‹ La closerie des genets: drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 62 sur 91 · ACTE ni. SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE ni. SCÈNE XIII

aux autres personnages.— Kérouan, au milieu de la scène, à l'arrière, regarde chacun d'un air surpris,. , —Louise et Lucilc sont à gauche. — Louise, tournée du côté de Xucile, qui la contient du geste... Madeiinc est tout à fait à gauche ; Dominique tout à droite de l'autre côté du canapé où est le général.)

LE GÉNÉRAL, bas, ù Montéclaui.

Quoi I monsieur le marquis, Celait Louise?...

MONTÉCLAIN, bas.

Oui, général.

LE GÉNÉRAL, bas.

Et cotte lettre?

ÏMONTÊCLAIN, bas.

Votre fille la lisait aux courses de Lamballe... le trompait Kérouan .. et je vous dirai plus ird...

LE GÉNÉRAL, baS.

Ah! je comprends... Nijble enfant, elle sauvait

3n amie... elle se dévonait, elle... et moi... je

ai accusée !...

t se penche en avant pour regarder sa fille, les larmes dans les yeux.) MONTÉCLAIN, bas.

Prenez garde !

LE GÉNÉRAL, à part.

Pauvre Lucile! (Il lui envoie un baiser...— Lule lui fait signe de contenir sa joie en lui montrant ouise. A part.) Oh! mon Dieu, qu'elle a dû )ufi'rir !...

LUCILE, bas, à Louise.

Nous sommes sauvées !

KÉnoUAN, à lui-même.

Il n'embrasse pas sa fille...

MONTÉCLAIN, an gétîéral, h voix haute.

Et maintenant voulez-vous m'écouter seul? ..

LE GÉNÉRAL

Oui... oui...

KÉROUAN, regardant, à lui-même.

Et Louise pleure ?

LK GÉNÉRAL

Allons, mes enfans... allons, j'ai besoin d'être lul avec M. de Montéclain.

MONTÉCLAIN, allant vers Lucile et Louise. Allez, mademoiselle... allez, Louise...

ÉROUAN, au moment oîi Louise va remonter la

.scène, l'arrête et va près du général. — A part.

Qu'est-ce que celte lettre? (Haut.) Ainsi tu es mtent, Simon?

LE GÉNÉRAL, Iroublé.

Certainement... oui, et je veux...

KÉROUAN

Celte lettre... prouve que la fille est innocenle ?

LE GÉNÉRAL

En don les- tu ?

KÉROUAN

Oh !... non... non... (A part.) C'est la même! laut.) El celte preuve tu Psous la diras... n'est-ce

Il suffit qu'elle me satisfasse, et...

(Il va cacher la lettre dans la poche de son habit ; Kérouan lui arrête la main.)

KÉROUAN

Mais il neme suffit pas à moi ^11 snisit la leitre.;

LE GÉNÉRAL

Laisse celte lettre, malheureux î

KÉROUAN

Cette lettre eat à moi ! (A Montéclain et a Lu-

ciic.) Et puisque vous m'avez menti tons deux

en me la lisant... tu vas me la lire, toi, Louise.

(Il la ramène jusqu'à l'avanl-sc^ne.)

MONTÉCLAIN.

Silence, Louise !...

LE GÉNÉRAL

Ne la lis pas, Louise!...

KÉROUAN

Monsieur le comte et monsieur le marqui.s, taisez-vous î... c'est son père qui lui parle... Lis.» malheureuse... lis.

(Il lui tend la lettre ; Louise à genoux fait un effort et s'arrête.)

LOUISE

Mon père... mon père, grâce!

.l'écoute...

LOUISE, lisant, la voi.K brisée de sanglots.

« Mon père... j'ai oublié tous les devoirs de » l'honneur... Dieu m'en a punie par le malheur... » Je vais m'en punir par la mort... » Parlé. ") Oui, j'ai voulu mourir... oui...

KÉROUAN

Lisez! lisez 1

LUCILf;, à p.tlt.

Pauvre Louise!

LOUISE , lisant.

« Pardonnez-moi de ne pas vous nommer celui » qui m'a perdue!... pardonnez-moi si, en mou- » rant de son abandou... j'emporte son secret » dans ma tombe pour ne pas le livrer à votre » vengeance... »

KÉROUAN, à voix basse.

Mais tu n'es pas morte!... Après?,.,

LOUISE, li^ant.

« Je veux qu'il n'y ait de malédiction que sur » mol!... Je ne veux de chàtimens que pour )) moi!... »

MONTÉCLAIN.

Noble cœur !

LE GÉNÉ«AL

Brave fille !

LOUISE , lisant.

« En apprenant ma faute, moi vivante, vous » m'eussiez tuée avec mon enfant! c'eût été peut- » être un crime devant Dieu et devant les hom- » mes ! je l'ai gardé pour moi, cl peul-èlre Dieu ;) me pardonurra-l-il ma mori, piiisjju'elle voi

LA CtOSERlE DES GENÊTS.

» épargne le désespoir et le malheur de me pu- » nir!... Adieu... mon père!... adieu, et soyez » béni!... »

(Kérouan reste immobile , Montéclain se place entre

lui et aa fiUe qu'il relève et confie à Lucile, le

général se lève et s'approche de Kérouan.)

LE GÉNÉRAL, d'un côté , lui prenant la main.

Kérouan, mon ami.

MONTÉCLAIN, de l'auire, même jeu.

Kérouan!... écoute-moi!...

KÉROUAN , s'agenouillant lentement.

Mon Dieu Seigneur ! vous qui punissez et qui pardonnez ! vous qui m'avez soutenu pendant quarante ans de travaux et de combats I vous qui m'avez appris à souffrir pour votre sninle cause! vous qui m'avez toujours montré où était le chemin de Ihonneur !... Inspirez-moi, Seigneur mon Dieu! et dites-moi votre volonté!

(Il baisse la tétc.) * LUCILE , bas à Louise.

Oh ! il te pardonnera.

Jamais! jamais!

(En ce moment , un grand bruit se fait entendre côié des jprdins. — La porte s'ouvre, et IM'"^ Brias, suivie de son fils, de sa fille et de toute société qui a paru à la fête, entre rapidement.)

LE GÉNÉRAL, allant au devant d'eux pour arrêter.

Ah ! madame! madame!...

M™e DE BRIAS.

Pardon, général, si j'entre ainsi ; mais je ver vous apporter mes excuses et celles de mon

LE GÉNÉRAL

Pas un mot de plus! je vous en supplie!. KÉROUAN , se relevant k'ntement.

Faites, madame.— Chacun sa part... à la ve et à ri!!nocence, le respect et la vénération... vice et au crime , la honte et le châtiment Venez... venez Louise... notre place n'est p parmi les heureux et parmi les honnêtes gens (Il prend la main de Louise et s'éloigne avec elle.

Tous, frappés de surprise ou de douleur, s'incliii

devant lui. — Le rideau tombe.)

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