‹ La clef du ZoharChapitre 3 sur 81 · N’EST PAS, CE QUI EST, CE QUI SERA · texte numérisé non relu

N’EST PAS, CE QUI EST, CE QUI SERA

Commentaire.

Le livre symbolique continue par une révélation des attributs du Couple divin, de cette Balance mystérieuse qui fait l'équilibre des choses et la sympathie des âmes.

La Balance est suspendue dans le « Lieu qui n'existe

pas. »

Il ne faut pas prendre le « Lieu qui n'existe pas » pour le néant, ce serait une erreur totale et rigoureusement contraire à la vérité kabbalistique. ee

Par non-existence, la Kabbale entend la cessalion de toule existence finie et relative, la sphère de l’Absolu sans tache et de l’Immuable illimité.

Le cinquième verset veut dire que la Balance ou Loi du Couple parfait a son principe dans l’Absolu même, que ce n’est pas une loi inférieure et transitoire, mais une norme enracinée dans la substance de Dieu et faisant corps avec lui. C’est, d’ailleurs, ce que le septième verset nous confirmera tout à l'heure.

« Par elle-méme furent pesés les rois qu'on ne retrouvait plus. »

Ces rois sont les rois d'Edom, principes de l'existence matérielle et confuse.

Après leur destruction, qui n’est pas absolue, car la conceplion de la mort absolue, du néant, est étrangère à la Kabbale, ils sont « restitués » et s’organisent sous l'influence de l’Ancien des jours et de la Loi du Couple harmonique.

C’est à cette restitution des éléments du Mal et de la matière, à leur réorganisation par la loi d'harmonie que se rapporte le sixième verset.

En langue philosophique moderne, nous dirions : les éléments de la vie inférieure et grossière, dans l'ordre siaéral, planétaire, social et spirituel, ne sont pas détruits sans retour ni à jamais slérilisés.

Le Mal, n'étant pas absolu, consiste plutôt dans une mauvaise organisation, dans un désaccord d'éléments susceptibles cependant en eux-mêmes d'amélioration, et qu’on ne doit pas considérer comme éternellement irrémissibles.

Un jour vient enfin où les débris de la corruption et de la guerre sont résorbés dans l’Equilibre éternel, où les cadavres des rois d'Edom sont pesés dans les plateaux de la Balance divine.

Eclairons cette vérité philosophique par une série d’exemples :

Dans l’ordre sidéral, les forces confuses qui meuvent primitivement la nébuleuse ne sont pas anéanties lorsque la nébuleuse s'organise en système solaire. Elles se transforment

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seulement, pas un atome de matière, pas une vibration de mouvement ne se perdent, mais le rythme général a changé

:et la lutte s’est couronnée par la stabilité harmonieuse.

Dans l'ordre géologique, les convulsions de la croûte ignée, les déluges des eaux précipitées de l'atmosphère font place à des cataclysmes de moins en moins violents, et, quoique la planète reste au fond constituée par les mêmes éléments, elle devient pourtant capable de produire le genre humain et de garder une solidité relative.

Dans l’ordre social, la subordination des énergies et des richesses à l’amélioration générale n’anéantlit pas ces richesses ni ces énergies, mais leur donne seulement une direction convergenle.

Il en est de même dans l'ordre spirituel, où il ne s’agit pas d’abolir les passions, mais de les soumettre et de les transfigurer.

On me fera peut-être ici une objection : vous parlez d'ordre spirituel ; mais comment alors y retrouvez-vous les rois d'Edom de la Kabbale ? Les rois d’Edom représentent, disiezvous en commençant, les principes de l'existence matérielle. Si vous les retrouvez dans l’âme, faut-il en conclure que l’âme contient des principes matériels ?

La réponse sera facile : Pour la Kabbale, la matière proprement dite n’existe point. La Kabbale ne reconnaît qu’une substance unique, pensante ou mouvante selon le point de vue et les circonstances transiloires, mais où rien, même les atomes du corps, n’est voué à l’éternelle inertie, à l'inconscience éternelle.

Aussi le terme de matière, interprété selon la Kabbale, ne prendra-t-il pas un sens rigoureux, comme celui qu’il aurait, dans un système dualiste, le système cartésien, par exemple.

Ce terme s’appliquera à toute forme d’existence, inférieure, ralentie, assoupie, grossière, qu’elle soit d’ailleurs physique ou intellectuelle.

C'est pour cela qu’il sera très légitime de ranger les passions grossières dans l'empire des rois d’Edom, bien que ces passions aient leur appui moins dans le corps matériel proprement dit que dans les éléments inférieurs de l'Ame.

Cette unité de substance, malgré des élats différents, a encore une autre conséquence : c’est que chacun des états reflète

en petit l'ensemble, mais que, cependant, pour avoir la pleine réalisation d’une vérité, il faut considérer l’ensemble de la substance ou du moins un système de mondes assez complet pour que la totalité des différents états de la substance y soit manifestée. Je m'explique : Un monde matériel ne réalise jamais dans toute son ampleur et toute son élévation l’impérissable harmonie. C'est ainsi que ni un système solaire, ni une planète, ni une société ne répondent, même en leurs phases supérieures, à l’Idéal de l’Equilibre, de la Balance sacrée.

Pour rencontrer cet Idéal pleinement rempli, il faut monter

au delà, dans la sphère purement éthérée.

Et, néanmoins, la période équilibrée du système solaire, de la

planète, de la société est une Image ‘relativement fidèle de

l’Equilibre céleste et un accomplissement inférieur de la grande Loi.

Il ne faudrait donc pas arguer de l’imperfection des réalisations terrestres contre les promesses du Zobar, et taxer la Loi de mensonge, parce que les images que nous pouvons atteindre d’elle ne sont pas entièrement dignes de sa noblesse et de sa beauté.

« La Balance consiste dans le corps de l'Ancien des jours, elle n'adhère pas, on ne la voit pas. »

C’est une confirmation du cinquième verset. La Loi d’équilibre est le corps de Dieu, son âme est l’Absolu incommunicable, et, de même que le corps et le visage d’un homme nous expriment les sentiments et les pensées que son âme invisible renferme, de même la Loi d'équilibre et son action sur le monde nous révèle et met à notre portée la pensée inaccessible de Dieu (1).

En elle monleront et en elle montent ce qui n’est pas, ce qui est, ce qui sera.

La Loi de l'équilibre et de l'harmonie est universelle, sa puissance régit ce qui n’est pas, c’est-à-dire les choses idéales

(1) Mais cette révélation est perçue par l'esprit, On ne voit pas matériellement la Loi.

SIPHRA DZÉNIOUTHA | or HA

dont elle contient le type, et ce qui existe ou a existé (L), et ce

qui existera, l'avenir qui germe dans la fécondité des rêves de la Loi.

Traduction

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