GO
J'ai trouvé sur ks quais une brochure que la commission du colportage estampillerait, pui.-que l'oncle l'a iaisiô publiiir, et j'ai recueilli deux couplets d'une chanson qui répondent exactement aux goùls, aux besoins, à l'idéal du jour.
Je suis sûr que Thérésa chanterait la lose avec un i de la Béfézina
chose avec un enirain à dégeler les morts
Voici le chef-d'œuvre :
Viv' Dieu ! le salut do la Fiance Vient se nicher dar.s nos faubourgs.
Vlà la parade qui eoramence, Quittons nos habits d'toiis les jours.
On dit que j' somme a la canaille, Jarni! je nous en f sons honneur.
Pourvu que j' faisions ben ripaille En gueulant : Vive l'Empereur !
Je ne crois pas quo ni l'air ni la chanson soient de la rein:^ iiorioUïC, niais j'userai nietire c>^:.le \)0<>m\c lamiliôre au-dettas de la rominc.3dii ô.a/i Dnnois Dejiuis les iauibes, on n'a rien dit de piu^ f jrt que les deux der • niers vers de ce CûU[:let.
Voici l'autre ; il est moins énergique; c^est la finesse qui en fait le mérite.
PcnTiiquiers, que c'I'ardaur vous gagne, En foui" courez vous eirùlcr; Vous aurez dans cette campagne De fameux coups d'peigne à doiiner, Marchands d'tisann', suivez la lilo, Et notre affaire ira tout d'go ; Si le grand emp'i'eur d' vant vous défile, Vous crierez tous : ah! v' là Tcoco!
Comme la po6?ie pop-ilaire est ing(^nieuso dans s.^s imagos ! Ce cri du cœur : Vlù l'coco ! est une adorable et touchante naïvet(^ qu'un académicien n'inventerait pns. Ces veis simples, mais liôroïques, dans leur allure débraillée, auraient convenu ta l'expédition du 3 décembre.
Je rrgreltc de ne les avoir pas entendu ctianter par les sergents de ville. Ils méritaient de devenir la Marseillaise de la p'ace Clithy. La farce cûté;é complète.
(Louis UliaciO FERHAGUS
/-« gcrn/,t : LR Ci! K VA I. Il "H
Pai.s. - Inii-. de DuLuijmhi cl C«, r. Cii.i llcion, 5,
PARAIT TOUS LES SAMEDIS
PEIX DE L'ArîOiNiNEMEM TRIMF.STRIF.L
6 FRiNCS
Samedi 2 jjuivier 186!',
FERRAGUS
iici>ci>c(1i as. — Il paraît qiio la Franco est bien malade.
C'est, du moins, M. Diirny qui \o. \m clame, en commandant nn allas m(^dicaî|m-^.;>' diquant les maladies les plus fréqu(w^^ ^/iyil^ chaque déparlemonl. (^ #' v cirvi^."^'
Pour qu un mmistro qui a si peu Ço/fi^ls, '^f se livre îx une pareille dépense, il \^à (p^\/^r-''/ ^ le cas soit urgent.
Je sais bien que l'hygiène est ia préoccupation dominante de ce grand-maître de rUniversilô.
Il a inventé une nouvelle bifurcation des études, celle du trapèze et du chassepot.
Que d'acrobates les forliQants exercices des nouveaux programmes nous préparent!
il semble que toutes les carrières aient un mât de cocagne à leur extrémité, et toutes les fonctions une corde raide sur laquelle il s'agisse de se maintenir eu équilibre.
Durcir les biceps, faire des vmndes de première catégorie ; les préserver des consomptions énervantes de l'esprit, du souci des lettres, de l'engourdissement de la pensée et des fièvres de la politique, voilà le rêve de M. Duruy,
Ce sysli^me de guimauvo morale et fie prrfo.clionnpmont phy-iqiic veut aujourd'hui embrasser la France entière.
Fonder l'empire delà santé sur la sanlé de l'empire, cette conception grandiose, qui ne gêne pas M. Uouher, trouble momentanément les digestions de M. Duruy.
Et comme les fameuses cartes dessinées à relever l'orgueil assoupi de la France ont manqué leur but, on espère prendre une revanche par l'a! las des maladies !
Comment voulez-vous qu'un pays se remue et inquiète ses infirmiers en les trouvant infirmes, quand on lui prouveia à lui-même que la moindre agilati.m aiigmen!e sa fièvre, et quand on Hx* ra soa attention su.r les épidémiîs Inciîesdon! il deviendra rosponsalle ?
On avait ORsayo de forphc^on, et Dieu sait 1p nombre d'endormis et d'abrulis que l'air de la reine llorlense a couchés dans les fossés du cliemin ! Mais l'orpliéon s'use. On a peur que les chnnteurs mis en voix n'en viennent à essayer la MarseiUaifie.
La préoccupation de la santé, en devenant un souci de toutes les heures, peut devenir un préservatif antirévolutionnaire de tous les temps. Vivre est la première loi; et se soigner pour vivre est le conseil de l'égoïsme bien entendu.
Molière avait prévu M. Duruy, en songeant à M. Purgon et en mettant des médecins â si forte dose dans sa comédie humaine. Il savait bien, ce contemplateur profond, que les destinées du monde tiennent à une colique, et qu'après avoir abusé de tous les
régimes, de tous les sy.-lèincs, blasée, usée, vidée, rimniauilé en viiM\drait à lotnber épuijéo sur la chaise percée d'Argai), réclaniant à grands cris le niinislcre de Diafoirus (lUG la Providence lui olIVe à point!
Un i)eupic ijuitc làte le pouls el qui s'examine la langue ne fait pas de barricades et craint de s'écliauiïcr la bile.
F.st-ce bien certain ?
La statistique prouve qu'on ne meurt pas en temps de révolution. Si au 2 décembre, pour entretenir les pompes funèbres, on n'avait pas fait quelques morts sur le bou'evard, la liste des décès eût été vide.
Il y a des gens qui se souviennent do 1848 comme d'un épanouissement de vie, comme d'une etlusion de santé.
Prenez bien garde, en découvrant tant de malades, d'hésiter dans l'indication des remèdes-, car les touirrelcux [luurraient se
souvenir des exorcicca Iiygicni'iuei qui les ont guéris dôjà.
Je ne veux pas insinuer que M. Duruy exagère l'élat sanitaire de la France. Le malaise est certain, général.
Jamais on ne vit tant do fonctionnaires atteints de la jaunisse!
Jamais tant de députés n'eurent de si furies menaces de dérangement!
Jamais tant de préfets n'eurent la fièvre !
Heureux ceux auxquels on ne donnera pas la pierre après les élections.
Quant à la jeunesse, ellecommence à êlre atteinte d'une petite danse de Saint Guy, que des empiriques voulaient traiter par des saignées, que d'autres, plus doucereux, veulent guérir par des tisanes et qui se guérit d'elle-même, par un élan de la puberté.
M. Duruy a raison. Il faut mesurer l'abcès, analyser les humeurs, ausculter ce grand cœur de la France que le pus finira par envahir. Tout le monde a intérêt à connaître la santé véritable du pays, à une condition, c'est qu'on ne s'en rapportera pas à iMM. Bahis, Macroton, Desfonandrès, Tomes, et que les malades eux-mêmes seront appelés h la consultation.
A une condition encore, c'est que les médecins se déclareront plus malades que leurs malades et commenceront par nous préserver de la contagion.
J'attends avec impatience cet atlas médical. A quelle catégorie de fièvre pernicieuse M. Duruy raltachera-t-il l'ignorance, la superstition, le chauvinisme brutal? Et dans quelle série de pustules comprendrat il la lâcheté des convictions, le parjure et la peur de la police?
Un préfet que je crois, sinon malade, du moins indisposé, c'est M. Salles, préfet de l'Aube.
Ancien secrétaire de mon ami d'Alton Sliée, qui ne lui a pas enseigné Tintoiérance pour les idées libérales, ancien journaliste, frondeur des abus administratifs, ancien directeur de la conscience des journaux parisiens, M. Salles était charmant autrefois, et nous avons tous gardé le souvenir des avertissements officieux qu'il nous glissait dans l'oreille en nous serrant la main.
Mais la fonction do préfet, sous ce régime.
dilate le l'oie, où s'en Rendront le? luniicura iiuires.
C'est un renscigii(>:ncnt que M. Diiruy fera bien de noter.
Depuis qu'il est le premier magisliiit de la capilale de la (Ihampigne, loin de tourner au mouton, M. Salles tourne au t^au- ^'lier, et les journaux de la localité nienlioniieiit ses fréquents coups de boutoir. Cette Ilàtterie aux marchands de liurcs vient (le se manifester encore ces jours-ci [)ar Tintcrdiction d'un dessin que M. le préfet a trouvé s bversif de l'ordre social.
Il faut répéter à nos lecteurs que, grâce à l'éducation parfaite entreprise par les fonctionnaires de l'Empire, ce département de l'Aube, absolument napoléonien en 1848 et parfaitement dompté au 2 décembre, compte aujourd'hui non-seulement un journald'o[i-
— iO —
position formidable, mais encore une sorte de Char'wari littéraire, liumorislique, dont le tirage (phénomène merveilleux) s'élève parfois à 3,000 exemplaires!
Cejournal, appelé Le Furet Iroyen, publie des caricatures; et, comme le crayon n'a pas encore les franchises de la plume, chaque dessin est soumis à l'approbation de M. le préfet.
M. Salles a plusieurs fois refusé le laissezpassernécessaire. On dit même qu'un jour le refus n'alla pas sans des violences de langage qui prouvent bien que la colique électorale commence à agiter ce fonctionnaire.
Encore une noie pour l'atlas médical !
Il y a trois jours, le Turd voulait ofïrir a ses lecteurs un dessin représentant un barbier en train de donner le fil à son rasoir.
Rien de plus inofTensif en apparence; et si M. Salles s'était souvenu du temps où il n'était qu'un homme d'esprit, il se fût dit qu'il faut encourager le repassage des rasoi-rs dans l'intérêt des mentons et de la gaîlé ; car, il en est des bonnes plaisanteries comme des bonnes lames, elles ne blessent que si elles perdent le fil.
Affiler l'esprit et les rasoirs, c'est donc une œuvre salutaire. Mais, M. Salles aime mieux l'esprit qui ne rase pas et les rasoirs grossiers, et il a, de son autorité discrétionnaire, empêché la publication de cette cari-
catiirG', comme foudroyante et révolution' nairc.
J'ai le dessin et je le iorai encadrer, iUMir montrer à quel degré de pudeur, de terreur et d'arbitraire le choléra administratif peut pousser un préfet de l'Empire.
Le Furet lient son rasoir sur une mrule que trois personnages de fanlaLsie font mouvoir. Dans un coin, une praiiquc, le plat sous le mcnloB, la face savonnée, les yeux au ciel, attend qu'on lui fasse la L'urbe.
J'ai eu beau rappeler mes souvenirs, consulter mes instincts les plus séditieux, je n'ai pas trouvé que ce patient ressemblât ou à M. Sailes en particulier, ou à un fonctionnaire de l'Empire en général.
Quel est donc le mystère de celte interdiction? Est-ce seulement un accès de lièvre maligne ? Les fonclionnaires ont-ils un cens
qui nt)ii> e^l rpTu^é pour ?e rt'connaîlrpdans les sons qu'on lafo, qu'on veut ra^er on qui sontrasables?
Je n'en sais rien. Mais, ce que je saiis, c'est que, m6me avec sa l(He dans le plat à barbe, M. Salles eût bien l'ait d'antoiiser ce dessin, quieilt prouvé autant d'esprit de sa part que de celle du dessinateur.
Il est vrai que le préfet de l'Aube a une excuse pour ses timidités et ses maladresses ; c'est la résidence de M. Maupas dans le département.
Quand on a pour administré et pour conseiller général un des héros du 2 décembre, on a toujours peur de ne pas sembler assez
violent el de lui><er trop de prise à l'opposition.
M. Maupa?, une des maladies aiguës du département de l'Aube, et qui a lui-même dans ce moment-ci un retour de la colique de 1851, perd de jour en jour la chance d'avoir sa statue dans le pays qu'il a si joliment épuré lors du coup~d'Etat ; mais il est encore un objet d'intimidation pour les for.c- Vionnaires.
Hélas ! le beau temps s'en va ! Pour se consoler de n'être plus préfet, ministre de la police, ambassafrcur à Naples, l'ancien malade de iM. de Morny faiï^ail ia pluie et le beau temps dans son arrondissement. On se
^ if> —
souvient a Jully de sa 1)0110 expédition de d8G7.
Il s'agissait d'élire nu conseiller général. M. Maupas arriva pour ;atronnerlc gouvernement dans la personne du candidat ofliciel. Il était superbe dans sa voiture de gala avec ses domestiques en grande livrée. Il réunit les populations sur la place publique, et au moment où l'on débite toujours l'eau de Cologne, il fit un discours, à la fois bonapartiste et anacréontique, qui charma ses auditeurs. Je n'ose répéter les paroles textuelles, mais en voici le sens :
(I Femmes, pesez de toute votre iniluence sur vos maris; jeunes filles appuyez de toutes vos forces sur vos amoureux ; maris et jeunes gens, laissez-vous faire ! o
On se laissa faire, et le candidat patronné fut élu.
Un jour, une rociété philharmonique du
voisinnge imagina do donner un concert pour 'es pauvres.
Malheureusenaont, ladite sociélô avait à sa tête un médecin intelligent et indépendant qui, dans toutes les circonstances, combattait les candidats estampillés, avec trop de garanties du gouvernement.
M. Maupas ne pouvait permettre les manœuvres à l'intérieur... d'instruments dirigés par un médecin de l'opposition. Il résolut de faire manquer le concert. Précisément le chef d'orchestre était l'horloger habituel de la résidence sénatoriale.
Le matin du concert, qui devait avoir lieu à 4 heure, le valet de Son Excellence se présenta chez l'horloger pour l'inviter à venir tout aussitôt remonter les pendules.
— Mais je ne puis pas, répondit l'horloger. Le concert va commencer,
— Tant pis! Si vou? ne venez pa»:, vous perdrez la clientèle du château :
Comme ou le voit, les menaces se sont fort adoucies depuis 1831 . On ne transporte plus, on n'emprisonne plus, on ne lue plus; on ruine.
I^erdre la clienlèle du château, c'était le commencement de la ruine. Il paraît qu'il est nécc.-sairc de remonter souvent les pendules dans celle résidence où' l'on bat la breloque en s'en tenant toujours à la date arriérée du coup d"l:!lat, et où l'on ne se mettra jamais à l'heure!
Notre homme cède;' il va au château, se trouve admirablement accueilli, déjeune, boit, trinque, remonte les pendules, mais perd la boussole, et ne revient qu'après quatre heures du soir.
Comment le concert s'était-il l'atsé ?
A peu près comme l'expédiiion du 3 décembre, à Paris; ce fut un fiasco complet.
Voilà à quelles petites besogoes M . Maupas emploie son génie inaclif. Quand on ne peut faire des coups d'Etat, on fait des niches. Mais, il paraît que les électeurs n'aiment pas plus les farces innoITensives de M. le Sénateur que ses proscriptions, et l'on m'assure que son étoile pfilit.
Poutant, on le chanlc encore, si j'en crois une cantate imprimée à Arcis-sur-Aube et que le Furet troi/en a reproduite.
M. l'abbé Lenfu.mcy, curé .de Dosnon, est poète. Il célèbre les fonctionnaires à l'occasion de la Saint-Charles; écoutez en quel style :
Pour bien clianter la fête de Charles, Je voudrois être l'abbé. Pluquct.
Il connaît mieux que moi ses charmes, 1! en ferait un joli lx)uquet.
Il paraît quo l'abbé Pluquct est un autre très -grand poète champenois.- Je passe sur les couplels intimes. J'arrive à celui qu'on chante chapeau bas :
11 nous manque un illustre convive, Monsieur le sénateur de Maupa?. Souhaitons que fort longtemps il vive; En France, son nom ne mourra pas !
Ce cri du cœur, c'est !e cri de l'histoire. Non, le nom de M, iMaupas ne mourra pas. Il ne sera peut-être jamais sculpté aubas d'une statue; mais il est incrusté dans nos chairs; on ne peut pas y loucher sans nous faire saigner.
L'abbé Lenfumey enfume de son encens toutes les sommités déparlemenlales, le sous- préfet, le procureur impérial, le juge d'instruction, le conservateur des hypothèques, et quand il a fini celte petite orgie de compliments, il s'écrie avec béatitude :
Merci, merci, messieurs et mesdames.
De toute votre amabilité.
Vous avez tous pour moi bieu des charmes, Et c'est ce qui m'a mis en gaieté!
Cette cantate, dont Gounod n'a pas fait la musique, séchante en Champagne et au Champagne, sur un air de chasse. Voilà où en est la poésie des troubadours dans le pays de Thibaud le chansonnier! Et voilà la littérature qui rend hommage à M. Maupas.
On a fait courir le bruit que, pour conserver jusqu'à la fin les services de M. Troplong, la loi qui fixe inexorablement l'âge de la retraite des conseillers allait être rapportée ou modifiée.
En attendant, M. Segaudy, premier président de la cour d'Agen, vient, dans ?on discours solennel de rentrée, de demander exprr^ssément le retrait de cette loi. C'est Fon droit. Mais le scrupule devient piquant lorsqu'on sait que M. Segaudy est le beaufféredeSI.Troplong.
Cet'c plaidoirie ffalernellcct peu désintéressée a déplu à la cour... d'Agen. On ignore l'opinion de celle de Paris.
