ORGANISATION DE L'ŒUVRE
Principe fondamental
Le principe fondamental de l'œuvre est de donner l'éducation gratuite et de rendre cette éducation plus raisonnable qu'elle est, de diminuer les charges des familles et de conduire l'enfant dans la voie où Dieu le veut, l'enseignement général, d'après ce principe, devant être subordonné à la vocation, et non pas, ce qui est absurde, la vocation à l'enseignement.
Comme moyen d'action, l'œuvre doit avoir à sa
disposition des terres pour Fentretieii de chaque maison et un journal qui lui serve d'organe. Chaque maison devra se suffire à elle-même et n'exiger des parents que ce qu'elle ne pourra pas absolument donner. Encore même faudra-t-il, pour que l'enseignement devienne ve'ritablement un enseignement gratuit, qu'on se prive de cette ressource dès que faire se pourra et qu'on finisse par ne rien exiger du tout.
Personnel de chaque maison
Le but de i'ceuvre n'est pas de donner une e'ducation classique à tous les enfants, mais de choisir, sur la quantité, ceux d'entr'eux qui, par leur intelligence et leur bonne conduite, semblent appelés aux vocations spéciales, et, plus particulièrement, aux vocations religieuses, et, en les instruisant sans qu'ils sortent de leur milieu, d'étudier leurs aptitudes pour voir quelle est la carrière qui convient à chacun d'eux.
Le grand défaut de l'éducation actuelle c'est de couler tous les enfants dans le même moule, sans tenir compte des connaissances spéciales dont ils auront besoin plus tard ; et, pour réagir contre cette erreur générale, par suite de laquelle les études professionnelles sont sacrifiées aux études du collège, la méthode a été simplifiée et perfectionnée de manière que, le cours classique qui est aujourd'hui de huit ans, étant réduit à quatre, les enfants soient en mesure, à l'âge de quinze ans, de choisir la position qu'ils veulent prendre ; et, pour qu'on puisse mieux les diriger, pour que l'entretien
soit possible, il ne doit y avoir dans chaque maison que vingt-qualre enfants, répartis en deux classes qui se renouvellent, douze par douze, tous les deux ans et demi, et, sous aucun prétexte, ce nombre ne sera augmenté, parce qu'il suffit amplement aux besoins d'une localité, et que, d'ailleurs, il ne faut pas donner l'éducation classique à tout le monde.
Outre ces deux classes, et, comme étude préparatoire, il y aura, annexée à chaque maison, et quand la maison sera éloignée du bourg, dans le bourg même, une école élémentaire pour les enfants de sept à dix ans, avec deux divisions et un programme parfaitement déterminé et susceptible d'être rempli en trois ans. Le nombre des enfants, appelés à suivre ce cours, ne sera que de vingtquatre. Ils se renouvelleront, douze par douze, tous les dix-huit mois.
Le personnel enseignant comprendra quatre professeurs et un directeur qui portera, comme dans les collèges, le nom de préfet des études et qui aura autorité sur les autres. Des quatre professeurs, trois seront mis à la tête des différentes classes, le quatrième ayant pour fonction de remplacer celui d'entr'eux qui, pour une raison ou pour une autre, viendrait à manquer. C'est ce professeur supplémentaire qui, avec l'aide de deux frères convers mène les enfants au travail et les surveille pendant les récréations. Le directeur s'occupe des novices, et, en dehors des exercices spirituels qu'ils ont ensemble, ceux-ci sont répartis dans les différents métiers qu'ils doivent apprendre.
Le cellérier est l'homme d'affaires du couvent ; il tient la comptabilité, surveille les travaux et dirige
toute l'exploitation de la ferme. C'est lui qui, chaque jour, s'entend avec le supe'rieur et le directeur pour indiquer à chacun le travail qu'il doit faire. Il a sous sa direction tous les frères convers, au nombre de six, dont l'un est plus particulièrement attache' aux travaux de l'agriculture. Il faut, autant que possible, en plus des travaux des champs dont personne ne peut être dispensé, que chaque religieux de chœur et chaque frère convers apprenne un métier ou tout au moins exerce quelque industrie pour que la maison ait rarement besoin de s'adresser à l'extérieur.
