SIX MILLE ANS DÉPENDENT DES SIX PREMIERS
. — ET LE SEPTIÈME MILLÉNAIRE SE RAPPORTE À CE QUI EST UNIQUEMENT VÉHÉMENCE. ÊT IL FUT DÉSOLÉ PENDANT DOUZE HEURES, SELON CE QUI EST ÉCRIT : ÊT ELLE: ÉTAIT VAINE ET VIDE.
23. — Le TREIZIÈME RELÈVERA LES DEUX SANCTUAIRES PAR LA MISÉRICORDE, ET ILS SERONT RENOUVELÉS COMME A L'ORIGINE. CAR LES SIX MEMBRES PERSISTENT, PUISQU IL EST ÉCRIT: ÎL CRÉA ET, ENSUITE : ELLE ÉTAIT. TELLE EST, EN EFFET, LA VÉRITÉ.
Commentaire
Dieu créa six membres. Toutes les choses inférieures s’ap= puient à ces six éléments.
Le monde créé consiste, d’après la Kabbale, en six éléments généraux, six Séphiroth: Chésed, Géburah, Tiphereth, Netzah, Hod et Iésod. La seplième Séphire, Malchut, forme la complémentaire commune des six Séphiroth qui la précèdent.
Les Sept ensemble s'appellent les Séphiroth de la construction, et se distinguent des trois Séphiroth supérieures, Xéther, Chocmah et Binah, réservées à la splendeur divine.
Les Séphiroth de la construction sont aussi désignées mythiquement par les sept rois d'Edom, chacun des rois correspondant à une Séphire.
Pour représenter la chute de l’univers créé, la Kabbale se sert indifféremment de l’un ou l’autre symbolisme, exprimant cette chute tantôt par la mort des sept rois d'Edom, tantôt par la fracture des sept vases où sont enfermées les lumières des Séphiroth inférieures.
Si l’on veut bien saisir l'esprit de ces divers symboles, voici ce qu'il faut méditer :
Dans l’inconnu subsiste Aïn-Souph, l’Infini, l’Absolu, l’Abime, l'Etre qu’on ne peut nommer, car un nom est une limite, la source des perfections, supérieure à toutes mais non pas contradictoire à aucune, l'Amour plus profond que tout
SIPHRA DZÉNIOUTHA 17
amour, la Pensée incompréhensible à toute pensée, la Puis- “sance éternellement réalisée au delà de toute action.
L’Absolu ne saurait se communiquer directement aux êtres finis dont les germes naissent de ses entrailles, car son étreinte les détruirait en les ramenant à lui.
Il se communique donc par ses attributs que la Kabbale ramène à dix conceptions primordiales, les dix Séphiroth.
Les Séphiroth, je viens de le dire à l'instant, se divisent en deux grandes catégories, l'une qui embrasse les trois premières, les plus rapprochées de l’Absolu et ses organes directs, l’autre embrassant les sept dernières dévolues au monde.
A l’origine des choses, les Séphiroth émanent de l’Absolu dans un état de liberté violente et instinctive, nécessaire à l'existence du libre arbitre mais susceptible d’'engendrer le Mal, par l'excès.
La Kabbale compare cette Emanation primitive aux étincelles jaillissant d’une forge. Elle ajoute que, dans la période initiale, les Séphiroth étaient formées de points, d'éléments sphériques incapables de s’ordonner en lignes, et demeurant, à cause de ce désordre, sans lien de sympathie et d’organisation : Car des points sphériques juxtaposés peuvent se toucher mais ils ne peuvent se pénétrer ni tracer, comme des lignes, des enlacements mélodieux.
La Kabbale rapporte aussi que, dans leur état primitif et, pour ainsi parler, atomique, les Séphiroth étaient exposées trop directement, {rop crüment à la lumière divine et que les Séphiroth d'en bas,depuis Chésed jusqu’à Malchut,ne pouvant tolérer la splendeur, se rompirent devant elle.
Ce fut la fracture des vases sacrés, la déchéance des rois d'Edom.
