‹ La Cloche (volume 2)Chapitre 4 sur 21 · FOIS PAR 4N · texte numérisé non relu

FOIS PAR 4N

l'BlX IL L'Al;0iNMIA5EM TRIMESTRIEL

5 FRiNCS

NO 50. Samedi n Juillet 1869.

PAR

FERRAGUS

Jeudi 15 juillet. — Un SOUflltpfUberté circule dans la ville, et, même à 9pïîe|^^;j^ Pélagie, produit de petits courants d'ai lisfaisants.

D'où vient ce phénomène ?

D'un ministère nouveau ?

Non, de l'absence de ministère.

Jamais la France n'eut moins de gouvernement, et jamais elle ne se gouverna mieux.

On ne sait que maintenant combien M. Rouher importait peu au repos public, et Ton commence a s'apercevoir que la vie sociale tient aux citoyens et non aux fonctionnaires.

.l'ignore pendant combien de jours se continuera l'expérience, mais je sais qu'elle est concluante.

Avec un ministère compacte, uni, disposant de la majorité, la confiance était loin de renaître; on arrêtait, on perquisitionnait, on instruisait des complots.

La merveilleuse machine s'arrête tout à coup ; les ressorts, mécontents de leur inutile besogne, aspirent au repos. Il semble que tout doive se détraquer. Mais non ; la confiance, qui n'a plus personne à dédaigner, rayonne et s'amuse.

On rit- des ministres tombés, de ceux qui aspirent à la même chute ; on fourre des regards impertinents et des doigts curieux dans les vides ; on se dit : « C'était dans ce gros trou que se gaudissait M. Rouher », et l'on s'étonne, par le peu d'espace qu'il occupait en réalité, du grand espace qu'il semblait emplir et des embarras qu'il faisait.

Ce qu'il y a de particulier dans la crise, c'est qu'elle liquide d'un seul coup tous les hommes de talent du système impérial.

Quelque estime que l'on puisse avoir pour M. Rouher, pour la moraité de son éloquence, on ne saurait nier sa faconde, son imperturbable assurance, son activité et cette facilité d'assimilation qui trompait les badauds.

M. Yuitry n'était pas non plus un défenseur sans habileté.

M. Baroche vivait dans le recueillement de sa gloire.

Ces trois tètes n'étaient pas les plus solides ; où donc en pourrait-on trouver? Mais elles étaient, à tout prendre, les plus éclairées du gouvernement personnel. La logique irrésistible de la situation éloigne les gens détalent pour essayer les «ens de con-

viclion : mais, comme il est douteux qu'on aille jusqu'aux gens de principes, le seul résultat de la crise aura été d'enlever au gouvernement le peu d'hommes de talent qu'il eût séduits.

Ainsi, après les dévouements personnels comme celui de M. de Persigny, après les dévouements impersonnels, mais intéressés, comme ceux de MM. Baroche et Rouher, il arrive aux serviteurs qui ne sont ni dévoués par passion dynastique, ni complaisants par intérêt étroit.

Qu'en peut-il faire et qu'en peut- 11 attendre?

Souvent, dans la vie réelle, on a des discussions sérieuses avec un ami que Ton avait invité quelques jours auparavant à un dîner de famille.

Maintiendra-t-on l'invitation ?

Ce diner sera bien embarrassant pour tout le monde.

Mais si l'on renverse la marmite, on renverse pour jamais l'amitié.

Alors, on se résigne à une fête sans effusion, à un repas sans gaieté, qui nourrit le statu quo sans l'empoisonner.

L'Empereur se trouve avec le Corps législatif dans une situation analogue, il l'avait invité à Saint-Cloud avant les quelques aigreurs des dernières séances. Aujourd'hui qu'un nuage a passé sur cette affection platonique, le chef de l'Etat a le bon goût et

la prudence de ne pas faire enlever les couverts.

« [Malgré la prorogation, dit -il dans le Journal officiel, Sa Majesté recevra à Saint- Cloud. ))

Ce post-scnptum est d'une politesse farouche. En style vulgaire, il signifie :

— Malgré ce que je pense de votre conduite, je suis trop bien élevé pour vous refuser un verre de sirop. Je verrai si vous aurez l'audace de venir le prendre.

On ira.

Le càblc transatlantique, qui rive désormais la grande république américaine à la monarchie française, est posé.

Les constructeurs, les directeurs et les administrateurs de l'entreprise se sont empressés de transmettre la première dépêche, non pas à leurs actionnaires, mais à l'Empereur.

Je me demande pourquoi.

L'idée da câble vient-elle de l'Empereur?

L'Océan est-il un apanage de la couronne ?

Les fonds ensevelis dans l'entreprise sortent-ils de la cassette impériale ?