Jendi *4. — l;n dentiste, qui arrache les dents sans rire, se charge de faire rire ceux auxquels il arrache ks dents.
11 appelle son baume Gaz hilarant et l'annonce dans tous les journaux.
Je le recommande à M. Duruy pour les opérations douloureuses que nécessitera l'élat maladif de la France.
Si vous avez encore à nous enlever quelque chose, arracheurs de dents ou hommes d'Elat, lâchez du moins que l'extraction se fasse avec gaieté.
Le 2 décembre n'a pas été comique da tout. L'expédition du Mexique manquait d'entrain.
Ces Arabes flegmatiques s'cntre-dévorent à la Tinaigrette, sans sourciller.
La manifestation Baudin a été d'une folie tempérée.
Seule, la grande bataille livrée le 3 décembre aux farfadets du cimetière donne le signal de la drôlerie.
Le moment de lâcher le gaz hilaiant est venu. M. Duruy a oublié l'éclat de rire parmi les moyens infaillibles de bonne santé pour la France malade. 11 l'a oublié... en théorie seulement-, dans la pratique, il le fournit.
Patience ! nous rirons bien en 1869.
Jo trouve d(''jà les journaux fort plaisants (le se fâcher parce que M. Troplong emprunte des tableaux h nos musées pour décorer son salon et sa chambre à coucher.
Ne veut-on pas que nos hommes d'Etat mettent des miroirs dans leurs appartements? S'y regarder sans rire serait chose impossible, et ne pas oser s'y regarder, de peur de rire ou de rougir, serait inconvenant.
Les (ableaux sont plus commodes et plus jolis. D'ailleurs, do quoi se plaint-on ? Les musées sont les trésors de la France ; or, depuis quand la France a-t-elie des trésors pour ne pas orner ceux qui sont déjà par eux-mêmes les ornements de la patrie?
E^i-co qu'on trouve (étonnant qiin les ?ouverains et les souveraines se parent des diamants de la couronne? Pourvu qu'ils les resli tuent le jour de leur destitution, nul, i=ou5 tous les r(^gime?, re se plaint de cette mi^^e en lumière des beautés cachées.
Je sais bien que les tableaux sont plus faciles à détériorer ; mais Icâ diamants sont plus faciles à enlever. — Voyez la reine Isabelle !
D'ailleurs, comme tout porte à croire que les tableaux du Louvre sont exposés, par la quantité de foin qu'on met à leur base et par la quantité de pipes que l'on fume autour du foin, à périr un jour dans un autoda-fé, autant les laisser partir en détail. Si c'est un moyen de les exporter, c'est aussi un
moyen d'en préserver un certain nombre.
Ceux qui ne seront pas dans la galerie la nuit de l'incendie échapperont au désastre; ce sera autant de sauvé.
Cet étonnement, ce prétendu scandale, doit donc cesser.
Ayons le caractère mieux fait. Quant à moi, qui veux saluer l'année nouvelle avec bonne humeur et bonne espérance, je m'entretiens dans des dispositions moins farouches, et, au lieu d'en vouloir aux grands fonctionnaires du bien qu'ils nous prennent, je ne cesse de les remercier du bien qu'ils nous laissent.
Quant au Cercle impérial; puisqu'il n'avait aucun droit pour enfumer nos taoleaux, l'opposition ne pourra pas lui reprocher
d'avoir abusé de sei^ privilèges et do ses prérogatives. La malice, celte fois, est désarmée.
Un jour, un homme d'Élat actuel interrogeait un conservateur de nos musées sur la valeur approximative des tableaux. On essaya de grouper quelques millions.
— Cela vaut tant que cela ! s'écria le personnage en question, plein de prévoyance; ce serait une ressource en cas de besoin.
On ne sait pas, en ellVt, pourquoi l'K tat ne ferait pas aussi sa petite vente un jour?
Il paraît que les bureaux de la presse parisienne, départementale et étrangère >ont organisés au ministère de l'intérieur.
Un journal assure que le mot d'ordre donné est celui-ci : Elre agréable ioujonrR et partoiit.
On constate un symptôme rassunmt; la substitution de tables recouvertes de lapis aux bureaux-secrétaires en acajou.
Il ne manque plus que des carte?, des dominos, quelque^; cigares et des tableaux
du Louvre, ituur que col aimable cadiuil i-îssemblc à l'cslaminel d'un cercle.
Mais puisque l'on veut nous ôlre agréable, poun uui Taire môme la dépense d'un mobilier? La meilleure façon de ne pas déplaire, c'est de se l'aire oublier ; et l'absence des meubles me rassuierail bien plus que leur changement.
Je sais, après lou(, que l'Lmpirc ne répugne pas absolument aux sinécures. Celleslà ne seraient pas les premières ; mais ce serait la première fois, du moins, que ces fonctionnaires ne fonctionneraient pas.
Nal n'a le droit d'écrire sur ce uouvcr- / ncment, môme pour le d^'-fendrc, sans ètro timbré; c'est la loi. /
Mais comment se fait il que Messieurs fcs évèques échappent à cette obligation?
Monseigneur J'évoque de Coutancef et d'Avranches vient d'adresser à ses curés, pour êîre lu à leurs paroissiens, un mandement d'un style assez vif, dans lequel le prélat trace tout un programme électoral.
Le timbre a sans doute confondu les élus du saiïrage universel avec les élus du Seigneur, à moins qu'il n'y ait avec le timbre autantd'accommodementsqu'avecle ciel; car le mandement-circulaire ne porte aucune estampiiie et s'impcse aux desservants dans toute la virginit'j d'une feuille qui sort de presse.
Je no trouve pas que celte tolérance soit un grand mal; mai? on conviendra qu'il
■crail dillicilc d'en profiter si, pour Toblen.r, avant de se faire nommer députô, les catdidats devaient se faire nommer évoques in [Artibus.
C'e>t, en tout cas, la seule ressource que le timbre puisse laisser aux laïques, pour maintenir désormais l'égalité devant la loi.
Vesidrcdi 25. — Un gamin, passant hier sur la place Vendôme, lit de ses deux mains un porte- voix, en interpellant la statue qui regarde comme ma Fceur Anne au haut de la colonne.
— Holà ! hé ! lui cria-t-il, descendras tu bientôt?
Celte parodie de rinlerpellalion de Barîe- Bleue lit sourire le faclionnaire et rt;ver l'iiomme qui cherche les astres nouveaux avec sa lunette. i
11 est bien évident que la statue aspire à descendre; que le culte de INapoléon I^'' commence à compter pas mal d'infidèles, et que, si Ton lient à perpétuer celte religion, il faudra rassembler au plus tôt un concile œcuménique de lou? les bonapartistes du monde.
Il y en aura de toutes les nuances, de toutes les catégories. Car c'était un des avantages de ce Credo, que, ne répondant à aucun principe, il convenait à toutes les opinions, à toutes les consciences flottantes.
Napoléon rimait avec caméléon.
Avant d'élre si Français qu'il l'est devenu, l'Empereur était Corrc implacable.
Un de ceux qui l'ont connu et admiré, M. Lavalctle, parle de la ccndetla corska que Tjn seutait toujours au fond de son caraolerc, et, en tête des OEucrcs de ^'apo' /éon /"■ (en cinq volumes), on trouve une lettre furibonde que le jeune Buonaparle avait ô:rile -'i M. Matieo ijutlafoco, député de la Corse à l'Assemblée nationale, pour lui reprocher d'avoir vendu son pays à la l'rancc.
On dirait, ma foi, que M. Matieo Butlafoco a fait mitrailler ses compatriotes dans les rues de Basiia et a l'ait déchirer la constitution de J^on île par une soldatesque avinée, si l'on s'en rapportait à l'accent indigné de Baouaj)artc. Ecoutez :
« Vos affaires domestiques arraDgéc*, » vous jetâtes un coup-d'œil sur le pars; » vous le vîtes fumant du sang de ses » martyrs , jonché de victimes multi- » pliées, n'inspirer h tous que des idées de » vengeance. Mais vous y vîtes Vatroce mill- » faire, l'imperlinent robin, l'avide publi- » cain y régner sans contradiction, st le » Corse, accablé sous ses triples chaînes, » n'oser ni penser à ce qu'il fut, ni réfléchir 1) à ce qu'il pourrait être encore. »
L'homme du 18 brumaire, le soldat qui devait user et abuser du soldat, flétrissant Vatroce militaire, n'est ce pas curieux ? Notez que ce militaire si atroce, c'est le militaire français.
Je trouve que Napoléon s'est bien vengé sur nos armées de la h.iine de Corse qu'il avait conçue contre elles.
Après co lab'.cau lugubre do sa pairie deconbriscc, il s'écrie :
« 0 Lameth ! ù Robespierre ! ô Pétion ! ô » Volnoy ! ù Mirabeau ! ô Barnave î ô » Bailly ! ô Lafayelte! voilà l'homme qui » ose s'asseoir à cùlé de vous ! Tout dégoût - » tant du sang de ses frères, souillé par des » crimes de toute espèce, il se présente avec » confiance sous une veste de général, ini- » que récompense de ses forfails ! »
Je n'ai pas besoin de dire que cdte lettre r.c rcsscmbl'^, en rien à la corrcsponiance de Napoléon avec srs généraux.
Celle diatribe est datée de mon cabinet de Milleli, le 23 jancier, an II.
Commencer |iar invo]ucr Ilobespierrc, Mirabeau et L'ir,iy;;lle, pour en arriver à
César et Charlcmagne, c'est l'aire du cheiuin, eu tournant le dos à sa première roule.
Et Napoléon, qui connaissait par lui-même la IVagiiilé des principes, pouvait dire plus lard de son beau-frère iMuial :
« J'ai eu tort de l'éloigner de ma per- » sonne, car sans moi, il n'éiait rien... Si je » l'abandonnais à lui-même, c'était un im- » bécile sans jugement... Drus, fuis, Murât » m'a trahi et ruiné. »
{Xoumllc Biographie ciilujue tl anecdoUque des cordcinporains, par Napoléon, 182G. Ce sont des extraits des parohs recueillies par Las-Cases, Moidhohni , (îmirgaud .
O'Meara).
Hier, rAmhipfu a donné la promi(TO re- ]iré?onlntion do la Prince^f!e Rougi', nn gros dnmf,qul paraîtrai', bien invraisemblable, ?i non? avions le droit de nous étonner de quelque clio?e en fait de machinalions, apn^'s Slrariioijrcj, !)Oiilo{?no et le 2 décembre.
La Princesse Hourje n'est pas une princesse d'opinion avancée. On a vu des princes rouges ; mais la couleur ne tenait guères devant le velours rouge d'un trône. La princesse rouge e>t une fiction ; c'est le litre d'une as?oMa!ion qui s'est donné le monde en pâture et qui va, à travers les larmes, les gendarmes, la po'ic \ à l'apsouvi.ssement (le se? passions.
Les .•; rviieiii's de !a princrs--e violent les duniicile.s et 'es jeunes femmes, evécutent
tous 105 coup.^ d'Ëlat ni^ce^saires à leur appôlit et finissent, contrairement à ce qui arrive quelquefois dans la vie, par trouver le juste châlimenl de leurs forfaits. C'est le peuple représenté par làSocicté du chaudron, qui intervient, à un moment donné, pour faire cette révolution au nom de la morale.
L'auteur, M. Edouard Piouvier, sait bien que ce tissu d'événements, qui lui fournil la trame de quelques scènes vraies et bien étudiées, est un tissu fantastique; mais il sait aussi que c'est l'invraisemblable qui réussit en France et que ie ridicule a ses chances.
Voilà pourquoi ses sacripants s'en donnent à cœur joie, comme s'ils avaient la complicilé de la police.
On a applaudi intentionnellement une phrase sur l'inutiliti'' el la vanité do la guer-
re. Décidément, le chauvinisme, c'est à-dire le patriotisme intolérant et brutal, est en baisse. La France, comme l'a dit M. Roulier, QSi belliqueuse toujours, m.ais elle ne veut plus être si 7nilitaire.
La Princesse Rouge régnera, quelque temps. Elle commet assez d'atrocités pour cela. .Mais je ne crois pas à un succès indéfini, car l'immoralité finit par répugner, même au boulevard.
La farce du 3 décembre a eu son dénouement en police correctionnelle. D'insignifiantes condamnations, mêlées d'acquittements, sont venues prouver une fois de plus que l'opinion publique avait été inutilement et maladroitement agitée, et que pas un des
dtHinqiiants n'élait ?orli de chez lui avec l'idée de se m^'ler à une manifestation.
Ce n'est pas la police qui a été condamnée, et pourtant elle est seule coupable. D'après quels rapports M. Pin.ird est il parti en guerre? S'il ne s'était pas trouvé des agents pour tromper le ministre, et un préfet de police prompt à s'alarmer, pour lui laisser faire ce déploiement de forces absurde, est-ce que nous aurions eu ces manœuvres du ministère à l'intérieur?
Ce procès a révélé quelques faits précieux pour l'histoire de nos mœurs.
Un sergent de ville dépose qu'il a arrêté un individu, uniquement parce qu'il voulait passer.
M. l'avocat impérial reproche à Chauvière d'avoir chez lui nn numéro du Reirtl.
Oue nio lorait-on jamais, si l'on découvrait que j'ai dans ma bibliolliùqne nonseulement le R('r<'ii, mais les fhùtuni'itls, Napoh'on-k-Fttll , et que j'espère joindre à cette collection délivres séditieux les J/^mojyv.ç de Bad'mguei'i
Depuis quand les éciils que l'on ne propage pas sont -ils des armes oflensives?
Un autre prévenu a dit :
— L'ombre de Baudin vous fait peur !
On l'a arrêté pour cela. Arrêtez-moi alors,
car, depuis plus d'un mois, je n'ai pas dit autre chose à certaines gens.
r.nfin, M. Velli était accusé d'avoir osé dire :
— Baudin est mort en criant : « Vive la népiil)liqne ! »
Ne vo'ilait on pas (|u'il alTirm;\t que Baudin était moil en criant : « Vive le coup d'Ktatl»
Le président, avec un élan de conscience, s'est écrié :
— tlli bien ! alors, il n'y a pas de cris 56dilieui?
M. l'avocat imp(^rial, qui me paraît sublil, a insinué :
— Ne pourrait-on appliquer l'article 224 pour outrages aux agents ?
Mais le tribunal n'avait pas à statuer sur des faits que la prévention avait négligés. H a renvoyé M. Yelli. Et c'est ainsi que s'est terminée cette mémorable atfaire.
Le plus condamné, c'crt encore M. Pinard.
Samedi «6. — Il paraît que les Tuileries sont infestées de souris. Ces rongeurs manœuvrent à l'intérieur avec une insolence qui ne respecte rien, et l'on raconte que d'augusles pro\i^ions, piéparées pour d'augustes appétits qui tirailleraient la nuit d'augustes estonjacs, sont grignotées jus-
que sur d'augustes tal)!e? de lUiit par «os animaux.
FJ la garde qui veille aux barrières du [ouvre n'ein pêche pas cette manifestation souverainement hostile. On va iiiulliplier les chats.
On par'ait ces jours-ci ù la liourse d'une guerre pos>itjle entre la Turquie et ia Grèce. Les bonnes âmes s'alarmaient à l'idée de Turcs que l'on pourrait immoler et de (îrecs dont on priverait le monde.
— Rassurez-vous, dit M. iM.... c'est moi qui fournis les fusils à la Turquie, et c'est E... qui fournil les fusils aux (Jrfcs. AvfC ces armes-là, je les détie bien de se faire beaucoup de niai.
Il est de mode dans les journaux officieux de se plaindre des réunions publiques et de se plaindre hypocritement.
On y attaque tout, disent-ils, hommes et choses; on y attaque môme les hommes de l'opposition ! Et voilà le Pays, la Patrie, le ConstHutionnel, qui étalent ces attSiques avec une délectation toute particulière, non pour blesser l'Opposition , grand Dieu ! mais pour la plaindre, au contraire.
Voilà ces démocralo^ , ces prétendus grands hommes, conspués par l^ur parti et par leurs amis ! C'est du miel et du sacre pour les amis du gonvernpm.ent. Quelques cris contre le mariage avec cela, un peu de communisme, et le répal est complet.
Tout beau, Messiours ! Pa< si communistes, pas si parlagcux, pas si ennemis de nos amis que vous voulez bien le dire!
Il y a sans doute dans ces réunions des excentriques des deux sexes ; il y a des Tous ; il y a aussi des agents provocateurs. On y crie autant qu"oa y parle ; on y attaque quelquefois ce qu'on devrait respecter; d'accord. Mais, ne faut-il pas en toute chose un apprentissage ? (Kiand donc avons-nous fait celui de la liberté v II no sera pas long. On ne sait pas encore mesurer la voix ; on parle comme un muet qui recouvre la parole : au dehors, on tremble au moindre cri, au moindre bruit.
En Angleterre, on rirait; en Amérique, on applaudirait; ici, après le fanatisme du silence, nous avons lépouvarite des échos. Mais, dans deux ans, le communisme de trois ou quatre citoyens ne nous fera plus tourcilier; les gens capables auront pris ie chemin des réunions publiques et s'y seront fait leur place, leur tribune, leur auditoire.
Voilà pour les doctrines. Quant aux hommes, allendcz les aux élections prochaines et vous verrez a'ors ce que pèsent quelques injures apprises par cœur et débitées pour plaire aux braillards.
fc%
Fera-l-on encore, par exemple, un grlcr sérieux à M. Jules Simon de n'èlre pas à la salle Pilodo, pendant qu'il proche la liberté à Bordeaux, à Nîmes, avec un succès prodigieux? elaccasera-t-on l'auteur de VEco^c, à qui nous devrons dans un avenir prochain Tinstruclion obligatoire, de ne pas oser dire son avis sur une cause qu'il sert depuis 30 ans avec une incomparable énergie?