Les Séphiroth d’en haut supportèrent la splendeur ; elles changèrent cependant de forme, après la catastrophe de leurs sœurs inférieures, afin de secourir leur misère et de créer à nouveau l'univers bouleversé.
Les Séphiroth d’en haut revêtirent donc la forme humaine, symbole et concentration de toute harmonie équilibrée. Et, par forme humaine, le Zohar entend le Couple, homme et femme mystiquement accomplis en l’unité de l'Idéal.
Kéther, la première Séphire, devint l'Ancien des Jours, le long Visage, l’Etre unique, et androgyne cependant, racine
des couples proprement dits, Chocmah fut le père, et Binab, la mère. Et celte grande Trinité se pencha sur les gouflres écroulés pour susciter, à son image, un nouveau monde harmonieux et durable. Alors les six Séphiroth suivantes, de Chésed à Iésod, s'organisèrent à leur tour en forme humaine, devinrent les membres du Dieu manifesté, nommé le Microprosope, le Fils et le Roi, reflet de l'Ancien des jours et surtout de son élément mâle, pendant que la dernière Séphire, Malchut, revètant l'apparence féminine et devenant l'Epouse du Dieu manifesié et la Reine, achevail, par un dernier Couple, la chaîne d'amour de l'émanation.
Ainsi l’arrangement des Séphiroth en cinq personnes humaines est, pour le Zohar, le commencement du salut et de la réintégralion universelle.
Comme je l’ai expliqué, à l’occasion des premiers versets du Siphra Dzénioutha, le Couple humain parfait est l’abrégé, le symbole et l'élément central de toutes les harmonies.
Il ne faut donc pas s’imaginer que les lois de l'univers, dans la période de salut, deviennent des hommes et des femmes en chair et en os, mais il faut comprendre qu’elles s’enlacent et concordent, ainsi que les membres de l’homme dans son organisme, ainsi que les organismes complémentaires de l’homme et de la femme, dans le Couple parfait.
L'on doit maintenant saisir ce que signifie le verset 16 : Les six membres qu'on y rencontre sont les six Séphiroth qui, de Chésed à lésod, forment le corps du Microprosope, du Dieu manifesté, et auxquelles s’appuient toutes les choses inférieures, entres autres Malchut, Séphire ultime, el complémentaire du Microprosope.
« La Dignié des Dignités dépend des sept formes du crâne. »
Le grand Visage ou Macroprosope, dont nous avons étudié plus haut la description emblématique, est divisé par les kabbalistes en sept formes essentielles.
La première de ces formes est le crâne proprement dit, la deuxième est la rosée cristalline qui le remplit, la troisième consiste dans cette membrane d'air claire et close qui enveloppe le cerveau divin, la cinquième forme c’est le front, la sixième les yeux, la septième les narines.
SIPHRA DZÉNIOUTHA 19
Je n’ai pas à revenir sur le sens métaphysique de ces formes puisque je les ai expliquées déjà, l’une après l’autre (1).
Mais le xvn° verset nous apprend que des sept formes du grand Visage dépend la Dignité des Dignités.
Le terme abstrait se substitue ici au terme symbolique; c'est le même mode d’expression que nous avons vu appliqué
récemment au front désigné par la périphrase : « Bienveillance des Bienveillances. »
Le terme abstrait de Dignité des Dignités répond, dans les symboles kabbalistiques, à la barbe du Macroprosope.
J'ai parlé, tout à l’heure, de la force magnétique émanée du crâne dans les cheveux de l’homme ; la barbe, placée à l’autre pôle de la face humaine, est le signe physique des énergies fluides répandues autour de la partie inférieure du visage, qui a pour centre la bouche.
Le principe et la réalisation, le rêve et le baiser, la pensée et la parole ont leurs domaines visibles dans le front et la bouche et leurs radialions se mêlent aux sécrétions pileuses, véritables végétaux bumains revêtant le crâne et le menton.
Les kabbalistes, qui ne pouvaient ignorer ces faits de science
occulte, les ont mis en œuvre dans la langue figurée de leur philosophie.
Ils ont donc choisi la barbe du Macroprosope comme un des signes de l’émanation des forces divines vers le monde manifesté.
