VOLUMES IN-32 ~ IMPRESSION ELZÉVIRIENNE - ILLUSTRÉS
— 1 fr^anc —
llf.st'nii'aleiii's et Kostaurés, par Eug. Clia-
vette, dessins de Cliam.
Ijc «.Journal et les «î«!5i'nalîstes, par Edm.
Texier, dessins de Bertall.
fnclusti'icls <5h .^îacRtlaî», par Elie Frébault,
dessins de Humbert.
Actem's et i^etriee?», par Ch. Moiiselet, dessins de Lorsay.
iiU Parisienne, par Paul Perret, dessins de
\'ernier.
Coinuiîs et Oenioiseïle*» tie ina£i;asiii, par
Mlle X., dessins deHadol.
f.e iSoîu'nie, par G. Guillemot, dessins de
Hadol. Floiietirs et frUoués, par Ad. Paul, dessins de
Benassis.
Artistes et Hapius, par L. Lerov, dessins de
Cook.
liCs Joîieuses, [.ar une joueuse, dessins de
Morin.
Prix de chaque volume ; 1 fr.
Envoyer un mandat de poste de (i IV. pour recevoir fronoj les dix volumes.
N*' 52 Samedi 7 août îse9.
PAR
FERRAGUS
JeKdî 2© |aîill€é. — Le numéro que je commence aujourd'hui clôt la première année de la Cloche,
Il y a un an que ce petit livre a été jeté au vent ; depuis, il a dépassé toutes mes f^pératices par !a seule autorité du vrai, par la teule éloquence de Ta -propos.
In an î Tant que cela :
Il faut que l'inquiétude du pays soit bien grande, que le besoin d'aspirer un souffle de liberté, d'honnéleté, de colère, s-oiî bien impérieux, pour que j'aie en celte bonne fortune soudaine de trouver un si nombreux public et de le garder :=i longtemps.
Un an déjà! et j'ai à peine commencé à démolir le colosse de la fausse ^^loire ; c'e^t à peine si j'ai dit quelque chose de ce que nous gardons sur le cœur depuis vingt ans.
Douze mois pour exhaler vingt années de déceptions, de miirère, daitente fiévreu.e, c'est peu ; voilà pourquoi j'ai la résolution sincère de continuer jusqu'à ce qu'on mo brise dans la main la plume qu'on ne pourra m'en arracher, ou jus4ua ce que, tonnant a toute volée l'avènement définitif
de la liberté , je n'aie plus de lâche â remplir.
En somme, la cam[)agne n a pas été mauvaise.
Il se peut ffi]e je n'aie été que la mouche du coche, el l'un ne m'accusera pas a'orgueii si j'accepte ce lùle.
Mais la mouche da coche n'a pas besoin de [)ousser à la roue pour faire avancer l'équipage; elle va piquer les chevaux, piquer le cocher, piquer Its voyageurs; elle bourdo ne aux oreilles de tout le monde et chante, dans sapeliie langue, à ceux qui se fatigueraient et se décourageraient de la lon^ gueur du chemin, la chanson du courage, de Télé qui vient, du sokil qui se lève, de l'horizon qui s'élargit, du but qui s'approche.
Une condamnation a six mois de prison et
un procès qui me coule 300 francs d'amende, voilà la blessure de la première aiinôe.
Cela ne vaut pas qu'on s'enorgueillisse ni qu'on s'humilie !
Je sers la cause des proscrits (t des déportés : quand je soutire un peu pour les avoir défendus, je pense à ce qu'ils ont si effroyablement souffert, et je me console.
M. E. Ténot a dressé le bilan de la proscription, véritable bilan, puisque la proscription a fait banqueroute et a liquidé Lambessa.
Mais qui racontera jamais l'exil à l'intérieur, de ceux qui étaient de jeunes hommes en 1851, et qui, pendant dix-huit ans, ont laissé passer toutes les ambitions sans en suivre une seule, se résignant au travai ingrat, à l'effacement, à ce Cayenne de l'es prit qui leur valait les morsures de la police, sans compter la misère?
La lorlure visible maintient la conscience; mais ceux qui trouvaient au fond m^nie de leur conscience une torture secrète, ceux qui pouvaient se demander s'ils ne sacrifiaient pas leur fortune à une utopie, leur bonheur certain à un bonneur douteux, et qui persévéraient pauvres, reniés des gens habiles, suspects quelquefois aux martyrs du dehors, ceux-là n'avaient rien qu'euxmêmes pour se maintenir, et se sont nsaintenus.
Jemander grâce quand on est au delà de la frontière, c'f st une grosse lâcheté ; mais, en passant, en coudoyant un ministre que l'on connaît, un camarade qui vous veut du bien, sourire, avoir l'air d'accepter, se laisser donner quelque chose, c'est une concession si peu visible qu'elle ne paraît pas une lâcheté.
Eh bien 1 cette tentalion , personne de ceux qui avaient juré de rester fulèles. à la Constitution violée n'y a cédé.
Je réclame pour ces stoïques sans emphase une part au jour des revendications.