Laissez s'évanouir ces clameurs, qui sont la Icrmentation de la vendange nouvelle. Que les journaux oîTicieux reripeclent le bruit des vivants et le silence des morts! Le progrès ne s'égare ni dans P-s clubs, ni
dans k^ cimetières ; il suit sa roule, et il la suit, malgré la voix et la main flfi la rolire.
On m'écril :
« Vous demaridoz ce qu'est devenu l'aigle » vivant de Boulogne !
» 11 a été recueilli par un limonadier de » celle ville, qui a offert de le restituer au 1) président de la République, en 4848, » moyennant le payement de sa nourriture, u La propo.-ition était inutile, on l'a re- )) poussée.
» D'ailleurs, cet aigle, ïi l'on en croit la » légende, élail mal élevé.
» Voici ce qu'on raconte :
') Pondant la ira versée, il s'était permis » de laisser tomber quelque chose sur » Ihabit de M. Fialin.
)) Le Oonjiir*^ , '.n tournant \orc lo
» prince :
» — Sire, lui dit-il, raliliez-vous le cra- » chat déposé par voire emblème? »
Tout le monde bait que ia ralilica'iop. eut lieu.
On ne sait pas si M. de La Valette doit faire une circulaire. Mais, pour expliquer son retour, M. le ministre du allaires étrangères laisse raconter dans les feuilles de province que la fameuse circulaire du 10 septembre 1806 sur les allaires d'Allemagne, signée par lui, n'était pas de lui. Ministre intérimaire, il a paraphé la lettre toide rédigée qu'on lui présentait, mais ce qu'il a signé n'était pas rexitrutBiou de sou seulimcnl personnel.
Voilà c(] que les amis du nouveau ministre trouvent do mieux à dire pour expliquer une itifonsrqueRce. Il ne ?e contredit pas, di?enl-il?, puisqu'alors il ne pensait pas ce qu'il expj'-diait à ?es agents.
Voilà une manœuvre bien faite pour pousser cl l'esl'nie et à la considération du pouvoir.
iuianclie fi. — On donne des liisils aux lycéens; c'est une excellente idée.
Pourront ils les emporter chez eux U'S jours de sortie ou d't'^motion publique?
Le journal Pai'is publiera tous les samedis le Journal de Sainte-Pélagie, une feuille écrite par les pensionnaires de la rue de la
Clé.
Le premiernuméro, rédigé parMM.Vallès, Passedouet, Martinaud, Oudeî, Julien Lemer, Gaillard fils, est d'une verve ironique, qui prouve bien Fulililé des prisons pour soutenir et émanciper les écrivains.
Les révélations de M. Oudet sur les mystères des Maisons centrales sont d'un intérêt poignant. On nous promet la suite au prochain numéro.
Je n'ai pas besoin de dire que la rédaction de ce journal spécinl promet d'être variée et de se renouveler assez fréquemment.
M. do Pêne a eu rinspiralion ia piu.-^ Iiinireuse et la plus logique en pensant que le Jo nrnal de Sn \ n te- J'i'-îaçj iV é t n i l I e Mo n'teii r naturel de l'esprit de F'ans, et que ces deux noms associés par l-i justicQ ne pouvaient être séparés par la sympalhic du public.
On demande la respODsabilitô ministérielle.
Moi, je ne demaDdc rien, 'et je trouve, pour ma part, que tout va à merveille. Mais enfin, il y a encore dans le monde des arriérés de l'école parlementaire qui voudraient que le ministère fût ro.-ponsable des faiHes du [)0uvuir.
Je m'étonne de l'exi.i^ence. Et il me semble qu'en fait de re-ponabiiité mi(,i:t'^rirlle
on ne peut rion souliai'or do plus parfait que ce que nous avon:^.
Comment! il est de notoriété que l'initiative n'appartient à aucun détenteur de portefeuille ! Tout se rôgîe, tout se décide dans un sanctuaire im|)énélrable ou en conseil. Et i)ouriant, quand l'acte décidé a mal réussi, fait-on remonter la responsabilité jusqu'au sanctuaire? Non. C'est M. de IMoustier, et c'est M. Pinard qui payerit pour les idées qu'ils ont reçues.
Etre responsable de ce qu'on n'a pas fait, c'est l'idéal de la responsabilité. Les régimes parlementaires n'iront jamais au delà.
Et c'est ainsi que la Constitution dépasse tous nos besoins.
Lundi *8. — Des informations personnelles, et qui, n'élant transmises par aucun
agent, sont parfailemciit sûrcï;, inc pcrmcllenl d(3 défendre M. Troplong du reproche d'avoir chez lui des tableaux du Musée.
Non : les croûtes officielles (pii décorent les apparlemenls de M. le président, les laideurs encadrées dont il se contente, par dédain de la bonne peinture, sont des co[iies aiïrcuscs, auxquelles, loul naturellement, il mêle ses tableaux de famille et ses portraits intimes.
Voilà, je l'affirme, Texactc vérité.
On dit, d'autre part, que i\L Uoulier a dans son cabinet le Saint Augustin dWry Scheffer.
Je ne sais si le fait est exact; mai?, au lieu d'accuser .M. le ministre d'Etat d'aimer trop Us beaux tableaux qui ne sont pas à lui, pourquoi ne pas supposer que celte toile représentant saint Augnstin est placée là pour l'exhorter à écrire ses Confessions?
A moins que M. Kouher ne se souvienne que ce tableau était accroché dans le
bureau, dans ]c sanctuisire de la reine I\Iarie-Âmclic ; et qiio, par souvenir, par piété ou par précaution superstitieuse, rtîomme d'Etat ne veuille rôvcr et méditer devant celle im^ige qui a vu prier, pleurer, méditer, Tancicnne reine des Français.
Cela repose d'ailleurs de Trianon et des pcrpéiaclîcs évocations de Marie-Anloinette.
On refuse à M. Sandon, sous le prétexte qu'il est fou, de faire des conférences, et on convoque en même temps les ministres de quelques souverains régnants à une conférence européenne.
Il y a là un manque de logique. M. Sandon De ferait pas de mal aux a-faires.
A propos de conférences, on dit que la salle
11 boulevard des Capucines se prépare pour n lournoi humoristique cl philosophique.
Lu dernier changemcnl de ministère ayant Lé ordonnancé dans la nuit, un homme 'esprit fataliste s'empare de cette circonsmce pour parler prochainement sur ce icme connu : le bien vient en dormant.
II est autorisé par M. de La Valette.
M. Pinard, de son côté, pourrait pousser n avant un contradicteur, M. Marfori veut, ,it-on, prendre la parole sur ce texte:
Non, le bien ne vient pas en dormant !
Le duc de Montponsier a publié une lettre (ui, sans être un programmo, est une sorte le circulaire él' ctnr.ilo.
L'Espagne lui deniandcra-l-elleun échaa-
lillon de la soi-disant meilleure des rejmbliques ? ou bien fera t elle l'essai elle-même ? *
C'est une qucsliun que je ne veux pas préjuger.
Mais, quand je vois les peuples embarrassés de se choisir des maîtres, et quand, d'en autre côlé, je réllécliis que rAUcmagoe est une pépinière inépuisable de souverains, je me demande avec jalousie pourquoi il ne vient jamais à l'esprit d'un peup'.e dans l'embarras de s'adresser à la France pour obtenir de la dynastie régnante la greffe d'un Napoléon.
Le gendre de Victor-Eunnanuel est un César en disponibilité. Il a sur sa figure l'efiigie impériale. Ses opinions l'éloigaent du vain éclat des cours, mais ses liens de famille l'y ramènent. Et peut-être bien qi'c, si on lui otirait l'occasion de faire le bonheur d'un peuple, il se résignerait à une vie sédentaire.
D'un autre côlé, la famille Murât, que
Naples ne parait pas réclamer bcaucoui», s'accommoderait du premier petillrùncvcnu.
Ces princes-là valent autant que d'autres. Pourquoi ne songe t-on jamais à eux? Evidemment il y a là du mauvais vouloir.
Je réclame contre cette injustice, qui blesse la France dans sa lierté et qui tendrait à la faire accuser d'avarice, couime si elle retenait ici de force ces souverain,^, qui brilleraient si bien partout ailleurs.
Je parlais la dernière fois des aiï'aires de Sli'asbourg et de Bouloguc.
Je trouve, à propos de la première allairc, dans les Lettres rarisitnnei^ si parisiennes, de Madame de GirarJiii un mot que la Liberté ne reproduira pas :
« Les bonapartistes purs, dit -elle, ont vu y> avec indignation l'expédition du [)rince 1) Loui.-:, >'otre Eni[)ereur IcyUitncy s'écrie-
» rent-ils avec enthousiasme, c'est Joseph. » Le mot légitime est charmant, à propos » d'un Bonaparte. »
mardi 89. — Les Chambres sont convoquées pour le 18 janvier.
La Cloche attend avec impatience que la sonnette du président réveille la vie politique, qui s'assoupissait un peu.
Ai-je besoin de dire que les indiscrétions les plus complètes, les physionomies de députés lés plus exactes, me sont garanties et seront communiquées à mes lecteurs?
Le prologue de U Cloche s'achève. La vraie comédie pour elle doit se jouer à la tribune et dans les élections.
Je dois, à ce propos, prier instamment mes lecteurs, si exacts à m'envoyer des dossiers pour l'enquête ouverte sur le 2 décembre, de ne p jl; oublier, pendant la durée
3e la lutte électorale, de me Iransmeltrc les 'ensei{j:neincnts ulilci et lei silhouettes nôiessaires.
Ma cloche vibrera dans tous les clochers )ù la liberté veut faire sonner son Anychts. ]e ne serait pas II pciue d'avoir affronté la itérilité des vacances, pour ne pas se livrer intièrement et avec ardeur au travail, à la entrée de la politique.
J'aurai mes sources d'informations toute? )rêtes.
Je pjis dire déjà que la nouvelle chambre era convoquée vnmcdlatemerd après les lections. Le pouvoir est impatient de enoucr la tradition que la guerre du scrutin a interrompre. Il faut prévoir môme Timrobable. Le Corps législatif, en cas d'accient, serait ainsi constitué comme une luvegarde et un refuge.
Il est bien entendu que ces précautions 'impliquent aucun présage et aucune rainte; ce sont des précautions, voilà tout» lies iont toujours bonnes à prendre.
Le banquet des anciens élèves du collège Henri IV a eu lieu samedi. Il ôlall présidé par M. de Lavenay. M. de Forcade de la Uoiiuelle y manquait.
Un jour, ce ministre zélé avait proposé à la commission des anciens élèves de refuser la cotisation des princes d'Orléans et de rayer ceux-ci de la liste.
Celte courageuse initiative l'ut vivement combattue par Emile Âugier. j'ignore si la proposition fut acceptée; mais elle prouve toute la confiaoce de M. le ministre de l'intérieur dans les destinées actuelles ; il ne craint rien du passe, ni de l'avei'ir.
Li' ii'ihiiiial (le (lomnierce tle la Seine vient doch'îcitler cyïon ven lant un soco^id Muniteur à M. Wiltersheim, M. Houlier avait ronOsquô le? droits tlu premier.
Le J!)gonne:ri manque de galanterie.
Comment s'appellera le MonUeiw de ru.«urpalion Roulier, pui^iqu'il ne prut prendre avre S(''curil6 le nom du Momicnr l^^gitime Dalioz? Qui se sérail attendu à cet ('■cliec pour l'infaillibiliti'' du ministre d'Etat et pour sa d(''licatesse ?
Quel dommage que la famille d'Orléans n'ait pu réclamer ses bien? devant le tribunal de Commerce !
\'eut-on savoir où en est le goût de la lerture en France ?
J'ai vu ;\ une vitrine de cabinet de lecture d(Hix affiches : l'une annonce le dernier loman de Paul de Kock, le plus populaire
des romancirr?, à 25 cent'rrips par jour de l localion; l'autre annonce, le 2 Décembre, de Ténoî, à oO cenlimes.
Il paraît que riîisioiro c-immence à ('^tre plus coli'c que le roman graveleux.
C'est un progrès.
C'est après-demain l'année nouvelle. N'échangeons tous qu'un seul vœu : « Vivons! » Car qui vivra, verra !
Ou va décorer ceux qui ont la boutonnière vide cl ajouter a-jx boutonnières déjà remplies.
A ce propos, finissons par une histoire du premier Empire,
ÎNapoléon, qui imitait T^ilma, voulait dé-
coror celui-ci. Il n'o?ait; rt il r.'^^olut d'o-savfr d'abord rdlet d'i-ne décoralion sur un grand ar'isle En consc'-quenr!', il donna la croix dp la Couronne de fer à Creacentlni, chanteur ilalien, digne de la chapello Sixtine.
« Tandis que d'autres me blâmaient, raconte Napoléon, Madame Grassini dit ; <( Je » pense que Napoléon a bien fait de lui » donner cet ordre, il le mérite. »
(T Questionnée sur le motif de-son opinion, » elle répliqua :
» — Je pense qu'il le mérite, ne fût-ce » qu'à cause de ses blessures. »
On n'a pins guères de blej-sés comme Crescentini. Toutefois, lv!S Nar^'s ne manquent pas dans la politique et dans Ja Jit(é-
rature. Noii>î verrons sans doute leurs noms parmi ceux que publiera le Moniteur. i
Ce ne sera pas à litre d'essai, mais bîon réellement pour hurs infirmités qu'on les aura décorés.
(LoLMS Ulbach) FERRAGL'S U gérant : LE CHEVALIER
PaiiS. -=- Irnp. de i;uLuis=on et C«, r. Cuq Hiiuii, x
Samedi s) janvier 186î'.
PAR
FERRAGUS : m¥^ ■-/
MevcvQili îl« iïéc-cs3î!îB»e. — M. Sardou esl cerlaincmonf, Tailleur dramalique contemporain le plus habile à extraire une œuvre étonnante d'un lieu commun et à la mettre en scène.
Quand le gouvernement voudra relaire la farce du 3 décembre dernier, j(i l'engage
à solliciter le concours de M. Sardou. Celui-ci a plus de strat(''gio que tous les colonels, plus de rubriques que tous les préfets de police, et infiniment plus d'esprit que tous les ministres .
Mais en constatant le légitime succès que l'auteur de Sérapkine vient d'obtenir au Gymnase avec cette dernière comédie, je dois avouer cependant qu'un peu plus d'observation était nécessaire, cette fois, pour étudier, analyser la dévote de ce temps-ci, la dévote dont il faut craindre l'empire et que l'Empire surtout doit redouter.
Les femmes comme Sérapîiine, les coquettes de sacristie ne sont plus guères dangereuses.
Se pâmer aux sermons de l'abbé Bauer, c'est une mode; ce n'est pas un vice. Je
connais des bourgeoises qui abuseni de ce luxe et qui ne sont que ridicule?.
Racheter des petits Patagons, jouer la comédie au profit d'orphelines dont on maudit les mères et dont on pervertit le sentiment filial, c'est l'inconséquence banale des pieux boudoirs. Quant aux victimes cloîtrées, elles deviennent de plus en plus rares, et l'expiation, mise à. la portée de tou testes bourses et de toutes les consciences, dispense l'égoïsme maternel de ces immolations d'Iphigénie.
Non, le mal i^ocial n'est pas là, La dévote dangereuse, la voici :
C'est la grande daiP'e, naïvement, ignorante, superbemeal étourdie, qui r'ionne le ton de la mode et des opinions ; qui fait de. la politique comme les Allenmiides font du tricot, sans regarder les aiguilles , ^><)ur l'amour (lu mouvement; qui recrui e des zouaves pontificaux avec aulant fie foi que des
valseurs; qui fait du cotillon une aussi grave affaire que de IVxpédilion romaine, el qui, d'une élégance implacable, d'un entêtement magnifique, fait hausser le budget de la toilette dans les ménages, le budget de la guerre dans l'Etat, vouant ses épaules aux feux du diamant, les libres penseurs aux feux de l'enfer el tous les Italiens de ritalie au feu de nos chassepots.
Celte grande dévote a des accommodements avec la morale intérieure , et c'est par là que son influence est désastreuse.
Elle n'aurait qu'à metire la fidélité du serment et la liberté à la mode pour que la haute société, qui rimite en toute chose, devînt iîCrupuleuse et libérale. Mais peu lui importe d'avoir des apostats dans tous les coins de son salon, pourvu que la dernière apostasie soit en fiveur du denier de saint Pierre.
Elle ne veut pas des caraolcn s, illo veut des fidèles. CoqucKc pour Je ciel et pour la terre, elle change quelque chose au vœu du tyran romain, et souhaiterait que toute l'humanilô n'eût qu'un cœur pour pouvoir le charmer, le séduire.
Ce souhait, au fond, est aussi féroce, puisqu'il s'agit d'abêtir au lieu de tuer.
Cette grande dévole lit peu, mais elle est toujours assez au courant pour dénoncer à ses amis du parquet les livres qui ne sont pas orthodoxes. Elle s'est défiée longtemps deM.Duruy, qu'elle prenait au sérieux; elle lui pai donne aujourd'hui et s'en amuse beaucoup.
On ne dit pas qu'elle fasse des ministres, mais elle en façonne.
Dès qu'un nouveau ministère est organisé, elle Taitiredans son salon, et je ne serais pas étonuô d'apprendre que M. de la Valette est dé^ci sous la surveillance de son regard
doux et iiicvitdblc. Je sais, du moin?, qu'» lie a dit en confidence à une de ses amies pendant le dernier cotillon :
— IN'aycz pas peur, je réponds d(; lui ; nous resterons à Rome !