Chacune des Formes du grand Visage se rapporte, comme je l'ai précédemment remarqué, à l’une des puissances de cette émanation.
La barbe, placée la dernière, devient naturellement l’image du courant ultime de réalisation, qui, imprégné de toutes les puissances antérieures à lui, descend vers les àmes et les sphères.
« Et la terre seconde ne vient pas en comple et cela a été dit.»
La terre seconde signifie la Séphire de Royauté dans le monde restitué. Elle correspond à Malchut et elle n’est pas
(4) Le grand Visage est la même chose que ïa tête de l'Ancien des Jours.
éntrée en compte lorsqu'il a été question des six membres créés par Dieu. En effet, ces six membres font allusion aux six Séphiroth du Microprosope.
Malchut, dernière Séphire, est appelée symboliquement l’Epouse du Microprosope et la Reine.
« Æt elle sort de la terre qui a subi la malédiction, de la terre qu'a maudite le Seigneur. »
La terre seconde naît de la terre déchue et brisée : Les rois d’Edom, c’est-à-dire les sept Séphiroth inférieures, après avoir subi la fracture et la mort, en sont graduellement retirés et le Mal se transforme en Bien par simple substitution de l’harmonie au désordre, de l’organisation à l’égoisme incohérent et violent.
La terre seconde a pour origine celte terre maudite qu’a châtiée le Seigneur.
De même que, dans l’ordre physique, pas un atome n’est perdu, pas une mort n'est réelle et définitive, mais que tout rentre, après une pourriture ou un effritement passagers, dans la circulation de la sève infinie, de même, dans l'ordre moral, aucune déchéance n'est incurable, mais les propres éléments de la révolte et du péché enfantent, après expiation, des sérénités tissues d'étoiles.
Une remarque dont s’éclairera profondément la consolante doctrine du Zohar, c’est que les Rois d'Edom, condamnés et tombés, et les membres du Microprosope et de son épouse se réfèrent également aux sept Séphiroth d’en bas, aux sept Attributs divins de la création manifestée.
Celte communauté de racine et d'essence montre, avec plus de vigueur que toutes les déclamations, que le Mal, ne pouvant jamais constituer un principe, puisqu'il a sa source dans un Bien déformé, ne produit que des abus superficiels, qu’une adultération de sentiments et d'énergies, bons par essence, mais faussement appliqués et qu’à la longue la Bonté intime des choses et des Ames doit dévorer leurs impuretés de surface.
Les dissonances d'accords ne détruisent pas la beauté de chaque note prise en elle-même. ]l ne faut donc pas briser l'instrument mais apprendre l'harmonie au musicien. La foudre, calmée et dirigée, devient l'électricité bienfaisante, médicatrice des atonies, el les passions sanctifiées donnent la
SIPHRA DZÉNIOUTHA 21 force pour l’Idéal, l’héroïsme actif qui secoue l’inertie des vertus pharisiennes, la stérilité des sages sans cœur.
« Et elle était vaine et vide, et les ténèbres étaient sur la face de l’abime et l'esprit de Dieu était porté sur les Eaux. »
lei le livre mystérieux reprend la description de la terre maudite, description déjà ébauchée aux premiers versets de ce chapitre.
L'on remarquera ce procédé, tout musical, et qui constitue une vérilable reprise : IL est employé fréquemment par les livres occultes et inspirés. On le rencontre souvent dans les Psaumes et les Prophètes, et l’Apocalypse n’est pas autre chose que la reprise, solennelle et par trois fois, du même et inépuisable thème, le Septénaire de l’Esprit-Saint.
Au début du commentaire, j’ai averti les chercheurs que les expressions typiques du Siphra Dzénioutha devaient s’interprêter dans le sens le plus étendu et qui embrasse diverses significations subordonnées de psychologie et de cosmogonie, de théodicée et d’histoire.
La terre est donc le milieu spirituel ou sidéral, ou géologique, ou historique, ou humain dans lequel se déroulent les phases successives de l’évolution, se développent la création, la chute et le relèvement des créatures émanées.