C'est avec eux que j'ai attendu, que j'ai lutté, que j'ai espéré ; c'est pour eux que j'ai sonné la cloche depuis un an, devançant l'aurore du jour qui se lève enfin.
Vingt années dans la vie, c'est autant que cent années dans l'histoire. Fêtons donc notre centenaire, à notre tour, celui qui revient à tous les renouveaux de la liberté !
La Cloche a débuté le 15 août 18G8, le hasard l'a voulu ainsi. Je trouve, celle année, que le hasard a été bien généreux; il me permet de me réjouir sans remords et de boire sans félonie à l'avènement de la liberté, le jour de l'apothéose de Napoléon I".
Après avoir épuré la garde nationale de Paris, ce qui l'a légèrement altérée, on est en train de la mécontenter tout à fait; de sorte qu'il ne restera bientôt plus, comme dévouement, que les tambours et les officiers nommés par l'autorité.
Qu'on y prenne garde ! Si risible qu'elle puisse être dans les manœuvres, et si comique qu'on veuille la faire dans ses prétentions, la garde nationale n'en a pas moins son importance ; et les Joseph Prudhomme qui participent au pouvoir devraient se rappeler ce mot grotesque mais vrai de Joseph Prudhomme garde national , quand il jure « de se servir de son sabre pour défendre les institutions de son pays, et au besoin pour les renverser. »
Cette brouille des garde:^ nationaux de. Bercy semble peu de chose, (''e-t un symptôme grave. On n'osera plus 1p? réunir ; je défie qu'on ose les licencier.
Les journaux mettent une certaine solennité ou une certaine malignité à annoncer Tarrivée de M. Maupas, qui a devancé, comme on sait, le libéralisme du sénatus-consulle.
On semble croire que ce Champenois nerveux, dont les coliques du 2 décembre sont acquises à l'histoire, a de nouveau un rôle à jouer. On ?e trompe bien.
M. Maupas est du parti de la peur à outrance, i) faisait de la réaction par effroi en 18oi ; il a fait du libéralisme par inquiétude en i869.
Dans ce moment-ci, il doit se demander avec pâleur s'il n'a pas élé trop loin, et si la démagogie ne va pas lui demander des comptes.
On a rouvert les réunions publiques, c'est à-dire qu'on lésa refermées. Le proverbe de Musset a élé revu par MM. les commissaires de police. Ils ont pris pour devise : a // faut qiCune porte mt ouverte et fermée.
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Hier, un orateur attaque le monopole danf^ une réunion fort paisible; M. le commissaire intervient et s oiïense de ce qu'on paraît, dans une question d'économie politique, Il baisser Ja France au dessous des autres nations. Au nom du chauvinisme commercial, la réunion est dissoute.
Avant de commencer un discours sur Irs tarifs et les douanes, les orateurs feront bien de demander, une autre fois, au commissaire s'il est protectionniste ou libre-échangiste. Car la liberté tient à cette profession de foi spéciale.
Ce n'est pas pour le peuple que l'on dresse une tribune, c'est pour la satisfaction particulière de M. le commissaire. On lui donne de petites représentations qu'il est libre d'interrompre quand elles l'ennuient.
On va faire de grands discours sur Napoléon l" à propos du centenaire. Personne ne dira la vérité qui tient dans ce peu de mots :
(( Cet homme n'a aimé que la renommée» et pour se rattacher, il Ta corrompue. Il a soutenu toutes les opinions, professé tous les principes; il a voulu tout étreindre, et, comme le dit Lamartine, il a laissé en définitive la France amoindrie et un nom immortel. ))
Il resterait à discuter la valeur de certaines immortalités.
Dans ce qu'on appelle le Manuscrit de
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l'ile d'ElbCy et qui, dicté avant le retour, au général Bt^rlrand, comme un développement des idées que contiendraient les proclamalions, ne fut publié qu'en 1823, en Belgique. on voit le grand comédien des adieux de Fontainebleau ?e faire révolutionnaiie, parce que la Révolution est toujours l'arme des prétendants.
« Tout gouvernement légitime , dit-il , éteint les droits et la légitimité des gouvernements qui l'ont précédé. La République a donc éié un gouvernement de fait et de droit légitime par la volonté réitérée et permanente de la nation.., ))
Je parie bien qu'on ne citera pas celte opinion dans les discours officiels.
Remarquez que Napoléon avait dit d'abord :
(( L'Assemblée consliluante donna à l'Etat
une nouvelle Constitution qui fut sanctionnée par l'opinion de toute la France. Louis XVI l'accepta et jura de la maintenir. L'Assemblée législative suspendit le roi; la Convention, formée des députés de toutes les assemblées primaires du royaume eirevétue de pouvoirs spéciaux^ déclara la monarchie abolie et proclama la République ; le roi périt sur un échafaud. »
Et Napoléon n'ajoute rien, tant la chose lui paraît simple et naturelle.
Le même homme avait écrit, peu de temps après son arrivée à l'île d'Elbe, une dixaine de pages restées manuscrites et qui ne furent publiées qu'en 1848, sous ce titré : Adieux de Napoléon à la France et à VEu^ râpe» On y lit :
(( J'ai conjuré le terrible esprit de nouveauté qui parcourait le monde comme un monstre destructeur. »
On voit que le grand homme avait des opinions de rechange sur la Révolution.