Tout est là pour elle. Rester à Rome, c'est l'idéal 1 Les Arabes meurent de faim, les Français meurent d'ennui ; une grandi?
dame riche , qui a de l'influence, pourrait susciter un mouvement humain et un réveil de l'esprit. Mais les Arabes sont rebelles à la conversion , et l'esprit est voltai • rien !
Voilà pourquoi on n'encourage, dans ce salon si près du oiel, ni les généreuses entreprises, ni les mâles pensées, ni la littérature vivante , ni l'art qui s'accouple à la science, ni la science qui heurte la foi.
C'est le divan d'Armide, où languissent,
dans des exia-os do somnambules lliéroismc, l'honneur, la di^^nilé de h France.
La dévole acariàlre, austère, brutale, l'hypocrite glacée n'est plus à craindre. M.iis rette charmeuse candide, qui met toutes les pompes mondaines an service de son fanatisme, qui a conclu , pour la plus grande gloire de ses fêtes et pour la plus grande ruine des ménages, l'union de l'élégance henoltonnée avec la foi bretonne, et qui voudrait aller sauver le pape sur un air de la Belle- Hélène et de la Grande- Duchesse de Gérolsleln ; voilà la dévote redoutable , celle qui a son influence, celle qu'il faut dénoncer, combattre, et que M. Sardou a oubliée ou n'a pas osé entrevoir.
Je ne fais que l'esquisser pour défier les peintres.
On m'Ccril dWrles :
« Ce 28 décembre 1868.
» Monsieur,
» Avant-hier, un jeune liorame de viugt- » deux ans, mon ami, s'est suicidé en se » fracassant la tête d'un coup de pistolet.
» Savez-Yous pourquoi il est mort, celui- » là?
1) Ce n'est pas pour la pairie ; c'est pour » son pauvre père , aveugle , misérable , )) mendiant, il a pensé que le vieillard dont » il ne pouvait alléger la détresse obtien- !) drait un appui définitif de la société » quand il serait tout seul au monde, sans » son fils ; et le fils s'est immolé.
» On l'a enterré hier. Les prêtres nalu- » rellement avaient refusé d'intercéder pour » le suicidé!
» J'ai quitté le cim.etière le cœur navré. » Au retour, en passant devant la cathé- » drale, jesuis entré.
» Un homme à figure L^panouio élait vn. » chaire et prêchait. Il parlait de la charité, » du dévouement fraternel, de l'appui et de » l'indulgeuce que l'on se doit les uns aux » autres; ei les vicaires qui nous avaient M refusé sôchemenl un De profaucUs sur la H tombe de ce pauvre fou tué psr son amour H filial, écoutaient en hochant de la tôte » avec satisfaction, se croyant encouragés )) et absous par ces paroles onctueuses sur )) la charité.
» Le contraste de cp sermon avec le deuil » que je quittais me lit horreur.
n K\cnscz-moi de vous Viansmettre mes 1) impressions, et croyi.'z-uiui, etc., etc.
J. MAUTIX,
» Ouvrier ajusteur aux ateliers ;) du chemin de fer. »
Enliii! k; dernier vaincu de lajournOc du 3 dôccnibro vient d'expier sa rébellion.
M. Kellermnnn, pour avoir inurniurr'' des mois comme cenx-ci : polissons, canailles^ en parlant des sergents de ville, ira mf^'ditcr en prison pendant quinze jours sur la n(> cessilé des eupliémismrs; cl tout sera dit sur celte pasquinade équivoque, souricière sans lard, dont M. Pinard a H6 la plus réelle viciime.
Je iirétonne que l'aulorilé, qui a l'horreur des morts cl la peur des lom beaux, ne cherche [)as à entraver la souscription Berryer.
C'est pourtant là une manœuvre égale, si- Don supérieure à l'aulre , puisqu'il s'agit
d'honorer riiuiiiinc dont le, d< rîiii'r aric de ciloycn a ù[ù uno piolc-tiUioii ccUilaiilc en faveur du Baudin.
Bcrryer rcprôsciilc la l'ulélilô au droit, la saiiUelé des convictions^, l'espoir i-ii la juslice, c'est-à-dire tout ce qui est d'une opposition flagrante.
Il paraît que le montaiU de la s^'uscription dépasse déjà 60'xanlc mille IVancs.
On pense que tout ne sera pas alisorbô par la statue. Vingt-cinq mille francs environ doivent suffire, et l'on fera sans doute du surplus quelque chose d'analogue à ce que l'on a fait à propos de Lamoriciôre.
Outre le monument érigé dans la cathédrale de rSantes, on a fondé un asile pour recevoir les anciens militaires de larméo d'Afrique.
On pourrait, avec le produit ùv. la souscription Berrycr, construire un hùlci alFccté aux derniers Bourbons erronts sur in surface du globe.
Ce Sakite-Pôrine de la monarchie serait une insiilution pratique qui rouronnerait dignement l'œuvre de Berryer et qui servirait d'avertissement philosOjliique à la fatuité des dynasties en exercice.
11 n'y aurait pas eu, lors de la S' uscription pour la statue de M. B i!au!i, de quoi fonder, avec le superflu de l'argent, un asile napoléonien.
Jenili 31 déceiïihs'e. — L'année finit aujourd'hui ; ello s'en va, pe:îante de soUi?e mais légère d'argent et presque pure de sang humain.
A parlquelques coups de poing assénés trop fort, on n'a guère blessé que le sens commun et la fierté nationale. Ces plaies-là se cicatrisent vite. On a voulu tuer les morts ; mais CCS entétés-là profitent de la tombe pour résister, et Baudin insoumis, debout, provoquant, continue à manoeuvrer tout seul, après qu'on a ramassé, condamné, houspillé tous ses complices.
Je m'imagine que, exaspéré contre ce mort immortel, qu'on ne peut ni enterrer définitivement, ni déterrer, quelque chef du gouvernement a dû se dire :
— Ah! les amis de Baudin ne le ressusciteraient pas aussi volonliers que moi! Si
jo pouvais iui rondre la vio, comme jo m'en (It'biiira.sscraLs !
Mais, le moy(3n (J'cimpoignor une poussiùro, et d'envoyer ^ Cayennc deux W: en sautoir?
En môme temps que l'année finissait par un triomphe de M. Sardou, M. Houher trouvait à sa comédie du Monîleur un dénoûmcnl ingénieux el bien simple, que rcTsprit inventif de l'auteur des Faites de mouches n'eût peut-être pas découvert.
M. Norbert Milliard paraissait bien certain de faire cas?er le jugement du tribunal
■ 11; commorce qui appelle la ronn^calion par son nom, el il aiiiMit dit, assure-t-on :
— A quoi i)on publier aujourd'hui un jugnniLMit qui sera annulé demain ?
Mais, au dernier moment, il a eu peur; il s'est dit que, sans demander une injustice aux tribunaux, c'est les offenser encore que de leur demander une justice Irop rapide. Il a fléchi et il a sollicité ce bel arrêté qui, pour mieux affirmer son côté burles- (jue, son caractère plaisant, s'ist produit d'abord dans le Figaro.
Où s'arrêtera le pouvoir, s'il entre luimême dans la voie des aveux et des restitutions ?
Vous verrez qu'un de ces jours le journal officiel enregisirera un décret pour rendre à
la famille d'Orléans ses biens confisqué-
Ri on les retrouve.
Mais les procès ne sont pas terminés pir celle conlcssiim naïve de la confis .alion.
D'abord, M. \\'ittcrslieim a acheté fort cher ce qu'on n'avait pas le droit de lui vendre. S'en ticndra-t-il là? Lui rendra-ton l'argent indûnaent perçu ? Le marclié sera-t-U rompu ou modifié ?
M. Dalloz, pour sa part, ne se repose pas sur son premier succès. C'est une ordonnance royale qui a constitué la propriété du Mo7iiteur ; il tient à un décret impérial pour l'anéantissement de cette propriété ; il veut être immolé de la main du maître et ne reconnaît pas aux inférieurs, le droit de l'égorger par un arrêté.
Viendra ensuite le procès des abonnés du J^onileur. Les gens qui ont souscrit à ua journal ol'ûciel pour avoir les fausses nou-
vellc.'S qu'eslamoillc le gouverncirunt ne veulent pas courir la elianco des nouvelles vraies que peut publier un jouina! indépendant.
C'est là sans doute l'abus de leur droit, mais c'est leur droit. Us tiennent au boulon de livrée qj.ii surmonîe le style du journal officiel, non pour la livrée, mais pour l'espèce de garantie qu'elle donne.
Il e:;t bien entendu que je ne parle pas des chicanes de M. Pion, au profit duquel ce coup d'Elal avait été tenté et qui s'éla't piéparô à en recueillir les fruits. Je ne dis rien non plus des augustes promesses reçues par M. Dalloz en mai dernif r.
— Je ne veux pas qu'il vous soit rien f.iit de désagréable, lui avait-on déclaré.
.Mais le mois de mai est le mois de.^- ' aprices ! Combien de désastres au liiui des récoltes que ce mois fallacieux avait au^oncce^!
11 est vrai que le mois de décembre n'est guère plus propice aux serments, et je tie vois jusqu'il que les engagements libéraux du 19 janvier qui aient été sérieusement priset slricemonl lenus.
M. Norbert Bili ard a été à lui seul le Maupas et le Morny du coup d'Etat du Moniteu7'^ avec moins de finesse que M. de Morny, plus de fermeté et d'intelligence que M. Maupas.
C'est un homme gai, gouailleur et farceur, qui fait rire M. Roulier autant que Miss Multon l'a fait pleurer. M. le minisire d'Etat tape sur le ventre des députés ventrus, qui disent de lui :
— Le bon enfant !
M. N )rbcTt Billiaid lape (au moral) sur le ventre de M. Roulier, qui dit tout inuil ;
— Le bon ganjon !
Ils se valent comme bonhomie.
M. Hillaiill n'rlait pas de celle liiimenrlà. Aussi trouvail-ii trop k^ger M. Norbert Dilliard, quand cchii-ci ôtail ?on secri'Uairc son? la n(''puI)li(iiio, c'est-à-dire lof?que M. nillaull républicain, socialiste, revendiquait le droit au travail.
Je dois révéler, au lisinic de le broui'Ier a\-'e(^ M. le ministre d Klaf, un gros défaut de M. .Norbert BilliarJ : Il fait des vers.
Ce n'est pas un poélede l'envergnrede mon ancien ami Henri Chevreau, lequel pouvait devenir ([uelquc cho-e dans le monde des "lettres si, par paresse, il n'eût préféré s'en tenir à être sénateur et préfet ; mais eniki, c'est un poëte qui compte, dans un monde snrIoMt où les gens de talent sont trèsrares.
J'ai entendu dire que M. Norbert Billiard a conimis plusieurs comédies en \ers. CVst moins grave que d'avoir commis le 2 décembre.
On a parié giirloiit d'i.ne pièce dont le sujet n'est pas neuf, mais est Dien cons^olant.
Il s'rîgit d'un soupirant qui aime à la fois la mère et la lillc. et qui se justifie avec un art, une grâce, une délicalesse !.. Ecoutez :
M Se pmi-OH ijas aimer la roue et le boulon?
Je voudrais bien savoir ce que les caractères mal faits auraient à répondre à folle question. C'est ainsi qu'au journal officiel (on vers comme en prose) on est d'une profondeur de sentence sans réplique.
Combien de gens qui aiment la rose à leur boutonnière, et le bouton de livrée à leur habit!
Grand canotier, danseur infatigable, M.
Norbert Billiard doit pt-.ut-être à ces aptitudes spéciales son influence au journal officiel. Il faut, en effet, un rude canotier pour diriger la barque qui tend à dériver, et il faut une souplesse de jarrets et une élasticité peu'commune pour se maintenir toujours prêt à sauter, pour l'eniporeur, l'impératrice et leur auguste famille!
Vn conseiller d'Efat qui voulait voir ce pf^rsonnage important demandait, dans un bal, qu'on voulût bien le lui désigner.
— Cherchez, répondit quelqu'un, et le danseur que vous trouverez en nage, c'est lui!
^ Si avec un pareil homme le journal officiel ne nous fait pas suer, il aura peu de chance!
On lisait ces jours-ci dans le MqjiiUeur de V armée l'annonce suivante :
« A vendre un bon cheval de selle, habitué au feu. S'adresser à M. Mangon de la Lande, capitaine d'élal-major, 16, quai des Célcslius. »
Depuis la guerre d'Italie, à laquelle il n'a certainement pas assiî-K^, ce bon cheval n'a pu s'habituer au feu qu'en Syrie, en Cochinchine ou au Mexique. Il a dû alors naviguer beaucoup. Pourquoi n'annunct:-t on pas qu'il est habitui'' à Veau en môme temps
qu'au t>'u? Cela aunn.'nl.Tai» sa valeur <•! >atislVM-ait la vt'riK^.
l/émolion causcV: par les laljh'aiix transportés au Corde impérial conlinue, sans que l'adminislraliou se résigne à répondre autrement que par le dédain.
Le dédain est une figure de rliétorique que j'apprécie et dunt nus hommes d'Klat nous lacilitent l'emploi, en le gâtant un peu touleiuis par la colore qu'ils nous inspirent.
Mais je crois que cette arme, si avanlata,t:iHise aux ma>ns de l'opposilion, est fort dangrrc'usi' daijs les mains du pouvoir; et "Il a souvent observé que les superbes de la Ijoliiique n'ont jamais été si voisins de liuir
clrùl.\ qiio qiitinfl ils !^e sont vus à Fapogée de leur dédain.
Rappel, z vous M. Guizot, quand il défiait le mép'is! de parvenir Rimais à la hauteur de son dédain. Celte fière réponse provoquait les susceptibilités de M. Barocbe, qui, se mettant h l'avant-garde de la juslice du peuple, demandait la mise en accusation du ministre et préparait la catastrophe de février.
Je crois donc que, sans être superstitieux, pir simple prudence, les tout puissants feraient bien de mettre la politesse, les égards (.) les précautions du côté de leur toulepuiss:^.n(•(^ en répondant davantage aux interpellation:^.
Je trouve , au surplus , qu'on a bien tort de tant s'inquiéter du gaspillage de nos musées. Pourquoi défendre ly mobilier, quand nous défendons si i)cu les priiicii)es? Est-ce que la France n'est pas un vaste magasin de décors et de costumes pour l'ambition et la vaniié de nos maîtres ?
La ville de Paris , par exemple, a des serres magnifiques, dont la jouissance est interdite au public. On enlreiieut là, avec des soins inimaginables des plantes rares, des arbres merveilleux, qui lont le plus bel ornement des fêles de la ville et de la four.
Quand un ministre reçoii ses amis, Vtuton que M. flaussmann, s'il est des amis du ministre, ait le mauvais goût de refuser quelques palmiers, des palis'^ades de camélias?
iNous voyons quclquefoiii passer de longs chariols qui Iransporlent à domicile ces chefs-d'œuvre de végôtalion. On admire ; on se découvre prcrquc devant ce char triomphal de notre Flore administrative; mais a-t-on jamais le mauvais goût de dire .
— Ce sont nos Heurs ! llalte-ià ! donneznous-en un brin ! Laissez-nous les respirer!
Point. Elles pa>senty>ct les conducteurs peuvent chanier :
— Ce n'est pas pour votre... nc« !
Résignons-noUs. C'est absolument comme pour les belles armes du musée Sauvagcot, qui sont, dit on, dans les. panoplies des Tuileries, au lieu d'être dans leurs vitrines du Louvre. Qu'est-ce que cela peut nous l'aire, puisi^u'on ne s'en servir.» jamais con-
tro nou.'^î, ot que lo balcon de Chariot IX est hors il'u^agc ?
Ces cliicanes sont indignos (run grand budget et d'un grand i-mj^in'.
Vendredi 1" jun« ier. — C'est aujourd'hui qui! la Providence prôte serment.
Nous verrons si elle se parjure. Le premier janvier est bien prôs de la fin de décembre.
L'empereur a reçu les vœux de la diplomatie, qui aujourd'hui, p:traU-il, dit vraiment le fond (ie sa pen>('e, cl \<^ vœux des
corps constitués, qui souhaitont tous bien sincèrement de rester constitué?.
Rien de séditieux n'a été débité. Il paraît que l'empereur a bonne mine. Cependant, un observateur a cru remarquer que les regards du chef de l'Etat, soit par suite d'un peu de fatigue, soit par l'habitude de la concentration sur les points noirs de l'avenir, avaient, ce matin, une tendance au strabisme.
Ce ne sera rien.
Et puis, l'empereur ne voulait peut-être pas trop regarder en face tous les dévouements qui s'afJrmaienl .-lulour de lui.
Ces solennités se ressemblent loutts.
Quand Bonaparte, premier consul, reçut pour la première fois au palais de Saint- Cloud, voici, selon un témoin oculaire, l'effet qu'il produisit.
C'est M. le comte Sianisias de Girardln, dans ses Souvenirs, qui parle ainsi :
« Bonaparte passe au milieu (de la foule); » il cherclie à fixer le sourire sur ses lèvres, » il distribue de petits saluts à droite et â » gauche, coTrme le pape donne des bénè- » dictions ; il se dandine en marchant, parc(. » que le dandinement, que l'on croyait élr« » une propriété exclusive des liuurbons, ap- » partieul à la plaçai qu'il occupe.»
