SIN
SIPHRA DZÉNIOUTHA 29
Traduction.
24. — Ex A LA FI DE L'INANITÉ ET DU VIDE ET DES TÉNE- BRES, ET SERA EXALTÉ IODHÉVAUHÉ SEUL EN CE JOUR LA.
Commentaire.
C’est ici l'annonce prophétique du Royaume de Dieu, L'Inanité, le vide, les ténèbres sont les caractères du chaos.
Ils apparaissent dans toutes les ères de chute, dans tous les êtres en épreuve et en tourment.
Le commentaire des précédents versets nous à montré ces luttes douloureuses terminées par le relèvement des sanctuairés, par le triomphe de la synthèse.
Le 24° verset nous découvre la nature divine, absolue de ce triomphe.
Et sera exalté Iodheévauhé seul en ce jour-là.
Mais le règne de Dieu que le symbole nous annonce ne se réalise pas avec la même plénitude dans tous les ordres de faits que représente et concentre le symbole.
Nous savons que les figures du Siphra Dzénioutha ont une portée typique et universelle.
Leurs révélations s'appliquent à toute une série de vérités.
Or, selon l’ordre de vérités auquel elle s'applique, la Loi typique, révélée par le symbole, garde son entière étendue, ou doit subir une restriction.
Je m'explique :
Le chaos, le Règre de Dieu sont des symboles universels, d’une compréhension immense, riches de toutes profondeurs.
Le chaos, c’est le Mal ; le Règne de Dieu, c’est le Bien sans limitation, sans restriction, dans la plénitude de leur sens, de leur énergie, de leur vérité.
Si l’on applique ces symboles à la création totale, ils garderont leur signification complète, il n’y aura pas de restriction à faire.
Si on les applique à un monde isolé, à une époque déter-
minée, à tel peuple à telle âme, alors une restriction proportionnelle sera nécessaire.
Il ne s'agira plus du Mal général, du Bien universel et absolu, mais d’un mal particulier, d’un bien spécial.
(Je dis exprès Mal général et non Mal universel et absolu, parce que le Mal ne saurait être absolu et universel qu'en poésie et par hyperbole. En réalité, le Bien seul possède l’'Universel et l’Absolu).
Ces explications permettront de mieux comprendre les commentaires où j'ai précédemment essayé d'interpréter Le chaos.
Elles vont nous permettre maintenant de saisir, avec netteté, les sens divers du Règne de Dieu :
Au sens le plus élevé, le Règne de Dieu est la puissance de l’'Absolu même, la perfection immuable, l'amour, la vérité, la gloire, la beauté, le bonheur et la majesté de Dieu en soi, la permanente victoire de Celui qui est.
Ce sens transcendant du Règne de Dieu est hors de la sphère
du temps, inviolable aux choses créées.
Le 24° verset n’en traite pas, à proprement parler, car il oppose le chaos qui meurt à l'avènement de Dieu, et, en la sphère transcendante, il n’y a pas d'avènement de Dieu et pas de chaos.
Dieu y resplendit dans une extase portée à l'infini de toute éternité.
IL n’y a pas de mal, pas de luttes, pas de défaites ni de revanches ; le fini, l'effort n’y pénètrent pas: c’est l’invincible et l’inconcevable Abîme.
Au-dessous de ce sens suprême du Règne de Dieu,il y en a un autre, immense encore bien que moins absolu :
D'après ce deuxième sens, le Règne de Dieu veut dire: le triomphe du Bien dans la création indéfinie, considérée comme embrassant toutes les créations partielles et successives.
Notre terre n’occupe qu’un point de l'espace : c'est une création partielle ; elle a commencé, elle finira : elle est donc une des créations successives qui naissent et meurent au cours du grand cycle des temps.
Mais le système solaire qui contient la terre est lui aussi une création partielle limitée dans l’espace, il n’est lui aussi qu’une des créalions successives dont la naissance et la mort marquent le rythme du temps.
Et la géante Voie lactée, qui embrasse toutes les étoiles,
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tous les systèmes solaires, toutes les nébuleuses apparents à nos regards ne constitue elle-même qu’une création partielle et périssable, une blanche écume dans l’espace et une vague de la durée.
