LA RÉPUBLIQUE BF.S ANIMAUX
Dans un manuscrit iroquois
On lit que, vers les premiers âges,
Les animaux avaient des rois
Comme ceux des hommes... peu sages.
Dans une assemblée, un beau jour,
Certain renard, avec adresse,
Blâma le luxe de la cour
Et plaignit le peuple en détresse.
Un chien de talent aboya
Contre des maux d'une autre espèce ;
Puis, un àne vint qui brailla
Ce discours rempli de sagesse :
« Messieurs, vous êtes mécontents
» Et vous avez sujet de Tétre.
» Sans aller plus loin, je prétends
» De ses destins qu'un peuple est maître.
» On nous mène tous par le nez ;
» Le meilleur de tous les systèmes
» Pour n'être pas mal gouvernés,
» C'est de nous gouverner nous-mêmes ! »
On trouva naturellement Ce discours de l'àne logique.
Chez les bétes, voilà comment, Depuis, on vit en république.
A. Caill'
Dieu merci ! nous ne sommes pas si bêtos que ces animaux -là. La monarchie a de grandes chances de durée.
Un pay. an reprochait dernièrement à M. Glais-Bizoin de n'être pas bien avec TEmpertur.
— Moi ! répondit- il,... je le tutoie î
VeiidrcdS 23. — 11 paraît que M. Duruy, en offrant sa démission, avait espéré qu'on la refuserait... Nos hommes d'Etat ne sont jamais plus punis que quand on les prend au mot.
Ce bon M. Duruy, après un sommeil qui lui montrait en songe les élèves du concours général couronnant leur ministre, s'est réveillé, devant le Journal officiel^ historien comme devant.
Il paraît que l'histoire n'enseigne pas suffisamment la philosophie ou que les nolions reçues se perdent dans le ministère ;
car, en apprenant ainsi ?a di?grâce, M. Duruy a cru devoir écrire une lettre très-digne, à la suite de laquelle, dit le Figafo, il a reçu de l'Empereur l'assurance de son entrée au sénat.
11 eût été plus digne de ne pas écrire et plus digne encore de ne pas accepter un dédommagement.
La médiocrité de la fortune ne fait peur qu'aux hommes médiocres.
Puisque M. Duruy, qui a la manie des circulaires, n'a pu résister à la tentation d'en adresser une dernière à son Empereur, il a manqué l'occasion de se plaindre avec Oerté et de se retirer avec désintéressement.
En fait de dignité contenue dans la lettre.
— It -
il n'y avait probablemont que la demandt concernant la (lignite^ de sénateur.
M. Bourbeau est un enfant du lélégraplie comme M. Duruy. Tous deux ont été appelé? au ministère par M. de Vougy.
Lorsque la nouvelle Excellence prit le train pour gagner la rue de Grenelle-Saint- Germain, Elle quitta Poitiers en môme temps qu'un des médecins attachés à l'hôpital de Lariboisière.
Cet esculape était venu pour soigner un cclopé de la science, presque aveuglé dans une expérience de chimie. La conversation s'établit.
M. le minisire, une fois la glace rompue, sf^ plaignit d'un certain malaise, de ce qu'on appelle iw? froid et chaud. Etait ce l'émotion de s être endormi maire de Poitiers et de s'éveiller ministre ? Etait-ce un simple refroidissement ? En tout cas , le médecin conseilla une forte transpiration.
M. Bourbeau a-t-il transpiré?
Voilà un point historique ^à vériiier.
Quant aux titres que pouvait avoir M.
Bourbeau à l'héritage de iM. Duruy , il paraît que j'ai oublié, il y a huit jours, dans la nomenclature, la fonction d'avocat et le poste de doyen de la Faculté de droit de Poitiers. On m'écrit à ce sujet, pensant bien que je ne veux pas voiler la gloire d'un de
nos hommes d'Etat. Je m'empresse de réparer mon omission.
M. le maire de Poitiers est-il content?
Je lis dans un journal :
« S. M. rimpératrice Eugénie, dont chacun sait le culte pieux pour la mémoire de Warie-Antoinelte, souhaiterait, dit- on, que TEglise honorât, consacrât solennellement la mémoire, non moins vénérable et plus pure encore, de la ^œur de Louis XVI. n
Cette sollicitude pour les Bourbons irat-elle jusqu'à faire inscrire le duc d'Enghien parmi les martyrs?
En tout cas, sans blâmer l'Impératrice de vouloir canoniser les princesses, qui sont toujours assez rares dans le corlége des saintes, je trouve qu'il est plus urgent de faire des femmes honnêtes pour ce monde et d'aviser à ne pas laisser déborder le luxe qui fait en grand des cohues de honnes pauvres.
