H. CHABANNE
» Rue d'Orléans, 14, Bercy-Paris.»
Eh bien! pour un poète d'un peu d'imagination, n'y a-t-il pas là un joli sujet de charade? Cet îlot flottant par le fleuve entraîné, cette Ophélie de la nature, ce radeau verdoyant, ces captifs sanglants qui font contraste; avec de la musique d'Ambroise Thomas, ce serait charmant!
Le Vaudeville vient Je remporter un succès avec un drame lire d'un roman anglais cl exploité ingôRieusemcnt par MM. E. Nus et A. Bclot.
iMademoiselle Fargucil joue d'ailleurs admirablement le rôle de riiéroine, miss Mullon. il s'agit d'une femme que l'on croit morte, qui reparaît inopinôment, quand son mari est remariô, et quand ses enfants aimnnt leur belle-mère.
C'est absolument comme si la République demandait à faire l'instruction des enfants adoptés par l'Empire, fous le prétexte qu'elle leur a inculqué les premières notions du droit et de la liberté.
On la repousserait, on lui dirait : « Votre mari s'est remarié au 2 décembre ; il ne s'agit pas de savoir s'il est enchanté, s'il ne vous envoie pas des soupirs. Il est remarié, cela vous suffit. »
— - Mais, dit miss Multon, rien n'a pu en-
tamer mes droits antérieurs et supérieurs !
Quant à la République, clic n'aurait rien â dire et elle ne dirait rien.
Le drame du Vaudeville se termine par rimmolalioa nouvelle et volontaire de la première femme.
Le dénouement ne serait pas applicable à l'hypothèse imaginée par m.oi ; la République ne s'imimolerait pas.
Mlle Fargueil, en tout cas, est superbe.
On m'envoie de Morlaix la copie d'une invitation à comparoir devant le tribunal de simple police delà ville. Ce trait manque aux Plaideurs.
« Veuillez vous présenter le 10 décembre
courant (.levant le tribunal de simple police de léctte ville, à l'effet d'y répondre aux griefs qui sont relevés à votre charge par uîi procès-verbal du lA juillet dernier, pour avoir, le 1" septembre dernier, donné à boire à des personnes ivres. »
Voilà comme on écrit l'histoire.
Je citai:-, il y a huit jours, la bévue d'un substitut d'Arcis (non encore révoqué) qui faisait faire quinze jours de prison au heu de réclamer quinze francs d'amende. Les deux inepties se valent; mais celle d'Arcis est la plu? forte. Yoiià pourquoi le magistral reste en place.
La sollicitude du maréchal Niel pour l'oisiveté de nos p.oldaîs à la lin de leur coure
a éveillé rémulalinn de quelques-uns de nos .il)nnné?, ol je reçois viru; lellre qui réclame do plus vast(!s perspeclives pour rambilion du soldat rendu à la vie civile.
« En effet, m'écrit ce correspondant ami » des mililaires, comment n'a-t-on pas son- » gô aux administrations cléricales pour y » introduire quelques pantalons garance?
» La quantité de suisses, de bedeaux, de I) sonneurs de cloches, de portiers et ser- » vants de séminaires et de couvents est en- !) core assez considérable pour offrir des » pariis avantageux aux braves qui ne crain- » draient pas d'échanger le chassepot contre » le goupillon? »
L'idée de mon correspondant m.érite qu'on s'y arrête. L'union du trône et de l'autel peut se cimenter par les mains du soldat sacristain.
Mai.-, il y a unn union phis liaiilc ot, plus fit'ie, qui doit rti'o l'ambilion dos soldai,'^ cl di';; bourgeois, c esl collequi o>t rfi[)r(^soiil(^e daiis une des nouvelles peintures du Palais-, de Justice.
Dans la salle des audiences de la cour d'assises, M. Lehmann a peint, avec un grand bonheur do de>sin, la Concorde qui nait de l'œuvre de Justice.
La Loi, inllexible, sereine, plane dans un ciel transparent; elle lient les tables, sur lesquelles tout homme honnête a juré; et comme il n'y a plus de parjure à défendre ou à venger, le soldat, qui a remis son glaive au fourreau, tend ses bras au peuple, et le peuple s'y pré-cipite, réconcilié avec la force,
(Vest là un h'ès-beau tableau, qu'on a bien fait de laisser voir au public avant l'anniversaire d'Austerlitz ou du IJ décembre, et qui présagt! l'aviiuir. Oui, c'est là que tous «os etlùrts doivent tendre : à désarmer, au
nom de ce qui est b?au, immuable et éternel, les agents de la violence armés au nom de ce qui est laid, fragile et transitoire.