La fermentation des âmes qui pèchent et s'efforcent, les tourments de la nébuleuse en travail de son soleil, les sombres ères des origines terrestres, avec leurs eaux débordées, leurs sauriens, leurs bêtes de songe, leurs forêts géantes et sans fleurs, les duretés, les crimes et les misères de l’histoire, les désespoirs et les luxures de l’homme, tous ces chaos que gonfle la liberté trouvent leur image dans les paroles de la Genèse rapportées maintenant au Siphra Dzénioutha et révèlent, en s’y rassemblant, l’unité de loi qui les domine et qui les rend solidaires, malgré l'éloignement des siècles et le silence de Pimmensité.
Le vide, c’est-à-dire l’incohérence et l'instabilité que chaque homme peut reconnaître dans son âme en formation, trouble aussi les enfantements de mondes et les révolles de peuples.
Les mêmes ténèbres obscurcissent les sourds élans de notre instinct et les premières volontés des astres. Mais partout l’esprit de Dieu repose sur les eaux d’angoisse, la force divine
22 LA CLEF DU ZOHAR eouve la force sauvage, et dans l’imprévu des ignorances chaotiques germe et frissonne l’originalilé des cieux futurs.
Océans de l’indépendance, remous de l'instinct effréné, mais, sur ces abimes, malernité de la Providence, incubation rédempirice, par où naîtront d’incorruptibles et volontaires splendeurs, tel est le secret de tous les chaos et la sagesse des grandes démences.
Plüt à Dieu que les révoltes fussent toujours des énergies, les blasphèmes toujours des courages, les passions toujours des passions ! Oui, que l'être s’élevät contre le Ciel, mais avec assez de puissance pour être soulevé jusqu’au Ciel !
Au sommet de telles rébellions, l’étreinte confondrait le Rédempteur et le rebelle, et tout le chaos, arraché de ses bases, s’enfoncerait dans le Paradis.
C’est pour cela que le Christ vomissait les tièdes. Quand les révolutions sont infécondes, ce ne sont pas des révolutions, mais des calculs ; de même ces amours factices, ces abandons concertés des âmes froides.
Beaucoup d’erreurs et de vices qu’on peut aujourd'hui considérer, ne sont point, hélas! des gouffres, mais des flaques marécageuses ; l'esprit de Dieu n’y saurait couver d’abîmes. Ce ne sont point les colères des larges écumes, mais les platiludes de l’égoïsme tari.
« Les Treize dépendent des treize formes de la Dignité des Dignités. »
La durée du pire moment des époques chaotiques est fixée par la Kabbale à douze heures symboliques, ainsi que le xxu° verset nous le confirmera clairement.
La treizième heure est réservée, comme nous l'enseignera le verset xxin°, au relèvement et à la rénovation de toutes choses.
Le nombre douze est celui des travaux d’'Hercule, des heures du Nuctéméron initiatique et des Clefs de l’alchimiste Basile” Valentin.
Les Treize dont parle la fin du xx° verset désignent par eonséquent les douze heures de l’épreuve et celle qui apportele salut, les douze principes du chaos et celui de leur organisation.
I est évident que de tels nombres ne doivent pas être pris dans un sens littéral, mais qu’ils expriment la durée figurative d'une période de temps quelconque et surtout les Eléments
SIPHRA DZÉNIOUTHA 23
occultes, les principes qui agissent pendant cette période et la gouvernent.
Pour mieux nous montrer qu'il est question, sous le voile des images, d'Eléments métaphysiques, le Siphra Dzénioutha nous avertit que les Treize dépendent des treize formes de la Dignité des Dignités.
La Dignité des Dignités est, nous le savons, l'influence lumineuse et ultime, représentée emblématiquement par la barbe du Grand Visage, et qui porte aux sphères créées la splendeur du rayonnement divin.
Mais quelles sont les treize formes de cette influence ?
Les commentaires rabbiniques nous révèlent que les douze premières formes de l'influence sont les causes, les éléments originels de tous les duodénaires que l’on rencontre dans le monde spirituel et dans le monde sensible.
Elles inspirent les douze Métathèses du Tétragramme, les douze tribus d'Israël, les douze signes du zodiaque.