Avait-on besoin de la permission de Sa Majesté pour unir les cœurs et les mains de deux grands peuples qui ont lutté ensemble, espéré et salué ensemble la liberté ?

Je ne trouve aucune raison sérieuse, si ce n'est celle éternelle raison d'étiquetlc, de convenance, qui prétend que le premier tressaillement d'une pensée nouvelle soit un hommage au chrf de 1 Etat, môme quand le chef de l'Etat a plus à craindre qu'à gagner à cette idée nouvelle.

C'est toujours la vieille llagornerie du chimiste :

— Sire, ces deux gaz vont avoir l'honneur de se combiner devant Votre Majesté.

Mais est-on bien sûr que ce soit pour le plus grand profit et pour le plus bel éclat du pouvoir personnel que ce télégraphe va fonclionner entre une république que la

France a vue naître et une monarchie qui aspire par tous ses pores ks idées américaines ?

La déférence du câble transatlantique est un peu comme la réception de Saint-Cloud, une politesse à laquelle il ne faut pas se lier.

Vi^

Vendredi 16. — M. de Pire écrit au Siècle qu'il n'a pas crié : Vive V Empereur l après le décret de prorogation, mais que son silence ne l'empêche pas d'avoir ce cri

national gravé dans le cœur, bien plus encore par amour de la France que par son dévouement inaltérable à la dynastie.

Si les dévoués se taisent, pourquoi s'étonner que les indifiérents ne crient pas?

Je m'explique d'ailleurs très-facilement comment M. de Pire, n'ayant ce cri' qu'en effigie dans le cœur, ne peut pas le pousser sans déchirer les parois sur lesquelles il est gravé. Ilfaud rai t dépecer M. de Pire pour lire le secret de son enthousiasme imprimé en dedans.

La justice humaine n'osl jamais moins certaine do moraliser que lorsqu'elle punit l'orlement.

On vient de condamner a mort l'assassin de Stiint-Denis, Momhic, et comm.e il sortait de l'audience, pâle, chancelant , commençant peut-être ce retour sur lui-raôme qui aboutirait à une réaction morale, salutaire, si le couteau de M. Guillotin ne devait interrompre ces rv-flexions ; comme cet infâme^ devenu sacré par sa condamnation, soriait de la salle des assises, une voix a retenti, disant :

« Il n'a que ce qu'il mérite ! »

Il parait que c'était la voix de la propre fille du condamné.

Touchant soupir de cwnpassîon filiale :

Je sais bien que Thomme était un monstre et que sa fille avait été sa première victime. Mais ce cri, s'ajoutant comme un poids implacable au verdict du jury, n'est-il pas une aggravation démesurée , et l'enfant sans pitié qui Ta poussé par instinct ne serait-elle pas amenée à le regretter, à l'expier, à le racheter , si elle pouvait avoir le tableau d'un repentir efûcace, au lieu de n'avoir en perspective que l'horreur d'une crise rapide, contre laquelle elle raidit monstrueusement sa sensibilité ?

La peine de mort tue un homme qui pouvait peut-être s'amender, et déprave à jamais une fille qui devient par son vœu l'assassin de son père.

J'ai rpçn, à propos du numéro dans lequel j'avais cité surabondamment du vrai Montesquieu, des lettres de félicitation et d'éclaircissements.

Dans l'une, je lisais :

« Vous retrouverez la phrase qui termine le second volume de V Histoire de C^sar dans le manifeste relatif à la guerre d'Italie (1859.)

» L'Empereur avait dit qu'il serait contre celui qui tirerait l'épée. L'Autriche tira l'épée et l'Empereur de s'écrier :

« — Elle l'a tirée !... Au surplus, le véri- ») table auteur de la guérie n'est pas celui » qui la déclare, mais celui qui la rend né- I) cessai re. »

(( Mais l'Empereur n'a pas seulement la bonne foftune de prêter ses idées à Montesquieu, qui n'en a que faire; il a encore, de par la grâce de ses historiens, la gloire d'hériter des pensées d'aulrui.

>) M. de la Guéronnière qui est, comme on le sait, un critique profond et un savant si perspicace qu'on en a fait un diplomate de première classe, M. de la Guéronnière, rencontrant dans les idées napoléoniennes cette pensée : « le monde est aux flegmatiques, )) s'extasie dans un portrait de Napoléon m sur la profondeur, la hauteur, la largeur de cet aphorisme. Il n'y a qu'un homme de génie pour trouver cela.

« Je le veux bien, mais l'homme de génie

<^tait un Italien; car colle pens(^e philosophique se trouve exprimée dans les mêmes termes et désignée par sa vraie origine dans le ])ktioniunre de Bni^te^ édition du premier empire.