L'union dans la juslice el dans la liberté, voila l'idéal. Est-il séditieux?
En attendant, viiici une lettre qui ajourne l'idéal.
« Slon cher ami,
)) Mon nouveau domestique, Louis, a été » au service de M. Avizot, aubergiste et » ccndacteur de vouures de Yermanton à » Avalîon, pendant les six ou sept premiers » mois de l'année 'i8o2.
» il a régulièrement conduit deux voitures )) par Semaine, emplies de soldats au nom- » bre de 18 à 20, soit une quaranîaine pour
1) les deux convoi?, que l'on expédiait en » Afrique. Escortés par des gendarmes, )) transportés comme des criminels, ces sol- I) dats éîaiont condamnés pour trois motifs : » l** indiscipline envers leurs chefs; 2" leç- » ture de journaux républicains; 3° chan- )) sons ^séditieuses et républicaines.
» Cette dernière classe était la plus nom- » breuse. Ainsi, on le voit, à l'époque même » où l'armée servait à épurer le pays, on » l'épurait elle-même avec un soin jaloux. » C'est environ, pendant ces six premiers » mois, un millier de soldats en route sur un )) seul des chemins qui mènent à Lyon et à )) Marseille, et que l'on dirigeait sur l'Afri- ») que, pour cause d'opinion. »
Il paraît que ces militaires avaient eu le tort de prendre à la lettre la proclamation du générai Saint- Arnaud , les remerciant d'avoir sauvé la République au 2 décembre.
S«Bîîc«lâ -t. — Quand on pourra retourner au cimetière Montmartre, c'est-à-dire quand le respect des morts ne rendra plus jaloux les puissants que nous ne respectons pas, j'exhorte le prince Mural à aller déposer une énorme couronne sur la tombe des Cavaignac.
Ce fils de roi ignore peut-être que, sans le conventionnel Cavaignac, jamais son auguste père n'eût régné sur le royaume de A'aples.
Je ne dis pas que les Napolitains s'en applaufliraiont; la question leur est bien égale. Mais le prince Murât, qui jouit de l'avantage
d'êtreAltesse sans avoir los inconv(''nients du iTK^tier, et qui n'est oblige'^ ni de travailler au bonheur de son peuple, ni de défendre ou de violer des constitutions, doit se féliciter de Tintervention qui, un jour, dans un moment critique, sauva la tète de son père.
C'était après la 9 thermidor. On dénonça le colonel Murât pour avoir sollicité de la Société des Jacobins l'autorisation de changer la seconde lettre de son nom, et de prendre celui de Marat, par admiration pour la victime de Charlotte Corday. (Voir la Biographie D'idot.)
C'était plus qu'un ridicule , c'était un crime, après le 9 thermidor, d'avoir été un révolutionnaire ardent, féroce, el d'avoir présidé des comités d'épuration. .le crois bien que la tcle de Joachim n'aurait jamais été gravée sur les monnaies de Naples si le conventionnel Cavaignac, qui déjà lui avait rendu de p:rnnds services, ne l'eût tiré d'af-
faire, en ?e portanl caution de son modérantisme.
Je ne raconte pas celte histoire pour me plaindre de ce que le prince Murât actuel ne s'appelle pas Marat. Je sais, d'ailleurs, que son père avait une mobilité d'enthousiasme qui permet aujourd'hui à ses héritiers de choisir dans la collection de ses diverses opinions ; mais on peut renier le bonnet rouge sans renier ceux qui vous ont guéri de l'avoir porté, et la couronne de Naples vaut bien une couronne funéraire.
Je crois donc que, désormais averti, le priQce Murât sera le premier au cimetière Montmartre avec sa couronne, quand on ira honorer le tonibeau des Gavaigaac.
— 2iJ —
L'exagération du républicanisme était, d'ailleurs, le péché mignon de ces soldats ambitieux, et Napoléon I" fut un rouge de la plus vive couleur, au début.
Il fit pâlir ses opinions à mesure qu'il teignit en réalité son sabre dans un rouge sanglant.