Canoniser Mme Elisabeth, restaurer Trianon, ce sont des occupations douces et charmantes.
Mais il en est d'autres qui honorent aussi des souveraines et qui serviraient la France : canoniser l'esprit, les lettres, les arts ; ne pas laisser proscrire le génie et la liberté.
L'n banquier, mort aujourd'hui, M. D..., ^e trouvait aux Tuileries. Entre le jeune prince.
— Ah î voilà votre petit honfiomme^ dit avec rondeur le financier du Danube.
L'Empereur sourit; les chambellans pâlissent.
— Comment le trouvez-vous? demande avec indulgence le chef de l'Etat.
— Mais , pas mal , monûtur , réplique l'homme d'argent.
Pour le coup, un chambellan n'y tient plus. Il se précipite à l'oreille du banquier.
— il est d'usage, lui dit il, quand on s'adresse à l'Empereur, de l'appeler sire I
— Oh ! nion Diou, riposle l'importurbahle M. I)..., sire ou monsieur, cela m'est bien é^a; !
•• Comment voulez-vous que le respect se maintienne dans les collèges, quand les financiers, qui sont les premiers citoyens de l'époque, donnent ainsi le mauvais exemple?
Je reçois la lettre suivante, que je m'empresse de publier :
u Monsieur,
» On dit que, dans les nouveaux bâtiments de l'école municipale Tuigot, M., l'administrateur des écoles professionnelles
a lait installer un réfectoire où dîneraient, par le imnisfère du concierge, les élèves qui n'apportent pas leur dîner.
» On parle même de supprimer les permissions accordées aux élèves du voisinage qui sortent pendant les récréations pour aller manger chez leurs parents.
» Vous obligeriez de nombreuses familles si vous vouliez bien, dans votre prochain numéro, demander quelques explications, que Tadministralion vous communiquerait sans doute avec grâce.
» Agréez...»
Voilà la commission faite. J'attfnds un Commumqué ou simplement une réponse.
Quelque temps avant ?on élévation à la présidence du couseil d'Etat, M. de Chasseloup Laubat venait chez M. de Parieu, à sa campagne, près de Choisy-le-Roi.
Naturellement, on parla du futur ministère et des remaniements probables qu'il occasionnerait. M. de Chasseloup félicita d'avance et sincèrement iM. de Parieu de sa nomination probable, certaine.
— Vous y avez, lui disait-il, toutes sortes de droits, le savoir et une longue vice-présidence !
M. de Parieu savourait ces compliments... Hélas 1 le pouvoir n'a pas été du même avis que M. de Chasseloup-Laubat : il a nommé celui-ci, qui n'ose plus rendre sa visite de digeMion.
On dit que l'influence de iM. Rouhor, qui ne peut soutTrir ?on compatriote de Parieu, est pour l)eaucoup, sinon pour tout, dans celle nomination.
Croiiail-on que des gens regrettent M.
Rouher, sous le seul et unique prétexte qu'il était mini.4re d'Etat depuis longtemps ?
A ce compte-là, on ne renverrait jamais de dynastie.
Cliateaubriand combattait ce scrupule quand il écrivait :
« Il sufût de tenir bon dans la vie pour que les illégilimités deviennent des légitimités : on se sent une estime infinie pour rimmoralilé, parce qu'elle n'a pas cessé d'ô- Ire, et que le temps l'a décorée de rides... »
$l»aBuecli •2t. — Je ne sais si le gouvernement, comme on Tinvile à le faire, prépare une amnistie pour le 15 août; mais il prépare, en tout cas, les éléments d'une formidable mise en liberté.
M. Duvernois sera content : sous le rapport des arrestations, le | ouvoir fait grand.
Un dos correspondants du Temps, M. Eugène Carré, sur la dénonciation d'un homme
di venu inirouvable, a été arrêté avec un rie ses ami?. Ces deux honorables citoyens ont pass-^ ia nuit au poste, y ont suM les petites avanies que, dans les temps calmes, messieurs les sergents de ville ne inénagent à personne, et, le lendemain matin, ont été rendus à la liberté avec une belle révérence.
Que la police se trompe; qu'elle arrête parfois des innocents, je fadmets en le regrettant. Mnis que personne ne soit responsable d'une bévue, d'une détention arbitraire ; que l'on puisse impunément enlever un honnête homme à sa famille, plonger celle ci pondant toute une nuit dans des angoisses terribles, voilà ce que je ne comprendrai jamais.
