INTRODUCTION XIII
420 intellectuel 1 » Il paraît accepter lesafTirmations de ces grands personnages qui se basent sur la science et sur l'autorité, mais peu à peu leur ton d'assurance, leur arrogance le révoltent. Il appelle en témoignage les victimes; devant leurs plaintes, devant tant d'indicibles souftrances, son indignation déborde, éclate; il rejette l'ironie dont il s'est servi jusqu'à présent, et c'est avec une sainte colère, en empruntant aux Prophètes et à l'Apocalypse leurs images et leurs expressions, qu'il dénonce les hypocrites dont le renom et la culture ont couvert les actes barbares de leur armée. Son livre est partagé en six chapitres se rapportant aux six paragraphes du Manifeste. Il est ainsi conduit à apprécier le caractère allemand. Ses souvenirs l'y aident.
Comme il le dit lui-même, c'est une conception de la vie qui, chez les Allemands, se heurtait à une autre conception de la vie chez les Belges, chez les Français et chez les Anglais. Il n'y a pas dans l'Allemand c la conscience de la valeur de chaque personnalité et le sentiment du droit individuel » qui sont le propre de la civilisation occidentale, cette civilisation que M Jôrgensen appelle « celtico-latine ». La résistance à la force est pour l'Allemand, pour le Prussien surtout, une impertinence, un scandale. La Belgique, en se défendant contre une nation plus forte qu'elle, a commis un forfait. M. Jôrgensen pour donner un exemple concret de cet état d'esprit, raconte une petite scène dont il a été témoin à Metz ; il ne prononce pas le nom de la ville, mais les détails de l'histoire nous le révèlent. Nous savons d'ailleurs qu'il a assisté au congrès que le Centre allemand y a tenu en 1913. Sa qualité de
neutre et ses relations avec les catholiques allemands avant la guerre se marquent par là. La façon dont il prend parti pour les Alliés aujourd'hui n'en est que plus remarquable.
C'est un officier, un homme jovial, c*est un compagnon aimable avec qui il a passé une « gemûtlich » soirée chez des amis et avec qui il a visité les champs de bataille. Mais à leur retour dans la vilîe, il s'élève un différend entre l'Allemand et le chauffeur de l'automobile au sujet du prix à payer. L'officier devient rouge, s'irrite, menace l'autre de lui jeter son poing à la face. Le chauffeur allemand qui a été militaire s'incline et s'en va sans mot dire. M. Jôrgensen se demande quel Belge, quel Français et quel Anglais du peuple eût supporté d'être traité ainsi.
La joie de l'Ail eraand est aussi lourde que sa colère est brutale. On lira la description du carnaval de Cologne et celle d'un Kommers d'étudiants à Bonn auquel a assisté l'auteur. Se rappelant cette fumée, ces chants, ce cliquetis d'épées, ces belliqueuses invocations à Hermann, le vainqueur de Teutobourg, il y découvre des symptômes significatifs lorsqu'ils sont éclairés k la lumière des événements actuels. Et pourtant cette icie a lieu dans une ville des bords du lihin où le germanisme est adouci, où la race est moins dure, où les manières sont plus raffinées. Les étudiants passent généralement par plusieurs Universités ; elles n'ont donc jamais un caractère régional absolu. Cependant une réunion d'étudiants en Saxe ou en Prusse paraît encore plus pédante, plus rude et plus brutale. N'est-ce pas un trait remarquable de cette jeunesse qu'elle ne soit pas gracieuse? M. Jôrgensen est frappé