On a conservé son premier morceau littéraire, qui contient sa profession de foi ; c'est le Soupei- de Beaucaire, écrit le 29 juillet 1793.
j'ai souvent pensé que Napoléon I" aurait été volontiers un homme de lettres. 11 le devint à Sainte-Hélène; il avait failli l'ôlre au début. Seulement, c'était un écrivain jaloux, qui n'aimait que son style.
On pourrait dire, sans trop d'invraisemblance, que les Napoléons sont des joi'rnalistes accapareurs de publicité et qui ne souifrcnt pas de concui-rence.
Dans le Snuper Je Beaucaîrc, Bonaparte qui était aussi jacobin que son ami Murât, suppose une couvcrsaiiun entre des marclmnds de Nîmes, de Marseille, de Montpellier et un militaire.
Le militaire atrecie le ton tranchant, et voici un échantillon de son éloquence :
<t Dubois-Crancé et Albitte, constants » amis du peuple, n'ont jamais dévié de la 1) ligne droite... ils sont scélérats aux yeux » des mauvais. Mais Condorcct, Brissot, » Barbaroux aussi étaient scélérats lors- » qu'ils étaient purs; l'apanage des bons » sera d'être toujours mal famés chez le » méchant... »
Est-ce (jue le neveu s'est souvenu de l'oncle quand il a j-aisuré les bons et fait peur aux incchanls, dans une proclamation restée
fameuse jusqu'à présent? Je doute toutefois que les bons de l'Empire actuel soient de la mémo catégorie que les bons du Souper de Beauca'irc. Sous ce rapport, le neveu a lerdu le fil de la tradition.
Bonaparte, qui, plus lard, devait faire de SCS soldats tant de ducs et de princes, se moquait alors impitoyablement des aristocrates.
« Vous avez placé, dit-il, à la tête de vos » sections et de vos armées des aristocrates » avoués... qui ont abandonné leurs corps » au moment de la guerre, pour ne pas se » battre pour la liberté des peuples.
» Vos bataillons sont pleins de pareilles » gens, et votre cause ne serait pas la leur I) si elle était celle de la République. »
Napoléon, qui changea si complètement
d'opinion politique, ne changea pas de principes. Il n'en eut jamais.
Tiiibaudeau, que j'ai déjà eu occasion de citer, raconte dans ses iîiemow'es qu'un jour, dans un dîner, à la Malmaison, Bonnparîe se mit à [)arl8r du concordat. Comme cet homme impassible voulait toujours jouer la comédie du sentiment, il commença par prétendre que le son de la cloche de Raeil l'avait ému.
Il paraît, entre parenthèses, que la même cloche a perdu de sa puissance. Je l'ai entendue tinter l'offlce annuel de rimpéralrice Joséphine, et la famille ne l'entendait pas.
Après cette confidence senliraeutale, Bonaparte énonça cette absurdité :
« Il fâut une religion au peuple; il faut » que cette religion soit dans les mains du » gouvernement. »
Et, sans s'apercevoir qu'il se contredisait, il ajouta quelques mois ;-ur fautorité nécessaire du pape; comme si le gouvernement de Rome pouvait laisser la religion entre les
mnins d'un au Ire gouvcrnenicnl! Puis, il termina ce salmigondis par cette déclaraliun :
« On dira que je suis papiste ; je ne suis » rien." J'étais mahoraétan en Egypte, je se- » rai catholique pour Je bien du peuple. Je » îic crois pas aux religion? !,
El voilà pourquoi nous avons eu le Concordat !
Voilà avec quelle vi^ée supérieure Napoléon a prétendu régenter la conscience de son peuple et léguer la tradilio;i de Thypocrisie religieuse.
Dcsmarets, dans ses Témoignages kisionques, rapporte, de son côté, que Monge, effraye de cette lartuflerio, demandait à Bonaparie :
— Espérons pourtant qu'on n'en viendra pas aux billets de confession !
— 11 ne faut jiirnr (le rien! reprit sèchement le premier cunsui.
Toute la pliilusopliic de l'empire est d;ms ces deux anecdotes.
La philosophie du premier empire, bien entendu! Quant à celle du second, on ne Ta pas encore trouvée.