Nous contions notre sécurité à la police comme nous confions notre vie aux compa-
gnies de chemins de fer. La confiance pour ja police est, toutefois, moins volontaire, moins spontanée, cl, à la rigueur, on peut dire à un voyac'cur estropié en chemin de fer :
— - Pourquoi n'allez vous pas à pied?
Mais, si la Compagnie est responsable de l'imprudence que je commets, pourquoi la police, qui s'institue, souvent malgré moi, ma providence, ne répond-elle jamais des désastres qu'elle cause?
Le jour où le policier zélé, qui met un peu trop rapidement la main sur le collet d'un citoyen, paiera d'une amende, d'une retenue sur ses appointements, cette témérité,' on aura autant de vigilance et moins d'imprévoyance.
En attendant, M. Carré a adressé une plainte au préfet de police.
Le Rappel a élé acquitté.
C'est, sans doute, parce qu'il était innocent; car, si l'on ne veut pas que nous puissions soupçonner les tril)unaux de rendre des services, à plus forte raison n'avons-nous pas le droit de les accuser de malice, d'opposition et de facétie.
Mais, à peine la sixième chambre a-t-elle déclaré que l'article poursuivi est innocent, que M. le procureur impérial appelle du jugement et requiert de Tinllpxible M. Falconnct une condamnation rié^uureu&e.
Je sais bien que cette stratégie est dans la loi; mais, mon bon bcns se refusera tou-
jours à comprendre quel intérêt peut avoir le parquet à prendre la magistrature en défaut, à signaler un désaccord flagrant entre ceux qui jugent et ceux qui dénoncent, et à mettre dans les procès de presse un acharnement qui dépasse le souci de la conservation sociale pour menacer une propriété privée.
Devant la Cour, le journaliste acquitté en première instance a ses premiers juges pour complices ; que dis-jc ? il les a pour excitateurs.
Croit- on que si la sixième chambre avait condamné la Cloche à un peu plus de 300 fr. d'amende, la chambre des appels eût été invitée à m'appliquer six mois (dont j'ai déjà grignoté quelques jours)?
Cest donc !a sixième chambre qui, par un phénomène bizarre, en se montrant in-, dulgente pour mon délit, l'a aggravé et m'a lait donner six mois, quand elle ne voulait que 300 fr.
Eh bieni le croirait-on, malgré cet accident, malgré le remords qu'ils doivent avoir de ces six mois, mes premiers juges, si courtois, ne m'ont pas envoyé leur carte ei ne sont pas encore venus me voir.
Ils me doivent pourlant bien ce témoignage de regret. Je m'en rapportais à eux ; pourquoi ont-ils été si bons ? Les cruels ! ils m'ont fait assommer.
Je n'engage pas le Rappel à aller ensuite en cassation.
Quelques journaux s'étonnent que les membres de la gauche n'aient pas adressé une protestation collective aux électeurs pour se plaindre de ce renvoi injurieux dont iM. Schneider a été l'insligateur et le complice.
Je n'ai pas mission de raconter ce qui s'est passé dans les réunions de la gauche; mais, j'aime mieux que chaque député, offensé dans sa dignité, blessé dans l'honneur de son mandat, proteste et écrive à ses électeurs spéciaux de la façon qui lui convient, plutôt que de participer à un manifeste général, ne s'adressant à personne et n'émouvant personne.
Ce compte rendu individuel ressemble moins à un \ronundamiento, et|, dans sa
simplicité, pénètre plus prol'ondément le pays.
H est juste, d'ailleurs, que chacun rende compte de son mandat et accentue, selon son tempérament et selon le tempérament de ses électeurs, la colère qui l'anime.
Ce qui est universel, c'est le mécontentement du pays; et ce qui est vis-ible, c'est rembarras du pouvoir.
On m'écrit de Toulon qu'il se fait par là des préparatifs de transport, que l'armée d'Afrique a rcru l'ordre de se rapprocher du
littoral et de se tenir prête à rembarquement.
Est-ce à la guerre ? Est-ce à une simple démonstration militaire à deux fins que nous allons ?
Veut-on nous jeter encore de la gloire aux yeux ?
Ou de l'autre poudre?
Je serais désolé de calomnier même mon gouvernement. Mais enfin, né d'un coup d'Etat, il doit avoir des indulgences filiales pour toutes les manœuvres qui ressemblent à une intervention de la force armée, et il ne serait pas absurde de supposer que, devant l'opposition qui grossit, la réaction songe à se foitifier.
Je dis cela sous toutes réserves et sans la garantie du gouvernement, qui n'est plus, d'ailleurs , en position de garantir d'une façon absolue quoique ce soit.