Raisonnant du connu à l’inconnu et de l’apparent à l’invisible, nous pouvons conclure que ces douze formes sont les douze variétés de la grâce et de l'expansion divines comme les douze signes du zodiaque expriment les douze variations de la lumière et de la chaleur solaires, pendant le cours de l’année,
Quant à la treizième forme, la Kabbale nous apprend qu’elle contient les douze autres, qu’elle les reçoit toutes en elle, et qu'elle fait de toutes une forme unique.
Ce treizième élément n’est donc que la synthèse et l’harmonie des douze autres, de même que les signes du zodiaque expriment les diverses qualités d’un soleil unique et se rassemblent dans la synthèse d’une seule année.
Or, nous avons vu que les heures chaotiques dépendent des douze formes et que l'heure du relèvement dépend de la treizième.
Je crois, par suite, ne pas trahir l'esprit du Zohar, en découvrant, dans ce symbolisme numéral, une nouvelle preuve que le chaos, l'épreuve et le Mal dépendent de la désorganisation (anarchie ou despotisme), de l’action violente des éléments livrés à eux-mêmes et privés de l’élément synthétique, et que l'harmonie, le salut, le Bien dépendent de l’organisation et de la synthèse, accomplies par la sagesse providentielle, par l’élément final qui réunit les douze autres dans le pardon et la vé-
rité de Dieu.
.« Six mille ans dépendent des six premiers. »
Le symbolisme du Septénaire s’entrecroise d’une manière fort subtile avec celui du Duodénaire dans le passage du Siphra Dzénioutha que nous étudions maintenant.
Les six premiers font allusion aux six premiers rois d’Edom, c’est-à-dire, comme nous le savons, aux six membres du Microprosope, du Dieu manifesté, aux six premières parmi les Séphiroth inférieures.
Les six mille ans sont un nombre mystique et figuratif applicable à une période de temps, plus ou moins étendue en fait, mais pendant laquelle se développent successivement les six premières des Séphiroth inférieures, représentées par les règnes des six premiers rois d'Edom.
Ainsi que nous l'avons vu dans le commentaire du 6° verset, la chute a consisté dans la déchéance des Séphiroth inférieures. Cette déchéance a commencé par celle de Chesed et s’est continuée par celles de Géburah, Tiphéreth, Hod, Netzah, lesod.
La déchéance la plus profonde s’accomplit (le 22° verset nous l’enseignera tout à l’heure) par celle de Malchut ou du septième Roi.
C'est d’après tous ces Mystères que doit s’interpréter la parole des sages qui prédit au monde une durée de six mille ans.
11 ne s’agit pas de six mille années chronologiques ; je ne saurais assez répéter que les termes du Siphra Dzénioutha et des œuvres du même genre ont une portée universelle et métaphysique. Voici de quoi il s’agit en réalité :
Dans toute partie générale ou spéciale de la création, régions éthérées, nébuleuse, planète, animal, plante, homme, esprit, peuple, société, qui subit l'épreuve et la déchéance, les sept Principes désignés par les Séphiroth et les rois d'Edom règnent successivement, de sorte que le premier qui se manifeste (et s’alière en même temps, puisqu'il est question de chute) soit Chésed et le dernier Malchut en passant par tous les autres.
En effet, si on examine les Séphiroth de la construction ou de Dieu manifesté dans le monde, on remarquera qu’en allant de Chésed à Malchut on suit l’ordre de matérialisation progressive, Chésed étant la plus idéale et Malchut la plus matérielle parmi les influences génératrices.
SIPHRA DZÉNIOUTHA 25
Or, il est évident que la chute consiste à tomber de l’Idéal dans la matière et que, par conséquent, l’ordre de chute va bien de Chésed à Malchut.
Les six mille ans symboliques correspondent aux six premiers degrés de la chute, aux six premières des Séphiroth inférieures (1). Quant au septième degré et à la dernière Séphire, Malchut, nous allons en parler dans le commentaire du 22° verset.