Citons encore :
(; Le monde ne peut être sauvé qu'en faisant coulf.r des flols de sang. Il n'y a qu'un terrible et violent our.^gan qui puisse purger l'air empesté qui enveloppe l'Europe entière.... Mui seul pouvais sauver le monde, et nul autre. Je lui aurais donné le calice de douleur à vider d'un seul trait, au lieu qu'a présent, il faudra le faire boire gout-te à goutte. »
il paraît que nous en sommes aux petites rations, à la dose des petits verres.
Plusieurs fois on m'a demandé pourquoi je me faisais un plaiîlr et un devoir de fouiller dafjs ce ca^'harnailm qu'on appelle la conscience de Napoléon, et de montrer ce grand dominateur des coiiscienres en contradiction perpétuelle avec ses prétendus principes.
Mais on oublie donc que nous sommes gouvernés en verlu des idées napoléoniennes. Et, s'il y a quelquefois un peu de confusion, de tumiilie, d'obscurité dnns les principes que l'on dégage de ces idées, n'estil pas naturel el patriotique d'excuser ceux qui s'embrouillent, en montrant le fatras de leur oracle, el, en dénonçant «es perpétuelles contradictions?
L'homme que Napoléon l^'*, par une raillerie odieuse, avait fait vice-président de la république italienne, Meizi, di.-ait de lui avec raison :
« Il a le chaos dans la tête, et l'enfer dans le cœur. »
Veut-on voir un funeste effet des idées napoléoniennes?
On blâme, non sans raison, Napoléon 111 d'avoir fait TAllemagne mie, en laissant faire la Prusse.
Mais cette faute est une idée de Napoléon 1". H se vantail d'avoir aidé la Prusse à démolir le vieil empire germanique, et il disait :
— «J'ai bien mérité de l'Europe et de rhumanité en portant les Allemands à la connaissance d'eux-mêmes. »
Je délie bien Napoléon 111 de vanter ces paroles et de les appliquer à la bataille de de Sadowaî
Ycndrecifl 80. — M. Clément Duvernois n'a pas seulement inventé la théorie de faira g^andy mais aussi la théorie d'accoupler deux femelles pour les rendre fécondes.
Il paraît qu'aux dernières expositions de bétail, on montrait un bœuf qui, en vieilli?sant, et à l'aide de certaines opérations, était devenu vache.
Je ne sais si M. Duvernois veut transporter ce procédé dans la politique, mais voici ce que je lis dans son journal :
a Oui, nous conseillons de faire grande parce que ce n'eût pas été la peine de marier la souveraineté nationaie et la dynastie napoléonienne pour accoucher, au bout de 19 ans, des cadets de la rue de Poitiers.»
L'image est complète.
Je savais bien que les hommes du gou- Ivernement avaient des idées spéciales, et ils 'entendent en anatomie comme en réformes libérales ,jm.
Mais peut être M. Duvernois, qui n'a pas toujours é!é si r aiT, a-t-il voulu prendre un
moyen ingénieux el indirect, de prouver l'impuiî"«ance du gouvernement en montrant qu'on y accouplait des idées du m^me sexe sous la surveillance, sans doute, de personnages sans sexe.
Ce serait bien lin et bien sublil.
Il parait que M. Kuubcr, que l'on croit sans préjugés, a de petits scrupules, et aue cela lui fait quelque cbose d'entrer ^^i vite dans l'appartement de M. Troplong.
Je lis dans V Indépendance belge :
« Madame Rouher aurait désiré que <on mari ne pi ît point pour cbambre celle oO M. Troplong est mort, n
Jp suis désolé que de si lugubres pre?sentitnenls se soient mêlés à l'amertume éprouvée par le vice-empereur de n'être plus que prérident du Sénat. Mais qu'il se rassure; des hommes comme lui ne s'arrêtent pas à mi-chemin, il montera p us haut encore. Ce n'est pas dans le lit de M. Troplong qu'un homme comme lui doit mourir.
J'ai annoncé, il y a quelque temps, une grosse nouvelle qui n'a pas été démentie, et qui n'a été l'objet d'aucun Commumqué.
J'avais annoncé l'embarquement prochain à Toulon du jeune prince des Asturies^
pour une restauration à laquelle la France se prêterait, au moin^^passiveiTK nt.
Ma grosse nouvelle était vraie.
J'ajoute, pour la corroborer, que, clepith plus de deux mois, sont arrivées et déposées à la poste de Toulon d^s sommes importantes venues d'Espagne à V adresse des officiers de r escadre Topete.
Ces sommes devaient couvrir les frais extraordinaires orcasionnés par les fêtes préparatoires destinées à cimenter Tamitié avec l'escadre anglo-française.
Cette comédie ou celte tragédie, ou ce drame subit un léger retard.
Les élections radicales, l'état de ropinioii en France, les mouv( ments cléricaux carlistes, suspendent, retardent, ajournent et événement décidé en pri)u'ipp.
li paraît, d'ailleur?, que le général Prim fait des frçons et n'e?t pas aussi acces^bie (]u'on l'avait e?péré à certaines insinuations..
