‹ La cluse; comédie dramatique en 4 actesChapitre 16 sur 26 · SCENE II LES MÊMES; LE PAYSAN · texte numérisé non relu

SCENE II LES MÊMES; LE PAYSAN

JEHAN

Entre donc, Toubiot... {debout) Q.u'y a-t-il? Quel

secret couves-tu?... Parle, mon ami; pourquoi viens-tu à La Cluse, par ce temps d'orage...

(Rieuse.) Et avec une mine pareille... (soudain grave.) 11 ne t'est rien arrivé de mal, au moins... à toi ou aux autres?...

LE PAYSAN (ému)

V'ià c' que c'est... Tout le brave monde est agité, À cause de cette affaire... Ils m'ont dit : Va à La Cluse, voir s'il n'y a pas moyen de s'arranger... Nous savons ben, l'curé nous l'a dit, que c'est votre droit... mais tout d'mcme... ça nous est tombé dessus comme c't 'orage qui va crever... C'a été un coup... on n'y était pas préparé .. et... et c'est un ben grand malheur...

(Les sanglots l'empêchent d'achever ; il presse un mouchoir sur ses yeux.)

JEHAN Je ne comprends rien à ces doléances...

HILDA Voyons, mon ami, e.\plique-nous...

LE PAYSAN

C'est pourtant ben vous qui réclamez le loyer de vos terres?!...

6o LA CLUSE

JEHAN

Nous !!... On vous réclame... ?! Qui? qui? Nous, rétablir la dîme que nos aïeux, depuis des siècles, ont abolie! Nous, ravir une part du fruit de vos travaux l

LE PAYSAN Les terres sont à vous...

Mais pas ce que vous leur faites produire !

HILDA Cela est sacré ! Nul n'y touchera !

LE PAYSAN Alors?... Le receveur nous dit...

JEHAN

Ne vous souciez pas de cela! Vous ne nous devez rien, voilà... J'attends le notaire; tout cela va s'arranger...

Moi, Toubiot, moi, un Helsius, as-tu pu croire? Tiens, je viens d'aller faire, pour vous tous, une besogne que je laisserais à d'autres, si je ne la savais utile... J'ai appris qu'il était venu des loups et qu'ils

vous alarmaient fort... Eh bien, depuis huit jours, je les chasse et, aujourd'hui même, j'en ai abattu deux encore... A propos, tu diras à Ferrand qu'il m'apporte une nouvelle provision de cartouches...

HILDA {enjouée)

Tu vois bien, mon vieux Toubiot, qu'on ne vous en veut pas et que nous continuerons, comme tu dis, à vivre heureux tous ensemble !

{Elle embrasse le paysan, tout rasséréné.)

LE PAYSAN

Oh! merci, merci! De tout not'cœur, là! J'suis heureux de pouvoir rassurer tous les amis! Je le pensais l:)en, que ça- n'se pouvait pas... qu'il devait y avoir quelque chose... et qu'on s'arrangerait en frères...

JEHAN

En frères, oui, dis-leur bien cela ! Et sans traîner en route, car il y a un bel orage dans l'air...

LE PAYSAN

Je cours, mes amis, je cours !...

{Tout en causant, les deux hommes sont sortis; Jehan suit du regard le paysan qui s'en retourne.)

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