LA KABBALE NOUVELLE LT
« On l'appelle Adam ou homme parce que, de même que l’homme est un microcosme, Adam Kadmon est un macrocosme renfermant en principe toutes les causations de la cause première.
Et de même que l’homme terrestre a la première place parmi les créalures inférieures, ainsi l’Adam Kadmon a la première place dans les régions supérieures. De même que lhomme matériel est le terme de la création, de même l’homme divin en est le commencement.
De même que l’Adam inférieur reçoit tout de toutes choses, emprunte à toute la nature, de même l’Adam supérieur donne tout à toutes choses.
L’Adam terrestre est le principe de la lumière réfléchie, PAdam Kadmon est le principe de la lumière directe. L’Adam terrestre est le terme des descentes de la lumière, l’Adam Kadmon est le terme des réascensions de la lumière. Par la prière et le désir de l’Adam terrestre élevés à Dieu tous les mondes sont émus, par la grâce divine provenant de l'Adam Kadmon tous les êtres sont, subsistent et se perfectionnent.
L’Adam terrestre monte de la matière infime jusqu’à la Cause première. L'Adam Kadmon descend de l'acte simple et infini jusqu'aux derniers et aux moindres effets de la puissance.
L’Adam terrestre est en un certain sens la fin que se propose le Créateur. L’Adam Kadmon est absolument la fin que se propose, à l’extérieur, l’Absolu.
De même que l’Adam terrestre est l'habitacle de la Shéhinah et du saint Règne par lesquels sont emplis et gouvernés les trois mondes Briah, lézirah et Asiah, ainsi l’Adam Kadmon est l'habitacle de l’Infini, de sa suprème lumière, il l’avoisine de tout près et en forme la véritable image, la vraie ressemblance, et il est le trésor contenant toutes les perfections qui influent et influeront dans toutes les choses causées, en tout temps et en tout lieu, influences qui sont les causes secondes et qui servent d'instruments à l'Ouvrier divin pour la création, la conservation et le perfectionnement de tous les êtres (1) ».
(4) La Porte des Cieux, de Rabbi Cohen Irira. Dissertation, VI, ch. 1v, d'après la Kabbala Denudata.
L'Adam Kadmon se dénonce une forme juive de la notion du Verbe éternel, en tant que ce Verbe, uni au Père et à l'Esprit Saint, mais déjà idéalement incarné, agit à l'extérieur de Dieu, pour créer et gouverner le monde.
L’Adam Kadmon, c’est le Verbe à la phase décrite par le troisième verset de l'Evangile selon saint Jean : « Toutes choses ont été faites par lui. »
Loria se rapprochait donc du Christianisme.
Ses disciples se confessent les vendredis et pratiquent le culte des saints.
Mais cette Kabbale christianisée préparait un plus décisif accord entre l’Esotérisme de l’Ancien Testament et l’Esotérisme du Nouveau.
Ce fut :
Profond et secret début de l’ère Messianique, alliance obscure du Dieu fort et du Dieu sacrifié, pour la gloire à venir, même en ce monde, du Dieu sacrifié qui se tranfigure en le Dieu fort.
Voilà ce qu’apportait cette Kabbale puissante.
De nombreux et illustres kabbalistes juifs, tels que Paul Ricci, Conrad Otto, Rittangel, se convertirent, individuellement, au Christianisme.
Et les sectes kabbalistes Juives des Sabatéens,des Franckistes et des Zohariles s’y convertirent en masse.
D'autre part, des chrétiens, tels que Raymond Lulle, Reuchlin, Postel, Pic de la Mirandole, Jacob Bœhm, Knorr de Rosenroth, harmonièrent la Kabbale et le Christianisme et virent en elle le plus sûr moyen de conversion des Juifs.
A cette occasion, je suis heureux de rendre hommage à Knorr de Rosenroth, aveuglément dédaigné par les criliques modernes. Sa traduction latine et ses commentaires du Siphra Dzénioutha, et les divers ouvrages réunis dans sa Kabbala Denudata m’aidèrent extrêmement au cours de ma tâche difficile. Knorr ne s’attachait pas aux questions historiques et critiques minutieuses. Mais il avait le sens de la Kabbale. Et il vaut mieux pénétrer le cœur d’une doctrine que d’en décrire, avec détail et incertitude, les vêtements.
De nos jours encore, il existe des kabbalistes chrétiens.
Et comme ceux du xvi° et du xvu® siècles, ils estiment avec raison que la Kabbale, en accédant au Christianisme, le concilié avec le Judaïsme. Elle remplit de la sorte, comme je
‘ l’'annonçais plus haut, sa mission prédestinée,
L'accord est fait, depuis longtemps, entre les deux Religions, sur l'unité de Dieu, la fraternité humaine, les vertus, la prière.
Le désaccord ne commence que sur les Dogmes plus mystérieux de la Foi Nouvelle : Trinité, Incarnation, Rédemption.
C’est ici que la Kabbale intervient. Car ses propres mystères contiennent l'équivalent des trois Dogmes. Les Juifs, en découvrant celte équivalence, reconnaissent que la Trinité, l’Incarnation, la Rédemption ne sont pas étrangères à la pensée juive.
Alors on leur montre que, dans le Christianisme authentique et orthodoxe lui-même, ces Dogmes n’ont pas le sens que suppose le préjugé, qu’ils ne recèlent aucun polythéisme, aucune idolâtrie.
Et le parfait accord théologique s’achève.