» Je sais bien que Napoléon 111 continue Napoléon V^ ; mais j'ignorais qu'il dévalisât sa bibliothèque. H fallait la perspicacité de M. de la Guéronnièrepour me l'apprendre.»

Uq citoyen vient de donner un excellent exeniple.

Sans se laisser intimider par les brutalités de langage d'un sergent de ville auquel il adressait une observation convenable, il appréhenda au collet cet infidèle représentant de l'urbanité municipale et le conduisit au poste, où le brigadier dut recevoir sa déposition, non pas sans protester.

Je parierais bien que le sergent de ville ne sera pas puni, mais je ne parierais pas que le citoyen inoffensif et courageux ne courut aucun risque.

Arrêter un sergent de ville, c'est attenter à un représentant de l'autorité, à un fonctionnaire; et ce passant indigné a ou'^lié d'aller solliciter la permission du conseil d'Eiat avant de mettre la main sur le collet estampillé du sergent de ville.

D'ailleurs, de quoi s'agissait- il au fond?

Un cheval trop chargé ployait sous le fardeau. Le passant voulut rappeler la loi Grammont. Mais, si nul n'est censé ignorer la loi, tous les sergents de ville ne se croient pas chargi's de la faire exécuter. Celui-là haussa les épaules et trouva que c'étaient des bêtises. Si on assommait des gens sur le trottoir, il s'en mêlerait peut-êlre, mais des chevaux 1

Nous verrons ce que deviendra cette affaire. Cn rapport a dû être fait.

Si nous admirons Cambronne répondant aux Anglais avec l'énergie que chacun con-

nait, notre chauvinisme ne va pas jusqu'à permettre que les sergents de ville s'affublent d'un vocabulaire si héroïque et nous traitent si fort en Anglais.

H doit être défendu aux agents de déposer leur style sur les passants.

«samedi fï. — - J'ai parlé plusieurs fois de mon ancien camarade de jeunesse, d'illusions, de jeu et de poésie, aujourd'hui sénateur et préfet, Henri Chevreau. J'ai toujours dit qu'il avait trop d'esprit pour être fonctionnaire, il a manqué sa carrière.

Une lettre que je reçois, et à laquelle je ne puis refuser l'hospitalité , me prouve combien j'ai raison et combien l'homme le

plus intelligent, quand il a prêté serment el endossé un habit brodé, peut être exposé à commettre de sottises.

Voici cette lettre.

« Oullins, 11 juillet.

)) Monsieur le rédacteur,

» H y a huit jours que vous disiez, en commençant la Clocha : « La mode est aux » arrestations ! »

(( Hélas! cette mode, toute parisienne, se transmet à la province. Le samedi 3 juillet, j'ai été arrêté avec un luxe et un déploiement de forces dont notre commune n'avait pas vu d'exemple depuis les exploits des cours prévôtales.

» Dès six heures du matin, M. Jacomet, commissaire spécial de la sûreté, arrivait de

Lyon, escorté de cinq agents; il reffuit en outre le commissaire cantonal d'Onllins et ses agents. L'on vint me cherciier à 1 atelier; l'on me conduisil à mon domicile, où le commissaire spécial me lut un ordre de psrquisition domiciliaire et un mandat de comparution devant le juge d'instruction.

» Tout aussilùt, on fouilla mes papiers, mes ébauches plus ou moins lilléraires. Fulieux de ne rien trouver, le commissaire se plaignait du volume de ma correspondance, du désappointement de ne mettre la main que sur une lettre de M, E. Picard.

» Toutefois, comme depuis Perrin Dandin on ne doit jamais s'en aller les mains nettes, on saisit une centaine de lettres insignifiantes, les statuts de diverses sociétés coopératives de Lyon ; ce qui donna à M. le commissaire spécial l'occasion de me dire :

.(' Qu'il fallait admettre en principe qu'il » connaissait la loi mieux que moi. »

(« La recherche se termina par ces mots : » Vous allez me suivre à Lyon, et, d'après » tout ce que je vois ici, je voudrais bien » pour vous n'être pas venu. »

(( Ceci ne pouvait guères m'inquiéter ; mais ma mère et ma femme, présentes à cette opération, s'en alarmèrent terriblement.

)) L'on me garda prisonnier toute la journée. A six heures du soir, je comparus devant le juge d'instruction, qui m'apprit que j'étais accusé d'avoir porté atteinte à la liberté du travail par un discours prononcé dans une réunion d'ouvriers qui s'étaient rais en grève, mais que, d'après les investigations, il demeurait établi que, loin de pousser à la viok nce, j'avais dit que je considérais les grèves comme un malheur, et

que j'avais surtout recommandé de respecter la liberté de quiconque ne voudrait pas quitter son travail.