Le rôle de Monde est un rôle de dupe. Nô vaudrait-il pas mieux, le cas échéant d'une république militaire, faire à son tour un dix huit brumaire ? Ces coups-là tentent les guerriers et les ambitieux.
Voilà donc pourquoi la tentative de restauration du prince des Asturies n'a pas encore commencé.
Le Gaulois a reçu un communiqué au 6ujt>t de l'annonce des concentraiions de troupes en Algérie, et on lui a déclaré que sa nouvelle était absolument controuvée.
I! est de tradilion et de politesse que le communiqué est presque infaillible. Mais enfin, on peut le discuter, et j'ai été, pour ma part, surpris de quelques pelils détails qui affaiblissent la portée de cette dénégation.
Au moment où le communiqué nie, le PubllCy le journal de M. Rouher, avoue cette concentration sur le littoral et l'attribue à la coïncidence des inspections générales.
Le même jour, la Patrie ou le Pays (c'est l'un des deux, mais je ne sais plus lequel) donne un autre motii de cette concentration indiscutable. Il parait que, tous ks ans, les troupes d'Algérie quittent leurs lignes militaires à l'époque des fortes chaleurs pour aller, au bord de la Méditerranée, proliler des brises de la mer.
Croyait-on vraiment que kbclufi de no:
troupes eussent de si délicates altentions pour la sauté de nos soldais? Je suis bien certain qu'on ne dit pas tout, que le moindre sergent a sa villa de plaisance avec une chambre pour le caporal » et que les suidais reçoivent des distributions de parasoîs.
Si, dans le Nord de la France, les troupes se rapprochaient ds la frontière, ce serait uniquement pour jouir de la fraîcheur du Rhin; peut-être bien aussi pour aller boire quelques eaux minérales à Bade, à Ems, mais par pure distraction hygiénique.
La grande préoccupation, la seule, c'est la santé du soldat.
Le cnminumrp/ê (de même que les journaux officieuA), a oublié de répondre à la partie de la nouvelle donnée par le Gaulois
qui concerne ïonlre intimé aux compagnies des paquî bots marseillais d'avoir à se lenir à la dispo3ilion des cher.s de corris.
Remarquons en passant qu\i Marseille, où la nouveil.^ a fiit sensation, pas un démenti na clé formulé clans la presse locale, an nom dcsdifes cowpncinks.
Quant à la présence à Paris du prélel niariiime de Toulon, elle élait incontestable il y a cinq jours. M. le vice-amiral Chopart a passé cinq jours à Paris, mande par dépêche téléyraphique.
C'est M le contre-amiral Martin, major général, qui a fait pe:idant son absence l'in • lérim de \-\ préfecture.
Vnil' de petils délaiis qui ne prouvent pa^ assurément que \c communique 'd tort, mais qui démontrent du moins que le conunum'
que n'a pas suffisamment répondu à toutes les objections.
Au surplus, l'attention est éveillée de ce côté; il sera bien difficile de l'en détourner muiu tenant.
En allendanl, me sera-t-il permis de demander pourquoi on diminue Felfectif des garnisons du Midi et on augmente celui des garnisons voisines du Rhin ?
Do temps immém.orial, Toulon a loujourâ eu deux régiments d'infanterie; il n'en a plus qu'un seul depuis trois mois î
Certes, je ne ferai pas un reproche au maréchal de Mac-Mahon d'avoir profilé de l'affreuse famine de l'année dernière pour enrôler sous nos drapeaux de malheureux Arabes niourant de faim. Ce n'était sans doute qu'une intention charitable. Mais cette bienfaisance bien avisée a créé des balai i-
Ions de turcos qui élonneraient M. de Bismark.
En somme, rien dans nos idées n'appelle la guerre. Mais celle-ci est souvent si commode qu'il n'est pas absurde d'avoir une foi tempérée dans le maintien indéfini de la paix.
On me donne sur l'état de Tarsenai de Toulon des renseignements que j aimerais à croire exagérés, et qu'en conséquence je publie sous toutes réserves.
On m'assure que, jusqu'à Ja guerre du Mexique, le magasin général avait toujours été pourvu de provisions de toutes sortes.
Ces provisions étaient soigneusement faites en temps utile, On profitait des occasions favorables de qualité et de prix; on renouvelait le tout religieusement au fur et à mesure de la consommation faite par let^ armements de navires. Ce moyen très-sage parait à toutes les éventualités et dispensait de passer sous les fourches caudines des spéculateurs avides.
Les sommes etfrayanles que nous a coùt(^es l'expédition du [Mexique ont fait déroger à ces saines traditions, il a bien fallu puiser aux provisions pour dissimuler les désastres et ne pas révéler de trop gros chiffres dans le budget.
Aujourd'hui, malgré l'emprunt fait il y a deux ans pour combler le gouffre, malgré les attestations des ministres, malgré tous
les démenlis, l'arsenal de Toulon eèl absolument vide, et quand un armemenl est n(^cessaire, on achète comme on peut; ou l'on te pourvoit auprès des arsenaux du Nord, moins dégarnis que ceiui-là.