On \a mettre le buste en marbre de M, Walewski dans la galerie de Versailles ; et sa veuve, par un décret dal6 du 23 novembre, entre en possession d'une rente de vingt mille francs, sans compter le revenu de ses pauvres petites propriétés et la charge de dame d'honneur.
Je comprends que ron récompense les hommes inutiles qui n'ont participé à aucun
aclcdc violence et crillôgalilé; mais alors, i-l f.mdrait avoir la force de répudier la nn'îmoirc de ceux qui se sont faits trop ulilcs et qu'on ne peut honorer en même temps que racle de vertu et de courage digne d'être honoré sous tous les régimes, dont vient déparier le tribunal de Toulouse.
Je trouve dans le premier volume des Mémoires du comte d'Alton Sliée, mis en vente ces jours-ci, un portrait de M. Wale^ski qui justifie bien la prétention d'un buste à Versailles, mais qui désigne plul(3t ce souvenir d'un homme aimable pour Trianon que pour le musée de nos gloires.
«L'habitude du monde, la distinction, la )) douceur et la réserve des formes, une mol- » le?se qui n'est i)as sans grâce, ordinaire aux 1) natures destinées à l'embonpoint, la géné- » rosité, une ambition vague, la curiosité de
» s'essayer dans des carrières diverses, !e M goùi des plaisirs élégants, sont les princi- » paux traits de C3 caractère b'ienveillan!,en » dépit de SCS précoces succès. »
Cert:?, voilà le pastel d'un homme aimable. On cherche l'iiomme d'Etat.
Ces Mémoires de M. d'Alton Shée, aux.q;i ;1> j'ai fait déjà plusieurs eniprunts, sont le reflet vif et net des événenients politiques ou tnondaiûs d3 la lin de la Restauration et de 'out le règne de Louis-Plii lippe. L'auteur ditbien ce qu'il pense et tout ce qu'il pense. Une grâce un peu fière, qui arrondit le geste sans émousser le U'àii, donne du charme aux vérités les plus dures. C'est un livre charmant et solide, qui plait et qui instruit.
M. d'Alton Shée raconte, entre autres choses, l'héroïsme de Barbe?, condamné à mort pour un acte qu'il n'avait pas commis. On sut depuis que le lieutenant Drouineau était tombé sous la balle d'un pisîtjJet déchargé par une main qui se révéla aux défenseurs du condamné. Mon ami Emmanuel Arago certifie l'authenticité de ce récit, que la générosité de Barbés laissait ignorer.
La commutaSion do peine fut donc une réparation nécessaire. L'humanité de Louis- Philippe préserva à propos la justice politique u unf3 confasion qui entraînait la mort.
Plus tard, à propos de raltenîat de Boulogne, la Chambre des pairs fut moins rigoureuse envers le coup de pislolct qui fracassa la mcàchoirc d'un grenadier ; bien qu'aucune erreur ne fût possible sur l'identité du meurtrier.
©ssBîiiBïclîc G. — Le thOàîve de la Gaîté nous a fait veiller jusqu'à deux heures du matin pour nous démontrer, à grands renforts de costumes élégants, de décors splendides, de ballets vertigineux, de tapage et d'incendie, que l'ambition dynastique fait des scélérats, et que le désir de plaire malgré tout à un prince fait des courtisans des laquais, et fait des femmes des courtisanes.
Le public était à la hauteur de la leçon. Quand, au jn-omier tableau, une sirène, une certiune comtf^sse Fiamnia, coiiseilie au duc de Modètie d'usurper d'al)oni, et de faire ratifuM' eur^uite ses coquineries par les suf-
i'ra?:os de ?on peuple, en l'assurant que la complicité des foules (^tal)lil la l(''gilimilf^ de certains souverains, le public qui pensait je ne sais à qui, pcut-ôlre à Juaroz, a solidement applaudi.
Dans le cours de la pièce, le duc, un sacripant fiellL' qui ne croit pas plus à Dieu que Bonaparte, premier consul, est l'objet d'une double tentative d'assassinat. {]n proscrit, Antonio Salviati, lui di^coche un bon coup de stylet qui s'émousse contre une médaille bénite , et le propre fils de César d'Esté, qui ignore son parricide, arme ua pistolet qui ne part pas.
Cette double tentative n'a pas suffisamment révolté l'assistance; je m'en étonne, et je fais à ce propos, en passant, une simple réll(;xion.
