INTRODUCTION XI
bité Louvain ; il y a donné des coni'éi ences dans lesquelles il a parlé du sentiment religieux italien dont il a une si parfaite intelligence, comme il l'a fait en 1914 à l'Institut Catholique de Paris avec tant de succès. Il espérait que ce serait pour lui un centre d*études. Il travaillait dans la Bibliothèque de l'Université et il y a écrit une partie de la Vie de sainte Catherine de Sienne qui continuait une série de vies de saints italiens inaugurée par le Bienheureux Colombini, couronnée, si Ton peut s'exprimer ainsi, par saint François d'Assise, et à laquelle il projette d'ajouter un saint Philippe de Néri. Plusieurs des personnalités du monde savant qui gravitait autour de Louvain l'encourageaient dans ses travaux. La première page de sainte Catherine de Sienne en porte le témoignage ; le livre est dédié à Mgr Deploige qui, après avoir assisté à l'incendie et au pillage de Louvain, a tant travaillé à Rome pour la cause belge; il a été comme président de l'Institut supérieur de philosophie de Louvain le successeur de Mgr Mercier. C'est au cardinal lui-même qu'est dédiée La Cloche Roland. On y trouve un portrait discret de cette haute figure, grandie encore par Tadversité, qui a incarné la résistance de la Belgique. Quinze jours avant la guerre l'auteur avait été reçu par lui à Malines. 11 rappelle cette entrevue et ajoute qu'il l'a retrouvé à Rome après le conclave, vieilli, courbé, mais dans sa faiblesse même représentant la force indomptable du droit, le triomphe des martyrs. Ses amis Carton de Wiart chez qui il avait été reçu à Bruxelles en ce môme mois de juillet sont maintenant des fugitifs; l'homme d'Etat belge lutte vaillamment pour son pays sur ce rocher de Sainte-
Adresse qui abrite le gouvernement de la Belgique, où sa noble compagne Ta rejoint, après avoir expié dans les prisons de Berlin le crime d'avoir soutenu la confiance de ses compatriotes par son attitude ferme et son active charité.
Oui, tous les heureux souvenirs sont bien loin, les villes de Belgique sont en ruines, les tours ^K)nt tombées, la Cloche Roland qui appelait la terre des Flandres s'est tue. Pourtant, qu'est-ce à dire? Elle sonne encore, elle sonne plus fort, plus profondément, d'une manière plus significative. Le carillon des clochers qui ont été détruits retentit dans toute l'Europe; il appelle le monde à la défense de la Belgique. Moins l'écrivain voulait l'entendre, plus il le poursuivait. Il n'avait plus de repos, plus de paix. Le son qui s'élevait, comme la voix de la conscience qui ne se tait pas, en vain il eût cherché à l'étouffer.
M. Jôrgensen a ouvert les livres que des amis belges avaient envoj'és et ceux qu'il avait reçus d'Allemagne. Il commence par le Manifeste des Intellectuels allemands. A vrai dire, dans toute la partie de son livre consacrée à la discussion, il n'aura point d'autre arme; il en fera la base de son attaque. Dieu sait si ce manifeste a été examiné et réfuté 1 M. Jôrgensen traite cependant d'une manière nouvelle et originale. Il semble d'abord le considérer avec respect. Il y a de quoi impressionner. « Quatre vingt-treize personnes de premier rang pour l'intelligence, quel calibre, un