Veut on uu exemple récr-ntï
La Crri-'s, allant au Sénégal et au Gai «en, devait partir le 1" juillet. Elle devait porter, entre autre matériel, un approvisionnement de bougies.
Au dernier moment, on se rappelle qa'il n'exisîe plus le moindre boat de bougie au magasin général.
Vite, on envoie une dépêche au port de Brest, ordre d'expôdiur p^r grande vilo^îrC 4,000 kilogrammes de bougies.
La Cërès reste huit jours e'n partance avec tousses passagers à bord. Lnfin, la bougie arriV' et l'on part.
Seulf^ment, le port coûtait 2,650 francs de Brest h Toulon.
Suis- je bien renseigné ?
On allumerait à la fois les 4,000 kilogrammes de bougies, qu'on aiderait peut-être puissamment à la splendeur des illuminations du 15 août; mais on ne verrait pas plus clair dans nos finances, dans notre prospérité, dans les projets pacifiques ou guerriers de la France et dans les communiqués du pouvoir.
Samedi 31. — Le besoin d'un nouveau
journal, qui répondît à la situation, ?e fai-
.«ait ?cntir. Ce besoin est comblé par i'appRrition du Cassp-Tt'fe, organe fondé en 1869.
Ce liti'e résume tout.
Il ne fait aucune allusion à ce qui s'est passé sur le boulevard. Non. lia élé démontré et acquis en justice qu'aucun sergent de ville n'avait de casse-tête à la main ; les gens blessés ne l'ont élé que dans leur amour-propre.
Mais, pour tout homme de bonne toi qui cherche et pénètre le sens des manœuvres du pouvoir, des contradictions des journaux officieux, des tergiversations de nos hommes d'Etat, la politique devient un casse-tétô.
Jamais mot plus juste ne fut appliqué à une situation plus enibrouillée.
Croit-on que ces malheureux minisires, qui se réunisfent en conseil pour élaborer le fameux projet de sônatus- consulte et qui ne peuvent s'entendre sur la rédaction, qui passent des heures à chercher un synonyme ou un diminutif du mot liberté, n'ont pas leur
tCQsse-tête.
t L'impératrice, qui n'a rien à dire, rien à faire, rien à voir dans ce projet, ne subit-elle pas aussi la môme torture, et n'a-t-elle pas aussi sa charmante tête cassée ?
M. Uouher, qui gouverne toujours depuis qu'il ne règne plus, et qui a peur d'avoir des cauchemars sur l'oreiller de M. Troplong, n'a-t-il pas aussi son casse-tête?
Et M. Schneider, qu'oi Tie rononiniera peut-être pas président ?
Et M. Emile Ollivier, qui a fait des ministres sans parvenir à l'être ?
Et tant d'autres que leur ambiiion talonne, n*oiit-ils pas tous leur casse-téle ?
Sans compter le juge d'instruction, qui ne peut parvenir à mettre au jour ce fameux complot pour lequel on délient, dans ce lieu de tortures silencieuses qu'on appelle Mazas, iMM. Quentin et Cournet.
Le Rappc}^ acquitté devant la 6' chambre, a été condamné à un mois de prifon et 300 francs d'amende devant la chambre des appels correclionnels.
Je m'étonne que les magistrats qui parla
g'ent moralement cet échec don Dent pas leur démission.
du journal ne
Je sais bien que les jugf s de la 6*^ chambre ont de petites consolations et des dédommagements. Ils \'iennent, par exemple, d'infliger un mois de prison et 200 francs d'amende à M. Laferrière, pour outrage envers le préfet de police.
Je doule qu'on interjette appel de ce jugement.
C'est un petit succAs flatteur pour la G*^ chambre.
iNous tuuclions au contonairo qui non?
louche si peu.
Mais, pour que la grande fôle qui se prépare soit complète, je voudrais qu'on élucidât la question de savoir si elle a sa raison d'être, et qu'on fixât un peu l'âge authentique de Napoléon i*'^
Lamartine a dit :
« Ta tombe et ton tx'vceau sont couverts d'un
nuage. »
11 est essemiel de d'sperser la nuée du berceau, et de savoir si l'empereur était Français, ou si nous avons été conquis an 18 biumairepar un (lorse.
Un ancien magistrat, M. Boullée, dans une brodai ro fort curieuse, cherctie â t'Iucider cette quesiion. Voici les éléments du débat:
Un e.N irait haptislairo ('îcrlt en latin et deiivré par M GalF-Ti, curé de Corîe, constate que : « M Charles Bonaparte a présenté :^ l'église de cette paroisse un enfant né de lui et de dame Leiizia (tout couri), le 7 janvier 1768, sous le prénom de i\abulion.n
Cet exîrait a été cerlifié par une déclaration du juge royal et criminel de Corte, délivré le 19 juillet 1782. Il fut déposé entre les mains de rofficier de l'état civil de Paris, par Napoléon lui même, au mois de mars 4796, pour la célébration de son mariage avec Joséphine.
Le regi;>trede l'état civil de Paris, contenant Tacte de mariage de Napoléon, reproduisait l'extrait baptistaire de 4768.