Au delà, nous pouvons encore évoquer, en les ténèbres de l’éther, d’autres îles colossales, d'autres Voies lactées, pareilles à la nôtre, mais trop lointaines pour que leurlumière, épuisée en route, vienne étonner nos regards. Et nous pouvons concevoir que, dans les ténèbres des siècles célestes, bien des Voies lactées, bien des nations et des multitudes de mondes se sont levées et sont retombées pour disparaître, en ce champ tranquille de l’éther qui a !a fécondité d'un sépulcré et où la moisson des nouveaux astres se nourrit de la chair éteinte des constellations qui ont vécu.
. Ainsi, pour resserrer, selon deux points de vue généraux, celte vision des choses créées, nous conlemplons :
Dans l’espace, des groupes d'êtres de plus en plus vastes, depuis l’aggrégat des atomes qui forment une molécule, l'étreinte des cellules qui palpitent au sein des organes d'un ciron, jusqu'aux systèmes solaires et aux nébuleuses qui peuplent une Voie lactée.
Et, pour que la vision soit complète, il nous faudra ajouter à ces organisations visibles, à ces groupements de matière, les organisations réelles quoique inaccessibles à nos sens, les groupements immatériels qui habitent aussi les profondeurs de l’espace.
Et nous contemplons, dans le lemps :
Tous ces mondes, tous ces êtres, les spirituels, les matériels, les gigantesques, les atomiques, périr et se renouveler, alternance infaligable, marée sans fin, dont le flux apporte la vie, dont le reflux découvr2 la mort, ct qui rajeunit par ses mouvements et passionne par son drame cette vie sans borne de la création dont l'espace nous a montré la richesse calme, les flots multipliés, l’océan de plénitude.
Or, cette double vision de l’espace et du temps créés, notre esprit peut la concentrer dans une pensée unique, et alors nous concevons la création indéfinie, embrassant toutes les créations possibles de la durée et de l’immensité.
Cette création indéfinie réalise nécessairement le Règne de Dieu.
C'est-à-dire que, selon la doctrine de la Kabbale telle que l’a exposée le commentaire du 23° verset, le Mal étant toujours passager et détruit, le Bien toujours ressuscité et victorieux, il est certain que, dans la grande création indéfinie, synthèse de toutes les créations possibles, cette destruction et cette victoire se manifestent pleinement, et que le résultat de chacune des créations partielles et successives, et par conséquent celui du grand œuvre divin qui les rassemble toutes, ne saurait offrir autre chose que le perfectionnement achevé des êtres, le débordement de l’amour dans les saintes formes de Ja pureté, le dévouement, la justice, la puissance et le bonheur des élus, l'incarnation entière de Dieu dans les créatures transfigurées.
Tel est le second sens du Règne de Dieu.
Le 24° verset vise ce second sens, car l’ère messianique qu'il annonce par la parole du Prophète n’a pas une seule signification, mais plusieurs.
Le symbole les proclame par les résonnances de sa voix profonde :
Ce qui est prédit de la terre est affirmé de l’indéfini.
Le troisième sens du Règne de Dieu concerne le Paradis spécial qui naît de l’évolution d’un système solaire.
Un tel système, en y comprenant les mondes invisibles qui s’y enlacent aux mondes visibles, est un raccourei de l’univers.
Or,il faut dire que rien ne peut atteindre à la perfection intégrale, se réaliser absolument dans les choses visibles et matérielles. On peut atteindre, sous une enveloppe matérielle, à une perfection intérieure et morale, mais non à l’épanouissement, à la splendeur formelle de cette perfection.
C’est pour cela que la plus haute Beauté est une créature du Rêve, et que le Beau est une gloire mystique.
En un système solaire, par conséquent, tous les progrès des mondes qui le composent, tous les efforts des créatures libres qui s’y éprouvent, ont pour accomplissement suprème et pour dernière réalisation un Royaume spirituel, un Paradis constitué par les saintes Ames et par la lumière de leurs œuvres.
