‹ La Cloche (volume 2)Chapitre 5 sur 21 · NAPOLEON III · texte numérisé non relu

NAPOLEON III

FBIIRAOXJS

Vn fascicule granl in-S-' avec un por Irait hors texte

40 cMil.; par la poslo, liO feiil.

Samedi 31 juillet IBG%

PAR

FERRAGUS

Jendi 2« jsslllct. — H y a des gens qui trouvent le temps de rire de la situation actuelle.

Ceux-là n'ont pas d'amis à Mazas, à Sainte- Pélagie, dans les prisons, dans les cabinets des juges d'instruction.

Ils ne sont pas nombreux.

Je sais bien que tout ce qui n'ei^l pas odieux est grotesque, et que l'odieux luimême a une impudence telle que le rire est excusable.

Comment, par exemple, à moins de penser au commerce qui souffre et aux malheureux qui pleurent, ne pas s'amuser de la phrase de M. Clément Duvcrnois engageant l'Empereur à /a i/'e grand ?

Je ne suis pas suspect de flatterie, mais j'oserai dire que le moment est peut-être venu de dire au gouvernement personnel de faire petit et de se faire petit.

Dieu merci, il a fait assez- grand jusqu'ici.

Est-ce que la liste civile ne s'est pas faite en grand/'

Est-ce que les travaux de la guerre ne se sont pas faits eii grand ?

Jamais on ne lésina moins sur les hommes, sur l'argent et sur l'espace.

On a fait tuer des Français en grand pi-us qu'il ne le fallait, en Crimée, en Italie, au Mexique.

On a dépensé, pour décorer les villes et pour déi orer les hommes, plus de millions que l'agriculture, la littérature et les arts n'en recevront jamais.

H n'y a que la gloire et l'esprit qui n'aient pas été cultivés en grand.

M. Rouher, qui est entré pauvre au pouvoir, en sort millionnaire, ce qui dispense tout juste de lui servir une rente alimentaire. Il a fait grand son revenu.

Tous les hommes qui ont touché au gouvernemf^nt ont fait de grandes économies,

excepté toutefois M. Maussmann, qui troi verait plutôt des genoux charmants pou reposer sa tête qu'une seule pierre dans toi Paris.

Mais M. Haussmann est un Cincinnati inimitable.

La grandeur a ôté la prétention c règne.

On a agioté en grand ; et le Crrdit ?nob l'ier^ la Société wwiob'ilicre^ après avoir m; nœuvré en grand, font faillite en grand.

Le commerce râle en grand, la conliani agonise en grand.

Sire, sauvez-nous, sauvez- vous! fail( petilj petit, il en est temps !

Voilà le conseil d'un patriote qui ne vei pas l'impossible, et qui cherche Tharmoni dans le pouvoir et dans les idées.

M. Duvernois, d'ailleurs, en parle bien à son aise. Ne fait pas grand qui veut l Ce qui est à la portée de tout le monde, c'est de faire juste. Ce n'est pas là le défi qu'il a jeié!

Celte catastrophe des Pereire est la débâcle d'un système.

Us ont été le trompe-l'œil de l'activité publique; ils ont fait croire à l'Europe que la France était en grande prospérité.

Aujourd'hui, l'opinion voit clair en Eu-

rope et en France. Toutes les silualions sont percées à jour; tous les mensonges liquident. Les Pereire ont commencé. A qui le tour?

Dans un Mémoh^e destiné à défendre son élection, M. Isaac Pereire disait, il y a deux jours :

« Le capital de la Société immobilière se tro'Àve aujourcVhui complètement intact, »

Aujourd'hui, le tribunal de commerce répond : « Que ce capital n' existe plus du tout, »

C'est absolument la même querelle qu'entre le pouvoir et l'opinion publique, relativemeni à la liberté.

— Vous l'avez intacte 1 dit le pouvoir.

— Il n'en reste pas une bribe! répond ropinion.

On va devant le tribunal, c'est-à-dire devant le suffrage universel, qui répond :

— La caisse de nos libertés est vide ; emplissez-la, ou nous la remplirons.

J'ai publié, il y a quelques mois, une fable venue de Rouen.

Voici du même poète un apologue que j'abrège un peu :

Page 1