)) En conséquence, j'étais libre... seulement, on me demanda poliment si je connaissais le promoteur de la grève en question.

» J'ai su le lendemain que c'était M. le sénateur, préfet du Rhône, qui avait donné l'ordre de mon arrestation. Je lui écrivis pour lui expliquer ma conduite. 11 avait dépensé toute sa politesse dans l'ordre de mon arrestation, car il ne daigna ni s'excuser de sa légèreté, ni me répondre.

» Ma femme allaitait notre petite-fille, âgée d'un mois. Vous jugez si la commotion causée par cet envahissement de la police tarit le lait et faillit tuer l'enfant ! La pauvre petite est depuis ce jour-là entre la vie et la mort.

» Mai.-., qire.^l'Cc .|up cela peut fairo à M.

» On ni'a demandé le nom des promoteurs de la grève. Mais ces fonctionnaires sont donc tous aveugles ? Ils ne volent donc pas que ce sont les instigateurs des candidatures radicales, c'est-à-dire les dépenses exagérées, les compressions folles, les éloutfements universels de la pensée ?

)) La grève est, en ce moment , non pas une attaque contre les piUrons, mais un impérieux besoin de revendication se manifestant sous toutes les formes.

« Agréez, Monsieur !e rédacteur, etc.,

» A. Langer,

» H, rue de rArclievêché, Oullins (Rhône).))

Celte lettre n'a pas besoin de commentaires; mais elle a peut-être besoin d'une réponse.

Un de nos correspondants, un de ces amis inconnus que fait la lutte, m'envoie quelques pages substantielles, pleines de pensées et de jugements philosophiques.

J'en extrais d'abord ceci :

« Noire gouvernement ressemble à un professeur de mathématiques, qui, ne pouvant plus se tirer d'un problème difficile au tableau, donnerait des pen-ums à tous les élèves qui auraient ri, ou même qui auraient gardé leur sérieux en voyant son embarras et son ignorance.

» Quand un convoi déraille, qui doit être puni?

» Le gouvernement répond :

« — Les voyageurs ! »

Dlnianclie 1^8. ■— Dans le 30® volume de la Correspondance de Napoléon P^, on lit, page 638, que toutes «ses lois furent libérales. ))

C'était donc pour cela qu'il aimait tant à les violer.

11 y aurait un livre curieux et moral à écrire :

Comme quoi un coup d'Etat engendre tou' jours et perpétuellement des coups d'Etat,

On ^^' imagine on vivo, qui tic pour un ^^«hiI attentat; onsetlalto, le lendemain dn IS brumaire, de rentrer dans la l(''galil(^ et de se réconcilier avec la justice. Vaine illusion !

La loi que l'on jure vous regarde d'un œil borgne, et on lui crève l'autre œil pour qu'elle ne vous regarde pas du tout.

C'est à cette besogne que se livra continuellement Napoléon h% engagé par le coup de poing du 18 brumaire.

il avait rin.-tinct de certaines réformes libérales élaborées dans les comités de la ('unvention. il croyait, par ces sacrilices au pro-

grès, désarmer celui-ci et en obtenir le droit de continuer ensuite sa besogne rétrograde ; mîiis il ne faisait que rendre plus profond Tabîïïie creusé par sa première violence, et il passait son temps à invoquer les lois pour couvrir vainement ses illégalités.

Le 28 août 18ia, un sénatus-consulte annula un jugement rendu à Anvers par le jury et qui avait acquitté les accusés. L'empereur voulait une condamnation, et il chargeait en même temps la Cour de cassation de renvoyer les prévenus devant une autre cour impériale, laquelle devait prononcer en sections réunies et sans jury.

il était impossible de bouleverser plus profondément les lois et de mettre davan-

tage en suspicion i'une des plus précieuses conquèles de la révolution. Voici la lettre au duc de iMassa, ministre de la justice, par laquelle ce (IcnioUsseur infatigable sjllic'tak le sénatus-consulte en question.

(( Nous avons appris avec la plus grande peine la scène scandaleuse qui vient de se passer à Bruxelles, aux assises de la Cour impériale. Notre bonne ville d'Anvers, après avoir perdu plusieurs millions par la déprédation publique et avouée des agents de l'octroi, a perdu son procès et a été condamnée aux dépens. Le jury, dans cette circonstance, n'a pas répondu à la confiance de la loi, et plusieui^ jurés, méprisant leur serment, se sont livrés publiquement à la plus honteuse corruption.