En un mot, en comptant le supérieur qui est le chef suprême, chargé de faire observer la règle, et qui, dans les limites de cette règle, a une autorité absolue, le nombre total des religieux pour une maison complète, est de treize, avec un nombre indéterminé de novices et deux classes d'enfants de douze chacune. Si la chose semble préférable, on pourrait n'avoir qu'une seule classe de vingt-quatre enfants et, dans ce cas, il faudrait qu'elle se renouvelât, à époques fixes, tous les trois ans, par
exemple.
La loi du silence
Le silence est un des éléments de la vie contemplative, et, pour les religieux qui vivent dans la solitude, occupés à des travaux manuels, c'est le moyen le plus sûr de vivre toujours en paix les uns avec les autres, C'est pourquoi, sans y obhger les enfants, il faut poser en principe que, dans chaque maison, les religieux, sauf une demi-heure de récré-
ation, chaque jour, et une heure, le dimanche, n'auront jamais entr'eux aucun rapport que par signes. Encore même devront-ils en faire un usage modéré et ne s'en servir que lorsque la charité ou la nécessité l'exigera. IVIais pour adoucir cette loi, pour que le silence ne soit pas absolu comme dans les monastères de la Trappe, la règle veillera à ce que, chaque jour, on mette le plus de religieux possible en contact avec les enfants, soit pour les surveiller, soit pour les conduire au travail. Aucune personne de la maison, sans aucune exception, ne doit parler avec les gens du dehors, si ce n'est dans les cas déterminés par la règle.
Au reste, le droit de parler, aux heures fixéespour cela, doit être réglementé et limité, sauf le dimanche, à ceux des religieux qui, par la nature de leurs fonctions, se trouvent, dans le cours de la journée, condamnés au silence et qui, à cause de cela, ont besoin de reposer leur esprit par la conversation. De plus ces conversations doivent se faire dans des lieux publics et en famille. Sans cela, elles donneraient lieu, comme cela arrive assez fréquemment, à des intrigues et à des animosités nuisibles au bon ordre. Non in multo eloqiuo' effugies peccatiwi.
La division du temps
Le lever ayant lieu, hiver comme été, à quatre heures du matin, et le coucher vers huit heures et demie du soir, la journée se trouve être ainsi composée de seize heures et denjie, dont la plus grande partie doit être consacrée au travail : pour les uns,.
c'est du travail intellectuel ; pour les autres, c'est du travail manuel ; pour tous, à certaines époques, il y a obligation d'aller travailler dans les champs, et c'est là qu'un religieux doit toujours se rendre quand il n'a pas d'occupation particulière. C'est ainsi que les professeurs qui, pendant cinq jours, ont à faire un travail pénible et de nature à épuiser leur santé, et qui, à cause de cela, sont, ces jours-là, dispensés de faire autre chose, doivent, toute la journée du jeudi, aller travailler dehors avec les autres. C'est une des règles fondamentales de l'œuvre, et personne, même le premier supérieur, ne doit s'en dispenser,
A quatre heures du matin, les religieux se rendent à la chapelle où l'on commence aussitôt à psalmodier les matines de l'office canonial ; après quoi, vient une méditation assez courte pendant laquelle les religieux se tiennent assis ; puis on chante Laudes, et il y a un intervalle d'une heure. A six heures et demie, se dit une messe, qui, les jours ordinaires, est une messe basse et, à la suite de cette messe, on se rend au chapitre, oli, après la lecture de la règle de Saint Benoit, et, avant les proclamations, chacun reçoit la tâche qui lui incombe pour la journée. En sortant du chapitre, on va déjeuner, et, après déjeuner, tout le monde se rend au travail jusqu'à midi.
A midi, a lieu le diner, pendant lequel on fait une lecture intéressante et instructive, généralement de l'histoire, et, après le dîner, les religieux disent les grâces en chantant comme à la Trappe ; puis, ils sortent processionnellement du réfectoire et vont à la chapelle en psalmodiant le Miserere ; après
quoi, il y a un repos d'une demi-heure pendant lequel on peut causer sans bruit. A une heure, onrécite le chapelet et on chante un cantique. A une heure et demie, le travail recommence et dure jusqu'à cinq heures et demie ou six heures. A six heures, souper suivi d'une demi-heure de repos.^ A sept heures, on chante les vêpres, et entre les vêpres et les complies, il y a un quart-d'heure pour l'examen de conscience. A huit heures, on psalmodie les complies, et la journe'e se termine par le chant du Salve regina. De sept heures du soir à sept heures et demie du matin, on observe le grand silence que personne, dans la communauté', ne peut violer sans une nécessite' pressante,
Les exercices spirituels
Aux fêtes de la Vierge, le dimanche et les jours de fêtes d'obligation, comme il n'y a pas de travail manuel, les exercices spirituels doivent se suivre de manière à remplir toute la journée, et, ces jours-là, à l'office canonial qui se dit chaquejour, on ajoutera l'office de la Ste. Vierge, qui lui, ne doit pas être chanté. Au reste, on aura soin de simplifier le chant autant que la liturgie permet de le faire, pour que tout le monde puisse arriver à chanter d'une manière passable.