Diiiiaiiclie 25. — Il y a des gens avec lesquels nous ne nous entendrons jamais.
Ces gens-là accusent la Révolution française d'avoir tout détruit, et nous autres, nous glorifions la même Révolution parce qu'elle a tout fondé.
En vain Na^^oléon Ta dévalisée et s'est attribué l'honneuî et le profit de ses confiscations d'idées. L'histoire commence à répartir équitablementh responsabilité.
Ce que l'Empereur a introduit dans la Révolution française, c'est l'ambition effrénée, avec les convoitises de toutes sortes, l'esprit d'ingratitude et de trahison.
La République n'a pas connu les traîtres. L'Empire n'a fait qu'en engraisser ; et lorsqu'il est tombé, il a reçu le coup de pied de tous ceux qu'il avait enrichis.
Quand les alliés eurent fait leur triomphante entrée dans Paris, en 1814, devant ainsi à l'Empire l'hoûneiir d'une hospitalité que la République ne leur eût jamais accordée, M. le baron Pasqu er, préfet de police, pensa que l'homme auquel il avait prêté serment de fidélité étant vaincu, ne méritait aucun égard, et il se hâta d'afficher cette jolie petile proclamation :
Préfecture de policf, place l enclume.
« Le monument é!ev6 sur celle place est sous la sauvegar-le rie ]a magnanimitô de Sa Majesté l'empereur Alexandre et de «es alliés.
» La sfatue qui le surmonte ne pouvfnl // rester. Elle en descend pou r faire place à celle delà paix.
» Paris, 5 avril iSii.
» Le conseiller d'Etat, baron, préfet de police.
» Pasqlier. »
Que dites-vous de ce monument .çr/?/rpgardé, que l'on commence par défigurer?
Comme le dit fort bien E. Despois dans
son excellent livre da l a ncJ a Usine révolu tionna'tre, on trouve naturel que le préfet de police, nommé par TEmpereur, se soit iiâlé (le faire disparaître la statue de son maître vaincu; mais on ne pardonne pas à la Convention d'avoir songé à prendre 1rs statues des rois dans les caveaux de Saint-Denis pour les transformer en objets d'art et les réunir dans un musée.
La Convention est assez forte pour supporter cette injustice. Eile n'a pas faibli sous le poids de bien d'autres.
On prétend que le Sénat va étonner le monde par son libéralisme, comme jadi.s M. Rouher voulait étonner par sa franctiise.
Il songerait à faire de son nom, S^naf an-
servateur, le préservatif des révolution?; en cherchant le moyen de conserver mieux l'empire et de conserver moins la Constitution, sans cesser toulelbis de conserver ses appointements. Il tirerait un parti merveilleux du sénatus-consulte projeté.
L'espérance est la dernière émotion qui persiste dans l'homme. Espérons donc ; mais relisons l'histoire.
Napoléon l*-'- n'avait pas une confiance exag<^rée dans son sénat.
Le 2 avril 1814, pendant que M. Pasquier taillait sa plume pour détrôner la statue de la colonne Vendôme, le gouvernement provisoir»5, dont trois bénateurs faisaient partie, envoyait cette adresse à l'armée, tout humide encore des adieux de Fontainebleau :
« Soldats !
» La France vient de briS'^r !e joug sous lequel elle gémit avec vous depuis tant d'années...
)> Voyez tout ce que vous avez souffert de sa tyrannie : vous étiez naguère un million de soldais, presque tous ont péri ; on les a livrés au f^r de Tennemi, sans subsistance, sans hôpitaux...
)) Soldais, il est (emps de finir les maux de la patrie. La paix est dans vos mains ; la refuserez-vous à la France désolée?... Vous êtes ses plus nobles enfants et ne pouvez appartenir à celui qui Ta ravagée, qui Ta livrée sans armes, sans défense, qui a voulu rendre votre nom odieux à toutes les nalioas, et qui aurait peut-être compromis votre gloire, si un homme qui n'est pas même F;'fl7îça?s pouvait jamais allaiblir Thonneur de nos armes. . »
Ce Irait : Un homme fini nest pas même Français^ est des plus heureux. Le sénateur qui Ta trouvé a dû s'en montrer ravi. Comment résistera cela?
Parmi les signataires de cette pièce, je remarque le nom de Jaucourt. Dernièrement nous possédions encore un député officiel de ce nom. On lavait encore patronné comme candidat officiel aux dernières élections.
C'était M. de Persigny qui l'avait fait nommer, comme portant un des plus beaux noms de l'Empire. On ne l'a jamais entendu parler qu'une fois. Mais cette fois a amplement suffi.