» Dans cette circonstance, quoiqu'il soit dans nos principes et dans notre volonté

que nos tribunaux administrent la justice avec Ja plus grande indépendance, cepenmnt, comme ils l'administrent ni notre nou et à la décharge de notre conscience^ nous ne pouvons pas ignorer et tolérer un pareil scandale, ni permettre que la corruption triomphe et marche tête levée dans nos bonnes villes de Bruxelles et d'Anvers. » Notre intention est qu'à la réception de la présente lettre, vous ayez à ordonner à notre procureur impérial près la Cour de Bruxelles de réunir les juges qui ont présidé à la session des assises , et de dresser procès-verbal, en forme d'enquête, de ce qui est à leur connaissance et de ce qu'ils pensent relativement à la scandaleuse déclaration du jury dans l'affaire dont il s'agit. Notre intention est... »

Ici la filière est indiquée par où le Grand- •^igc doit faire repasser l'affaire : Présenta-

tion de la chose dans un conseil privé, sénalus-consulle et renvoi, comme il est ditpluF haut.

Ce qu'il y a de plus fort dans cette ré\olic contre le jury, c'est la demande de poursuivre lesjuré^.

tir «

11 importe peu de savoir si les sieurs Verbrook, Lacoste et autres, acquittôs en cour d'assises, étaient ou non coupables des dilapidations dont on les accusait ; je ne vois qu'une chose, une main brutale portée sur le jury.

Et remarquez combien ce despote mêlait l'hypocrisie à la violence ! C'est pour le repos de sa conscience qu'il réforme le jugement; c'est parce que la justice se rend en son nom.

Pourquoi n'ajoute-t-il pas encore qu'elk se rend au nom de Dieu, et qu'il veut vr^-

\ger Dieu, ce fonctionnaire dont il e^t le lieu- Vnant ?

Célébrez le centenaire du restaurateur de la justice ot de la fui! La justice quil a violée et la foi dont il a malmené le représentant officiel feront un écho un peu sourd à vos acclamations !

En attendant le panégyrique d'Ajaccio, on va inaugurer à Nice le monument de Masséna et secouer un peu d'encens sur la télc du martyr de Sainte-Hélène, en célébrant la gloire d'un de ses lieutenants.

Je demande qu'un orateur, sondant avec courage l'envers de la renommée et pesant la sympathie qui unissait Napoléon à ses généraux, veuille bien glisser dans l'éloge de M asséna la page suivante extraite des propres œuvres de Napoléon :

«C'était un grand pillard. Il était toujours de moitié avec les fournisseurs et les commissaires de l'armée. Je lui dis plusieurs fois que, s'il voulait cesser ses spéculations, je lui ferais présent de 800,000 francs ou d'un million; mais il en avait pris tellement l'habitude qu'il ne pouvait s'empêcher de se mêler de ces sales entreprises pécuniaires.

Il était haï pour cela par ses soldats, qui se vévoltèrent trois ou quatre fuis contre lui... »

Est ce quon burinera cet éloge énergique sur le ?oclc de la statue?

Voilà qui prouve bien qu'on peut être à la fois un héros et un homme vénal.

Ce qui est glorieux pour les coquins et désagréable pour la gloire.

liiiiKii 19. — Le correspondant-philosophe, dont j'ai cité deux pensées plus haut, m'envoie, pour honorer le saint du jour, l'appréciation suivante :

Le saint du jour, sur tous les calendriers, c'est Vincent de Paul. Or, on ne fêlera pas son anniversaire comme celui de ^'apoléon, mais aussi, comme le dit le collaborateur anonyme dont je parle :

« .Napoléon l"' sera toujours cher aux Français pour leur avoir coulé plus qu'à tout autre peuple.

» Il a fait tuer beaucoup plus de Français que d'Autrichiens ;

)) Beaucoup plus de Français que de Russes ;

)) Beaucoup plus de Français i|uc d'Anglais ;

i) lîeanconp plu^^ d(^ Trançais quo (VRi^pa- ;?,riO!s, que de PruPoienH, que de Turc?.

»D'où il semblerait tout naturel de conclure que Napoléon l^'" était plus ennemi de la France que des autres nations, et lui voulait beaucoup plus de mal qu'aux autres peuples.

» Eh bien! non, les historiens prouvent que tous ces fléaux vinrent du profond amour de l'Empereur pour l'Empire français, ce qui veut dire, pour les Français. »

Enfin, nous avons un ministi^^re. Quel ministère?

Le méiiie nu fond, avtc quelques talents de moins.

On demandait au pouvoir d'aflirmer son entêtement ou sa bonne volonté.

Il n'affirme rien ; il ne résiste pas, il ne cède pas, il biaise ; il a recours à son éternel procédé, rebaitre les cartes quand il doit jouer sans atout, et ne pas se presser de donner, de peur de ne pas retourner le roi, (puisque Charlemagne n'est plus empereur dans le jeu de cartes.)

