UN DOCUMENT MODERNE
La transmutation métallique proprement dite est-elle réalisable ?
11 n’y a que l'expérience qui trancherait la question.
Dans l’histoire, on trouve des documents défavorables à l’affirmative (alchimistes fraudeurs ou impuissants) et certains favorables. Parmi ces derniers, l’un vaut beaucoup à cause de la valeur morale de son auteur. C’est un récit de saint Vincent de Paul, qui, prisonnier des Maures en Afrique, y fut l’esclave d’un alchimiste arabe que le saint voyait fabriquer de l'or. La loyauté du témoin est incontestable. Mais a-t-il pu se faire illusion — et l’alchimiste aussi — dans le cas où l’opération aurait simplement extrait l'or d’un argent très chargé de molécules auriques ? On sait qu'il existe des argents de cette espèce, notamment celui du Mexique.
— Un document tout moderneet fort curieux affirme une transmutation qui semblerait plus vérifiée, en ce sens qu’on aurait constaté, bien qu’en négligeant de conserver la note des pesées, une augmentation de poids. Je cite ou résume l’essentiel de ce témoignage :
« Un de mes confidents, raconte le docteur Frestier (1), me fit part de sa pensée d’entreprendre l’opération de l'œuf philosophique... Il consulta, pour cette opération, l'abbé L. (2), versé dans la connaissance des ouvrages hermétiques et spagiriques des xvi°, xvn° et xvin° siècles.
M. Magnin (tel était le nom de l’aspirant alchimiste) se mit donc au travail sur les conseils de l’abbé, et, depuis le 24 juin 1846 jusqu'au 24 juin 1847, il entretint, sans interruption, un feu de lampesous la mixture kabbalistique, laquelle était renfermée dans deux fioles, dites de médecine, qui étaient fixées intérieurement ensemble par le col.
(1) Dans l'ouvrage de Beckensteiner, Etudes sur l'électricité.
(2) Sans doute l’abbé Lacuria, auteur des Harmonies de l'Etre. Il aurait indiqué, selon le docteur Frestier, pour les éléments de l’œuvre, les proportions suivantes : Terre des Sages ou Mercure des Sages : 2 parties ; Or : 1 partie ; Argent : 2.
Au bout de l’année, le patient chercheur avait obtenu une matière grisâtre, semblable à de la boue desséchée. Il prétendait que, pour obtenir la poudre de projection capable de transformer les métaux inférieurs en or, il faudrait qu’il mêlät les substances que contenaient les vases, avec d'autres substances, et qu’il fit encore la même opération pendant deux années, suivies encore d’une troisième opération continuée pendant trois ans. Mais sa patience élait épuisée ; et, ne voulant pas achever ces manipulations, il me pria de lui faire fondre le contenu de ces fioles. M. le docteur Lembert, alors professeur de chimie à l’école de médecine, fut chargé de la mission et voulut bien faire la fonte en ma présence. Il obtint un petit lingot d’or, à la surface supérieure duquel existait une sorte de cristallisation imitant des feuilles de fougère entrelacées. Ce phénomène n’avait jamais été observé daas les fusions analogues. M. Puy, essayeur, auquel ce lingot fut soumis, déclara que l’or était pur, à 1000/1000 sans aucun mélange, etau’il était certainement le produit d’un alchimiste. On ne fit alors aucune observalion à M. Puy sur l'or alchimique ; et, plus tard, quand on voulut avoir des explications à ce sujet, M. Puy était mort, Quant à M. Magnin, il était mécontent, croyant avoir un plus gros lingot, et il ne parla plus de l’œuvre jusqu’en 1854. Alors, obligé de se retirer à la campagne, il me proposa de lui acheter le résidu de ses expériences et tous ses instruments ; c’est ainsi que je devins le propriétaire du lingot alchimique, qui bientôt devait m'être si utile dans la composition de l’eau d’or. Jusqu’alors, j'électrisais l'eau séance tenante, le malade étant sur l'isoloir. Mais je vis que cette action était trop fugitiveet... je résolus de faire boire à domicile les malades et aussi fréquemment que besoin serait. A cet effet, je me servais de flacons de verre armés à l’extérieur d’une feuille d’étain, comme s'il se fût agi de la construction d’une bouteille de Leyde, et que j’électrisais au moyen d'une tige d’or introduite dans l’eau du flacon ; sur cette tige se déchargeaient les étincelles. Peu avrès, j’eus la pensée bien naturelle de prendre une bonbonne ou bouteille de grande dimension, contenant vingt litres environ, dans laquelle j'introduisis, sous la forme des plus grandes surfaces possibles, une plus grande quantité d’or {mille francs d'or par bonbonne).