On saiiquf M. ISaiir^sm-iiin, que la mani(i tie démolir pous.-^erait j eut-(Hre à se détruire, s'il ne respectait en lui le seul ouvrage considérable qu'il n'ait pas bàli, a coupé ses favoris. Une très-grande dame, de celles qui ont le droit de s'étonner tout haut, demanda la raison de ce sacrifice.
— Que voulez-vois, madame! répondit M. Haussmann, les Parisiens veulent tellement changer leur préfet, que je le change un peu moi même.
Celte repartie a fait rire, et M Haussmann ne fait pas rire souvent les Parisiens.
Toutes Jes l'ois que je lis les vœux adressés au ciel pour conserver rcmpire, je no puis oublier que remjjire n'a été fondé d(;ux fois en France qu'à la suite de coups d'tlat destinés à conserver plus étroitement lu république.
On la conserve coimuc les lé^^umcs, par la compression.
On L-e souvient de la fameuse allocution fl' IN'apoléon 111 : — « Oue k^ mécliafd^ frtnblent et que les bons ye rassurent ! »
Ces paroles mômorablcs, qui n'ont rassuré personne et qui ont fait trembler tout le monde, n'ont pas été inventées, pas plus que le 2 décembre. Elles datent du d8 brumaire; et c'est le ministre de la police, riionnèie Fouché, qui les placardait dans une affiche. Ce n'est pas tout-à-fait la môme expression. On a resserré le sens, mais l'intention est absolument la môme.
« Que les faibles se rassin^ent ; \h sont » avec les foi'ts. Que chacun suive avec sé- » curitôîe cours de ses affaires et de ses hu- » bi tu des domestiques.
)) Ceux-là seuls ont à craindre et doivent » s'arrêter , qui sèment les inquiétudes, » égarent les esprits et préparent le désor- » drs. »
On le voit; si quelque chose est changé aux paroles, l'air de la chanson est identique.
Quant au but, il è'agit toujours de saU'Ver la République»
«La fli'pabliqao, (lit le même Fouché, .) ôlail mcnacte d'une dissolution prochaine.»
Bonaparte ne dira pas autre chose :
(i La liberti^ , la victoire et la paix repla- 1) ceront la Piépnbliquo française au rang » qu'elh^ occupait on Europe! Vive la K6- » publique 1 »>
Quel joli cri ! et l'omme il parlait bien du cœur! On sait ce que la lilicrl(5 et la paix ont fait du premier empire.
On ne sait pas encore comment le second se tireni des difficullrs que quelques peiilis inconséquences lui ont susciiécs ; mais, comme son oncle, le pi-emiiT c )nsul fc';irr(>llant la République au 18 brumaire pour mieux la sauver, le président Louis-iNapoléou nu
jetait la constUulion k terre, en 1831, que pour mieux la ramasser. Voici une proclamation qui est tout h fait dans les IrydiUons de la famille ;
« Aujourd'hui que le pacte fondamental » n'est plus respecté de ceux-là mêmes qui » l'invoquent sans cesse, et que les hommes » qui ont déjà perdu deux m.onarchies vcu- » lent me lier les mains, afin de renverser la 1) Rcpubiique, mon devoir est de déjouor » leurs perfidC' projets, de maintenir la Ré- » publique, n
Baudin, le représentant républicain, a prouvé les inteniions sincères du coup d'Iv tat en faveur de la Képublique qui, paraîtil, est maintenue à l'heure qu'il est.
0(1 a .■^uiivciil (lil, dans le, camp dont M. Maupas n'tsl p;is le plu?î brillant ornement, quo le pr(''?idrnl n'avait fait que couper riierbe ?nus le pied dos conspirateurs de l'Assembiôe Irpislalive, et que, s'il ne se fût hiit(^ d'empnipner l'^s autres, il eût OlO empoigné lui-mètn(>.
M. de Falloux a, do plus, été nominativement désigné commft ayant fait au président des propositions sédiiieuses. M. de Falloux a nié; mais le détail importe peu. Le prétexte d'un prétendu complot est conforme à la politique du 18 brumaire.
Bonaparte , en chps^ant les léj^islaleur?, leur disait :
(( La constitution! vouf l'avez vous mêmes anéantie ! »
11 ajoutait dans le conseil des Anciens :
a Chacun avait ses vues, chacun avait M ses plans, chacun avait sa cot^rie^ Leci- » toyen Barras, le citoyen Moulin avaient les » leurs ; ils m^onl fait des p-oposilions. »
Celle fois-là , M. de Falloux n'élail pourtant pasdeTalTaire.
Se souvietit-on qu'en 1848, les cousins du prince Louis-Napoléon ne voulaient pas permettre qu'on soupçonna?, leur parent de la moindre velléité ambitieuse?
Cette généreuse prolcstaiion est toujours dans le programme el dans la légende.
Dans la séance du 27 Iriictidor du conseil des Cinq-Cents, dont Lucien Bonaparte était président, on avait parlé de dictature.
(( J'entends parler de dictature , ?Ycria I) Lucien. 11 n'est aucun de nous qui ne fat n prêt à poignarder le premier qui oserait se » porter pour dictateur de la France.»
Si, depuis, Lucien a poignardé son frère, il n'y parut guère, et la blessure n'a pas ôlô daniïereuse.
11 reprend de lui-môme dans la séance du 28 fructidor :
« On répand des bruits; on sème des » inquiétudes. Si tout cela est fondé, eh bien ! » je le répète avec Augereau, que le premier ))qui oserait porter une m.ain sacrilège sur » la représeij talion nationale passera sur mon • corps avant que d'atteindre aucun de mes i» collègues. {On applaudi!.) Une loi rendue «avant le 30 prairial met hors la loi quicon- »que portera atleinte à !a liberté et à la sûnreté de la Représentation nationale. Celte »loi existe, elle yera exécHtée. »>
Comme un pays doit dormir (ranquille après de si solennelic? proleslallons!
Le nom de Lucien Bonaparte se trouve naturellement en tôle de la li^le des conjurés du 18 brumaire. C'était une rage, dans ce temps-là, dans la famille, de ne pas tenir ses serments.
Le 16, les conspirateurs se réunirent chez Lemercier.
Or, le (ils de ce dernier, qui a été membre du Corps législatif jusqu'en 18G3 pour la Charente-Inférieure, et que iM. de Persigny avait abandonné comme clérical, avait obtenu l'appui de M Pinind pour les pîochaines élections.
— Vous ne poiivcz, disait le candidat, ne
pas suiilenir Ir ill? do celui à qui li^ pouvcrn"m(Mit actuel doit ron origine.
Le lendemain du coup d'Etat, les conspirateurs triomphants changent de langage.
Il s'agit, celte fois, d'ôgorger les récalcitrants. Voici ce que, le 19 brumaire, Lucien Bonaparte disait au conseil des Cinq Cent? :
«Citoyens, SDldals, le conseil des Cinq- )) Cents vous déclare que l'immense majorité 1) de ce conseil est dans ce moment sous la » terreur de (pjelqucs représenlanis à stylet » qui assiègent la tribune, présentent la mort » à leurs collègues et enlèvent les délibéra- » lions les plus alFreuires.
» Je vous déclare que ces audacleu.r brl- » (ya/u/i, sans doute soldés par l'Angleterre, se » sont mis en rébellion contre le conseil des » Anciens, el onl osé pari r de mettre hors la » lui le général chargé de Tcxéiulion de son )) décrci; comnic r^i lions riions encore à ce
» temps atl'rcux de leur règne où ce mot : n Hors la loi!» suffisait pour faire tomber )) les têtes les plus chères à la patrie ! »
Et il termine sa palinodie par le cri de : Vive la République !
Il m'a semblé uiilc de rapprocher ces circonstances accessoires du 18 brumaire du coup d'Etat de 1831, pour montrer quelle logique préside aux enireprises de la dyuaslie napoléonienne. On n'accusera jamais les hériliers d'avoir méconnu ou dédaigué quelque chose d'essentiel dans l'héritage. C'est une justice que je me plairai toujours à leur rendre.
Jp r. coi:? (Van honorahlo cornmorcanl qui m'envoit; son nom et «on adre??e, et toults les garanties dr sincérilé, la lettre «.uivaiite, que je recommande à M. Ténot pour une proctiaine édition de son livre :
t( Monsieur,
» Puisque vous avez bien voulu vous » charger de la tâche délicate de signaler » les violimes innocentes des 3 et 4 décemi- » bre 18ol, je me permets de porter à votre u connaissance et A celle du public un fait 1) qui ne doit pas rester ignoré, et dont » falfinm la parlaite authenticité.
» C'était dans la matinée du 4 décembre. ») Un de mes amis, brave garçon de vingt » ans, iMCd plus occupé de sis plaisirs que » de po'iili ,uo, ve ail de déjf'uner et .-"< n » revenait sfiil, tranquillement, le long du » quai L<.' Peletier. Tout à coup, une troupe
» de soldais de la garde dite républicaine » débouche de la rue Saint-iMarliii au pas )) accéléré. A celle v: e, mon ami s'ellraye, » perd la lôle, nlirou.^se chemin en se met- » tant à courir. Mais un des soldats l'a ») aperçu et s'attache à ses pas.
» Sous rinflueiice d'une terreur facile à )) comprendre, le pauvre garçon se préci- » pite dans une boutique do bijouterie, la I) maison Giteau, je crois, dont la porte se I) trouvait ouverte, et se croit hors de dan- 1) ^'er. Mai^ le militaire entre sur ses pas, au n moment où mon malheureux ami, pour se » retrancher, franchissait le couiptoir, à la » slupéfaction et à l'i llVoi du commerçant et I) de sa feuune; car le pauvre g;irçon, dans » sa préci[)italion. venait de se faire à la » lèle une blessure grave, en se heurtant à I) un bi'C de j:az [ilact"! iuunédiaicment au- » dessus du comptoir, sous leipid il tombe )) îi la reiiveise...
» Vous voyez la .-cène. Celle cliule devait » lorcôinent le sauver. Car on ne tue |)as un » humilie parterre.., un homme qui n'a nen » fait, qui est dô.^armé !..
» Mii> ie militaire avait reçu des ordres » et bu du vin; il était abruti d'ivresse et n décolère. Il se penche sur le comptoir, » et, dans cette po.-ition dilTicile, malgré les » cris du malheureux déjà blessé, il lui ap- » puic' le canon du fusil suc la poitrine et » fait leu... ensuite, il sort tranquillement, » sans être inquiété.
1) iNe iriez pas à l'inviaisi mbiancc ! je » jure que le f..it est vrai, ei moi qui ai vu, .) le soir du 4, le bivouac j«'yfux du carré » Saint .\l;ii lin, je sais bien que les soldats
» buvaiontf'l f.n-^.iientfonnorrHrgentroçu.., » pour défendre la cause de l'ordre et de la » République.
» Qa'ajouterai-je à ce récit ? Mon mal- » heureux camy rade fut relevé mourant et u transporté à l'Hôtel-Dieu. Je ne vous par- )) lerai pas du deuil des parents accourus » de province devant l'agonie de leur en- » faut.
» Je vous dirai seulement que le nom de » cette victime bien innocente figure dans » le livre si intéressant, quoique encore in- » complet, de iM. Ténot, à la lin du volume, ») sur la liste dressée par les soins de M. » Trébuche!, employé à la Préfecture de » police.
») C'est le nommé Moreau, Gustave (g^n- » tier), naiif de Laigle (Orne), où résident » son père, sa mère et toute sa famille.
» J"ai l'honneur d'être.. ., etc.
Jepen^e bien qu'on me dispensera d'ajoa-
ter une ligne de commentaire a cette lettre, terrible dans sa simplicité.
«aiHcdi ». — L'iie atfair.- i las scandaleuse que n'(ùt été raiïairu Kcrvégucn, si les acciisalioiis patronnées par le Journal de l'Empire eussent été londées. une aiïaire qui inlénîsse l'honneur, la dignité des journaux, vient d'être plaidée, jugée, et personne ne s'est ému !
Persoiinr' ! je me trompe. L'a écrivain de lii'and cspiit et do grand l'on ^ens , .M. Jules ÎNoriac,- a attaché le grclul dans le jour-
nal l'aiis, ci la Coche ne veut pas rester muello.
iNous serun? doux au moins pour prokslcr et pour en appeler à la pud ur cl à la loyaulô dos (''crivains poliliquos !
Le ConslUidionnd a défonilu la Banque de FraDce, et venait, par l'organe de son directeur, réclamer liaulomcnl, lièrement, le salaire de ce service rendu.
La Banque a refusé de payer. Llle vciit qu'on la délcndo pour .^es beaux yeux, et le jugement qui d''>bou:c M. GibiiU cl foil dur pour lui.
Que Î\L (iiliial accepte ce )ii^;:< ment, ctft son alfaire ; niai.^ qu'il ait e^u^cil»'; le procès, voilà ce qui inl'Tfssc la dignilià de tous.
Comnictil, (il (léfcndanl U première instilulion (1(^ ri('(Jil de la France, en paraissant servir l;i c<ui.s«! du commerce, de l'indu^lric, de l'ordre, de la piix, le Constifu- /iwj/u'/ eroyai! faire une réclanK! à un industriel !
Il nnti rien dit sans cela ! Son patriotisme en maiièr(> de banque a un tarif, et un tarif fort cher !
Je trouve, comme Noriac , très ?imple et très naturel qu'un organe de publicité vende sa publcilè; mais alors il doit le dire. Personne ne ciMironl les arlicles de la qualrirmo paji^navec les arlicles do la première colonne. Mais si l'annonce se glis^e dans le premier- Paris, celte prumiscuilé.silil les convictions.
A «lucl ('•(oitonnslo f,iudra-t-il croire? A quelle a| ol.(,'i(i devri'ris-iiou:> donner notre conliance, si nous soujiçonnons les f';cono-
mistes de recevoir une subvention, et l'apologie d'èire faite par lindi.vidu ou l'institution objet de la louange?
Tout journal a un drapeau et une enseigne. Il ne faut pas les confondre. Si le procédé du Coiistitutkmnel gagne la presse, les courtiers d'annonces i^oo pèseront les professions de foi, et ne pernutlront jamais qu'on cric : vive la liberlé! on vive l'cmpereur! selon le journal, sans qu'on paye ! lant pour la liberté et tant pour l'empereur.
Que le fonstifulioîinel enlève les hu.^les du général Foi/, de .Benjcui'in C(:nslanl et de Lafayelie^ qui sont encore accrochés dans ses bureaux, et (pi'il meile sur la porte de la boutique l'inscription ironique des barbiers de villat-e : « là ion rase avjow'
dliui pour lie Vargent.et demain pour rien!» A la bonne heure ! on saura à quoi s'en tenir...
Serait-il vrai que lo général Allard, contrairement à la loi du cumul, touche le traitement de président de section au Conseil d'Etat et le traitement de général de division, sans compter les accessoires ?
Sérail- il vrai que la Cour des Comptes aurait [ilusieurs fois signalé ce cumul ?
Serait-il vrai que lo mémo général, fort économe d'ailleurs, se serait opposé à ce qu'on augmentât le trailoment de quelques petits employés du miniï^lérc de la guerre?
iM. Allard, homme fort dislingné, est ce-
Jui qiiP l'on dp.-^ij'^^no sonr, lo nom de (jéupral m chambre, parco qu'il roinpte plus rio comb;itï^ Itaiicnioiilairc? que de I alMilU? ran-
Dimaiielie 3. — Le journal i' Ed'iitsc publie aujourd'hui une gravure qui est un chef-d'œuvre. La censure, comme c'est son halntude, si délianle des imagos inoirensives, n'a rien vu dan.> celle-là qui pût choquer les principes de la police, et comme il n'y avait pas de melon dans l'affaire, elle s'est dit :
— Ce n'c.<t pa^ une caricature politique.
Honne cen>urc ! J'nn suis ihcUé. pour M. <jill, que je vais (Iriioncer, mais le plus Cilles ii'csl pas celui qu'on pcns-c, et celle image e.^t tout simplement la manœuvre du crayon la plus spirituelle, la plusauilacieui-e, la plus rassurante, la plus menaçante, la plus terrible, la plus gaie, qu'on ait vue depuis longtemps.
Ce n'est pim tant que le portrait d'une petite lllle. Mais celle créature, encore innocente, a sur son taltlier le millésime 18G!1 ; c'est l'année nouvelle ! Kt voici comment Giil l'a représenléc.
Kllc a un grand front, gurdli' d'idée-. Tontes no3 espérances lihéra'e-, loiile- nos ran-
cunes, ?ont abritées par ce front, qu'elles soulèvent. Ses yeux noirs, perçants, comme dcMix points qui menacent les mauvais et qui rassurent les bons , sont fixés sur l'avenir, sur le chemin, sur l'inconnu. Deux petites étoiles pendent aux oreilles.
L'enfant marche d'un bon pas. Elle porte au cou un silllet qui pend sur son tablier.
-- Pourquoi un sifOcl ? direz- vous.
Je réponds que c'est pour siffler. Et il y a tant d'occasions de sifller, dans la vie, quand on trouve la pièce mauvaise, quand on change dô décor, quand on signale l'arrivée du train , quand on veut rallier des compagnons égarés !
Dans la inain droilo, la tioiivello ann("'e lient la pcô!o, el ollo la lient par la queue, si vous le voulc z bien, p.-ir la queue, qu'elle a ressaisie, qu'elle ne lâchera pas. C'est la poêle à frire, la pcôle à faire les omelettes. Le bras gauche supporte un panier rempli d'œufs, les œufs que l'on casse! a .«lans doute pour arriver à la confection d'une omelette.
Et puis c'est tout. J'oubliais derrière la petite lille de grands rayons annonçant une aurore, un soleil levàiit.'
