qui entoure son existence, que sur lui reposent les destinées du monde, que je l'ai choisi de toute éternité pour être mon héraut parmi les hommes ; je le suivrai dans la bataille de ma toutepuissance et, en le dédaignant, c'est moi qu'on dédaignera; par un miracle, je proclamerai que, logique entre tous, il a pu seul, pénétrant jusqu'à

moi, m'arracher le secret vainqueur et c'est de lui qu'il faudra recevoir le salut parce que telle est ma volonté et que ma volonté, c'est la loi.

Et vous, braves théologiens, en face du témoignage que Dieu m'a rendu, vous qui prétendez que vous disposez de la puissance de Dieu, vous vous étonnez que je puisse, moi, en disposer comme vous; mais je ne vois pas pourquoi ces droits que vous recevez, vous, d'un homme, je ne pourrais pas les recevoir, moi, directement de Dieu. Votre erreur à tous c'est de croire que la mission d'un homme dépend de ses vertus, tandis qu'il n'en est point ainsi puisqu'elle est fixée d'avance et que nos défauts peuvent seulement avoir pour conséquence de faire que nous ne sachions pas le service particulier que Dieu attend de nous ; mais la mission d'un homme est indépendante des accidents de sa vie. La seule chose que j'avais à faire, moi, pour me sauver, c'était de pénétrer l'énigme du Sphinx, le " lumen in cœîo " de St Malachie, et vous avouerez que ce n'était pas facile; et vous autres, la seule chose que vous ayez à faire, c'est de me croire, et si vous vous damnez, mes bonnes gens, c'est que vous l'aurez bien voulu. Voilà ce que c'est que le mystère de la prédestination.

Le suffrage universel

La vraie vérité, d'ordinaire, ne plaît à personne parce qu'elle ne répond aux p. é jugés et aux passions ni des uns ni des autres. Les uns n'acceptent pas que des évêques puissent être mis en cause par des miracles ; les autres qui verraient

avec plaisir que l'on incriminât des évêques, ne veulent pas des miracles par lesquels ils se trouvent incrimine's ; et moi qui n'ai pas cre'é cette situation, qui la subit, qui même en souffre, je ne plais et ne peux plaire ni aux uns, ni aux autres, parce que, la vérité étant la vérité, il m'est impossible d'y rien changer et qu'elle reste, en dépit de tout, ce qu'elle est, ce qu'elle doit être, la vérité, la vraie vérité.

Un bon évêque du Canada, faisant abstraction des miracles, disait, à ce propos, qu'il appartient aux évêques seuls, réunis en concile, de trancher de pareilles questions ; qu'elles sont résolues par eux à la pluralité des voix. En règle générale, je ne leur conteste pas le droit d'agir ainsi ; mais, dans un cas spécial, quand Dieu a fait connaître sa volonté, prétendre que l'on peut procéder à un vote ; que la majorité, quelle qu'elle soit, constitue le droit, c'est soutenir un principe faux condamné par le Syllabus, ce principe-là même du suffrage universel qui est un mensonge et la véritable cause de nos malheurs. Car le droit vient de Dieu, de Dieu seul, et non des hommes, en quelque nombre qu'ils soient ; et c'est à cause de cela, parce qu'il a plu à Dieu de me choisir, moi, pour leur donner un ordre, qu'en refusant d'obéir à cet ordre, ces Messieurs ont désobéi, non pas à moi, ce qui ne serait rien, mais à Dieu, ce qui est grave ; et vous, dans le débat, en prenant parti pour eux contre moi, ou même en restant neutres, vous devenez immédiatement, et par ce fait seul, les ennemis de Dieu, ennemis d'autant plus dangereux que le peuple a confiance en vous et qu'il a tort, sur ce point, d'avoir confiance. Toutes' les arguties et

tous les sophismes ne changent rien à la chose ; et vos obligations subsistent alors même que vous croyez pouvoir impunément ne pas en tenir compte. Tôt ou tard, la punition viendra.