« Et le septième millénaire se rapporte à ce qui est uniquement véhémence. Et il fut désolé tout entier pendant douze heures. Selon ce qui est écrit : Et elle élait vaine et vide.
Le septième millénaire est régi par Malchut et se rapporte à ce qui est entièrement véhémence et rigueur, c’est-à-dire au plus bas degré de matérialisation.
En effet, pour les kabbalistes, la matière n’est qu’une constriction et un épaississement de la force libre. Ils donnent, en conséquence, par analogie du physique avec le moral, les noms de rigueur, de véhémence et de jugement à la matière et, à la force libre, les noms de grâce, de miséricorde et d'expansion. Mais, pour achever de comprendre leur pensée, il ne suffit pas de voir, dans leurs expressions symboliques, une simple traduction du physique par le moral : Il faut y chercher plutôt une synthèse de l’un et de l’autre, car la matérialisation de l’âme n’y est pas moins figurée que celle du monde, et le règne de la rigueur représente aussi bien l’appesantissement de l'esprit par l'instinct que l’alourdissement de l'énergie éthérée par les corps.
Et il fut désolé tout entier pendant douze heures.
Cette désolation. est le moment extrême de la chute; c’est celui où la force éthérée s’engloutit dans le chaos des poussières cosmiques, celui où l’âme ignée de la planète s'encroûte dans la cristallisation de la surface, où l’âme s’enfonce définitivement dans le corps, où les Religions se réduisent aux rites, où les sociétés s’affaissent dans la décadence.
Les commentaires kabbalistiques nous apprennent que la destruction et la désolation du sanctuaire de Jérusalem, lors de l'exil des Israélites, sont regardées comme la correspon-
(4) Chésed, Géburah, Tiphéreth, Netzah, Hod et Iésod.
dance, sur la terre, de la fracture et de la déchéance de la Séphire Malchut dans l’ordre supérieur, universel. |
Aussi les Hébreux disent-ils que leur exil ne durera que : douze heures et ils assignent le même nombre d’heures emblématiques à la désolation de Malchut.
J'ai expliqué déjà le sens de ces douze heures. Je n’y reviendrai pas. Je ferai seulement observer que ce nombre s’applique, en ce passage du Zohar, au dernier degré de la chute, au seplième millénaire et non aux six autres.
Mon observation empêchera le lecteur de s’égarer dans les complications numériques. Il y a donc 6 degrés de la chuie, puis un septième subdivisé en douze.
Selon ce qui est écrit : Et elle élait vaine et vide. C'est un rappel du 20° verset, expliqué plus haut.
« Le Treizième relèvera les deux sanctuaires par la miséricorde et ils seront renouvelés comme à l'origine. »
Ainsi que je l’ai exposé dans le commentaire du 20° verset, le Treizième Principe est celui qui rassemble dans la paix de la synthèse les douze éléments analytiques dont la lutte à formé la cerise suprême du chaos et de la désolation.
Par l'avènement de ce Treizième Principe, la lutte s’apaise, : les divisions s’absorbent dans l'Unité.
Nous avons vu que, pour les Hébreux, la destruction et la désolation du sanctuaire de Jérusalem étaient l’image et le contre-coup {errestre de la déchéance de Malchut dans l’Infini.
Jérusalem contient le sanctuaire inférieur, Malchut est le sanctuaire supérieur.
Il ne faut pas déduire de là qu’il existe entre ces deux sanctuaires des rapports chronologiques tels qu’on doive les considérer comme désolés en même temps puis renouvelés ensemble.
Ce serait une grossière erreur.
Le rapport n’est pas chronologique, mais analogique.
La correspondance établie par les kabbalistes entre les deux sancluaires veut dire ceci :
De même que, dans l’histoire d'Israël, le sanctuaire à été détruit,et,en l’ère messianique, sera relevé,de même, dans l’hisloire de l'Univers, la Séphire Malchut, altérée et bouleversée par la chute des rois d'Edom, sera régénérée à l’époque du triomphe définitif de la Loi de Dieu sur les éléments et sur les
SIPHRA DZÉNIOUTHA 27
âmes dont le désordre est représenté par la déchéance de ces rois.