Voilà le dessin. 11 n'a rien qui blesse le goût, les convenances, rien non plus de bien ùmouvani ; et pourtant, j'ai vu loul le monde riie ou s'émouvoir en le regardant. C'est un succès prodigieux.
Pourvu que dans ces œufs qui débordent, il n'y ail pas d'omelotle... soufflée!
A propos (lu Jour de l'An, j'ai reçu, do qnelques-ims de ces amis inconnus que fait la lutte, des tômoignagns de sympathie signés et anonymes, dont je suis doublement fler pour moi et pour mon œuvre.
Parmi ces souvenirs, je dois un rcmercîment particulier à M. H. M., dont j'Ignore l'adresse et qui m'a rapporté du pays de Schiller une Cloche magnifique avec la devise que ce grand poëte avait prise pour épigraphe de son poème :
Fii'O? voco, morluoo plunQO, (ulyura f'itm'jij.
Merci, nioasiciir, rra.vuir compris ([iio, mij aussi, f1iiss('!-jo mo. rompre les mains à tirer la cloche, je rôpiMerai toujours :
.f'(ij-)j,r//p Ip<: rirnut';] jr plcnrn Ic^ mortes \
Quant à la foudre, me brisera-l-rllo si je île puis la briser? Je suis rôsignf^ d'avance, et j'esiime (]ue ma lâche sera bien remplie ?i, vainqueur ou vaincu, j'ai m6rit(^ jusqu'au bout des applaudissements spontanf^s et enthousiastes comme ceux qui me comblent aujourd'hui.
Mai.^, c'uLsl a., cz, et pour une fois sculemofil, de me lîcrincllrc ce petit accès d'or-
gueil. Je reprends mu tàrlic et je dis comme Schiller :
((Maintenant, avec le scci)iirs du cable, » lirez- moi de la fosse la cloche viillanlc, » qu'elle monte dans l'empire du son, dans » l'air céleste i Tiiez, lirez, levez! Ele se )) meut et fiolte ; que ses premiers sons an- » noncent la joie à ccUe ville cl s-oicnt le » signal de la paix ! »
Landi t. — Oii vient de publier le Bilan de l'année 1868 (1).
Hélas! quelle banqueroute! Et pourtant, une espérance de prospérité se dégage de ce livre signé par quatre écrivains de talent. M. Castagnary s'est chargé des questions d'art; M. Pasclial Grousscf, des questions politiques et scientifiques ; M. Ranc, des livre?; M. Sarcey, des théâtres.
Tous les quatre ont dit sincèrement leur pensée, et tous les quatre, étroitement unis par les principes, donnent à cette œuvre culleciive une unité singulière, que la variété acime, sans la troubler.
(1) Librairie Le Chevalier, tl, rue Riclielieu.
j'ai sous les yeux les premières livraisons de V Encijdopédic grncrale (rue Mcsiay, G7), et, autant qu'une lecture rapide m'autorise à le faire, je recommande co livre d'enseignement, ce dictionnaire de la raison, à ceux qui veulent s'instruire et se fortifier dans la science.
Si l'article Abdication n'est pas pour tous d'une actualité bien flagrante, on conviendra du moins que l'article Âbijssinîe est un commentaire utile à l'a représentation des. exploits de Théodoros, et les Académies sont d'un intérêt permanent.
D'autres notices encore, appartenant à la lettre A, témoignent du soin, de l'érudition et des sentiments généreux qui président à cette œuvre si difficile d'une encyclopédie.
Il paraît deux livraisons par mois.
Slai'fli 5. ~ L'ancinn Moniteur vient do comme! irc une laule qui le rend digne de ?e réconcilier avec le Journal offinçl, s'il ne se luile de la réparer.
Il avait eu la bonne fortune de garder ;\I. Sainte-Beuve; il a eu la maladresse de
e laisser écha[ per. Une exigence de M, l^inlel, qui s'est permis de demander d( s I orreclions de style au plus lettré des aca-
lômiciens, a causé ccite rupture.
Le Temps s'< st enip ( ssé douvrir à deux altanls sa porte au sOualeur de l'opposi-
lOD.
lie
Si le gouvernement et ses annis veui calculer rôlargisscmenl de la fissure qu'ils ont ouverte entre eux et l'opinion, ils n'ont qu'à contempler un de leurs rares écrivains, ceiui qui leur donnait un peu de prestige, devenant, par la seule impulsion de leurs fautes et de sa logique, le collaborai eur de Louis Blanc !
Voilà où en est arrivé bien vile le critique ingénieux qui voulait créer la lUtcrature^ d'Etat !
Un journal, h TouIousp, dénonce les malversations (l'un maire. Ce fonclioanaire intente un procès en calomnie.
Le tribunal de Toulouse déclare que les dénonciations sont fondées, que le maire a
violé les lois, abusé de son autorité, etc
Mais il n'en condamne pas moins le journaliste à une grosse amende, parce qu'il s'est servi de termes injurieux pour dénoncer ce qu'il trouvait blâmable.
Où le besoin du beau langage va-t-il se nicher ?
Notez que ce jugement est plus terrible pour M, le maire que tous les termes de l'article condamné ; mais le^ magistrats ont gazé I
S'il ?ulTisait de gazor pour ^*lro compris ci écoulé, je ne dirais plu? que des niot^ aimables aux hommes du pouvoir.
Ils n'y résisteraient pas.
(Louis Ulbacii) FERRAC.US Le gérant : LF. CHICVAIJKR
l'aiiS. - lii'l . ii<î iiib>-'^i'-" 'i t'= ' <-'-i ti<i"ii. ».
LA CLOCllR
PARAIT TOUS LES SAMEDIS
PRIX DF, L'ArONiNEMENT TRIMF.STRIRL
Samedi 16 janvier 1869.
FERRAGUS
mercredi 6 jau^iei*. — S'i l(iS-piypp-<y 5^ reurs impériaux se niolknt à fait 'ti nolrii'tiër:^*^
sogne, il deviendra parraitemenl inutile que nous fassions la leur.
Jamais pamphlet ou réquisit' jire de l'opposition ne vaudra le haul-le^r ;cpur dq M. le Laron Séguier.
Quel èoufflel! M. Baroclie e.-t bien fort de no pas en être ébranlé !
Celte proteâlaLion montre d'ail'eurs de quel côlô sont ies contempteurs des lois et des fonctionnaires qui les appliquent.
A peine ce magistrat, qu'on ne peut accuser de sentiments démagogiques, a-t-il affirmé son indépendance et secoué le bât qui .-r . . ie blessait, qu'aussitôt les officieux en ton- •jient un chœur de malédictions et dénoncent ■' cet indiscipliné de la police comm.e un ambitieux mécontent : comme si, pour eux, la fierté de la conscience dans un magistrat était une chimère, et les scrupules de délicatesse, une invraisemblance.
C'est trjop, c'csi vraiment trop de pièce
à l'appui de nos défianc-^s. Non, l'obéissance n'est pas !a seule loi pour ies défenseurs des lois, et l'on n'a pas besoin de rôver une candidature, une popularité tumultueuse, pour se refii'^er à persécuter par ©rdre et à s'indigner sur comœande.
if *
Si les flatteurs de M. Baioche ne voient lA qu'un fait isolé, ils ne comprennent rien à ce qui se passe, .l'affirme que c'est un symptôme, un réveil.
La jeunesse, qui ne veut pas qu'on l'invite à Comiiiég-ne, n'attend pas qu'on l'iHvite à témoigner de son estime pour les magistrats ou les professeurs fiers et indépendants. Elle a appaudi, a Paris, M. Valette, en souvenir du '■2 décembre; elle a félicité W. le baron Séguier, à Toulouse.
Parmi les signes pr(5cursours d'une îem-
pôle de riionnêleté, je n'en connais pa^ de plus significatifs que la turbulence des 6tu dianls.
Souvenez-vous qu'avant les manifestations des banquets de la réforme, la monarchie de juillet avait vu avec le môme hausse meni d'épaules et le même déchaînement des journaux officieux les longs cortèges d'étudiants se rendant aux cours de Michelet et de Quinet!
Vous ne voulez pas qu'on honore les morts? ce culte platonique et rétrospectif vous fait peur, poltrons maladroits! C'est nous obliger à chercher parmi les vivants un objet d'estime, un aliment pour le besoin de foi et d'indignation qui nous tourmente.
Si lebaron Séguier ne suffit pas, on en trouvera d'autres. Il en reste; mais, en attendant, c'est une joie assez rare pour qu'on la prolonge, pour qu'on en use jusqu'à i'abas, que la satisfaction de trouver dans les parquets un homme fier, logique, indépen-
daiit, £c rappelant, quand sun ministre roubJie, qu'il appartient à la magistrature deboiif.
Je n'aime pas beaucoup, toutefois, qu'à propos de cet acte absolument individuel, on vanle les traditions de famille, et que l'on rappelle le fameux mot, attribué je ne sais qnand, je ne sais pourquoi, à RI. St^guier, mort en 1848.
Non, le procureur impérial de Toulouse n'a pris conseil que de lui-même, et les souvenirs intimes ne pouvaient que l'agenouiller devant les rayons de la gloire impériale.
Si son aïeul fut libéral sous la Restauration, il est bon de se rappeler que l'Empire, qui asservissait tous les pouvoirs, en corrompant tous les fonctionnaires, avait le plus pur encens de M. Séguier.
C'est lui qui s'écriait dans un transport lyrique impossible à renouveler de nos jours :
« Napoléon est au-dessus de l'histoire hu- ») maine..... au-dessus de l'admiration. Il M n'y a que l'amour qui puisse s'élever jus- » qu'à lui. »
Quand les aveux ont été si plats, les pelils-fils tiennent parfois à honneur de se redresser avec plus d'élan.
Ce n'est pas que l'ancien Séguier fût resié jusqu'au bout dans cette posture extatique. La raison lui revint à la déchéance. Comptez donc sur l'amour des fonctionnaires !
Le 6 avril Î814, la cour impériale, sûr Ja proposition riu même Séguier, rendait un arrêt dans lequel elle adhérait à la dé-
chéance « sentant tout le prix des eirorls » qui ont enfin délivré la France d'un joug » lyrannique. »
M. le procureur impérial de Toulouse n'a donc consulté que sa conscience et n'avait regardé autour de lui que l'opinion publique pour se redresser. Sa démarche, que les traditions de famille pouvaient contrarier, n'en a donc que pins d'imprévu, de fierté et de courage !
On a voulu, je ne sais pourquoi, voir dans la révolte de M. Séguier le dévouement d'un gendre qui venge &on beau-père mis à la retraite.
L explicalion est ridicule; j'en allcslo tous les beaux-pères et tous les gendres!
Quoi im'il en soit, M. le géïK^ral et Mme de Cioyon ont été invités ces jours-ci A la plus auguste table de yemplre. J'ignore le menu et le? dcMails de la conversation ; mais la chronique assure que, comme quelqu'un de la société offrait au général des compliments de condoléance, Mme de Goyon, qui est une Fczensac, répliqua :
— Dans ma famille, on supporte les injustices, mais jamais les railleries.
VA l'on ajoute qu'après cette réponse, le couple se serait retiré.
Les journaux uni élu remplis crusic histoire de pendu, d'arroslalion arbitraire, qui vase terminer, dit-on, par une plainte m diiïamalion déposée au nom du commissaire de police dénoncé et at'aqué lui-mêmo.
Eli b-'cu! je fais des vœux pour ce dernier. Il me parcUrait doux de penser qu'on a menti en accusant la police d'arrestations brutales, sans motif et sans ordre, et si celle preuve ressortait du débat, M. le commissaire de police calomnié aurait rendu un véritable service à son gouvernement.
Une autre voix s'est élevée du fond de Sainte-Pélagie pour dénoncer les tortures innigécs dans les mai-ons centrales aux détenus politiques.
Les directeurs de ces purgatoires affirment que tout s'y passe avt'C un scrupule d'humanité touchant, c* :'• juicnt, par lous les fonctionnaires de l'almanach impérial, qu'ils n'ont jamais martyrisé personne.
Je crois que le débat n'est pas clo? ni près de se clore. En attendant, voici un autre tableau qu'on ne m'accusera pas d'avoir inventé, et que je suspends en reperd de celui de M. Ou de t.
C'es^t la lettre adressée au lieutenant- général Le Pays de BourjoUy, commandant la division de Bordeaux, par les détenus politiques qui s'étoufiait ni daiis les casemates de B!aye, à la suite du coup d'Eto t.
Cette lettre d-it être éans les cartons. Mous la mettrons dans le dossier du 2 décembre. Je la copie textuellement, sans eu changer un mot. Elle est datée du 6 féviier 1852. Les détenus étaient entrés dans les
casemifes le 22 janvier; ils n'en sunt sortis que le 12 février.
« Monsieur le lieutenant-général/ » Du fond dt^s casemate.^ de Biaye, deux » wnis (JfHoiiiis politiques, poussés à bout I) par des s îulîVanccs înouïes, ignorées sans » doute de l'autDrilé supérieure, viennent » faire un appel à voire justice el à votre » humanité.
» Lorsqu'ils furent jeîés, il y a quinze » jour?, dans ces catacombes qui n'avaient » abrité encore aucun être vivant, on ré- » pondit a le.ir stupeur par l'assurance que u leur séjour y serait de courte durée. C'est » pourquoi ils ont souflert jusqu'à ce jour » sans se plaindre.
» Aujiurd liiii que la maladii. les a déci- » mes, que ciuquHUte d'entre eux ont dii
» ôtre (ransférés à riiôpila', que p'us de » cinquante, en allendant celle faveur, font n courbés par la fièvre sur le fumier qui » leur ?erl de couche, ils ignorent encore n quel jour doivent cesser leurs tortures, et » ils n'ont d'antre ressource que d'élever » leur veix vers vous.
)) Le souterrain où ils croupissent, profond n de plus de IG moires, n'est pas seulement 0 humide; le sol y est recouvert sur plu- M sieurs points de six à huit centimètres » d'eau, et partout ai'leurs d'une boue » èpa'sse.
» Les soupiraux étroits, destinés à don- » ner de l'air, n'en fournissent qu'une quan- » tité insuffisante pour deux cents per^on- M nfs. Ils ne laissent passer aucune lueur, » et l'obscurité qui règne à midi, comme en » pleine nuit, impose aux détenus l'obliga- » tion d'allumer constamment des bougies, M soit pour manger, soil pour écrire, soit » pour se mouvoir. L'administration eûl pu » leur fournir une lampe; elle n'y a pas » même songé.
» Mais c'est là , monsieur U; lieutenant » général, l.i moindre de leurs soull'ranL•e^; ; » car ils peuvent y remédier par des frais de » luminaire. Il en est autrement de l'eau » qui tombe constamment de chaque pierre » des voûtes et qui vient mouiller leurs ali- » ments pendant leurs repas, leurs véte- * ments pendant le sommeil.
» Etendus 5U:' une mince couche depailie » pourrie, qui les sépare à peine de la boue, » ils sont pénétrés à la fois par l'humidilé » qui s'exhale du sol et par l'eau qui tombe » de toutes parts.
» Tel est, en un mot, l'état de ces cou- » elles, qu'on a vainement tenté, dès les » premiers jours, d'en enflammer la paille, » et l'aide de camp de M. le lieutenant gé- » néral a élé témoin de cette expérience re-
» nouvelée sous ses yeux, I©rs de sa visite n du 29 janvier.
» Aujourd'iiui, a^riS quinze jours de fer- » menlaliyn, cette paille es' litt paiement » pourrie, et c'est sur un fumier infect que » nous reposons cuit et jour.
i) Quant à Tair qu'on y respire, aucune » expression ne peut rendre l'insupportable » odeur qui résulte des miasmes produits » par la paille corrompue, s'ailiant aux » exhalaisons pestilentielles dégagées parsix » énormes baquets toujours occupés.
» Cette aln-euse situation , monsieur le >» lieutenant général, à peine entrevue par M quelques personiics étrangères à cette » prison, et oont nui au dehors ne peut « uvoirunejuste idée, a cependant produit » dans la ville de Bteiye une vive émotion et » des sentiments de pitié, et un empresse- » ment dont 1rs détenu;; conserveront un „ long souvenir.
») On a lente de généreuses et vaines dé- » marches pour nouf5 obtenir un moins hor- » rible casernement; on n ouvert des .-^ous- » criptions pour venir au secours des plus » nécessiteux d'entre nous; le bureau de » bienfaisance a envoyé des couvertures, » quelques matelas, des viHements etau-tres » secours en nature.
» Tous ces nobles et cliarilables eflorts, » monsieur le lieutenant général, luttent » en vain coalre l'incrayable insalubrité de » nos cachots; et ceux d'entre uous qui ré- » sistènt encore au mal, atteints depuis » quelques jours par une hideuse vermine, » se sentent à la veille de succomber, » comme plus de la moitié l'a déjà fait.
» S'il est vrai qu'on ne puisse disposer » four nous d'un autre local dans cette
» vaste citadelle, il est, du moins, un soula- » gement important qu'il est facile de nous »» procurer; c'est de nous laisser, une partie » de la journée, respirer l'air pur dans un » pré^u. Il n'est pas une maison d'arrêt, » pas même de bagne, où les Gondamués » n'aient la faculté de se promener au grand » air plusieurs heures par jour. Là oîi tout » est entièrement disposé à loger des hom- » mes, comment se peut-il qu'entassés au » nombre de deux cents dans ce réduit em- » pesté, sans jour et sans air, nous soyons » privés même de cet avantage* et que no- » tre promenade se borne à une demi heure » par jour? Comment se peut-il surtout, s'il » faut en croire ce qu'on nous rapporte, que » les feuilles publiques osent parler avec » complaisance {Jounml de Lot et-Garanne) n du bien-être dont nous jouiïisons et de la » parfaite salubrité de la prison où nous « sommes? N'avons nous pas asssz de nos » tortures, sans qu'on y njontc l'amertume » d'une telle dérision ?