Les électeurs l'ont rempla'é par M. de Jouvence! ; mais qu'on n'aille pas I»» mettre au Sénat conservateur !
A propos du Sénat conservateur, voici en quels termes celui de Napoléon l^"^ proclamait la déchéance de l'Empereur.
La pièce est curieuse. Je voudrais qu'elle lût lue à haute voix toutes les fois qu'un sénateur nouvellement élu prête serment.
Ecoutez :
« Le Sénat conservateur,
») Considérant que, dans une monarchie conslitulionnelle, le monarque n'existe qu'en vertu do la ConUitution ou du pacte social ;
)) Que Napoléon Bonapirte, pendant quel-
que temps d'un gouvernement ferme et prudent, avait donné à la nation des sujeis de compter pour Tavenir sur des actes do sagesse et de justice ; mais qu'ensuite il a déchiré le pacte qui Funiss^it au peup'e français, notamment en levant des im{ ôls, en établiï-sanldes ta>es nutrement qu'en vertu de la loi, contre la teneur exi resse du serment qu'il avait [Têié;
)) Qu'il a commis cel attentai aux droits du peuple lors même qu'il venait d'ajourner sans nécessité le Corps législatif...]
» Qu'il a entrepris une suite de guerres en violation de l'art. 50 des Constitutions du 22 frimaire an Ylll, qui veut que la déclaration de guerre soit proposée, discutée, décrétée et promulguée comme des lois...;
;< Qu'il a violé 1rs lois constilulionnelles par ses décrets sur les prisons d'Etat ;
» Qu'il a anéanti la responsabilité des nii-
nisfres, confondu tous les pouvoirs et détruit rindépendance des corps judiciaires;
)) Considérant que la /i&er/r de la presse, établie et consacrée comme l'un des droits de la nation, a été constamment soumise à la censure arbitraire de Fa police, et qu'en même trmps, il s'est toujours servi de la pres^e pour remplir la France et l'Europe de faits controuvés, de maximes fausses, de doctrines favorables au despotisme et d'outrages contre les gouvernements étrangers.,.
» Considérant qu'au lieu de régner dans la seule vue de Tintérêt, du bonheur et de la gloire du peuple français, aux termes de son serment, Napoléon a mis le comble aux malheurs de la patrie !...
» Par l'abus qu'il a fait de tous les moyens qu'on lui a confiés en hommes et en argent...;
î) Le sénat déclare et décrète ce qui suit :
» Arl. 1*"'. — Napoléon Bonaparte est d(^chui]ii tronc »
Voilà comment parlent les muets, quand un coup de foudre leur rend la parole.
Le Sénat pouvait passer pour le complice de tous les torts qu'il imputait à l'empereur; il les flétrit avec un tact qui n'était que l'expression du remords.
On remarquera que, parmi les griefs les plus sérieux, figurent : l'ajournement sans nécessité du Corps législatif et ranéantisse^ sèment de la responsabilité ministérielle.
Je ne souhaile au Sénat actuel qu'une susceptibilité analogue, sans les conséquences, bien entendu, que le premier Sénat en a tiréf s. Il a le devoir, comme le Sénat du premier empire, de dire son opinion sur l'ajournement sans n^'ccssité du Corps législatif, et de réclamer la responsabilité ministérielle.
Le Corps Législatif, moins comblé par Napoléon l^% fut moins expansif dans sa haine. Il se contenta d'adhérer à l'acte du Sénat.
Au nombre des signataires de cet acte d'adhéèion, je remarque uûSacy (Sylvestre).
Est-ce pour ce motif que le second empire a fait sénateur l'ancien rédacteur des Débats, qui, je crois, est parent du célèbre orientaliste, sil n'en descend pas?
LtiBscli *Ze. — On dit que M. Bourbeau supprime les décorations académiques, qui
ne coulaient rien à M. Duruy et qui valaient si peu.
Puisque le nouveau ministre a le courage des réformes, et qu'il commence par une des plus grosses, c'est-tà-dire par celle qui lient à la vanité, il devrait aller plus loin et affranchir rUniversité.
Comment?
Ce n'est pas là une petite atraire ; mais il n'y aura d'éducation libérale et progressive en France que quand la direction en ?era conQée à un conseil choisi dans le sein du Corps législatif.
C'était l'avis de iMirabeau. E. Despois le répète, et l'avis vaut d'autant plus, qu'à Tépoque où il professait cette opinion le grand orateur était en relation avec le château et voulait ménager l'accord de la Révolution et de la monarchie.