Comment se fail-il que le meurtre des
tyrans, qui est un assassinat comme un autre, soit fréquemment loué dans les livres, régulièrement glorifié au théâtre, et condamné impitoyablement dans la société?
On acclame Bru tus; on fait desiragédies sur lîarmodius ; Charlotte Corday est couronnée d'une auréole, et Ton ne fait pas grâce d'une heure ou d'une douleur, dans la société, aux meurtriers que l'on glorifie en effigie.
11 y a donc deux morales ? Je voudrais voir sifller au théâtre ce que l'on guillotine en justice. Mais celte contradiction enire la loi et la conscience du public me paraît un scandale embarrassant.
.îe n'ai pas besoin de dire que ce duc de Modène, César d'Ëste, expie à la fin, par la révolte de ions les gens qui l'ont nommé au premier tableau, ses crimes et ses orgies. Il meurt, et comme il est enlèté, il s'ensevelit lui-même sous les ruines de son palais incendé. C'est magnifique comme
il.'cor; mais ceXio, mort d'tin prince n'émeut pas «uflisamment. Décidément, il faut restaurer au théàlrG le culte monarchique, qui faiblit un peu.
Par respect poiiria mémoire de Théodoros, la censure a supprimé <à la seconde représentation une phrase qui avait été trop applaudie à la preniière.
« Un trône, disait Mlle Duguerret, ne ra- » chète pas les infamies que l'on a commi- )) ses pour y monter. »
La morale de cette réplique est irréprochable; mais où en serait-on m elle devenait usuelle? Les censeurs ont prétendu, m'assure-t-on, que l'inconvenance de cette vérité ne leur avait pas échappé, qu'ils l'avaient hitrée sur le manuscrit, et que mademoiselle Duguerret s'était permis de la rétablir. En attendant, on n'entendra pins cette sentence mémorable qui parai-sait impiessionner vivement le duc d'Esîo.
Le duc d'Esté, avant de mourir, s'écrie :
— C'est égal! j'aurai bien joui de la vie!
La phrase est historique. Je ne sais plus qui l'a dite dans un style moins lleuri ; niais elle n'est pas nouvelle.
Ce pamphlet contre les souverains d'Italie est intitulé : la Madone des roses; on l'intitulerait mieux la Madone des é.jyines. On s'y écorclie trop, c'est, assure t-on, un grand succès.
On me demande quelquefois la raison de certaines dénominations nouvelles données à des rues de Paris.
J'en ai cherché rilusieurs dans les biographies récentes les plus complètes, san.s réus-
^sir à les trouver. Jo no puis pourtant pas fairo commo le PclU Monlleur, qui invente (les explications quand il est au bout de son savoir.
On sait qu'il exisio dans le dix huitième arrondissement une rue nommée rue de Laghotiat. Il n'est pas nécessaire de revenir d'Afrique pour savoir que ce nom d(!'sigric une ville et un succès de rAlgérie.
Mais le Petit Monileur, qui revient toujours de Pontoiseoudc Compiègne,n'en sait pas si long. Il n'a rien lu et il ignore les hauls faits du mai'èchal Pélissier. Comme il faut pourtant qu'il donne son mot, son arrôt, sous un régime d'infaillibilité, il: annonça dans le numéro de septembre 18G4 que ce nom était C2hd d'un sculpteur l
Le nouveau Petit Monileur sera-t-il de la même force? Jo ne relève, d'ailleurs, cette bafonrdise du pelit journ;]! officiel (pie pour prouver à l'édililé parisienne combien elle cmbarrase de mondi^ avec ses change-
mentç de noms, puisque l'oracle du pouvoir lui-môme y est pris !
E.«s2dî T. — Décidément, la jeunesse entre dam la carrure, sans attendre que ses aînés n'y soient plus. Je parlais l'autre jour de la publication du journal VAvenir. Le premier numéro de cette feuille a paru. C'est un coup de clairon, c'est la diane sonnée dans le quartier Latin.
D'ailleurs, comment se méprendre à ce qui se passe?
Le 2 décembre, quand M. Valette, professeur de droir, monta dans sa chaire, il lut acclamé par ses auditeurs habituels, qui
onl tous lu lu livre de I\l. Ténot, et qui savent que M. Valette, arrèié au coup d'Etat, dit aux agents :
— .!'ai deux litres à èîre arrôié aujourd'hui : je suis représentant du peuple et professeur de droit.
