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Quant à M. Emile Ollivier, pendant le début de M. Bancel, il se recueillait avec ironie; il se trahissait par des mouvemenis d'épaule du plus haut comique, et, quand M, Bancel jura qu'il restait fidèle à son amour de la liberté, à sa haine du despotisme, il ne put s'empêcher de s'écrier en ricanant :
— C'est grotesque '
Ricanera bien qui ricanera le dernier .
On se souvient que l'empereur Alexandre faillit être assassiné à Saint-Pétersbourg, en
L'homme qui par hasard sauva l'empereur en détournant la main du meurtrier, Komissarow vient de se suicider. On se perd en conjectures sur les motifs du châliment qull s'est ainsi infligé à lui-même.
On l'avait fait millionnaire; a-t-il trouvé que c'était payer trop cher un service à l'humanité ?
On l'avait fait colonel ; a-t-il pensé qu'un
niilitaire était mieux dans son rôle en tuant qu'en sauvant la vie?
On dit que c'était un ivrogne : Se tuet-on pour si peu de cliose en Russie?
Quoi qu'il en soit, le pauvre Komissarow vivrait peut-être encore comme un honnête et brave chapelier, s'il n'avait pas eu la mauvaise chance de se trouver un jour sur le passage de l'Empereur. Les majestés portent malheur, même quand on les sauve; et Komissarow, après avoir été un gentilhomme de contrebande, un riche de mauvais aloi, un colonel suspect à ses soldats, s'est l'ait son propre meurtrier, pour avoir empêché le meurtre de l'Empereur.
La Russie est contente; mais qu'est-ce que la morale a gagné?
C'est peu encourageant pour la vertu.
Oq a caché, dit-on, les journaux qui racontaient ce suicide, pourqueM. Raimbeaux, récuyer, dont le cheval rendit ici le même service au même Empereur, ne le lût pas et n'en fût pas influencé.
Il est vrai que le cheval est mort, et comme c'était le principal sauveteur, la destinée est satisfaite.
On m'a confié trois pièces parfaitement officielles qui ne sont pas de petits billets t^crits pour les besoins de l'histoire, mais qui formeront de singulières pièces à l'appui quand on parlera du respect des chefs militaires pour l'indépendance d'opinion de leurs soldais.
Quand on pense que les soldats sont électeurs !
Ces trois pièces sont datées de 1850. Elles sont donc estampillées au nom de la République française, et elles ont pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité.
La première est une lettre du général Bosquet, contresignée par les membres du conseil d'administration du n" de ligne.
RIieost ainsi conçue :
si'BDivisioN Mostagaiiem, ieiO f';\Tit^r 18-;o. de MOSTAGANEM
iV 320
« Mon cher colonel,
» J'ai l'honneur de vous faire connaître que M. le gouverneur fait diriger sur le régiment que vous commandez le nomnaé Thomas, caporal cassé, venant du 2o« oe ligne, envoyé en Afrique par décision ministérielle du 23 janvier 1849.
» Cet homme est signalé commo dangereux par ses relations avec les anarchistes et doit être surveillé.
B Veuillez, en ce qui vous concerne, etc.»
La seconde lettre est également du général Bosquet, avec les mêmes signatures et les mêmes cachets.
Elle débute ainsi, à la date du 28 avril 4830 :
« Mon cher colonel,
» J'ai rhonneur de vous informer que , M. le gouverneur fait diriger sur le régiment sous vos ordres le nommé Bernard»
sapeur -pompier de la vilie de Paris.
» Ce militaire a été envoyé en Afrique comme cherchant à propager les doctrines s-ocialistes.
)) Veuillez assurer l'incorporation de ce militaire, que je recommando à votre surveillance.
» Ci joint les pitV.es concernant les nommés Laurenly et L:inglais, que je vous ai annoncées par ma lettre du 7 courant, etc. »
L'armée, comme on le voit, a ses suspects. En 1850, il était bon d'éloigner ce^ anarchistes, qui auraient pu mettre la crosse en l'air un jour de combat, c'est-à-dire de coup d'Etat.
Mon troisième document est daté d'Alais (Gard), le 26 octobre 1850. C'est une lettre du sous-préfet au major commandant le dépot du 5^^ de ligne.
Celt'i lettre manque au livre de M.
Ténot.
(( Monsieur le major,
» En conséquence des instructions que je rerois de M. le préfet, ayant pour objet de
m'opposer, même par la force, à un banquet socialiste annoncé pour demain à Vézenobresje vous prie de vouloir bien mettre à ma disposition pour demain 27 du courant un piquet de 200 hommes avec munitions. Ce piquet devra être rendu à Vézenobres à 9 heures du matin. Il stationnera sur la route en face du village, à l'auberge diie de Gallon, où de vastes remises lui permettront de s'abriter en cas d'intempérie. Il attendra là les nouveaux ordres que j'aurai à transmettre au commandant.
)) Agréez, monsieur le commandant, etc. »
Suit la signature illisible.
Déjà, dans ce temps-là, les fonctionnaires, même en pensant bien , écrivaient trèsmal.
N'est-il pas évident que, puisque l'armée était destinée à marcher contre les socialistes, il fallait qu'elle fût épurée avec soin de tous socialistes ? Or, en 1850, on confondait déjà un peu les socialistes avec les républicains.
BliiiAnclie 11