Voici ses propres paroles :
ir
«De loiitcs les vu(s f<;ndaiiienlalts d'après lesquelles on doit ^e conduire dans celle réforme, \3, première et la plus Importante est de ne soumettre les collèges et les académies qu'aux magistrats qui reprèsentf^nt véritablement le ppuple, c'est-à-dire qui sont élus et fréquemment renouvelés par lui. Aucun pouvoir permanent ne doit avoir entre les mains des armes aussi redoutables.»
J'ai bien peur que nou? ne soyons pas encore arrivés à ce degré de libéralisme qui affranchira l'éducation publique et qui ôîera au pouvoir la possibilité de déformer la conscience de h jeunesse.
Uobespierre, lors do la discussion relalivc à la Constitution de 1793, réclama l'instruction en commun et rendit hommage à nos collèges :
{( Les collèges ont été des pépinières de républicains; ils ont formé l'esprit de la nation et l'ont rendue digne de la liberté. »
Ces dém oIisseurs avaient du bon et se préoccupaient de l'avenir.
Puisque j'ai ouvert ce livre excellent de M. K. Despois, le fandalîsme révolutionnaire, je veux, avant de le refermer, lui faire quelques emprunts.
Sait-on d'abord d'où vient l'origine de ce mot vandaUsme^ que la réaction a appliqué à tous les actes nécessaires ou à toutes les violences fatales de la Révolution ?
C'est un révolutionnaire qui, le premier, l'a prononcé; c'est Grégoire qui, un moî;^ après thermidor, vint lire, au nom du comité d'instruction, son premier rapport sur le vautlalisnip- et les moyens de le réprimer.
On s'imagine toujours que la Convention fut, avant tout, une orgie sanglante, dans laquelle on ne ce^-sait jamais de se dévorer. C'est une erreur.
Dans les intervalles de ces fureurs d'Atrides, on établissait Tordre dans radministralion, on ouvrait l'avenir aux idées pacifiques, à l'enseignement du beau et du bien.
Les monuments peuvent mentir ; on peut écrire sur le Louvre que c'est Napoléon \'^ qui a commencé le trésor artistique, et que Nipoléon III a continué les traditions avunculaires.
L'histoire hausse les épau'es devant cette glurification de soi môme. Cn jour viendra
OÙ, parmi ces aigles pesants et ces abeilles sans miel, elle écri'-a gravement, froidement, quelques dates qui réfréneront les vanités souveraines.
C'est ainsi qu'elle dira qu'un décret de l'Assemblée constituante (1791) a désigné le Louvre pour devenir le dépôt des monuments des arts, et qu'au milieu des horreurs de li guerre étrangère, des convulsions intérieures, la Convention, dans cette terrible année 1793, vota les fonds nécessaires pour acheter les tableaux et pour ouvrir le Louvre.
Trois mois après, le Muséum central des arts était ouvert pour la première fois au public, le 8 novembre 1793.
Quelle inscripiion , qoel monument, quelle statue, quelle statuette, quel chiffre
indique au peuple, dans le Louvre re.staurt'' et napoUoiùRé, la part de reconnaissance (}u'il doit à la Convention ''
Les archilecles modernes n'ont ils pas, en démarquant le iMusée, commis un faux en histoire ?
Ce n'est pas tout encore.
On attribue généralement et faussement à Xapoléon l'inilialive des conquêtes faites parmi les chefs d'œuvre étrangers.
Les premières acquisitions obtenues par les succès de nos armes datent de la Convention.
Le 44 fructidor an il, G-égoire annonçait l'arrivée des toiles de Crayer, de Van Dyck, de Rubens, des Flamands ; et, deux mois après, nous possédions la Descente de Croix d'Anvers que, grâce à Napoléon, nous avons rendue.
Je ne discute pas la question de savoir fe'dest bon de voler, môme des chefs-d œuvre, et de faire s'expatrier des objets d'art qui perdent, en quittant ie ciel, le soleil de leur pays natal.
J'admets Ifr fait comme très-glorieux, très-moral, très-normal, et je dis que INapoléon n'a pas à s'en attribuer le premier mérite.
La Révolution seule a donné à la France un chant national.
Le petit air vieillot et libertin Fk-e Henri IF et la stupi'Je romance que nos musiques militaires font alterner avec l'air des Pompiers de iXanterre ne peuvent prétendre à la gloire de chants nationaux.
— eo —
La. Mai^seillalse est de 1792, le Chant du Départ de 1794, et la République, dit E. Despois, a prêté à l'empire une de ses marches militaires, œuvre de Dalayrac, qui, grâce à l'équivoque du premier vers, a pu survivre à la Révolution.