D'après le même principe, on choisira, pour entonner et pour chanter les messes, ceux-là seulement qui seront en mesure de le faire convenablement ; et il y aura des rcrr^;ieux spécialement désignés à cet effet, ce qui simplifiera le cérémonial
trop compliqué que l'on suit ailleurs et qui, ici, n'aurait pas sa raison d'être.
Le dimanche et les jours ci-dessous indique's, on chante tout l'office canonial et on psalmodie l'office de la Sainte Vierge. Les jours de la semaine, on observe les modifications ci-dessus indiquées et certains exercices ne sont suivis, à la chapelle, que par une partie des religieux, les autres ayant des fonctions qui les retiennent ailleurs.
A la Trappe, les offices de la semaine durent environ sept heures, et, quelquefois, on trouve cela un peu long ; ils sont ici réduits au tiers de ce temps, ce qui est assez. Le but étant différent, la forme doit l'être aussi.
Les mortifications
Les lois de l'Eglise sont des lois très-sages, et la médecine a, depuis longtemps, observé que le jeûne, loin d'être nuisible à la santé, est, en certains cas, très-efficace pour purger le corps des humeurs qu'un régime trop fortifiant doit nécessairement produire ; et la diète, imposée aux malades, est un des moyens thérapeutiques dont les médecins se servent partout. On ne sera donc pas étonné qu'elle entre dans cette règle sous le nom de mortifications.
Les mortifications, en dehors de celles qui ont déjà été mentionnées et des pénitences imposées aux religieux coupables de quelque faute, ces mortifications portent plus spécialement sur la nature du manger et sur le nombre des jeûnes, et il est expressément défendu à personne d"y rien ajouter. Les novices qui se croiraient appelés à se mortifier
davantage et (jui ne voudraient pas se conformer a la règle sur ce point, seront envoyés dans un ordre plus austère, par exemple à la Trappe, oli les jeûnes sont continuels et beaucoup plus sévères. Les religieux font, chaque jour, trois repas à l'un desquels il est permis de servir de la viande. Le principal repas a lieu à midi et se compose d'un potage, de deux plats dont l'un doit être maigre et d'un dessert. Aux deux autres repas, la quantité de nourriture doit être limitée et le maigre seul est autorise. Il n'y a pas très-longtemps qu'en France l'abstinence existait encore le vendredi et le samedi^ obligatoire pour tous les catholiques ; ce n'est donc pas imposer une pénitence trop sévère que d'exiger de tous les religieux de l'œuvre qu'ils se conforment aux anciennes lois de l'Eglise et que, ces deux jours-là, ils s'abstiennent du gras, et de plus, tous les vendredis de l'année, ils feront, à l'ancienne mode, un jeûne dont ils ne devront pas se dispenser sans de graves raisons. Ce jeûne, pendant le carême, sera à un seul repas, et le Vendredi-Saint, ce repas se composera de pain et d'eau. Les jeûnes du carême et des quatre-temps seront strictement observés et dans les conditions ou ils se faisaient jadis.
Le vœu de religion
Le vœu de religion est un acte de générosité par lequel, pour se sauver plus sûrement, un homme, après avoir étudié l'étendue des obligations qu'il veut contracter, s'engage librement et solennellement devant Dieu à vivre, en dehors du monde,
'dans une communauté dont il devient, par là même, un des membres actifs ; et on sait, par une re'vélation de sainte The'rèse, qu'une âme, non point parfaite, mais qui aspire à le devenir, devient, par cela seul, plus agre'able à Dieu que mille chre'tiens ordinaires. Aussi les the'ologiens mystiques s'accordent-ils tous à regarder comme un second baptême cette abnégation complète de sa volonté entre les mains d'un supérieur ayant autorité pour agir. L'obéissance religieuse est la vraie pierre philosophale ; elle donne une valeur immense aux moindres actes ; mais, d'un autre côté, elle impose des devoirs qui obligent sous peine de péchés graves. Le vœu de religion se compose de trois obligations principales, qui sont : le vœu d'obéissance, le vœu de chasteté et le vœu de pauvreté. Le Pape seul peut en relever.
