‹ La clef du ZoharChapitre 20 sur 81 · ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DE L’AME · texte numérisé non relu

ORIGINE ET DÉVELOPPEMENT DE L’AME

esprits ne diffèrent pas, selon la Kabbale, des âmes humaines supérieures, divines. Le rapport de l'Humanité et de l’Angélité n’est du reste pas moins étroit selon le Christianisme ésotérique, lequel n’oublie point cette mystérieuse invocation des litanies qui appelle Jésus « Ange du grand conseil ». Or, Jésus, en tant qu’homme, est l’homme parfait, complet, Si l'on peut, à certains égards, l’appeler Ange, il en résulte qu’à ces égards, l'Humanité et l’Angélité se confondent.

Comme un peintre, ayant poursuivi d’impérissables méditations du Beau dans les Musées, et de passionnantes recherches personnelles dans l'atelier, se jette ensuite dans la nature et, traïaillant en face d’elie, expose au danger et à la gloire de vivre ses idées et ses découvertes, ainsi, ayant médité dans les Musées du Siphra Dzénioutha et repris en efforts d’intuitions personnelles les arcanes de la Kabbale, élançons-nous, allons maintenant sur nature et voyons ce que deviennent ces arcanes exposés au réel, comparés au monde, fortifiés ou brisés par la vie !

Allons au-devant du ciel libre, en présence du soleil qui nous révèle l'énergie et la grandeur des étoiles, ou, la nuit, en présence des étoiles, qui nous révèlent toute la portée de l'idée solaire et l'harmonie de ses innombrables manifestations.

Contemplons la création une où frémit l'unité de Dieu.

Et, face à face avec le grand Etre, les livres et les notes laissés à la maison, cherchons à retrouver les arcanes kabbalistiques dans la réalité.

C’est là, au gouffre de l'infini vivace, que toutes les vérités, analysées par les systèmes, convergent.

Là, sous nos yeux, est l'Eternel invisible et palpitant dans les ampleurs de son œuvre.

Et, s’il y a des vérités en la Kabbale, elles sont là aussi, là surtout. Les livres n’en donnent que le portrait craquelé, assombri. Mais voici l’immortel visage.

Contemplons de bas en haut. Montons du visible de la création à son invisible et à son Maître.

Le jour et la nuit nous découvrent les mondes : soleils, planètes, comètes, nébuleuses, poussières cosmiques.

Les sciences physiques et astronomiques, secondant l’imperfection de nos sens mal adaptés à la vie générale, nous ont dévoilé, par l'analyse spectrale, l'identité de composition de tous ces mondes.

Et alors, aux yeux de l'esprit, poussières cosmiques, nébuleuses, planètes, comètes, soleils ne forment qu’un seul état de la substarce universelle, l’état qui nous est visible et pondérable, et ne sont plus, pour ainsi dire, qu’un seul monde.

Or voilà justement le monde, la sphère d’Asiak.

Ce n’est pas une sphère particulière, une planète ou une contrée, c’est l'état visible et pondérable synthétiquement représenté par une expression symbolique.

Si donc nous avons l'intelligence, Asiah cesse d’être, pour nous, celte expression symbolique, pittoresquement enchâssée dans tel vieux livre.

Asiah est là, sous notre regard, vivante en plein dans tous les mondes vivants.

Asiah, c’est la terre qui nous porte, la mer qui ondoie puissamment, les arbres qui croissent, les animaux qui s’accouplent et se battent, les corps humains, notre corps.

Asiah, c’est, au delà de notre terre, la lune, les planètes de notre système solaire, la matière de notre soleil et, par delà notre système, Asiah c’est encore tous les autres soleils, leurs planètes, leurs satellites et toutes les comètes et toutes les poussières cosmiques et toutes les nébuleuses.

Si nous étions de ces esprits supérieurs pour qui chaque forme générale de l’Etre n’est qu’une vision et qu’une pensée, nous saisirions, à chaque instant, l’univers visible et pondérable dans son unité synthétique, et, comme la Kabbale, nous ne verrions en lui qu’un seul monde, le monde d’Astah.

Outre l’ensemble des mondes matériels, Asiah comprend l’astral qui se rattache immédiatement à la matière.

L'âme vitale et instinctive de l’homme correspond à

Asiah.

Dans Asiah agissent les Elémentals inférieurs.