Cet excellent homme, qui est la droiture et rkonnètetô incarnées, ne pensait qu'à son cours, et ne se doutait pas plus que Baudin des louanges réservées au courage et à la défense de la légalité. Etonné des applaudissements qui L'accueillaient :
— Est-ce parce que j'arrive à l'iieurc? demando-t-il.
— Le 2 décembre! le 2 décembre! lui cria-t-iiu (Je toutes parts.
Il comprit et salua, puis entama sa leçon, qui lut religieusement écoutée.
Décidément, la jeunesse est bien séditieuse.
On dit beaucoup do mal des réunions publiques. Je me déOe de ceux qui ue veulent pas que nous fassions l'apprentissage de la liberté, et voici, à ce propos, ce qui m'est raconlé.
On sait que les réunions qui onl lieu dans la salle du Pré-aux-Clercs alternent avec un bal. Un brave bourgeois, qui s'est décidé enfin à venir juger par lui-même de ces saturnc'iles de la parole, arrive un jour de bal, 11 entre, regarde, s'arrête stupéfait et s'écrie :
— Voilà ce qu'ils appellent le dioil de réunion ! Oiielle licence !..
Au 2-4 février, une femme du peuple voulait eiitrer aux Tuileries par une des fenôlres d'eniresol du cùlô du jardin. Un ouvrier lui tend les bras, la soulôvc; mais il paraît qu'il soulevait aus-i un peu trop les jupes. [ja monsieur respectable qui passait, de s'écrier aussitôt :
— Voilà 93 !
Et c'est ainsi que l'on se forme des opinions !
Hier, entre dix lieures el demie et oDze heures , une voilure de ])]oce courait au triple galop, rue de Grenelle, au Gros- Caillou, se dirigeant du côté du Champ de Mars. Au moment où elle passait en face de la rue Amélie, près d'un poste de sergents de ville, une femme sortit à mi-corps tie la portière, en criant :
— Arrêtez-le ! arrêtez- le !
Un sergent de ville dit simplement au cocher :
— Arrêtez -vous!
Mais le cocher ne s'arrèla pas, et comme cette femme n'avait pas i'air de sortir du cimetière iMontmartre ou d'y aller, aucun sergent de ville ne bougeant la voilure continua sa course à fond de train.
La dame se trouvait-elle aux prises avec quelque misérable qui avait soudoyé le cocher 1
Celui-ci é(ait-il un autre Collip'non qui entraînait ?a victime extrà-muros'^
Ceh ne regarde personne et ne s>''ra pas facilement éclairci.
La pauvre femme eût été mieux in?pirée, au lieu d'appel .t un sergent dr; ville, de crier tout simplement :
— Vive la République !
La voiture aurait été vite arrêtée !
MasHlê §. — Hier ont eu lieu les obsèques de Berryer,
Tous les partis, excepté celui qui règne, s'étaient fait repr(^senler à ce convoi d'un grand orateur, qui fut un homme de bien.
La magistrature était loin d'être au complet, puisqu'on n'a Riière compt<^ qu'un ou deux juges dans cetli; foule énorme. Je sais bien que Berryer n'était qu'un avocat, pas môme décoré; mais le talent élevé à cette puissance est une magistrature. Par malheur, la conscience en fait une magistrature défendue.
Tous les avocats médiocres, que l'excès de leur dévouement au régime actuel tire à peine de l'obscurité, les Mathieu, les Busson-Billault , les Nogent-Saint-Laurens, avaient fait à leur ambition le sacrifice nécessaire de ne pas suivre ce conioi.
Celte absence était bien commode pour tous ceux qui, comme Grévy, Marie et tant d'autres, honoraient leurs convictions par cet hommage désintéressé aux convictions contraires. L'assistance reslait nombreuse, sans être trop méiée.
Onrind on no mouvi pas comme Baiulin, aux Thcrmopylcs du droit, il est beau de mourir comme Berryer, certain de sa vie terrestre, certain de sa vie céleste, Tâme ouverte , les bras ouverts , la conscience dioite. Jusqu'à l'heure de l'agonie, il a préparé son passage dans la mort, et il a mis le long de cette avenue rigide toutes les statues de sajeunes^se restées intactes et immaculée^. Puis, quand il a senti que la matière allait livrer son dernier cojnbat à la pensée, il a, d'une main défaillante, saisi la plume et écrit cette lettre, cet adieu sublime à son roi, à son idéal, à son rêve !