En conséquence, je fis préparer des bandes d’or laminé et des boules d’argent faites en deux parties de façon à pouvoir être dorées à l’intérieur comme à l'extérieur, afin d'augmenter les surfaces, et j’affectai une parlie du lingot alchimique à la dorure des boules d’argent. C’est alors qu’un fait curieux se produisit qui démontrerait à lui seul la subtilité de ces préparations alchimiques, traitées de rêves de nos jours.
Il fut convenu que les boules seraient dorées au mercure et qu'on y déposerait plusieurs couches d’or successives.
Chaque boule d'argent fut pesée soigneusement et numérotée, pour qu’on püt retrouver facilement le poids des deux valeurs symétriques ; il en fut de même de la masse d’or à y déposer.
Dans la dorure au mercure, il se manifeste toujours, on le
.sait, une perle dans l’or emplové; et c’est pour évaluer cette perte que toutes les boules d’argent avaient été pesées avec soin, ainsi que l’or à ce destiné. Mais, contrairement à ce qui arrive d'ordinaire, ce fut un excès de poids qui se manifesta ; la quantité de l’or réservé à chaque boule avait doublé ou à peu près. Pour que le poids totalse fût ainsi accru, il fallait donc qu'une partie de l’argent des boules se fût changée en or, ou que le mercure employé à la dorure ne se fût pas entièrement évaporé.
Les boules dorées furent lout de suite chauffées à un degré suffisant pour l’évaporation du mercure mais elles n’en conservèrent pas moins le même poids.
Bien qu’assez incrédule jusqu'alors aux manifestations alchimiques, je ne pus me refuser à croire aux phénomènes que j'avais sous les yeux. Il me restait le regret de n'avoir pas conservé la note des pesées pour pouvoir rendre compte d’une manière exacte de l’opération de dorure des boules d'argent, que je possède encore.
Toutefois le fait n’en reste pas moins certain quoique moins rigoureux. Une circonstance récente vient de fournir une nouvelle preuve de ce fait réel de transmutation. Il y a quelques mois à peine, une plaque d’argent doré par de l’or ordinaire ayant été introduite dans une de ces bonbonnes, en a été retirée à peu près privée de son or par le transport électrique, tandis que les boules, dont nous venons de faire l'hisioire, sont aussi jaunes que le premier jour. Elles servent
constamment depuis douze ans. » J'arrête là mes citations du Docteur Frestier.
L’Alchimie n’est pas seulement une tentative de perfectionnement métallique mais encore un essai de médecine transcendante humaine. Et, dans ce dernier sens, la Pierre philosophale ne diffère pas de l’Elixir de vie. Je renvoie donc à ce que j'ai dit, précédemment, de cet Elixir.
J'ajouterai que l'équilibre vital et sain qu’il s'agirait de perpétuer autant que possible ne ressemblerait à l’or qu’en ténacité inaltérable. Mais il ne devrait pas se caractériser comme l’or par un excès de négatif, une polarilé od-gauche et géburathique. IL faudrait, au contraire, lutter contre la tendance du corps déclinant à la polarité négative, od-gauche, géburathique. IL faudrait chercher un équilibre à prédominance de force sur la matière, un Aor vivant et non pas un or lourdement attractif et mort.
C’est par allusion à la qualité des fluides des deux métaux et au genre de fluide qui est préférable, au moins pour la confection rêvée de l'Elixir médicinal, qu’un alchimiste a écrit: « La nature a parfait son œuvre plutôt en l'argent qu'en l’or. »
L’Alchimie recèle donc une antithèse : La pierre philosophale métallique s’obtiendrait par le négatif, Géburah. La pierre philosophale vitale s’obtiendrait par le positif, Chésed.
“= Il ÿ a enfin une Alchimie mystique et qui vise la régénération de l’homme par l’'Homme-Dieu.
On ne s'efforce plus de produire l'argent aurifié mais l’homme christifié. Cet eflort nous conduit à la Kabbale nouvelle et à la Kabbale chrétienne.