» En vous adressant, à ec gujel notn; pro- » teslalion, mon?Jeur le lieutenant général, 1) nous sommes assurés que vous avez ignoré I) jusqu'ici le véritable étal où nous sommes » réduits. Ce que nous avons l'honneur de u vous exposer est, d'ailleurs, au-dessous » de la vérité, dont rien ne peut donner une » juste idée.
» Convaincus qu'un (el étal de souffrance n n'est jamais entré dans h s vues de Tau- » torité supéiicure, nous en appelons à vo- » Ire haute équité d'une pareille prison pré- » ventive, cent fois pire que la plus rigou- 11 reuse condamnation...
» Suivent 160 sisnalurcs. »
Celle kllrc un peu longue, mais dont j'ai
respecte les développeuicnls, me paraît na-
rante dans sa douceur. Voiki pourtant les
tigres vaincus au 2 décembre! Quelle victoire !
Geux qui sont morts comme Baudin sar les barricades ont leur apothéose ; mais ces mariyrs étouffés dans les casemates, qui songe à leir histoire et à leur rédemption de la nuit?
.Vegadi, K. — Les oies ^o^t vengées !
M. Sainte-Beuve s'était permis de les prendre pour terme de C((mparai^on, en pensant à certains aigles.
Le Journal de ï Empire, qui a la défen.-e des volatiles de Strasbourg aussi bien que des oiseaux de Boulogne, s'éciie :
« Les oies du Capitoie auront toujours sur
M. Sainte-Beuve l'avantage d'avoir fait leur devoir. »
Le devoir des oies el les oies du dfn-oir ! Voilà une catégorie d'obligations et de fonctionnaires de l'Empire qu'il m'eôt paru imperlinent do révéler! Mais le Pays est cynique dans ses aveux.
Ce journal ajoute :
« Nous préférons la bôtise de ces oiseaux à l'esprit de M. S.iinlo Béuve. »
Cette déclaration de princi^^es était bien inutile ; on la pressentait. A la prochaini; promotion de sénateurs, on no prc'nlra plus des af^adémiciens.
Lfs journaux qui n'aiment pas Us oies continuent à inquiéter l'administration des
Beaux-ANs pour les tbleaux qu'elle déporte.
Le silenco de M. de Nieuwerkerke était habile; mais M. Chesneau a voulu faire du zHi\ Il a répondu, et les dieux du Capitole ne sont pas sauvés !
11 restera avéré qu'on assimile un cercle de jeu et de tabac à une résidence impériale, et que l'on meuble les estaminets comme les palais, quand les estaminets sont installés dans des maisons de l'Etat.
Quant au calice de saint Rémi, qui a disparu de la Bibliothèque impériale pour aller flans le trésor de la cathédrale de Reims, M. Chesneau est muet, et M. TaFchereau ne s'explique pas sur cette question rétrospective.
On a comparé les lablcaux aux diamants de la couronne. Mai?, vcul-on savoir quel-
les précautions infinios les monarcliies pwidenles déployaieiu pour garantir la pro- ;, priélé de ces objets précieux ?
Sous Charles X, pour ne p.is remonter plus h.iui, lorr-qu'uuM personne de la famille royale voulait s'orner d'un de e^s joyaux, déposés et enfermés dans le garde- meuble, on ne le remettait que sur une demande écrite et sigtu'e de la main môjue de cette per^^onne, qui envoynil pour ce message le gentilhomme de la chambre de service. On rendait le reçu quand on rapportait le joyau.
Sous Louis-IMiilippe, la réserve était encore plus grande. Les princesses, moins jalouses de défier la mode et d'éblouir les yeux de la foule, que de faire e.4imer leur tenue et admirer leur simple élégance, n'ont jamais mis le précieux dépôt à contiibulion. Klles se contentaient de leurs diamant?, sans faire danser l'écrin de l'Etal.
ÎNap )léon !'■'', lui, n'y regardait pas de si près. 11 porlait le Régent au pommeau de son glaive. C'était la fameuse épée pacifique dont il s'affublait, en endossant le coslume d'Alfcaviva, que nous avons vu depuis sur le dos et la poitrine d'Odry, dans les Saliïmbanques.
Je demande si l'Impéralrice met sa parole en gage toutes les fois qu'elle emprunte te Régent ?
On ne me répondra pas.
Je manque de rcnseitintmints ?ur les oies fftti doinnt veiilrr au salut de l'Empire; mai--, en levandie, des notes m'arrivont de
toutes parts sr.r le fameux aigle qui fut pris à Boulogne et qui ne sauva personne. J'ai déjà raconlé si vie. Voici sur ses délits et sur sa moit des détails qui intéresseront la poiférilé.
Il naquit en Suisse et fat vendu à un marchand d'emblèmes vivants de la Cité de Londres. Le prince Louis-Napoléon était à l'âge poétique des attachements solides, des illusions faciles et ^les superstitions. 11 acquit cet oiseau de proie, qui lui rappelait son oncle, l'apprivoisa, l'instruisit et, s'il faut en croire la légende, le soumit aux exercices suivants :
Revêtu de l'uniforme de Strasbourg, coifl'é du chapeau traditioDuel,dansla corne duquel on plaçait un morceau de viande crue, le maître (j'ignore si c'était 1g prince en personne) lâchait l'élève, qui avait préalablement jeîipé plusieurs jours.
L'aigle, avec l'ambition d'un lii^rilier de Jupiter, montait dans les airs, puis, aver l'appétit d'un Carnivore adamô, il redescendait et planait autour du chapeau historique, g^ueltant la viande qu'il semblait bénir.
Il paraît que le résultat obtenu fut merveilleux.
L'aigle eut son rôle désigné dans l'expédition de Boulogne. Il devait représenter quelque chose d'analogue à la colombe de saint Rémi.
C'était une colombe corse, c'est-à-dire un peu féroce. Vav malheur, les naturels de Boulogne ne permirent [ as le débarquement de tout le personnel ; l'oiseau caftif lut pris sans avoir débarqué. H ne s'en est pas consolé, ' t il est mort sans avoir vu fc lever le jour de son triomphe!
Aujourd'hui, on peut le contcmph r inofftn-iî', c'rst-à dire empaillé, dans le musée
de Boulogno, dont il n'est pas le plus mince ornement.
Pourquoi n'a-t-il pas ?a place dans le musée des Souverains, au Louvre? On pourrait ' ie prêter, comme les lableaux, et l'envoyer au Cercle-Impérial ou au Sénat, quand la fantaisie prendrait d'y voir un aigle.
Je ne sais pas si ce sont des aigles ou des oies qui vienncRt d'influencer les élections municipales d'Amicn- ; mais, ce que je sais, c'est que les électeurs ont envoyé au conseil un républicain île 18i8, orateur de club, cliHf de parti, le ciloyen Debaussaux, ouvrier en bâtiment.
E-^t ce un symplomp, aigles qui veillez, oies qui devez empêcher l'assaut du Capilole?
On m'écrit que le ciloyen Debaussaux, reslé fidèle à ses convictions, est d'ailleurs, au point de vue pratique, par son intelligence et sa capacité, digne des suffrages qui ont affirmé en lui la liberté et l'égalité.
Ycsftdi'ccli 8. — Le Théâtre-Français a joué une nouvelle comédie de M. Pailleron, les Faux ménages, qui classe décidément son auteur dans un bon rang.
Je n'ai pas la place nécessaire pour une crilique approfondie. Un mot seulement sur la question soulevée.
M. Pailleron a voulu réfuter MmeAubray, à laquelle il emprunte des idées. Seulement il s'est trompé d'argument.
Après avoir accumulé pendant trois actes tout ce qui rend le mariage selon i'amour nécessaire et légitime, il rompt celui-ci au dénouement pour conserver le mariage selon la société, qui faisait piteuse mine jusque-là.
La pièce manque donc d'une solution logique.
Autrefois, l'égalité des âmes devant la passion, elVégaiité des créatures humaines devant le devoir et le bonheur faisaient le fonds de la philosophie dramatique. i( semble aujourd'hui que nous ayons reculé. La passion se laisse discuter. Aussi, le drame ce 'e-t-il pas à pas la place â une conférence autorisée et surveillée par la censure.
Le (It'îfaut de la pièce de M. Pailleron, c'est précist^ment celle liiite de la comédie et de la conférence.
Au dénouement, comme il n'y a pas de bonne raison pour empêcher un honnête jeune homme d'épousor la femme qu'il a sauvée et purifiée, l'auteur évoque le chef de la famille, qu'on a négligé pendant les trois premiers actes.
Or, ce père indigne, viveur débauché, jouisseur décavé, homme entretenu par des drôlcsses et que son fils méprisait sans le connaître, n'a vérilablemeni aucun droit à faire valoir, n'ayant rempli aucun devoir.
Mai?, c'est préci>émGnt cette indignilé qui le rond persuasif. J'avoue que je n'ai pas compris la force singulière que l'ignominie ajoute à l'autorité paternelle.
Les petits crevés de l'empire n'ont pas compris davantage.
L'aulour est plus vrai, plus énergique, plus (ligne des applaudissements qui ont accueilli son œuvre, quand, à la dernière scène, il nous montre ce fils honnête, victime de son enthousiasme pour le bien, de son apostolat volontaire, refusant d'embrasser son père déshonoré, et lui tournant le dos.
C'est le châtiment mérité qui attend bien des pères dans ce temps-ci, et M. Pailleron a touché là d'une main hardie à la plaie purulenle.
jo ne parle pas de ces fils qui, entrant en rébellion contre une autorité peu respectable, ont devancé parfois la justice du public en flétrissant dans leur père l'ambitieux sans principes, le spéculateur sans frein, le débauché sans vergogne, l'apostat sans honte.
Mais, jusque dans la défense irriiOe dont la tendresse ûévreuee de certains cnfciDls entoure la consid- ration compromise do leurs pères, ne sent-on pas précisément ce mal cuisant de l'époque : le mépris navré des fils qui ont une conscience pour leurs parents qui n'en ont pa? ?
La nécessité de bien agir pour être estimé toujours, la peur de ces juges implacables qui ne rendent que des arrêts et que nous nous sommes donnés, le respect des enfants qui doit faire fleurir le respect des parents, voilà la question redoutable à toutes les époques, mais que certains triomphateurs du 2 décembre ont envenimée.
M. Pailleron a elfleuré ces plaies ; c'est un mérite dont il faut lui tenir compte. Sa pièce est admirablement jouée.
Bros?ant s'est fait une tête de gentil-
homme énervé qui pousse au mépris de quelques contemporains. On sent que le grand comédien a observé, du haut du balcon de la Comédie-Française, les passants qui vont du boulevard au guichet du Carrousel.
Cet homme abêti, que les femmes dominent, dont le scepticisme indolent s'enveloppe de la fumée de la cigarette quand les questions d'honneur le pressent un peu trop; ce pâle visage aux yeux do somnambule, qui ne fait ni peur ni pitié; ce chef de famille qui trébuche dans l'escalier des drôlesses et qui ne peut plus se redresser quand l'heure est venue de faire valoir ses di'oits; ce fantôme, fatal aux siens, insupportable aux autres, est bien le spectre de toute une génération qui est venue, qui a vu, qui a vaincu et qui doit disparaître.
Il y a eu dans la salle, h l'apparition de cet invalide de la joie, un murmure de stupeur qui était do l'admiration pour l'artiste.
J'ai parlé souvent, sans jamais épuiser la matière, des victimes ensanglantées flu 2 décembre. Mais les victimes qui n'ont pas répandu leur sang, celles que le coup d'Etat a atteintes dans leur fortune, dans leur patrimoine, dans leur crédit, dans leur honneur, elles sont au moins aussi nombreuses que les autres.
Je reçois de Bordeaux la lettre suivante, que J3 recommando à l'attention de mes lecteurs :
« Monsieur, » J'exerçais honorablement les l'onclions » de notaire à Morlaas (•Basses- Pyrénées),
') lorsque, le 6 décembre, sur un mandat » d'amener, signé Cambaccrès, trois briga- ») des de gendarmerie et le commissaire de » poh'ce de Pau, le sieur Blanpin, vinrent » m'arrêter dans mon étude pour me conn duire d'abord dans la prison de Morlaas, » et cnsDile dans la prison départementale, )) située à Pau, avec les menottes, dont mes » poignets ont conservé les traces pendant » plus d'un mois.
» Après plus de quatre mois d'emprison- » nement, je fus expulsé hors du territoire )) français. On sait qu'un notaire est le défi pofilaire des intérêts les plus sérieux et )) l'es plu? sacrés de ses clients. Eh bien I )) M. Fourriier, qui remplaça M. Cambacérès » à la préfecture des Basses-Pyrénées, quel- » ques jours après le coup d'Etat, ne voulut » pas me permettre de me transporter de la )) prison en mon étude, pour régler les af- 1) fairos les plus urgentes , quoique je lui » eusse offert de payer deux gendarmes )) pour me garder.
» En renlranl en France, aprè§ environ » 4 ans d'exil, grand fut mon élônnement » en apprenant qu'un décret du 4 mars 1854 » supprimait la proprié{(^ de mon office de » notaire,
» Conformément à rarlicle29 de !a Cons- « lilution (le IS.-JS, j'ai dénoncé au Sénat » l'illégalité et l'inconslilutionnalité de ce » décret, lequel a répondu à ma réclamation » par l'ordre du jour pur et simple. Pour- » tant, ce décret viole dans sfs dispositions » les plus essentielles la loi organique du » notariat, la loi du 25 ventôse an XI. En H voici la preuve :
» Art. 2. — Les notaires sont institués » à vie.
» Art. 32. — Les suppressions ou réduc- » tions de places ne seront effecluées que » par mort, dérnission ou dest'dulion.
» Art. 52. — Toutes suspensions, destilu- » tiens, condamnations d'amendes et dom- » mages-intérôts seront prononcées centre
» les notaires par le tribunal civil de leur 15 résidence, à la puursuile et diligence du h ministère public. Ces jugements seront )) sujets à l'appel.
» La députalion des Basses- Pyrénées, pé* » nétrée dn la justice et de la gravité de » ma réclamation, l'a portée au ministère de ») la justice, et voici un exlrait tiré d'une » lettre que l'iionorabie M. Larrabure m'a » adressée ic 19 juin 18G7 : « L. serait long » de vous rapporter la conférr'nre que nous » avons eue. Je suis obligé d'en résumer les » iraits principaux. En principe général, le » gouvernomeiil ne croit pas pouvoir ac- » cueillir votre réclamation.
» Elle n'est pas la seule. 11 y en a beau- » coup d'autres présentées par des notaires, » des avoués, dépossédés comnie vous dans » des temps malheureux. — On reconnaît, » qu'en 185-2, on agissait diclatorialemenl : » que le droit commun était suspendu; que » les circonstances obligeaient â agir ainsi. » — On en est venu à attiibucr aux cora-
» missions mixtes de ces temps 'a force d'un » jugement dans les temps réguliers. Beau- 1) coup d'ofilciers ministériels furent frap- » pôs. — »
)) Mais, en ihM, la Conslitnlion actuelle w élait en vigueur; il y avait un Corps lé- » gislatif ; par conséquent, la dictature, qui » est, sous le régime du sulîrage universel, » un signe de l'ignorance et de la tristesse » d'un peuple, avait dû disparaître ; le droit M commun, suspendu, avait dû reprendre » son empire et son exercice régulier; la » décision de la commission mixte des Bas- I) ses-Pyrénéf s, qui condamnait sans enten- » dre et sans voir, ne peut pas être assimi- » lée à un jugement rendu par le tribunal i) civil de Pau, qui seul était compétent » pour me révoquer, selon i'arlicle 52 pré* » cité. Donc, en droit, je suis notaire et j'ai » le devoir de ne pas accepter une indem- » nité dérisoiro. — Magistrat de la juridic- » tion volontaire, j'ai cru à la i-ji ; citoyen, » je considérais la Constitution de 1848
» comme le plus grand monument de jus- » tice pour le peuple français.
» Les élt'c'K.'urs de Morlaa"> m'ont nommé, » au scrutin secret, pre?qu'à l'unanimité, » président de tous les comités électoraux » tenus depuis 1848 jusqu'en 1851. Voilà .) mes crimes.
)) Aussi, j'ai perdu mes fonctions de no- » taire; mon oftlce a été supprimé, et plus » de 12,000 créances, dues pour débours et » honoraires à l'occasion de l'exercice de » mes fonctions, ont disparu.
» Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, » Tassurance de mes sentiments les plus dé- » voués et les plus reconnai?:îanls
» Daiiga", )) 16, rue Saint Laurent. »
J'ai eu aujourd'hui l'honneur de comparaître devant les magistrats de la sixième chambre. Je suis forcé d'avouer que c'était pour un mince délit. J'étais prévenu d'avoir propagé une fdUîSe nouvelle, en disant que la police avait arrêté arbitrairement un jeune homme pris pour Rochefort, et l'on me reprochait encore d'avoir injurié l'administration de M. Pietri.
J'ig-nore ce que me vaudra celte double accusation. Mai?, si le repentir peut adoucir les magistrats, j'avoue que je me repens, et qu'à l'avenir, je serai le dernier l\ croire aux arrestations arbitraires. Il devient vraisemblable, depuis l'oiïaire de M. Ségaier, que,
s'il y a souvent le doigt d'un agent de police sur la tête d'un procureur impérial, il y a toujours le doigt'd'un procureur impérial dans h main d'un agent de police. Voilà qui est entendu.