Et c'est principalement dans sa sphère que l’on rencontre les démons nommés, par les kabbalistes, des Æcorces. Er un mot, tant que l’attract d'en bas règne et persiste, tant que la matière demeure la tonique, les êtres et les régions sont considérés comme appartenant à Asiah, bien que tramés de fluides et invisibles pour les yeux de chair.

Tout cela nous devons le pénétrer, par la pensée, dans notre contemplation kabbalistique de l'être vivant.

Car si j'ai dit de laisser livres, notes, travaux intérieurs pour aller maintenant sur nature, je n'ai pas ditqu’il fallait oublier les arcanes qu'il s’agit de retrouver.

Il faut regarder la grande scène vivante pour juger sans parti pris si on les retrouve ou non, mais il ne faut pas regarder avec des yeux ordinaires el une profane clairvoyance.

Les fluides vitaux sont d’ailleurs assez prouvés par les expériences des cent dernières années, de Mesmer à de Rochas et Baraduc, pour qu’une partie au moins des éléments fluidiques d’Asiah soit accessible à la conception non seulement deskabbalistes; mais de tout le monde.

Au-dessus d’Asiah, de la matière et de l’astral matériel, les yeux de notre pensée doivent maintenant contempler le monde de Iézirah.

Iézirah, c’est le monde des Anges, en prenant ce terme dans le sens kabbalistique.

Anges, pour la Kabbale, signifie les £lémentals supérieurs.

Ce sont des substances intelligentes et incorporelles, mais unies à. des corps aslraux, ignés et aériens, qu'elles vivifient et qu’elles meuvent.

Elles séjournent soit au-dessus des astres et des planètes qu'elles dirigent, soit plus haut encore dans le libre éther.

Ces Elémentals, même supérieurs, sont regardés par la Kabbale comme inférieurs à l'âme humaine, à sa partie du moins transcendante et divine, à Neschamah.

Ils sont supérieurs au corps matériel et à Nephesh, l’Ame inslinctive, égaux à Ruach, l'Ame moyenne et rationnelle, mais inférieurs à Neschamah.

Pour la Kabbale, l’âme rationnelle est donc analogue aux esprits recteurs de la mécanique céleste. C’est une correspondance admissible et même suggestive.

Ainsi, tout autour des planètes, des cornètes, des soleils, des nébuleuses, mais plus haut que la couche d’astral matériel qui les environse et formant un second cercle de fluide plus pur comme l'atmosphère des hauteurs au-dessus de l'atmosphère des plaines, apparaît aux yeux de notre pensée le monde de Iézirah.

Notre méditation y voit planer les Anges de la Kabbale, les Elémentals supérieurs, intelligences directrices des planètes, des comètes, des nébuleuses, des soleils qu’elles animent et qu’elles gouvernent.

Comme l’a dit Rabbi Israël Sérug, elles tiennent du monde de Briah par l'esprit et du monde d’Asiah (c’est-à-dire de l’astral d’Asiah) par le corps.

Elles sont intermédiaires entre le spirituel et l’astral matériel, pareilles à l’âme intermédiaire qui réunit l’âme inférieure de l’homme à son âme supérieure et divine.

De même que les découvertes des savants descendent jusque dans la vie matérielle et dans l’industrie qu’elles modifient par des inventions, de même ces intelligences pénètrent d’en haut l’astral d’Asiah et les mondes visibles et y projettent des influences qui se manifestent enfin par des phénomènes matériels.

Au-dessus du monde de Iézirah et formant un troisième cercle autour des mondes visibles, plus pur encore que le deuxième, se dévoile à notre contemplation le monde de Briah, le séjour des Ames.

Le monde de Briah est le monde de la création, le trône de gloire, la demeure des intelligences séparées, ce qui veut dire des purs esprits, dégagés de tout fluide inférieur autant que de matière.

C'est la sphère spirituelle comme Iézirah est plutôt la sphère astrale et Asiah la sphère matérielle.

Briah correspond à Neschamah, l’Ame supérieure et transcendante de l’homme.

Notre contemplation des mondes de lézirah et de Briah n’est donc pas purement hypothétique et abstraite : ce sont les divers plans de notre réalité spirituelle que nous étendons à l'univers.

Notre vie rationnelle et astrale nous fait attribuer à l’univers, une vie correspondante : Tézirah ; et notre vie mystique nous fait attribuer à l’univers, une vie correspondante: Briah.