Que ceux qui ne sent pas touchés de cette fin auguste aillent brouter des proverbes a Compiègne! Qua]it à moi, je ne Sachcî pas d'exemple plus beau à montrer à toutes les opinions; et quand le jrune [.rince impérial
cessera de jouer aux soldats de plomb , avant qu'il joue aux soldats de chair, oq fera bien de lui raronter la vie et la mort de Berryer, et de lui lire les plaidoyers de cet avocat illustre, qui a plaidé les circonsîaRces atténuanLes pour ie prince Louis- Napoiéoo, sans consentir à devenir au 2 décembre le complice do son client,
Oa sY-st choqué ce ce que, dans les lettres d'invitation, la famille de Berryer avait dit : la Cour de Paris, et n'avait pas ajouté : la Cour impériale. Cette susceptibilité est une misère. Pour un mort qui va porter en appel devant la justice éternelle les causes qu'il n'a pu gagner dans sa vie, les tribivnaux humains n'ont plus dVatre étiquette que leur humanité, et la famille s'est respectée en .partîigeant ces touchants scrupules. Si c'est Fabsence de cette évocati@n de panoplie ou d'armoiries qui a retenu la magistrature, je la plains; si c'est un autre motif, je fais plus que la plaindre.
Berrycr a écrit deux lellres magniCqiies avant de mourir, ceile qui portait sa souscription pour le monument de Baudin, ceile qui portait son i\ma défaillante à son roi.
11 paraît que cotte préoccupation de Baudin se mêlait à son agonie, et parmi les derniers mot>îqae l'on a recueillis de sa bouche, on a noté ceux-ci, c'est un vers dort l'origine m'éciiappe, et dont le milieu n'a pu être entendu :
Et les morts... sortaient de leurs tombeaux !
Je m'étonne que les journaux oTûcieux n'aient pas accusé Berrycr d'avoir maaqué de reconnaissance envers celui qui lui avait lait l'iiopneurdc le prendre pour défenseur. C'est leur procédé habituel.
Il eût été facile de répondre à ces créanciers exigeants de ceux à qui ils doivent, par la citation d'une lettre restée entre les mains du défenseur de l'accusé de Boulo-
gnc, l(3tU'e curieuse cl qui, ?atis doute, sera publiée.
Dans celle ôpîlre débordant de reconnaissance, le prince, alors réfugié en Angleterre, parlait encore de sa liberté ; mais, cette fois, il voulait la perdre. 11 était fort épris d'une jeune personne d'une grande beauté, d'une Polonaise ; et comme Berryer connaissait la mère , le prince suppliait Berryer de décider celle-ci à voyager avec; sa fdle en Ecosse, où il les rencontrerait^ comme fortuitement.
Cette lettre monterait à un haut prix, s'il s'agissait de la vendre.
Le mauvais temps n'avait découragé personne: et l'on évalue à environ quatre mille le nombre des assista» is aux l'unéraillet^. Tout s'est passé simplement, religieusement,
avec une grandeur qui ne devait rien aux. entrepreneur;, de solennités. Tous les discours ont ôtô écoutés avec émotion, et c'est au convoi même que la lettre adressée au comte de Chambord, colportée de main en main, a été copiée au crayon.
M. Duruy, qui cherche toutes les occasions d'instruire la jeunesse, et qui aide peut-être à dres?er la liste des étudiants que l'on invile à Compiègne, n'a pas songé à envoyer une députalion des mêmes jeunes gens à ces obsèques grandioses, faites pour enseigner riionncur, la foi et la liberté.
SSerca^eiSi ©. — J'ai signalé, il y a huit jours, romaipotencc du sous-préfet 'le Saint- Denis qui annule les décrets de l'empereur.
Je reçois à ce propos une letire qui me prouve iîien que j'aurais tort d'attendre un communiqué.
« Monsieur, )> Dans voire dernier numéro de la C/oc/.e, » vous faites connaître un acte du sous-pré- » fet de Saint-Denis révoquant les conseil- » lers municipaux des Lilas. Permette z -moi 1) de vous signaler une anecdote qui se rat- » tache à cet acte.