Ce qui frappe tout d'abord dans ce nouveau ministère, c'est qu'il a été amené par un mouvement libéral, et que le seul ministre à prétentions libérales, M. Duruy, ne peut pas même y rester.

C'est, d'un autre cùié, que le Corps lé-

gislatif, quand il reviendra (et il faudra

bien, un jour ou Taulre, qu'il revienne), reprendra la nomenclature de ses griefs, sans pouvoir être désarmé par les choix qui sont faits, et sans retrouver devant lui les coupables intermédiaires sur lesquels il eût fait peser son mécontentement.

M. Routier a encouragé les abus électoraux ; M. Rouher ne sera plus là.

M. Baroche aurait à répondre de toute cette besogne donnée à la justice, et quand on percera à jour ce complot imaginaire qui fait travailler le parquet dans le vide, M. Baroche ne sera plus là.

M. Duiuy, par ses innovations malentendues, par son activité fiévreuse, a bouleversé la vie intérieure de l'Université, mis les collèges en ébullition et les lycées en révolution.

Or, iM. Duriiy ne sera pas \h pour recevoir le prix de son concours.

Si la liquidation commence, sur quel agent responsable reposera-t-elle ?

Un nouveau minibtrc a un succès d'hilarité, et vraiment ce n'est pas sa faute.

Tout le monde se demande ce que c'est que M. Bourbeau.

Bourbeau de qui ? Bourbeau de quoi?

— Eli ! parbleu ! Bourbeau de la Bourbe.

M. Bourbeau est député de la Vienne et maire de Poitiers.

Aux dernières élections , le préfet le pria de se porter candidat , M. Tliiers se présentait à Poitiers, et M. Bourlon, le député d'alors, n'était pas homme à lutter.

M. Bourbeau, qui n'avait pas tant d'ambition, refusa.

L'Empereur le fit appeler et lui demanda comme un service personnel son acceptation, en ajoutant qu'il lui saurait gré de ce sacrifice.

Comment refuser de se jeter dans un gouf-

fre capitonné, quand le souverain le demande, et quand Tintérêt personnel l'exige? M. Bourbeau n'hésita plus à se sacrifier. Nouveau Déciup, il se laissa choir dans l'urne ; aujourd'hui, il en sort, et voilà pourquoi il va ho}irheauter dans le ministère.

Le seul vote de M. Bourbeau, pendant la constituante , qui puisse le recommander comme héritier de M. Duruy, c'est celui qu'il a donné en faveur de la gratuité de l'enseignement, au moins pour ce qui regarde l'Ecole normale supérieure.

A la place de iM. Schneider, j'aurais bien peur pour ma place.

Outre qu'en sollicilant avec trop de sollicitude la prorogation de la Chambre, le président a indisposé ses futurs électeurs et a suscité des ressentiments qui ne s'apaiseront pas facilement, ii a maintenant à côté de lui M. Jérôme David prêt à le dévorer.

Mais quel était l'ordre des vice-présidents?

MM. Alfred Leroux,

Jérôme David,

Da Mirai.

L'élévation de M. Alfred Leroux, passé à l'état de ministre, supprime toute séparalion entre les deux ennemis intimes, — Jérôme David et Schneider.— Comment écrire

lio noiivoaii ron-ldo d'un chapitre do Ju//v- J)amf' (te Pm-'is : ceci tuera cfla? Quel e^t m/, et quel sera tria?

Il est inconleslabie ciue le baron David est une menace.

Son coiiègue, ie vice-président du Mirai, a des emplois comiques ; mais il sait pourtant être sérieux à ses heures.

Il descend d'un troubadour (Rudel) en passant par un conventionnel. Son grandpère, de la Convention, n'y allait pas de main morte, et, s'agissait-il de voter sur la mort du souverain, il disait à la tribune :

« Jo n'ai jamais pu concevoir la dislinclinn qu'on prf'^lend élal)lir entre ceux qui

appliquent la loi comme juges d'un tribunal et ceux qui l'appliquent comme reprécenlanls du souverain. La loi veut que les cohûpirateurs soient punis de mort.

» Je vote pour la mort. »

M. Hudel du Mirai, le petit-fils, est beaucoup plus troubadour que cela. Ce n'est pas lui qui eût refusé, comme son aïeul, à Louis XYI l'appel au peuple.

« Je crois, dit le grand -père, que l'exercice de la souveraineté dans cette circonstance appartient au représentant du peuple, que son devoir est de prévenir la guerre civile, et je dis : non. •>

M. du Mirai actuel dit toujours oi;i.

On sait que c'est un fort éleveur de cochoDS. On avait conseillé à ses électeurs de je laisser à ses élèves ^ mais le garde chanirèlre ne fut pas de cet avis-là. Il prêcha daus un autre sens, et l'on ne peut savoir si ce fui dans Tinlérèt du pays ou dans l'intérêt des cochons.