Et en développant, chez nous, la vie rationnelle et astrale, nous pouvons espérer d’acquérirl’intuition sympathique de Iézirah. De même, en développant, chez nous, la vie transcendante, nous pouvons espérer d'acquérir l'intuition de Briah et enfin d’Azilutb.

Car, au-dessus du monde de Briah et formant un quatrième cercle autour des mondes visibles, plus pur encore que le deuxième et le troisième, se dévoile à notre contemplation le monde d’Aziluth, sphère des attributs divins.

C’est la région propre des dix Séphiroth et des cinq personnes.

Les Séphiroth et les personnes forment ainsi le quatrième monde, antérieur et supérieur aux trois mondes de Briah, lézirah et Aziah, qui en sont le triple reflet et l’incarnation décroissante.

Le monde d’Aziluth correspond assez justement au monde des Idées de la métaphysique platonicienne et, plus justement encore, au monde idéal renfermé dansle Verbe de la métaphysique chrétienne.

C'est la belle sphère de l’Idéal lumineux et tranquille, des harmonies saintes, des perfections inviolées dont le triomphe ne connaît point la lutte et dont la pureté ne connaît point la tentation.

C'est le poème de la création rêvé par Dieu au-dessus d’elle el maintenant le sublime rêve au-dessus des réalisations qui chancellent.

C’est aussi le monde miséricordieux qui se répand sur les autres et leur communique lentement sa perfection sereine et les élève à redevenir, à son image, l’image de Dieu.

Pie Enfin, au-dessus d’Aziluth lui-même, notre méditation contemplera l'Abîme, Aïn-Souph.

Aïn-Souph veut dire sans borne.

On appelle de ce nom la Cause des Causes, Dieu souverain et absolu, parce qu'il n’y a pas de limites à son être, à sa per-

fection et à sa puissance et parce que rien ne peut l’embrasser et le comprendre.

« C’est la Lumière omnipotente et très haute, infinie, que nulle pensée et spéculation humaines ne peuvent atteindre et dont l'existence est éloignée de tout intellect, qui a existé avant toutes les-choses produites, créées, formées et faites par l’émanation, et dans laquelle il n’y a jamais eu de temps et qui n’a jamais eu d’origine, car elle a (oujours existé, et qui demeure et demeurera toujours sans commencement et sans fin » (Isaac Loria).

Ainsi que je l’ai souvent répété, cette élévalion d’Aïn-Souph au delà de toute compréhension humaine n'implique nullement l'inconscience et la non-intelligence d’Aïn-Souph.

C’est au contraire à force de conscience et d'intelligence que sa pensée échappe à notre pensée, comme c’est à force de réalité que son Etre échappe à notre corps misérable.

Donc au-dessus du monde d’Asiah constitué par l’ensemble des mondes visibles, nébuleuses, soleils, planètes, satellites, poussières cosmiques et par l’astral inférieur qui les environne, nous voyons, des yeux de l'esprit, le monde de Jézirah constitué par un astral plus subtil, répandu autour du premier et enveloppant également, mais à une distance plus éloignée, tous les mondes visibles ; puis, nous voyons, au-dessus du monde de lézirah, le monde de Briah constitué par la substance spirituelle proprement dite et enveloppant de ses cercles les cercles de lézirah ; au-dessus du monde de Briah, nous voyons le monde d’Aziluth constitué par les fluides divins et les Prototypes idéaux et enveloppant de ses gloires les cercles de Briah ; enfin, au-dessus d’Aziluth, nous contemplons l’espace indéfini où repose, dans sa grandeur incompréhensible, l’Esprit infini, l’Abîme, Aïn-Souph, Dieu.

Une île environnée de blanche écume, puis de sables, puis d’un cercle de terrains meubles, ayant enfin au centre un noyau de terres dures et de rochers, le tout perdu dans un Océan sans limites, lelle serait à peu près l’image des mondes.

Les terres dures et les rochers seraient la représentation

d’Asiah : les terrains meubles, de lézirah ; les sables, de Briah ; l’écume blanche, d’Aziluth ; et l'Océan, d’Aïin-Souph.

Une telle image est fort grossière. Les mondes visibles ne forment pas un amas centralisé comme le noyau épais de notre île imaginaire, mais ils se distribuent en séries admirables et en gammes de systèmes à travers l’immensité du ciel et ne sont un ensemble, ur monde, kabbalistique et intellectuel, que pour l'esprit.

Il en est de même des autres degrés, plus subtils, de mondes.

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