Veillons au salut de V Empire est de 1792.
On a donc bien raison de parler des victoires et conquêtes du premier empire. H a pris le plus qu'il a pu, et il a dévalisé la Convention.
Mardi 27. — Le Gaulois, qui avait reçu les mêmes nouvelles que moi sur les mouvemenls militaires de l'Algérie, est frappé d'un Communiqué démentant ces nouvelles.
Je prends ma part dans cette dénégation, /aguc d'ailleurs et générale, et je regrette îu'on ne précise pas davantage pour calmer ^'inquiétude, en assurant que rien n'annonce a guerre... nulle part.
J'ai encore eu l'honneur de me défendre levant la 6^ chambre.
Celle fois, j'étais cité par un iM. Protin, dont j'ai parlé dans la Cloche, et qui se trouvait diffamé.
C€ monsieur me demandait dix mille francs pour réparer les brèches faites par moi à saconsiJéralion.
Je n ai pas à raconter le procès. Je me borne à dire que le tribunal n'a pas accordé un sou des dix mille francs d'indemnité demandés, et s'est borné, pour le journal, à une amende de 300 fr.
Jtî ne sais si M. Protin est satisfait du résultat. Ouant à moi, je ne saurais m'ei plaindre.
— Bail esl bien juste que la Clorlip n'aille pa^ ^n justice sans payer une petite amende.
,Ie ne pouvais d'ailleurs payer trop cher e plaisir d'entendre plaider M. Busson- 3illault ; je sais à quoi m'en tenir sur l'éoqueoce d'un liomme auquel on a voulu îonfh-r la garde des sceaux.
Je ne lui confierai jamais rien.
Et puis, enfin, M. le préfet de police m'a 3ermisde sortir, pour aller à l'audience.
J'ai eu un jour de congé.
Merci, Monsieur Protin.
Ce^i aujourd'hui que commence l'anniversaire des trois journées de juillet 4830.
Le gouvernement laisse chacun libre
d'honorer comme il l'entend celte Révolulion glorieuse, à condition qu'on ne dira pas une messe trop solennelle pour les morts, qu'on ne portera pas des couronnes trop nombreuses à la colonne de la Bastille.
Un journal publie l'tiistoire de ces trois jours.
Il vaudrait mieux publier quelques-unes des belles pièces d'Auguste Barbier. Voila le vrai monument de cette explosion volcanique qui lançait en l'air des idées avec tant de débris.
Uh! quand uu lourd soleil cliauliait les grandes
[Jalleâ
Des quais et de nos ponts déserts, gue Its cloches hurlaient, que la grêle des balle»
Sifflait et pleuvait par les aire, Que dans Paris eûtier, comme la mer qui moDie,
Le peuple soulevé grondait, Qu'aux lugubres accents des vieux canons de foute
La Marseillaise répondait !
Eh bien ! à ce moment, si merveilleusement décrit par le poëte, la République purifiée sortait de son tombeau, tandis que Napoléon, encore alourdi par le sang de ses champs de bataille, restait cloué dans le ?ien.
J'ai l'air d'émettre une idée paradoxale; nais, comme elle est sans danger aujourrhui, je demande à la développer.
Il est bien entendu que nous n'aurons lus de révolution; par conséquent, plus de hance de république.
Depuis 1789, toutes les fois qu'un soulè-
vement sérieux s'est produit, ce fut l'œuvre des i'éjmhUcams et au profit de la répuhU({ue,
Voyons si l'histoire me dômenlirn.
La Convention a posé franchement le princip-i^ nouveau; et quani Napoléon a voulu enrayer la Révolution et préparer son usurpation, est-ce au noni du principe monarchique qu'il a osé parler? Non ; il revenait, disait-il, purifier, apaiser et affirmer la République.
La Restauration ne fut pas une révolution, puisque ce chassé croisé de Bonaparte et de Bourbons se fit sans intervenli(jn populaire et sans ébuUition sociale.
Mais 1830 fut une véritable révolution, ci j'en atteste tous ceux qui combattirent, tous
ceux qui triomplij'îrent, c'était au nom de la liberté que la lutte était engagée. Mais l'idée républicaine était bien engagée. L'idée républicaine était si bien au fond du mouvement, que, pour endiguer celui ci, il fallut que Lafayette eût la bonhomie de croire et de dire que Louis-PIiiiippe était la meilleure des répuhlicjues..
1848 fut la revanche des républicains contre le mot de Lafayette, et le 2 décem-; bre 1851, l'écrivain qui rêvait l'empire se garda bien d'annoncer qu'il voulait, qu'il tentait une restauration monarchique.