Quant aux démentis, je jure de ne plus en donner à l'administration de la police. Elle se contredit trop bien elle-même.
Après avoir induit M. Pinard en tentation d'émeute à réprimer, elle a si bien reconnu, après le 3 décembre, qu'il n'y avait eu ni émeutiers ni complot, que toute dénégation de moi à ce sujet deviendrait une injure inutile.
En écoutant M. l'uvucat impérial, je faisais un rêve ; je m'imaginais qu'il allait tout à coup descendre de son siège, venir à moi, me tendre la main et me dire :
— Décidément, j'aime mieux la place de M. Séguier que la mienne.
Mais, soit que ma réserve ait glacé cette expansion, soit que M. le substitut n'eût aucune intention d'imiter M. Séguier, et que je fusse le jouet d'une espérance insensée, l'audience s'est achevée sans incident, et les sergents de ville nombreux, venus pour l'affaire Budin, se sont retirés, satisfaits de ce qu'ils avaient entendu.
J'ai recueilli à celte audience un détail assez piquant et d'un bon augure pour mon imprimeur, M. Dubuisson.
Ce profond criminel a si souvent à répondre aux interrogatoires des magislrals, et on a i-i souvent à invoquer son casier, que le grefle, pour n'avoir pas à recopier toutes les semaines la longue note des fâcheux antécédents judiciaires de M. Dubuisson, a fdiïiwi primer ce relevé, auquel on ajoute seulement à la plume les condamnalionj de la semaico précéLlenle.
Cette précaution, pleine de promesses, prouve bien l'économie de temps néces-
.^airo à MM. les greffiers pour sutfire à toute leur besogne.
«»iMe«U ». — On m'envoie de Troyes des détails sur le tumulte et le commencement de désordre provoqués par la taxe imposée aux boulangers.
Je suis embarrassé pour faire usage de CCS documents.
C'est d'abord une question délicate que d'intervenir, quand il s'agit du pain. La misère ert un argument formidable, dont un écrivain doit user avec modération.
Et puis, il faudrait convenir que M. le maire de Troycs a profilé de l'approche des Sections et de sa caiulidature pour abaisser le prix du pain. i> serait atteindre un ancien ami devenu de républicain bonapar-
tiste, et l'on croirait que je me venge de si désertion.
Je me bornerai, pour concilier les exigences de l'opinion avec mes sentiments intimes, à dire que M. Arg-ence, maire de Troyes, est un homme d'esprit, tout à fait d.ins le mouvement impérial. 11 n'a pas encore haussmmmisé enlièrement la ville; mais celle-ci a déjà pas mal de squares , d'expropriations et de deites.
M. Argenco a fait bâtir un cirque ; or le cirque n'est que la moitié de la devise, il faut aussi le pain : Fanem et clrcenses! Voilà pourquoi, dans son désir d'être logique, M. le maire a placardé, le i^-^ janvier, des affiches gigantesques annonçant le pain à très-bon compte et dénonçant les boulangers. Le peuple s'est ému, les boulangers aussi. On a ca >sé quelques carreaux,
enfoncé quelques devantures. Voilà raffaire; qui reculera?
Je ne doulepas que ce ne soit M. Argence; il est libéral -, il l'était même trop dans celte circonstance. Il est partisan de la liberté commerciale et de la liberté de la boulangerie, et quand il aura réfléchi que son arrêté était imprudent, qu'on l'a taxé de manceuvre électorale, qu'il ne faut pas dé.-hon' rer l'anrbilion par des émeutes, même et surtout, sous un gouvernement issu du 2 décembre, il retirera ses alûchcs et cherchera un moyen de donner du pain aux pauvres, sans appauvrir les boulangers.
Quel remards pour lui si les désordres continuaicntl Ne pourrait on pas l'accuser d'avoir excité à la haine des citoyens entre eux dans ce passage do sa proclamation :
« Considérant que la concurrence n'a pas
« existé pour ûxer d'un commun accord ! » prix de vente soit en hau?ge, soit t » baisse; que, malgré les invitations adre< n sées par la munîcîpalîté aux boulange) » et les promesses fuites par ces derniers, l » prix du pain n'a pas^té diminué, etc.? .
Une goutte de sang après cette proclama lion, et celle-ci, on en conviendra, acquerrait une criminalité étrange. Mais M. Argence est prudent; il ne veut pas faire sombrer sa candidature dans une émeute. 1 n'aura qu'à se rappeler les opinions que nous partagions eusemble avant le 2 décembre 1851, pour se rendre populaire autrement que par des morceaux de pain, et pour être libéral autremeul qu'avec la caisse des boulangers !
Quant au préfet, M. Salles, qui patronnera M. Argence aux élections, il est bien imprudent de laisser c^Iui-ci compr.>mettre d'avance le filleul du pouvoir.
La conférence pour les affaires d'Orientse éunit aujourd'hui, dit-on.
On connaît le mot de M. Thiers à ce ujel:
— C'est un dîner dont le menu n'est pas ra!
Quelqu'un a ajouté :
— Gare la bombe... au dcs^orl!
Un défenseur à (ous crins de l'Empire actuel s'est écrié dans le D'ix-Décemhre :
« La profession d'avocat mène à tout, à la fortune comme au pouvoir. »
On ne saurait être plus brutal pour M. Rouher et pour M. Barocho. L'ours continue en brandissant son payé :
« Depuis l'immorlolle révolulioa (le 89, que Dieu bénisse, nous sommes en proie aux avocats, m
C'est vraiment trop de franchise et de (iureté. Mais, pour la première fuis, je suis de l'avis du journal en question, et je trouve que nous sommes donnés en pâture aux avocats.
Le Dix-Décembre défend l'Empire comme M. Veuillot défend l'Eglise.
Aux forts de la halk/ejt aux forts de l'Eglise, il faudra désormais ajouter les forts de l'empire!
Dimanche 1®. — M. Jules Favre fait aujourd'hui à la stalle YalenUno une confôrence sur la lilléralure. La salle est louée, l'affluerce sera énorme. Voilà au moins une réunion pnb'ique qui wo, m'est pas suspecle.
J'avoue qne, tvour la phipait 'les autres, je ne saurais trop engager les hommes prudents à se défier.
Chateaubriand dit quelque p^rt, en parlant du gouvernement en France :
(( La première . hose qu'on apcrroit dans nos alTaires comme dans nos {ilaisirs, c'est un chapeau à trois cornes et une baïonnette. »
l/axiome est vrai ; mais, quelquefois le chapeau ie cache cl la boïonncUe ee dissimule.
La police, en un mot, met un masque.
Je crois qu'elle fréquenle assidûment certaines réunions publiques. Si l'on veut bien considérer que les journaux officieux sont les premiers à recueillir les discours insensés prononcés à ces tribunes équivoques, et que les ennemis du droit de réunion trouvent dans les prétendus excès des arguments plausibles, on conviendra que la police aurait bien lort de nr* pas encourager des clubistes qui font délester les clubs.
Un de mes amis, qui fréquenle ces lieux suspects et qui croyait voird ms leur animation un réveil, si longtemps attendu, dyja vie politique, fut frappé dernièrement de
rinsuffisancG de la recelte destinée à couvrir les frais do location et d'aménagement d'une certaine salle.
»■■ Un homme tendait une sébile à la porte. On y laissait tomber de temps en temps quelques sous, et, comme la rétribution est absolument volontaire, mon ami pensa qu'il n'y aurait jamais dans le trésor de quoi payer môme un qnart-dheure de liberté. Il s'attacha donc à observer la fortune de la fameuse sébile.
Quand celle-ci -arriva au bureau, à la fin de la séance, elle contenait, parr^i les quelques gros sous naïvement donnés, des pièces d'or, grâce auxquelles le loyer de la salle se trouvait parfaitement garanti.
L)'où venait cet or? D'où vient-il? car ce miracle se renouvelle lous les soirs.
Je ne crois pas que ce soit une subvention des pays de liberté pour faciliter l'expérience libérale en France.
Je ne crois pas, d'autre )»art, que des d^ liiocrates français poussent l'amour de tribune jusqu'à sontenir de leurs épargne cette tribune suspi cte du haut de laquell on injurie plus qu'on ûe les flatte les chani-| pions de la démoci^alie. Reste donc une sup position, une seule, et il faut bien avouei qu'elle a les vraisemblances pour elle.
Supposez qne la police, mécontente de cecentres d'agitation politique, rnais ne voulant pas outrepasser la loi ni chicaner sui son observance, veuille arriver à la clôtur' des réunions par la lassitude du public: s\ prendrait-elle autrement?
Entretenir, encourager l'ivresse de l'ilote c'est multiplier, en la gtossissant, la leçor du Spartiate ; et quand on entend les absurdités faites pour épouvanter les bourgeois qui se débitent dans quelques-uns de cb! clubs de tolérance, on ne trouve pas ma défiance invraisemblable.
Avis aux naïfs !
Lundi, II. -^ je ne sais pas s'il se fait une enquête sur la prospériié du petit commerce ; mais on m'assure que, dans les quartiers populeux, le? sergents de ville ont été interroger les marchands de vin pour savoir s'ils avaient bren vendu le jour de Noël.
Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre. Mais, véut-on, en France, qne le Souverain s'enivre de l'ivresse populaire ?
Une autre enquête a été faîte par M. Di ruy lui-môme à la réception du Jour de l'Ai
A chaque proviseur qui venait la salue Son Excellence demandait :
— Où en est la gymaastique? cela m'ij téresse par-dessus tout.
A quelques-uns, il a dit :
— Combien avez vous eu d'élèves reci àSaint-Cyr?
— Tant.
— Ce n'egt pas assez ; cela ne peut pi nous suffire.
Toutefois, je crois maintenant que l'ai deur martiale de M. Duruy s'apaise au moir sur un point. Les fusils Ctiassepot, qui con mençaient à devenir le joujou le plu bruyant des lycées, ont disparu. On assur que les plaisanteries des journaux sont pouj quelque chose, sinon pour beaucoup, dafi ce désarmement de la jeunesse. I
Décidément, les journaux ont du bon. f
Oq assure que W. Haussmann, recevant 5 employés au Jour de l'An, leur aurait dit peu près ce qui suit :
— J'ai reçu d'un fonctionnaire de mon Irainisiralion une lettre dans laquelle il e dit que si je suis un lion, il sera mon
oucheron Hélas 1 j'ai trop vu de bêtes
insma vie pour en craindre aucune!
Voilà un propos qui n'est pas flatteur our les connaissances et les invités de I. llaussraann !
11 paraît que nous avons Napoléon IV, en même temps que Napol(îon lll. C'est le Gaulois, du moins, qui devance la postérité et qui garantit la Providence en désignant par son numéro matricule le jeune héritier présomptif de l'empire se livrant aux exercices du vélocipède.
Le vélocipède sera-t-il le cheval de bataille de Napoléon IV? Est-ce parce qu'on aura substitué partout les machines aux hommes que le Gaulois nous gralifie d'un souverain supplémentaire à propos de mécani'iucf?
Je n'en sais rien, m.ais je sais que celle appellation de Napoléon /F sera le titre d'une brochure de M. de Ludre, qui doit paraître ces jours- ci chez Dentu.
Mnrdi 13. — Hier dans l'après-midi, le siltiouf^tic lU'xible et ondulant à tous les :nts se présentait à la porte de la préfecre de Seine -ol -Oise.
Elle chartriait le concierge par sa grâce, in éloiiLîenc, cl IrLinchis^ail la porle; puis, orès de.s inlormaiions sommaires, elle se Irigeait vers l.i ?al'e dos séances du conseil énéral.
Celait M. Gancsco, le nouvel élu de la allée de M(mimorency, qui venait prendre ossession de son siège de conseiller, et se Bposer des petits verres qui lui ont mis le itriol de l'ambition dans reslomac.
Mais la [lorte du conseil resta close. Il y ;ut un mouvement unanime d'cITroi quand m apprit que ce Français de la Roumanie, ;i étrange, si mystérieux, si légendaire, denandait à ôlre introduit.
Bien que la prolestation rédigée contre
lui no ioW pas suj^pcnsivo, cl fjiic M. Gancsco ail loiis les droils du monde à prendre .<a place, au moins provisoirement, on liôsila à lui ouviir.
Pourtant, M. Baroclie était là, qui sivait bien que le triomphe de l'élu payait les servi-es du Nain jaime^ et que la protection réelle, eflicace, mais tacite, du pouvoir avail ■ aidé les petits verres de punch.
Une ré|)ugnan€e superstilieuse tint la porte close pendant quelque temps.
Enfin, après avoir erré suffisamment dans les corridors, M. Gancsco s'insinua, les uns disent par un entrebâillement, les autres par le trou de la serrure ; moi, je déclare que c'était par la porte largement ouvcrie.
11 y est; qu'il y res!e 1
M. Vcrmerel fait paraître ua livre qui est une mauvaise aclion au point de vue de la liberté, mais qui e.«l pent-ôtre une bonne spéculation au point de vue de la vente et du scandale.
Ce jeune écrivain a débuté dans la vie littéraire par une brochure sur les cocoltes du quartier Latin. 11 n'a pas assez essuyé sa plume pour le gros voume qu'il met en vente aujourd'hui et qui s'appelle : les Hommes de 1848. Il traite les honnêtes gens comme il a traité les prostituées; il n'a pas la notion exacte de la pudtur et de la prudence.
Je voulais analyser ce livre, que j'ai lu avec tristesse , mais on ne discute pas avec l'impuissance de comprendre, et M. Vermorel, dont je ne mets pas en doute la bonne foi, est incapable de sentir l'acte déplorable qu'il lente et la manœuvre qu'il sert.
11 se dit socialiste, et il a raison; car il
faut bien qu'il soit quelque chose, prouvant si bien par son livre qu'il n'a ni le sens, ni le tact, ni le tempéramenl d'un homme politique.
Ses dénis de justice envers les citoyens courageux qui ont accepté la responsabilité de la République au 24 février prouvent un esprit étroit, aveuglé de nais«:ance, qui ne tient compte ni de l'imprévu des révolulions, ni du désarroi d'un pouvoir composé d'élément? hétérogènes, ni de la coalition des partis, ni de cet élément nou^-eau, jusque-là refoulé, et qui fit le déluge, le suffrage universel livré forcément aux ignorants !
Je ne discuterai donc pas avec l'auteur. Il proscrit, il avilit en masse tous /e? hommes sans exception qui ont lutté et ont souffert au banc des rameurs de 1848.
Lamartine est un incapable (le mot est textuel), et, dans sa cruauté, M. Vermorel
va jusqu'à {"ourijuivr:! le grand pocte dans celte retraite, plus froide que la tombe, où il attend Toubli.
Louis Blanc est un œnservcUeur impuissant et ridicule. Ledru-Rollin trouve grâce, mais à la condition d'expier son passn ; Garnier-Pagôs est un grolesque sanguinaire ; Carnot, un ambitieux et une dupe ; Armand Marrast, un pamphléi.aire sybarite ; F. Arago, le meurtrier des socialistes de juin, ayant, le premier, lui-môme, mitraillé le peuple. Jules Favre peut se repentir, mais il est temps; Barbes est un esprit rancunier; Marie, un être sans entrailles; Cavaignac, un bourreau ; Bastide, un complice ; Dufaure, un inlrigant.
M. Verraorel fait aux hommes de la République l'injure gratuilo et peu courageuse de les accoler aux auteurs du coup d'Etat, eilàçant la tache de sang du 2 décemb:eso'.is ce'.ie de juin 1848. C'est une tactique.
Si ce livre n'est pas commando, il mérite, en tout cas, (l'ôtre rccompensô.
Comme je crois W. Vermorel sincère, comme je l'ai estimé, comme je lui ai trouvé du courage dans ceftaines occasions, je vais lui parler avec une franchise absolue, sans mépris.
Il s'est exposé plus d'une fois, par les escapades de sa polémique, à des défiances que je considère comme des calomnies. Si je croyais qu'il rendit des services salariés au gouvernement, je le dirais sans réticence ; mais il lui rend des services gratuits et indirects. Cost déjà trop, quand on se prétend démocrate.
Il ne suffit pas d'avoir les mains pures d'argent pour frapper des hommes qui ont commis moins de fautes qj'ils n'ont donné de bons exemples ; et c'est un médiocre avantage de faire naïvement une besogne de ditramateurque les habiles feraient pour de l'argent.
Voilà pourtant où la vanilé et rindiscipline peuvent pousser une nature loyale! C^ système (riiisloiie, sous le préltxte d'impartialité, tend à dôshonurer nos regrets, à aH'aiblir nos espérances, à débarrasser le gouvernement de rivaux dangereux, à la veille des élections !
Si c'est là la besogne que M. Vermorel a voulu faire, qu'il le dise.
S'il veut, au contraire, la victoire de la liberté, je l'attends aux heures de repentir, c'est-à-dire au réveil de sa conscience et de son bon sen>.
11 paraît que toute?, le? prédictions nous annoncent une année excellente.
Saint François de-Paule, en 1469, prédit que la 400® année ne s'accomplirait pas sans voir la confusion des coquins et le triomphe du bien.
Merci, mon Dieu ! c'est bien le cas de chanter en chœur: Que les méchants tremblent, et que les bons se rassurent !
(Louis Ulbàch) FERRâGUS Le gérant : LE CHEVALIER
lit -s. - ln«l . àti tUbUISïUÛ cl C<=, f. *-i"i ei^ivjh, J.