M. du Mirai fut élu ; mais son élection n'est pas encore validée. Je souhaite qu'il ne s'y trouve aucune peiïie cochonnerie.., électorale. Ce fut lui que les 54 autres invalidés ont chargé d'aller demander à l'Empereur la reprise de la session.

Il se rendit, en conséquence, jeudi 15 juillet, à Saint-Cloud, et il en revint charmé comme Ulysse et ses compagnons après les enchantements de Circé.

iMais, quand on lui demanda ce qu'il rax>portait, M. du Mirai ne sut que répondre. Il avait, comme on dit, mangé la queumis' sion.

Les autres invalidés voulurent aller savoir par eux-mêmes ce qu'ils avaient à espérer. L'Empereur leur dit qu'il userait auprès de son nouveau cabinet de tout ce qui lui restait d'influence : quant à lui, il n'avait plus assez d'initiative pour rien promettre.

iS

Il avoua d'ailleurs à une des personnes de sa maison que, somme loule, il n'étail pas fâché de la silualion que lui faisaient les concessions nouvelles.

— iMain tenant, quand on me demandera quelque chose, jo renverrai à mes ministres.

M de La TournlAuvergne elail, en 1848, simple surnuméraire au minislêre des aftaires étrangères.

M. de Corcelles le remarqua el le fit remarquer.

On se souvient que M. de Corcelle? fui cet ambassadeur extraordinaire que Cavaignac envoya à Rome et qui prépara la belle, équipée de l'occupation romaine.

M. de La Tour-d'Auvergne n'est pas un aigle. Il n'y a plus d'aigles, d'ailleurs, en dehors de ceux que l'on sculpte sur les murs ou que l'on frappe sur les boutons de livrées. Mais la nouvelle Excellence porte passablement son nom. Elle esf bien apparentée; un de ses frères est arcbovêque de Bourges, et l'autre, le colonel , était naguère officier d'oidonnance de l'Empereur.

On raconte même que l'Empereur, qui n'a

de prétenlions que pour les manœuvres d'artillerie, reçut du colonel de la tour-d'Auviergne des leçons de grandes manœuvres d'infanterie.

Mardi 20. — 11 ne faut décidément plus espérer un retour prochain du Corps législatif. La prorogation, conséquence d'un système qui suspend tout, ne sachant rien résoudre, durera jusqu'à ce qu'on trouve un moyen de décliner des explications catégoriques.

MM. de Forcade la Roquette et Gressier

avaient été Irès-opposésdéjà à une convocation immédiate du Corps législatif. Le premier surtout, qui avait eu la main dans les élections, ne se souciait pas de recevoir les coups de baguette de lopposilion.

Le Meunier^ son fils et l'àne sont dépassés par nos liommes d'Etat. La Fontaine disait qu'on ne peut contenter tout le monde et son père.

Le gouvernement, qui n'est pas content du tout de ce qu'il a fait, a trouvé le moyen de mécontenter absolument tout le monde.

La majorité ne craîlit pas d'aller répéter partout que le gouverriement recule devant la discussion.

On m'affirme qu'un des membres les plus foncés de la susdite majorité pendant que Jules Favre disait : « Mesure funeste! le pays jugera, » s'écriait dans les couloirs : « lia raison! »

Singulier ministère! 11 amilleaspecls pit toresques.

Lb vent souille à gauche; on (îîbranlc, on renverse M. Rouher, et c'est iM. Rouher qui l'emporte en s'en allant. Tous les miniistres sont des hommes de son bord.

Est-c-3 assez complet. comme gâchis?

On disait au marquis d'Andelarre, la mouche du coche du tiers parti.

•— C'est vous et vos amis qui êtes cause de ce qui a» rive. Vous avez refusé d'appliquer votre programme.

— Nous n'avons rien refusé, répondit-il, puisqu'on ne nous a rien offert.

H ( st vrai que ces messieurs avaient déclaré ne pouvoir accepter aucun porlefeuiile

avant le sénatus-consulte. Ils veulent attendre qu'on puisse être tout à la fois ministre et député.

Mais alors, M. Alfred Leroux et M. Bourbeau que deviendront-ils? car ils ne sont évidemment que des ministres transitoires.

M. Alfred Leroux, à la rigueur, pourrait être versé au Sénat comme vice-président à chevrons.

Mais, M. Bourbeau?

iM. de Gonet n'est plus juge d'instruction. Cela veut-il dire que les instructions dont il était chargé sont terminées, et lui donne-ton de l'avancement pour récompenser une œuvre faite ou pour dissimuler l'abandon d'une œuvre mal commencée ?