Ce registre, vu inidiCi jusqu^en 1839, a été mutilé, dit on, à l'endroit intéressant. Par qui ?
L'oiiginal de l'acte de C-'rte, qui est au dépôt de la guerre, est refusé en communi-
cation à toute? le? personne> qui le demandent.
Du document citf^ plus haut, il résulte que Napoléon s'appelait en rivalité NabiiUon ; qu'il est r (^, non à Ajacoio, mais à Corte; non le 15 août 1769, mais le 7 janvier 1768.
L'acte de mariage consacre encore cett'i date m attribuant au jf-une général l'âge de vingt-huit ans, au lieu de vingt-six et demi.
On ne peut remonter aux sources. L^-s minutes des registres baptistaires d'Ajaccio et de Coîte ont été mutilées au bon endroit; par qui?
Je jure que ce n'est pas par moi.
L^'S partisans do la dare dn 1769 objectent un acte de baptêm.e déposé par le père, Charles Bonaparte, à l'école mi itaire de Brienne, lors de la pié-enuilion dp son second fds.
Cel acte, cl(^iivré en 1779, fait naîlre Napoléon à AjaccJo, ]e 15 août 1769, un an, jour pour jour, aprrs ledit de r(''iuîio!) O.e ia Corse à la France. iMa's ce ceriificat est trop visiblement utile pour ne pas ôtre su.-pect. Il e-l écrit en Italien, et non en latin, contraironit-nt à tous les usages de t'Eglise ; <:c plus, il omîîl le jour, riieure et le lieu da baptême de Napoléon.
11 importe peu qu'ensaile le chevalier de K-^rsaglio, inspecteur de l'é'^o'e, cerlilio cette pièce.
Napoléon avait une façon galante d'expliquer la contradiction des deux actes. Il prétendait que, épou-ant une femme plus âgée que lui et voulant ménager les susceptibilités de Joséphine, il avait, par convenanc-^ emprunté r.ïcte de b -plême de son frère Joseph.
Cttte îaç n deg.-igée de se [iroclamer faussaire piir j^alanleiie etl ic seul haut fait de chevalier et de In.aibndour de Napoléon.
Mais elle n'explique pas comment on attribuait le prénom do Nabulion au nouveau-né.
Un ancien condisciple de Napoléon à Bricnne, M. Dangeais , dans un ouvrage qu'il publia en 1822, cite des lettres du jeune officier d'artiilere qui confirment la date de 1768. Dans Tune d'elles, du 3 septembre 1789, il parle de ses 21 ans ; dans une autre, du 20 décembre 1793, se reportant au commencement de 1792, il dit : «J'étais capitaine et j'ava s atteint ma cingt- (juatrième année. »
Tous ce? détails ébran'cnt un peu la dévoiion au centenaire. Mais, déjà avant le premier Empire, la question avait été soulevée.
Vn jour do. l'année I80J, M. Sé^^ninr, (rai-
clienif-nl nommé premier président a la cour
r.ippel de Paris, aJmis à l'audience du pre-
mier consul, répondit à celui -ri qui lui demandait son âge :
— Général, je date do la m^me ann^^e que vous, de 1768.
A quoi Napoléon répondit brusquement et en fronçant le sourcil, « qu'il était né dapuh la réunicn de la Corse à la France. »
La lettre impériale du 12 avril, concernant le millésime jubilaii-f de 1869, ne Iranche rien, et le gouvernement provisoire de 1814 n'avait donc pas si grand tort de dire que « Napoléon n'était pas môme Français. »
A quoi bon célébrer une fête dont le motif n'est pas bien prouvé?
Quand l'Eglise honore les saints, elle a pris la précaution de les canoniser et de leur donner un jour dans le calendrier.
11 serait convenable de faire un petit travail analogue pour l'apothéose de Napoléon.
Quant à moi, qui nie sentais déjà d'une
liédeureCroyable, je suis devenu, je Tavouc, absolument sceptique, et si j'iilumiuais ce jour-là, ce r-erait probab'emmt pour la Sain!e- Vierge, à laquelle il devient décent de restiluer Ja fête du 15 aoûf, an moins provisoiremcnr.
On ne courrait pas le risque de s'associer à un faux en histoire pour glorifier la force.
D'ailleurs, s'il e-t douteux que la Sainte- Vierge ait été ravie au ciel, je suis bien plus certain encore que Napoléon ne mérila jamais d'v monler.
DianaiacSie U" août. — Parlons un peu de ce procès Taillefer et Pic qui fait une si épouvantable concurrence aux procès de presse.
Quand les journuli-le.- oiïirieux .-'en niélenl, ils l\»it qmnd.
Douze ans de travaux forcés pour l'homniG dévoué qui tenait r Etendard ^ et sept annéesde léckision pour le caissier ims^i imbéciio qu'intidèle, qui se déshonorait sans autre profit que le deshonneur ; voilà le dénoucment amené [ar les eirorts coa.binés du ministère public et des deux avocat-', qui fuf-cnl ini.^iîoyables.
Que vouliez vous qu'ils lissent contre t: ois ?