Il y a donc reflet et retentissement de l'universel dans le particulier, La vie d’un homme symbolise l'histoire d’un peuple et l’histoire d’un peuple figure l’évolution de l'Univers.
Les deux sancluaires seront renouvelés par la miséricorde, c’est-à-dire que le principe spirituel d'expansion atténuera la rigueur du principe matériel de concentration et d'isolement.
Le salut viendra d’une effusion toujours plus large de Dieu dans les Ames, des Ames dans les Sociétés, et de l’œuvre des Humanilés dans les forces domptées des mondes.
Tous les mille particularismes, hérissés de haines, de la primilive histoire terrestre et de la primitive histoire de l’Univers, que celle de la terre nous découvre par analogie, tous ces particularismes seront submergés par l'esprit libre, par la raison affranchie des climats et des races et par la charité sans limite.
Et tout retrouvera l’initiale pureté, car, dit le Siphra Dzénioutha, les deux sanctuaires seront renouvelés comme à l'origine.
Les êtres remonteront au niveau de leur principe divin.
L'Humanité ne sera plus inégale à ses aspirations. Le réel se moulera sur l’Idéal dans une adaptation réciproque et parfaite, l'amen sera digne de la prière, la science capable de la vérité.
Saint-Martin, le Philosophe Inconnu, exprime cette loi de la Régénération égale au primitif et divin Principe par des images d’une claire justesse :
« Ne voyons nous pas, dit-il, que le degré où l’eau peut monter est toujours égal à celui d’où elle est partie ; qu’ainsi pour elle le point de tendance et le point de départ ne sont absolument que le même point quant à l'élévation ? Ne voyonsnous pas que, dans la végétation, le grain quelconque que l’on sème en ierre arrive par sa loi ascendante jusqu’à la hauteur ou à la région où il avait pris naissance de façon que le terme de sa fructification ou de sa perfection est le même que le terme de son origine (1)? »
Nous pouvons donc espérer un avenir du monde et de notre
(4) SainT-MarTiN, Eclair sur l'Association humaine.
äme égal à leur divine naissance et nous pouvons, dans la profondeur de nos aspirations et de notre idéal, retrouver comme une mémoire de notre grandeur originelle.
Car les six membres persistent puisqu'il est écrit : « Il créa » et ensuile : « Elle était. » Telle est en effet la vérité.
Les six membres du Microprosope, du Dieu manifesté représentent, nous l’avons vu, les six Séphiroth inférieures.
Malgré le trouble de la chute, ces Séphiroth ne peuvent périr, car le néant est impossible et la Kabbale ne l’admet sous aucune forme,
Elle rejette dans l’ordre physique la possibilité de l’anéantissement, dans l’ordre moral la possibilité d’une dégradation sans remède et d’une éternelle perdition.
Le Siphra Dzénioutha insiste donc sur le sens de réalité et de permanence attaché aux verbes : Z! créa et elle était, qui se trouvent dans les premiers versets de la Genèse pour nous montrer que la création a quelque chose d'iudestructible et que, tout altérée que fût, par le chaos, la terre primitive, elle était et subsistait cependant.
Les six membres du Dieu manifesté ne sont pas détruits par la chute. Son Epouse même ou Malchut, plus gravement éprouvée, n’en demeure pas moins indéfectible en son essence.
Le caractère impérissable de l’être, cet optimisme profond et radical, non de superficie et d’éloquence, est une des plus puissantes majestés de la Kabbale.
Le Zohar ne connaît pas la désespérance, il est inaccessible au découragement comme le Dieu qu'il révèle ; il ne condamne rien sans miséricorde, il n’abandonne personne à une chute sans fond ; il ne voit que le Bien et Dieu capables d’éternité. Ni le crime ni le châtiment ne peuvent durer toujours. Il n’y a pas d’éternel coupable, il n’y a pas d’éternel Enfer. Tout s’use hors la bonté et la justice et même dans le cœur de ceux qui ont trahi la justice et la bonté. Actuelle en Dieu, future mais certaine dans le monde, une seule réalité survivra : La splendeur de l’Idéal absolu.