Comme il n'est pas prudent d'accepter dans l'œuvre des hommes qui n'y seraient pas divinement appelés, il faudra, comme partout ailleurs, imposer aux postulants un noviciat, et ce noviciat sera de dix^huit mois, après lesquels le novice, ayant été préalablement reçu par le Chapitre, pourra s'engager par un vœu qui n'obligera pas encore la communauté, l'épreuve devant être de trois ans avant qu'il soit admis définitivement.
Sans fixer à cet égard de règle absolue, on devra être excessivement difficile à recevoir dans l'œuvre ceux qui auront été novices autre part ; c'est une loi très-sage empruntée aux Jésuites et qu'on fera bien de suivre.
Les droits du supérieur
Le supérieur est élu pour la vie et à b majorité 'les voix, les religieux de chœur ayant droit, chacun, .1 un double vote, tandis que les frères convers ne disposent que d'une voix.
Le supérieur est, dans la communauté, le représentant de Dieu, et on doit recevoir ses ordres comme, on recevrait les ordres de Dieu lui-même. Il a, dans les limites de la règle, une autorité absolue ; c'est lui qui nomme à tous les emplois.
Bien qu'il doive, autant que possible, se conformer au règlement comme les autres religieux, cependant on conçoit que se trouvant, par sa position, en rapport avec tous les frères, et ceux-ci ayant, à tout instant, besoin de le consulter, il ne saurait être obligé au silence, et l'intérêt de tous veut, au contraire, qu'il soit libre de parler quand il juge à propos de le faire. Toutefois, pour établir sur ce point une espèce de réglementation qui serve de règle moins à lui qu'aux autres religieux, il ne recevra les personnes de la maison que pendant les deux intervalles ; encore faudra-t-il, à moins d'une circonstance grave, qu'on prenne la précaution d'en faire la demande par écrit et qu'on ne se rende chez lui qu'après avoir été appelé. Le directeur et le cellérier sont seuls dispensés de cette formalité. .. Un jour est fixé pour les étrangers.
Une fois par mois, pour se retremper dans le silence, le premier supérieur se soumettra au règlement dans toute son étendue, et, ce jour-là, il sera strictement défendu de lui adresser la parole,|le
'directeur et le cellérier étant chargés de le remplacer, chacun dans sa sphère
Le directeur
Le directeur ou préfet des études doit être un homme d'âge, ayant enseigné pendant plusieurs années pour être capable de se rendre compte, par lui-même, de la marche des classes; il faut qu'il ■soit énergique et qu'il sache allier la fermeté à la douceur.
Il a, sous sa direction, les différentes classes de la ■maison et veille à ce que les professeurs et les élèves observent le règlemert et s'y conforment.
A la fin de chaque mois, il doit faire une visite dans chacune des classes, interroger les élèves, et, ensuite, d'après ce qu'il a vu par lui-même, d'après les rapports hebdomadaires qu'il a reçus des professeurs, il établit la moyennne des notes et l'envoie au supérieur qui en donne connaissance au chapitre.
C'est le directeur qui punit les enfants ; c'est lui qui leur fait faire les punitions qu'ils ont méritées," et, s'il y a lieu, en donne de nouvelles, quoiqu'avec discrétion ; mais, en cas de fautes graves, il doit prévenir le supérieur qui prononce l'exclusion quand la chose est nécessaire.
Le directeur est aussi chargé de présider aux examens qui ont lieu à époques indéterminées, à mesure que le travail avance ; il se fait aider, dans cette tâche, par les professeurs.
Les professeurs
Chaque professeur, autant que cela est possible, doit suivre sa classe jusqu'au bout.
Le professeur a le droit de parler à ses élèves pendant la classe ; hors de là, il est tenu au silence.
Le professeur n'est employé à aucun travail manuel si ce n'est le jeudi ; mais il balaie sa classe et la tient en ordre.