C'est assez drôle de voir que vous soyez tous obligés de m'obéir, à moi, comme dit le père Beuchet, mais c'est comme ça, et, en refusant de le faire, loin de fortifier votre autorité, vous l'ébranlez parce que vous ébranlez le principe fondamental sur lequel elle repose, et qu'au moment même oîi vous en avez tant besoin, vous vous privez volontairement du secours surnaturel que Dieu vous envoie en mon humble personne. Car, de même que l'Œdipe thébain jouissait de singulières prérogatives, par un mystère que je ne comprends pas, mais qui existe, j'ai le privilège de porter bonheur aux uns et malheur aux autres ; et ce qui s'est passé à Saint-Cloud, après la bataille de Buzenval, serait de nature à prouver que la puissance invisible qui depuis m'a donné tant de marques de sa protection, veillait déjà sur moi et sur ceux qui étaient avec moi. Si les Français négligent ce que je leur dis là, ils auront à s'en repentir au jour du grand combat.

Un principe de droit

On objecte, paraît-il, que je ne suis point un saint, (d'abord qu'en sait-on ?) mais d'ailleurs l'êtesvous vous-mêmes ? S'il fallait, pour avoir mission de Dieu, être un saint, un vrai saint, que d'hommes revêtus de l'autorité, à un titre ou à un autre, qui devraient immédiatementy renoncer ! que de prêtres,

que de magistrats, que de pères de famille qui n'auraient plus aucun droit ! Quel moj^en facile, ditesdonc, on aurait là de ne jamais obéir ! Les actions repréhensibles qu'un homme peut avoir commises, n'empêchent pas que cet homme n'ait raison sur un point de'termine' et qu'en soutenant la vérité, même quand il n'est point un saint, il ne fasse un acte de vertu, un acte méritoire.

D'aucuns peut-être, parmi vous, auront sans doute la sotte idée de se réjouir en voyant les obstacles que je rencontre, la difficulté que j'ai d'obtenir créance. Leur joie, je pense, sera courte; mais si, par malheur, chose à laquelle je ne puis croire, votre incrédulité était telle qu'elle fût insurmontable et qu'elle empêchât la vérité de triompher, n'en soyez pas trop fiers. Car si elle devait périr, vous péririez avec elle, et, en cherchant à l'étouffer, vous conspirez contre vos propres intérêts comme ces Juifs stupides qui, en reniant le Christ, en le crucifiant, se perdaient eux-mêmes et minaient, sans le savoir, les murs de Jérusalem. Je vous parais bien faible, n'est-ce pas ? Eh bien ! je suis le seul, en ce moment, à combattre efficacement pour vous parce que je suis le seul à savoir ce qu'il faut faire pour remporter la victoire ; mais il faudrait que je fusse soutenu et je ne le suis pas.

Votre tort, à vous prêtres, est toujours de trop compter sur un bras de chair, de trop vous fier en votre habileté et de ne pas comprendre que, les trois quarts du temps, la cause réelle des persécutions dont souff"re l'Eglise est dans l'Eglise. De là vient que vous vous préoccupez outre mesure de la force apparente de vos ennemis. Aujourd'hui, je

le sais, vous êtes tous profondément inquiets, et cependant vous avez moins raison de trembler que ceux qui vous haïssent et vous oppriment et dont la vie, sans qu'ils s'en doutent, est entre vos mains ; mais les enseignements que vous donne la mort, ne vous e'clairent en aucune façon. Elle a beau choisir ses victimes avec une intelligence qu'elle ne peut avoir par elle-même et qui suppose derrière elle une puissance quelconque ; j'ai beau, moi, m'épuiser à vous dire et à vous répéter que vous êtes formidablement armés, que la messe est le moyen surnaturel dont vous devez vous servir pour frapper Satan et ses suppôts, vous restez bêtement insensibles à mes paroles qui n'ont pourtant rien de ridicule puisqu'il est hors de doute, et vous le savez comme moi, que la messe a par elle-même une valeur infinie. Pourquoi donc hésiter à vous en servir ? Ignorez-vous que l'homme de foi commande aux événements ? N'avez-vous jamais lu le passage si remarquable des épîtres de Saint-Paul oli le grand apôtre développe cette magnifique pensée ? Ne savez-vous pas qu'à la parole de Moïse, des fléaux de toutes sortes affligèrent l'Egypte ; que, sur la prière d'Ezéchias, l'ange du Seigneur extermina dans une seule nuit cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens ; que Gédéon, pour se conformer aux ordres de Dieu, ne garda avec lui que trois cents guerriers et qu'avec ce petit nombre d'hommes il mit en fuite tous les Madianites ? Ne savez-vous pas, d'autre part, que, pour punir en David un manque de confiance, soixante-et-dix mille Juifs périrent en trois jours ; que l'incrédulité de Robert de Baudricourt a fait perdre aux Français la bataille

