SCÈNE III HILDA et JEHAN
HILDA
Quelle sotte affaire ! Et quelles craintes pour ces bonnes gens !...
{Jehan rentre, assombri.)
JEHAN
On veut les pressurer et ils viennent nous implorer... comme si... Ils nous croyaient donc capables d'une mauvaise action !
HILDA Ce sont de simples gens...
JEHAN
Hilda, que se passe-t-il ici?... Quelle est cette alarme qui trouble la paisible vallée ? Il est venu des loups...
Oui, oui! Il est venu des loups...
Que veux-tu dire ?. . .
JEHAN
Je vois des ombres, et je crains tout ! Loin d'ici, chère, loin de ce qui fut et reste notre vie, il n'est rien d'heureux pour nous...
Les loups rôdent par ici... Leur venue alarme les gens du hameau... Ne sommes-nous pas menacés également...?
HILDA
Mais tu les extermines...
JEHAN {s asseyant) Il est venu des gens...
HILDA C'est à ceux-là que tu pensais !
JEHAN
Les gens des villes sont plus à craindre que les loups...
Rapp)elons-nous ce qu'il disait... Si l'on ne peut vivre dignement, si l'on ne peut vivre en joie, en paix, il reste une issue... la Mort... Elle est alors la forme suprême du bonheur...
{Un éclair, suivi de craquements, illumine le parc. Jehan va fermer l'huis.)
Nos arbres vont souffrir aussi...
Et si j'avais des pressentiments?... Je crois sentir,.
dans l'ombre, quelque chose de rampant, de tortueux, qui nous menace... Pourquoi ces gens restent-ils à La Cluse, où ils souffrent d'ennui? Ils ont une raison, — et n'en disent rien; est-ce une perfidie?... Hilda, es-tu sans angoisses? Même ces paysans, qui nous connaissent depuis l'enfance, peuvent douter de nous !
HILDA
Je ne te cache rien! Oui, oui, la situation présente est une torture... Oui, j'en souffre autant que toi!... Mais les choses ne peuvent rester en l'état... Elles s'arrangeront pour la joie de nos cœurs... sinon...
Sinon?...
JEHAN
[Entrée du notaire, par le fond.)