Il ne surveille pas ses élèves pendant les récréations et ne va pas au travail avec eux.
Chaque soir, sur un cahier spécial, avec le concours des élèves, qui ont chacun leur adversaire, le professeur doit marquer une note pour le travail et une autre pour la sagesse. La note de tenue n'est inscrite qu'une fois par semaine et au, chapitre.
Chaque semaine, il fait la moyenne des notes et les envoie au directeur en ayant soin, quand elles sont mauvaises, d'en donner succinctement la raison.
Il rend compte de sa classe, indique le travail fait pendant les huit derniers jours et celui qu'il se propose de faire pour la semaine suivante.
Le professeur, par l'organisation des classes en deux partis, dont l'un, le parti vaincu, perd, chaque semaine, la moitié du congé, se trouve être investi d'une autorité suffisante ; il évitera de punir les enfants, sauf le cas d'une véritable nécessité, d'autant plus que, chaque soir, la dernière récréation, celle qui suit le souper, est perdue pour tous ceux des élèves qui, dans la journée, ont été vaincus par leurs adversaires. Quand un professeur a puni jn enfant, il ne peut, de son autorité privée, l'en
exempter; mais il peut demander au directeur de le faire.
Le professeur veillera à ce que le travail des enfants se fasse bien et il lui est expressément recommandé de ne pas en donner beaucoup. Les leçons seront au nombre de trois et il y en aura toujours une de spécialement indiquée comme étant la principale. Le professeur est strictement obligé de se conformer au programme des études et il ne pourra jamais s'en écarter sous aucun prétexte.
Les enfants
Ce cours érant un cours privilégié dans lequel on n'acceptera jamais qu'un nombre limité d'enfants, on peut et on doit les choisir avec soin. La première condition exigée d'eux, c'est qu'ils soient tous d'une santé robuste et d'une bonne intelligence. Il faut impitoyablement refuser les enfants faibles et les viiniis habens.
Les enfants qui auront suivi le cours préliminaire dans les écoles établies par l'œuvre, étant mieux préparés, devront être préférés aux autres ; cependant on pourra, après examen, en accepter venant d'ailleurs, s'ils sont dans de bonnes conditions. Aucun enfant ne pourra commencer le cours classique, s'il n'est pas âgé d'au moins dix ans et s'il n'a pas fait sa première communion ; mais, d'autre part, on veillera à ce que la différence d'âge ne dépasse pas deux ans.
Il faut poser en principe, pour l'avantage des élèves et même pour celui des professeurs, qui ne
doivent pas être des geôliers, que les enfants seront tous externes et non pas internes. Se'questrer les enfants malgré eux, les priver des affections qu'ils trouvent dans la famille, est un système de'plorable qu'il faut abandonner, parceque la vertu, la vraie vertu, ne sauraif être fondée, même pour les enfants, que sur la liberté, la vraie liberté. Les externes m'cnt toujours paru être moins naïfs et mieux préparés pour la vie que les internes. Rien ne peut remplacer l'éducation qu'un enfant reçoit dans sa famille. Par conséquent, l'externat comme principe, l'internat comme exception. Les élèves arriveront le matin à huit heures ; ils prendront à l'école le repas du midi et la collation, et n'en partiront que le soir, à six heures. De cette façon, les enfants ne seront pas à charge aux professeurs, ni les prufosseuis aux enfants et l'influence des professeurs n'eu sera que plus grande.
L'enfant est d'un caractère léger et on conçoit que, par moment, il se laisse aller à la dissipation ou à la paresse ; mais ce qu'on ne lui pardonnera jamais, et ce qu'on devra toujours punir avec sévérité, c'est l'insubordination. L'obéissance doit être la première vertu d'un enfant, et il faudra lui faire comprendre qu'elle sera toujours énergiquement exigée. L'enfant qui ne veut pas obéir quand on lui commande une chose juste, cet enfant-là doit être chassé.
L'enfant doit être formé à la piété et il lui sera strictement imposé l'obligation de se confesser aux fêtes dont les noms suivent et huit jours avant : Epiphanie, Purification, Saint-Joseph, Annonciation, Pâques, Ascension, Pentecôte, Visitation,
Sainte-Anne, Assomption, Nativité, Saint-Raphaël, Toussaint, Immaculée-Conception, Noël. C'est au confesseur qu'il appartient de voir si l'enfant doit communier ou non.