A l'heure où deux familles pleurent de ce verdict infamant, ne nous appesantissons p s trop sur le crime de ces maiheureux. Mais rien ne peut nous empéclier de dégager de cette horrible histoire renseignement qui en déoouio.
On s'étonne que les vols àccom[)lis par les caissiers se muUiplientl
De quel airain ne devraient-ils pas avoir la conscience couverte, ces affamés, pour résister à la contagion qui les entoure ? Ils ouvrent et ils ferment la porte de tous les songes corrupteurs ; ils voient tomber goutte à goutle dans leur caisse la rosée des actionnaires et partir, en brisant les digues, le flot des primes, des commission^, des bénéfices attribués aux habiles.
Ils se disent que leurs patrons se font millionnaires en six mois, et ils se croient autovi-^fc: ;\ \n(-h^\0T en vingt ans la dîme de ces millions.
Autrefois, on racontait la vieille histoire; de Laffitle ramassant une épingle, et l'on dit ^ait : « L'ordre, l'économie, la probité, sont les bases de la fortune. » Aujourd'hui, on a
la légende de Mirés avec ses petites industries de début, de Péreire, petit commis chez Rothschild, et Ton se dit : a Soyons habiles, faisons grand / »
Or, quand rhabilelé manque, on y supplée par le vol.
ïaillefer a spéculé, et il a voulu faire grand ; et, le premier gouffre ouvert, il a jeté l'or comme i^ne sonde et a creusé des abîmes, croyant percer une mine.
Avec la corruption qui vient de la Bourse, il a subi la corruption qui vient des grandes relations.
Les parvenu«^ de la politique excitent autant de jalousies que les parvenus de l'argent. On sait qu'une nouvelle diplomatique contiée à propos fait perdre ou gagner , on sait qu'il faut avoir le bras long, A l'époque
OÙ rautorisatioii de créer un journal était une valeur vénale, on récoltait les Facs d'écus dans les antichambres ministérielles, et Ton menait les commnrjditaircs à des audience?.
Des entrepreneurs ont des créances plus ou moins claires sur la ville de Paris. Us n'ont qu'à l'aire les fonds d'un journal officieux, et, en échange de lenr appui , ils recevront une aide pour obtenir leur argent.
Quand les enlrepreneurs hésitrnt, on en appelle au ministre, et Son Excellence daigne elle-même intervenir, encourager les bailleurs de fonds.
Tout cela a été dit au procès.
Pic av„ii l'oreille du pouvoir; Taillefer a eSf éré s'enrichir par drs privilèges, li eut Hjoins volé si IMc eût été moins avancé dans
le^ bonnes grâces du ministère. Mais, pour obliger un ami si puissant, on peut tout exposer, tont risquer! Le gouvernement rembourse tout, l'argent, le crédit et l'honneur.
Il est bon de se souvenir du fait suivant :
Dans la séance du 22 juillet 1868, un an juste avant qu'on amenât Pic entre deux gendarmes sur le banc d'infamie, M. Paul Bel b m ont renrochnit à iM. Pinard d'avoir donné les annonces judiciaires à un journal qui, sans V arbitraire^ neœistait pas.
M. Pinard répondit qu'il avait fait examiner la >ituation de cette feuille et qu'ii avait trouvé un nombre suffisant d'abonnés.
M. Pinard avait élé trompé. Mais si les ministres ne se mêlaient ni de créer, ni de favoriser les journaux; s'i's laissaient à chacun la liberté. Pic ne se iiit pas offert
avec vraisemblance comme un entremet - If^ur, et n'eût pas fait si ai:iément des dupes.
Bien n'étonnait de la quantité de faveurs, de croix qui étaient promises. On savait que cela i^ouvait se donner, on admettait que cela se donnait.
Taiilefer et Pic sont donc deux produits nécessaires des mœurs Onancières et politiques. C'est la frénésie des spéculations et l'audace des intrigues qui ont été punies en eux, et je défie Intn qu'on mette les deux verdicts au compte des excitations démago- «■i(iues, socialistes et révolutionnaires.
Une note prudente a soin d'avertir les journaux que M. Jul^s Pic, avant d'encourir les galères, avait donné sa démission de membre du conseil général de l'Ariége.
Je trouve le scrupule plaisafit. Quand il
volait, quand il participait au vol, nV(ait-ii pas con?eiller ? ^
C'est îà la tache, ce n'est pas la condamnation.
M. Teste avait, lui aus.^i, donné sa démission avant d'être condamné. Le gouvernement de Louis-Philippe en a-t-il repoussé plus facilement la solidarité?
Je trouve une grande analogie entre l'affaire Taillefer et un épisode de l'échauffourée de Boulogne.
Avant de devenir empereur, le prince Louis-Napoléon était déjà l'occasion de tripotages financiers effroyables.
Je lis dans le premier volume de VH'iS' lo're de huit ans^ par Elias Regnault t
(( Il y avait alors un haut employé de la Trésorerie de Londres. M. Smiih, qui, par
«.uite de df^tournements successifs, allait ?e voir ob]ig(^ d'accuser un d(^ficit considérable.... Chargé de recevoir les bons de l'Echiquier qui revenaient au Trésor, au lieu de les annuler, il les remettait en circulalion... En même temps il se livrait aux spéculations de Bourse, afin de couvrir par la chance du jeu le déficit menaçant.