deRouvray; que ses désastres et nos malheurs ■sont imputables à Louis XIV? D'où vient donc, sachant cela, que vous soyez si incre'dules, ayant tant de raisons pour ne pas l'être.

Les punitions providentielles

L'incrédulité est rarement une vertu, et elle est toujours un crime, quand elle attire sur les peuples la malédiction de Dieu. En tous temps, elle a été le vrai principe du mal. C'est elle qui a perdu :Satan et creusé l'enfer ; qui a chassé Adam et Eve du Paradis terrestre; qui a dispersé les Juifs aux quatre coins du monde ; et si notre pays, à nous Français, a passé par de si étranges aventures ; si nous sommes si profondément humiliés qu'il n'est guère possible de l'être davantage, c'est à l'incrédulité que nous le devons. Et vous voudriez, vous autres, après ces déplorables exemples, quand Dieu vous prodigue les marques de son amour; qu'il s'adresse non plus seulement à votre cœur, au cœur du chrétien, mais à votre intelligence d'hommes ; qu'il a pris un soin jaloux de rendre aussi lumineuse que possible la démonstration de sa volonté souveraine, vous voudriez recommencer la chaîne fatale des punitions éclatantes et providentielles ; attirer de nouveau sur la France, déjà si malheureuse, d'effroyables calamités ! J'ai peine à le comprendre et je ne puis le croire. Car, cette fois, la preuve, à vous donnée, est mathématique, indénia- "tble, indiscutable, et, par un miracle sans pareil, elle se trouve écrite partout, jusque dans les armes du -Pape, jusque dans celles de Mgr Lecoq, attendu

que Dieu ne sépare pas dans sa pense'e l'homme d'autorité' qui commande, de celui qui, dans le peuple et pour le peuple, a mission de recevoir la grâce, cette grâce qui doit servir de règle à l'un comme à l'autre : à l'autorité' pour qu'elle reste bienfaisante, à l'obéissance pour qu'elle ne devienne pas un esclavage. Ce n'est pas seulement un miracle ; c'est la découverte d'une loi providentielle qui était connue des Anciens, quoique détournée de son vrai sens par le démon ; et, j'ose dire que, si vous tardez d'avantage, vous allez être terriblement punis.

Les prophéties, concernant notre époque, parlent d'un fléau, sans analogue dans l'histoire du monde, qui doit prendre par surprise les hommes de ce temps. Je n'ai pas d'indication spéciale à cet égard ; mais je serais bien étonné qu'il n'arrivât pas quelque chose d'extraordinaire. Voilà trop d'avertissements qui sont dédaignés pour que la colère de Dieu ne finisse pas par éclater, terrible, inexorable. Vous vous réveillerez, Messieurs, aux éclats du tonnerre. Souvenez-vous de ce qui est arrivé en Egypte aux jours de Moïse. J'attends quelque chose comme ça.

Nota. — Ces jours-ci, en examinant les armes des Morin, j'ai vu, à mon gprand étonnement, que le miracle y est trèsclairement indiqué. On y trouve l'étoile symbolique, le chêne renversé et la lumière qui se lève . Si c'est du hasard, c'est un drôle de hasard.

*Voilà, dégagée des choses douteuses ou difficiles à prouver, l'importante vérité que je crois avoir parfaitement établie et qu'il y a, dès lors, pour vous, obligation de reconnaître. Au reste, elle n'a rien qui doive vous choquer et elle est toute à votre avantage.

Page 1