Les classes ont lieu, le matin, de neuf heures à midi ; l'après-midi, de une heure et demie à quatre heures ; et le soir, de quatre heures et demie à six heures. A la classe du matin, il y a deux fois cinq minutes de repos, à dix heures et à onze heures et demie, et, pendant ce temps, les élèves peuvent parler, mais sans crier et sans se déranger. Le soir, il y a un repos à deux heures et demie, et un autre à cinq heures et demie.
Les récréations ont lieu, du déjeuner à neuf heures, du dîner à une heure et demie, et de quatre heures à quatre heures et demie, du souper à sept heures. Chaque semaine, les élèves reçoivent un bulletin qu'ils doivent remettre ou faire remettre à leurs parents ; et, quand ils ont obtenu de bonnes notes, il leur est accordé des récompenses avec lesquelles le parti vaincu peut racheter son congé s'il en a suffisamment. Une fois par semaine, le vendredi, il y a une composition qui ne doit pas, en général, excéder une heure et demie. La réunion de douze compositions forme une excellence partielle et la réunion des excellences partielles constitue, à la fin de l'année scolaire, l'excellence générale.
Les enfants ont à eux, pour se reposer, le temps qui s'écoule de Noël aux Rois, la semaine de Pâques, la première semaine de juillet et quelques jours en août. En certains temps, quand les travaux l'exigent, la classe du soir peut être supprimée.
L'avocat des enfants
A ia pluralité des voix, les enfants choisissent parmi les religieux, un homme qui est, ensuite, chargé, une fois par mois, de recevoir par écrit leurs griefs et d'en faire rapport au premier supérieur et celui-ci, en cas d'injustice réelle, est obligé de faire droit aux enfants.
Résumé des principes
i'-" Il y a une vocation et il faut élever les enfants pour cette vocation qui n'est pas la même pour tous, et qui varie suivant leurs diverses aptitudes. Est-ce raisonnable de les couler tous dans le même moule ?
2» L'enseignement général qui convient aux intelligences d'élite et qu'on appelle le cours classique, ne doit être que de cinq ans au lieu de huit ou neuf qu'il est aujourd'hui ; il peut et doit commencer à dix et onze ans et finir à quinze, au plus tard à seize. Que chacun, à partir de là, suive sa branche spéciale.
3'J L'enseignement doit être substantiel, mais court, s'appuyer sur l'intelligCHce et non sur la mémoire; C'est assez d'une demi-heure par jour pour les leçons. Supprimez les choses inutiles, c'est-à-dire la moitié du cours actuel ; perfectionnez le reste. Pas trop d'abstractions ; elle ne conviennent qu'à un groupe restreint d'esprits.
40 La durée du travail de l'intelligence, pour un enfant, ne doit pas dépasser sept heures par jour, tout compris, classes et études. Rien avant neuf
heures du matin, rien après six heures du soir. Pas d'étude à la lampe; les yeux sont une chose, ce me semble, qu'il est utile de conserver. La santé vaut mieux que la science.
^0 Remplacer les grandes vacances par trois petites à différents temps de l'année ; l'inteiligence se rouille par un trop long repos. D'ailleurs, les grandes vacances sont nuisibles à plus d'un titre. Deux congés complets par semaine, le jeudi et le dimanche. Un peu de lecture ces jours-là, mais de lecture libre.
60 De dix à treize ou quatorze ans, c'est-à-dire pendant trois ans, éducation paroissiale avec les avantages qu'offre pour l'enfant la vie de famille : et puis, chose à considérer, elle coûterait peu. L'éducation scolaire peut se faire et doit se faire dans la paroisse et, autant que la chose est possible, il faut que le même professeur suive les mêmes élèves jusqu'à la fin de leurs études. Décentralisation pour l'éducation primaire et l'éducation secondaire ; centralisation dans les villes pour l'éducation professionnelle, mais rien que pour celle-là.
70 Les enfants doivent, autant que possible, se suffire à eux-mêmes et cultiver, avec leurs professeurs, une ferme capable de les nourrir, sans que leur instruction coûte rien aux parents. C'était mon plan, si j'avais été cru et soutenu : labor majumm tuariivi qiiîa mandiicahis.
Il s'agit maintenant de prouver que cette œuvre est voulue de Dieu et que j'ai mission pour la faire. C'est un point capital d'établir cela.