«M. Smith était aux abois lorsque d'autres joueurs auxquels il était affilié vinrent li;i parler de l'empront que tentaient de négocier les amis du prince Napoléon et de l'expédition qui réce^silait cet emprunt. M.
Smith y vit une dernière chance, une dernière porte de salut... 11 s'engagea à faire les fonds de Temprunt, à condition qu'on lui révélerait l'époque précise de l'expédifion contre Louis-Philippe. La condition f.>t acce [liée.
î( Di'^ons bien v"le que !e prince ue ron mit pas ces détails... L' s spéculateurs, averti- quelques jours à Tavance, envoyèri^nt
sur toutes les places de l'Europe des ordres pour jouer à la baisse.
« Tous ces calculs se trouvèreiiL déjoues ; réchecfutsi complet et si rapide, que toute l'Europe l'apprit en même temps que la tentative. Les fonds restèrent fermes.... et, quelque temps après, on jugeait M. Smith, remployé infidèle de la Trésorerie. »
Comme on le voU, rien de nouveau en fait de scandale, sous le soleil et sous l'Empire. M. Faillefer et M. Pic étaient de l'école de M. Smilli : ils ont fait la même spécuiatioD, qui a eu le même résultat.
Que ceci serve de leron aux optimistes.
On s'étonne de la sévérité du jurv envers M. Pic.
Pour moi, je me sens fier d'appartenir à une profession pour Tlionneur de laquelle les jurés montrent une si scrupuleuse susceptibilité.
Ils ont flétri le journaliste, qui promettait des décorations et qui distribuait des bonbons, plus fortement qu'ils n'ont frappé l'homme d'argent, parce qu'ils ne comprennent pas, ces juges conscieDcieux, qu'un journal puisse i^ervir d'enlrenietieur pour tous les trafics et parce qu'ils estiment que c'est déjà assez d'amoindrissement pour lui de recevoir ses mots d'ordre de l'antichambre ministérielle.
lis nous ont vengés des faiseurs qui nous coudoient et des paons officieux qui se prétendent nos confrères.
Je les remercie.
Lundi ^. — On vient de réunir en un premier petit volume les letlrrs qu'un spirituel inconnu publie dans VUniv rsel i-ous le nom (ÏAIceste. Quel est ce misanlhiope? L'n jeune? car, hélas! le dégoût vient de bonne heure aujourd'hui; un vieillard qui désespère de se rajeunir par la liberté?
On a été dans ï^iè con lectures jusqu'à nommer un sénateur. Comme si, dans le Se nat, on ne restait pas Philinte jusqu'au bout, jusqu'à l'heure où, de même qu'en 1814, l'as^-emblée des Philintes devient plus rogue qu'Alceste et signe la déchéance.
Quel que soit l'auteur, il pense juste et il dit bien ce qu'il pense.
Qu'il continue.
La même librairie, la librairie Le Chevalier, met en vente aujourd'hui le Procès du
maréchal Ney, enseignement terrible pour tout le monde : pour les rois qui s'appuient trop sur Tépée de leurs maréchaux ; pour les peuples qui redoutent ou qui admirent trop la iidélité du sabre.
[ja journal que la pudeur défend de nommer avait eu la maladresse de dire que cinquante-cinq députés sur les cent-seize se repentaient d'avoir signé la fameuse demande d'interpellation, et qu'ils avaient agi sans se rendre compte des conséquences.
Les Débats ont mis les cinquante-cinq au pied du mur, et voilà ceux-ci qui défilent épistolairement, en jurant tous qu'on les injurie.
Parmi ces protestante^ se trouve M. de
MoTitagnac, qui se félicite autant qu'un autre (Vavoir réclamé un peu de liberté.
Re'evona un mot naïf de sa lettre. M. de Monlagnac est fal)rica!)t de draps; il y a même un drap qui porte son nom. Voilà pourquoi il affirme que les lisières de l'iimpire sont usées.
11 n'y a pas que iM. Jos?e pour se souvenir de sa profession en faisant ses professions de foi.
M. de Montagnac aurait pu ajouter que la France n'est pas dans de beaux draps ; personne Ti'dlt pensé qu'il dénigrait sa maison de commerce.
Mardi 8. — Enfin, nous le connaissions, ce projt't lie sénatii-vcûnsulte qui a coûté tant de travail à nos ministres.
Voilà donc ce qui élait lu avec une émotion si grande devant l'Empereur silencieux d'admiration et devant rimpératrice éblouie !
Jamais plaisanterie plus auguste ne fut offerte aux méditations d'un corps qui se croit sérieux.
L'Empereur partage l'inilialive des lois avec le Corps législatif. Quel honneur pour celui-ci I
Mais le Sénat ne partage avec persofine le droit de veto, d'empêchement; si bien que l'Empereur reprend par la manche du Sénat ce qu'il donne par la main du Corp» légiàiatif.