Ce Paradis se résout finalement dans le grand Paradis émané de l’ensemble des mondes, mais, regardé du point de
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vue de l’origine et uon de la fin, il n’en conserve pas moins son mérite particulier et son caractère spécial. Un tel Paradis est le troisième des Règnes de Dieu.
Le quatrième sens du Règne de Dieu concerne l'apogée du système solaire visible, le moment où l’astre central et les divers mondes qui en dépendent sont, considérés ensemble, à leur plus haut point de relative perfection.
Je dis de relative perfection parce que, d’abord, comme je viens de le déclarer, la perfection ne se manifeste pas pleinement dans les choses matérielles, ensuite parce qu’il est possible que les moments de perfection de chacun des mondes planétaires ne coïncident pas entre eux ni avec celui de l’astre central : pour établir l’ère messianique de l’ensemble, il y aurait donc des compensations à calculer,des proportions à définir.
Comme on le voit, à mesure que nous descendons, le sens typique du symbole subit des restrictions nécessaires.
C'est ce que j'avais énoncé plus haut et il est indispensable de dresser l'échelle de vérités dominées par une loi symbolique et de remarquer dans quelle limite chaque vérité reproduit la loi afin de ne point s’égarer et de comprendre l'usage rationnel du symbolisme.
Le cinquième sens du Æègne de Dieu, c'est l'ère messianique rayonnante sur la terre.
L'ère messanique terrestre est l'époque où la planète, arrivée à l’apogée de son évolution, sera le mieux préparée à enfanter et à nourrir les peuples de sainte, les nations de justes.
Le sixième sens du Règne de Dieu, c’est l'ère messianique terrestre, en ce qui regarde particulièrement la perfection sociale et l'Humanité.
C’est non plus l’époque et le milieu, mais l'harmonie des vertus, des sciences, des lois politiques et sociales qui, animée par la Religion libre, triomphera en celte époque et dominera ce milieu.
Une restriction nouvelle au sens du symbole doit être faite ici : pas plus que le Paradis partiel n’égale le Paradis universel, pas plus la terre, même dans l’ère messianique, n’égalera le Paradis partiel.
Le cinquième et le sixième sens du Règne de Dieu, alliés en une seule aspiration, troublent l'espoir ou l'angoisse de tous les peuples de la terre.
Les Prophètes et leurs prédictions du Messie, l'Evangile et
sa promesse du Christ glorieux ont virtuellement et magiquement créé dans notre atmosphère la royauté de l’ère splendide.
Les désirs des meilleurs socialistes, les ambitions de progrès sans fin, les découvertes des sciences, le tourment des arts n'ont pas d’autre cause.
Et les mirages d'avenir terrestre bienheureux qui planent au-dessus des traditions religieuses n'ont pas d’autre secret d’indestructible vitalité.
Le septième sens du Règne de Dieu, c’est la sanctification de l’homme parfait, la généralion du Mage.
Getle génération intérieure de l’Âme par elle-même, selon la loi de pureté et d'amour, crée, par la grâce de Dieu et la libre initiative de l’Ame, un être spirituel nouveau qui concentre en lui tous les mystères et toutes les étoiles du Royaume de Dieu.
L'homme est le microcosme, abrégé du monde ; ainsi le juste est l’abrégé du Paradis, le monogramme du Règne divin.
Telle s’accomplit la parole du Christ : /e Royaume de Dieu est au dedans de vous.
Et, par la création de ce Royaume intérieur, nous devons et pouvons nous efforcer, non seulement de préparer l’ère messianique terrestre, puis de participer à notre Paradis solaire et, par suite, à l'immense Paradis né de toutes les créations, mais encore de communier au Règne divin dans son premier sens, au transcendantal Royaume éternellement réalisé en la perfection et la substance même de Dieu.
Le Christ, Initié souverain, Mage des Mages, nous a donné sa parole et sa vie, pour nous révéler cette communion.
Avec lui nous devons remonter à la cause divine de notre volonté : il faut que le petit Royaume s’avance aux splendeurs du grand Royaume et s’y fonde, comme un flot, frappé d’un rayon, s’avance et va se fondre dans la nappe lumineuse où se réfléchit tout le soleil.