» Plusieurs conseillers municipaux des » Lîlns avaient fait à l'administration s- pé- » rieure une demande d'enquête sur ie rnai- » re de leur commune, et cinq d'entre eux ») allèrent trouver le sous-prélét relative- 1) ment à celte demande. Celui-ci cret que I) ces messieurs étaient démissionnaires.
» — Pourquoi avez- vous donné votre dé-
M mission? leur dit-!'. Restez avec nous, » vous êtes des hommes comme moi »
(Ici un pnsîage obscène qui ,i pu échapper à réloquence familière de iM. le sous-préfet, mais que je ne puis répéter )
« E!i bien ! voIge pour Lachaud :
I) il est trôs-puis?anl près de M. Rouher. » Vous obliemlrez tout ce que vous voudrez » pour voLre commune, et nous passerons » au travers des républicains !...
» Cette phrase est à peu prùs textuelle ; je » la tiens d'un des cinq conseillers présents, » tou:' hommes fort honorables. »
Mon correspondant, qui Ligne et qui accepte la responsabilité de ces faits, ajoute quelques anecdotes que je supprime aujourd'hui pour y revenir plus tard.
Mais je dois citer la conclusion de sa lellre.
«Ces jours derniers, Sa majeslé M. le » maire des Lilas faisait accompagner par » le garde-champêtre le contrôleur des con- » tributions pour la répartition de l'impôt. n Vous savez que la loi exige que cette ré- B partition soit faite par le contrôleur avec » le concours des répartiteurs. Ceux-ci n'ont M pas été convoqués. Le maire avait peut- » être ses raisons que j'ignore. Quand un » sous-préfet annule un décret de Fempc- » reur, un maire croit pouvoir se passer » des formalités de la loi î »
Si des fonclionnaircs cmpiùteiit sur les prérogatives souveraines, des sujets plus fidèles et pius dévoués veulent ajouter au contraire au prestige du pouvoir.
Voici les preuves singulières de dévolion monarchique que je trouve dans... les prixcourants d'un marchand grainetier de Poitiers. Je ne me charge d'expliquer ni le sons des indications, ni l'analogie secrète qu'elles peuvent avoir avec l'histoire ancienne ou moderne.
Pois Prince-Albert (yY3ih).
Il y a dûPiC de faux pois Prince-Alberl! Ou fa lalsilicalioa va-t-eile se niclier ?
Pois Empereur !
On ne diipas de quel empereur il s'agit. Est-ce du premier? du second? Est-ce de rempereuf de la Chine, du Mexique? Quelle est ia ileur des pois parmi les empereurs aimés du jardinage?
Rave impcrlalCy rose, longue.
îNe fait-on pas bien d'enlever aux tribunaux une épithèîe qu'ils partagent avec les raves? N'est-ce pas du respect?
Je cite encore :
Pois Eugénie, ridé, très-gros.
N'y a-t-il pas dans celte dernière appel-' lation un peu d'excès? Et la flatterie ne vat-elle pasun peuloin?
Oae les souverains servent à dénommer des^ modes nouvelles, des jupons, des corsets, des habits ou des mitrailleuses : passe
encore. Mais !e féîiohisme devrait s'arrôter là; et c'est descendre au niveau des Egyptiens que de rattacher le culte de la monarchie au culte des pois, des raves ou des carottes.
L'esprit de parti s'emparerait Lien vite de ces farineux esiampillés, et l'annonce d'une fricassée pourrait èîre l'anuonce d'une révolution.
J'engage donc le pouvoir à se préserver de ces flagonicries daugereuscs. Si les agriculteurs ont absolument besoin de iflettre les navets, les carottes et les cucurbitacées sous des invocations célèbres, qu'ils prennent dans la pépinière des courtisans et des dignitaires.
Mais la majc-sté doil rester inviolable.
LENTILLES Duruy ; FLAGf^OLETS Pinard ;
HARICOTS Rc,iilier\ A Ici bonne lieiivp; cela ressemble à quelque chose; cela donne des idées; cela lômoigne tout autant d'un esprit de dépendance; et cela empiôle sur le jugement de Thisloire, sans servir d'arme dangereux-eaux passions contemporaines.
(Louis Uleach) FERRâGUS Le gérant : LE CHEVALIER
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