Comme son oncle, il annonça que, s'il renvoyait l'Assemblée, c'était pour mieux servir et mieux défendre la République.
Je ne crois pas que les concessions du pouvoir personnel, que les réformes libéra-
les promises aillent jusqu'à nous rendre la République pour consolider le meîUenr des Empires, mais je n'étonnerai personne en affirmant que si l'avenir gardait encore dans ses flancs des symptômes de révolution, ces symptômes seraient des symptômes républicains.
Heureusement, encore une fois, que nous n'avons rien à craindre.
llei'credî *18. — Si Ton ne fôle plus les époques révolutionnaires, on commence à préparer les somptuosités du 45 août.
Il ne semble pas qu'à Paris le centenaire prétende rajeunir le programme, car on met la même carca>se de feu d'ariifîce au-des-
.^us de TArc de triomphe, el on visse les mômes guirlandes de gaz aux mêmes poteaux de bronze.
C'est la discipline dans l'enthousiasme, la régularité dans la joie.
On ne veut pas abandonner aux fluctualions du sentiment, aux inégalités de l'inspiration la splendeur d'une si belle fêle.
Cet!e année-ci, par exemple, un entrepreneur de lampions tant soit peu libéral n'aurait qu'à symboliser l'ennui par des rangées de veilleuses !
Non, c'< st convenu ; M. Haussmann a installé des colonnes de bronze et fait des dépenses qu'on ne renouvelle pas tous les jours, afin qu'à perpétuité on se réjouisse, on s'enthousiasme de même.
Pour le même prix, on aura tous les ans la môme quantité et la même qualité de plaisir. Ce sera comme dans le ciel.
Quel dommage qu'on ne puisse pas confeciionner des cantates en fer creux et des vers en zinc! On ne serait pas obligé de se mettre en quête de poètes nouveaux.
Tous les ans, Godillot épousseterail la poésie, lui donnerait un petit coup de vernis et cela durerait... tant que les choses fabriquées en zinc peuvent durer.
Mais, hélas! il n'y faut pas songer.
Quelques âmes crédules s'imaginent que, celte année-ci, il pourrait bien y avoir une amnistie ou quelque autre manifestation.
Mais depuis longtemps déjà l'amnistie fait partie de ce programme tiré du magasin d'accessoires et garanti par le gouvernement. Les gardes nationaux, condamnés à huit jours de prison, attendent, et quel-
ques forçats qui ont donné des signes de repentir et communié fréquemment sont portés sur les listes de grâce.
Voilà l'amnistie de fer creux qui sert (ous les ans. Pourquoi changer?
Non, si Ton inaugure quelque cliose, tout porte à croire que l'on inaugurera la fontaine du Chàteau-d'Eau.
Le couronnement d'un nouvel édifice à verser de l'eau, voilà la grande ambition et le grand symbole du pouvoir.
On fait grand dans ce genre-là. Après le lac du bois dti Boulogne, le l«cde Vincennés et le lac des Buttes-Chaumont! Partout des fontaines, des jets d'eau ; partout, sur les places, dans les squares et dans les moindres institutions, de l'eau claire, de l'eau claire !
Nous avons un gouvernement à jet con-
liDU.
Quant au voyage en Corse, on n'eii parle plus.
Je me permettrai d'indiquer un pèlerinage moins lointain.
On a descendu de la colonne Vendôme l'homme au petit chapeau et à la redingote grise; on l'a exilé de Paris, on l'a placé à Courbevoie, sur la route. Le monument est plus que médiocre; aucune sentinelle n'en défend l'approche. Des lanternes qui paraissent avoir des peaux de vessies sur l'œil, jettent une lueur sinistre sur le pilori du grand homme. L'herbe des champs croit à l'entour, quand la poussière ne le dévore pas.
Napoléon, la tête inclinée, humilié de son internement, regarde la ville lointaine parée pour son neveu seul ; il semble froncer le sourcil et contracter ses narines, car, derrière lui, on lit sur une porte :
Entreprise de vidange ^ poudre tte, etc..
Une visite à ce Napoléon du dépotoir aurait un sens philosophique, ne serait-ce que pour parler du néant des conquêtes et des infirmités humaines.
J'espère bien, en tout cas, que, le \6 août, on donnera un coup de plumeau à l'homme de la légende et un coup de torchon à ses lanternes encrassées.
(Louis Ulbach) FERRAGUS
Le Gérant : L. LE CHKVALIER
Fans.- Imprimerie de Dubulsson et c, 5, rue Coq-Héron
Colleclion des Pb^sionomles Farisieiines