Nous verrons bien. En tout cas, certains confrères ont tort de s'étonner que de juge d'instruction on passe conseiller.

Un simple juge d'instruction I disent-ils.

Ne croirait on pas qu'il s'agit d'un surnumérariat? Mais la fonction de juge d'instruction est plutôt un degré en plus qu'un degré en moins. Et quand on est juge, c'est pour devenir tôt ou tard conseiller.

J'ai parlé dans un de mes derniers numéros de l'indifférence honteuse qui laisse le capitaine Lambert se démener dans le vide pour organiser une des plus inléressanles, une des plus nobles expéditions.

Hélas, je n'avais que trop raison. Je lis que, à Bordeaux, le public convoqué dans le Grand-Théâtre a fait tellement défaut que la conférence n'a pas eu lieu, que l'intrépide organisateur a eu honte de cet abandon, de cette solitude, et qu'il a fait rendre Targenl.

Les ouvreuses étaient ravies.

— C'est bien fait ! diraient elles; quand en pourrait jouer ici ÏOEil crevé ou Faial'.

Ce que disaient lci> ouvreuses, le public le pense.

!S3ci*crecli SI. — La France, qui ne gagne rien en poésie, perd tous les jours un poète.

C'est aujourd'hui le tour de Louis Bomlhet, La nouvelle est arrivée de Rouen. L'auteur de Madame de Muntarcy est mort presque subitement. C'était un érudit profond, tout un poëte de raca et son poëme antique, MelœmSj restera comme un spécimen curieux d'archaïsme et d'élégance.

iM. de Parieu croyait jusqu'au dernier moment tenir la présidence du Conseil d'E-

tat, dont il est depuis un temps infini le vice-président.

Mais il comptait sans M. Rouher, qui ne peut le souffrir, quoiquo, comme lui, il soit Auvergnat.

M. de Parieu a la réputation d'un honnête homme.

On lui a préféré iM. de Chasseloup-Laubat, une inielligence souple, propre à tout et à rien.

Quand il était ministre de la marine, M. de Chasseloup-Laubat a fait parler surtout de ses bals, dont quelques-uns firent scandale : on sait qu'il en fut question à la tribune.

On dit même à ce propos que les sergenls de ville devraient y (Mre envoyés comme dans les bals publics, pour faire respecter la morale.

W. le ministre de la marine n'avait vu clans la mer qu'une occasion de donner de l'avancement aux naïades et à Astarté. C'était l'Anacréon de r Océan.

Que va-t-il faire au Conseil d'Etat?

Du reste, le Conseil d'Etat va plutôt perdre de ses prérogatives qu'en acquérir de nouvelles.

Le Corps législatif va faire son règlement, et dans les articles qui concernent ses rapports avec le Conseil d'Etat, il arrangera les choses de façon à ne plus être à la merci de ce dernier, à qui tout amendement devait êlre renvoyé avant d'ôtre voté.

On racontait ce matin à la salle des conférences une aventure de M. Napoléon de Champagny, député du Morbihan.

C'est la distraclion faite homme, et de plus, comme calligraphe, c'est le faiseur de pattes de mouche le plus embrouillé.

Il descend au bureau télégraphique et présente une dépêche.

L'e[ni>loyé cherche à la déchiiïrer, et, n'y parvenant pas, se sort de la circonlocution la plus polie pour exprimer son embarras.

M. (Je Champagny fi'eiïorce de di^couvrir ce qu'il y a dans son propre grilîonnage et ne réussit pas.

Alors, il est prié de rédiger une autre d(^péche.

On imagine bien qu'il n'y avait rien là de plus simp'e.

Mais, voilà M. de Champagny qui s'écrie après s'être gratté le front :

— Sapristi, je ne sais plus ce que je voulais dire !

Et il quitta l'employé ébahi.

S'il se souvient aussi bien des promesses faites aux électeurs !

Je finis par un mol mé'ancolique de M. de

Tillancourt.

Ils sont rares, ceux là.

— Avtz-Yous été toiicher? lui demanda lundi un de ses collègues qui sorlait de la caisse.

— Il y a cette différence entre nous, répondit le député de Château - Thierry , qu'aussitôt que vous avez appris que la session ne reprenait pas son cours, vous avez été toucher à la caisse, et que moi... j'ai été touché en pleine poitrine.

Je prends la permission d'annoncer moimême la mise en venfe chez tous les libraires de la première livraison des Contemporains, Napoléon III, par Ferra gus.

(LouKs Ulbach) FERRAGUS

Le Gérant : L. LE CHEVALIER

Faris.— Imprimerie de loU.uBson et C», 5, rue Coq-Héroo

LES Ci^XTEMPORAIXS

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