SCÈNE VII HILDA et JEHAN
JEHAN
Il ya du vrai dans l'appréhension de ce bon vieux... Et il y a quelque chose de changé, à La Cluse... L'intrusion de cette femme, qui est notre mère, puis de cet homme, qui est notre cousin... As-tu de la sympathie pour eux ?
HILDA
Ils sont si différents de nous... Peut-être qu'à la longue...
JEHAN {grave)
Si nous communiions avec eux, nous serions
déchus! Entre eux et nous, il y a une distance. Ils n'ont ni la force ni le désir de nous ressembler. Si donc un jour, nous nous accordions avec eux, c'est que la distance aurait été franchie par nous... (Se passionnant.) Ce jour-là, l'œuvre de Helsius serait ruinée, et il ne nous resterait plus qu'à brûler ses écrits, après avoir oublié ses dires !
Dans la paix sereine où notre isolement doit vivre, notre mère et notre cousin sont les représentants de ce Monde dont nous avons horreur! Ils nous révèlent la réalité de ce que nous savons de cette géhenne... Ils sont ici deux de cette foule brutale qui se presse dans les villes, deux issus de ce monde heurté, fiévreux, cupide, malfaisant, où nous ne saurions vivre, songes-y bien, Hilda, où, dès le premier jour, nous serions meurtris et, finalement, broyés! .
Cesse de voir d'aussi sombres tableaux, mon Jehan ! La Cluse est à nous, et nous sommes à La Cluse! Gardons notre bien; œuvrons avec confiance pour notre sécurité. Haïssons le Monde aux mille contraintes, oui, haïssons-le pour le fuir, mais non pour nous en faire un cauchemar... [Abois lointains.) Entends-tu? Les chiens s'impatientent! Voici l'heure de notre chevauchée! Les cerfs aussi, et les biches, nous attendent en bramant... Hop! Et que le vent chasse ces idées!...
JEHAN
Tu as raison, m'amie...
{Réapparaissent Estelle et le Cousin ; celui<i se découvre et /ait des salutations. Hilda leur serre les mains.)