‹ La Coagulabilité Du Sang Mesurée Dans Le Plasma SaléChapitre 10 sur 59 · CE · texte numérisé non relu

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à Schmidt d’abord, puis aux auteurs qui l'ont suivi, et sans connaître l’antithrombine on l'a partout tacitement admise. Il est difficile de supposer que dans le sang circulant les globules et les hématoblastes ne sécrètent à aucun degré de la kinase. Dans le sang circulant de l'oie cette sécrétion doit être à peu près nulle. Mais il ne peut en être ainsi pour les mammifères, dont le sang sorti pur de la veine coagule en quelques minutes. Les globules manifestent à ce moment une activité de sécrétion bien puissante! Est-il possible qu'une fonction surgisse d’un coup aussi complète, et sans préparation? Un peu de kinase est donc mise en circulation dans le plasma d’une façon constante; mais si peu qu'elle soit, elle s’accumulerait bientôt et pourrait faire naître des thromboses (comme le fait une injection intravasculaire de kinase des tissus), sans l'intervention d’une antithrombine qu'il faut bien admettre.

L'action de l’antithrombine se révèle dans certains plasmas, notamment dans le plasma oxalaté :

Une solution de fibrinogène mélangée d’eau physiologique oxalatée coagule par addition de sérum en une gene mélangée de plasma oxalaté et additionnée du même

demi-heure; tandis que cette solution de fibrino

sérum reste liquide. Les doses sont identiques de part et d’autres. La teneur de l’eau physiologique en oxalate est même plus forte que celle du plasma. (On peut même vérifier qu'en doublant la dose d'oxalate dans l’eau physiologique ajoutée le sérum n’en coagula ni plus ni moins vite la solution de fibrinogène.) Ce qui gêne l’action du sérum, ce n’est donc pas l’oxalate, mais le plasma. Et dans le plasma ce n’est pas la présence de colloïdes, car les solutions colloïdales essayées n’ont jamais retardé la

coagulation de la solution de fibrinogène par le sérum. Du reste il ne s’agit sûrement pas de causes physiques, qui varieraient peu; le pouvoir anticoagulant du plasma baisse en peu de jours, l’antithrombine vieillit vite. Enfin c'est bien une neutralisation encore d’ordre quantitatif, car le pouvoir anticoagulant du plasma varie proportionnellement à sa quantité relative dans le mélange. On peut préciser; le plasma oxalaté frais neutralise le tiers ou la moitié de son volume de sérum frais, ce qui indiquerait, si l’on veut conclure du plasma oxalaté au sang naturel, que dans la coagulation une part importante du fibrinferment est annihilée par une antithrombine (1).

Des expériences identiques faites avec Le plasma d’oie ont montré à Muraschew (2) que ce plasma contient aussi une antithrombine.

Récemment MM. Doyon, Morel et Policard (3) ont extrait l’antithrombine du foie lavé d’un chien. Ils font circuler à travers le foie une solution alcaline (eau 1000 + NaCIL 4 + COŸNa*5); le liquide obtenu est chauffé à 100° pendant 5 minutes, pour détruire tous les agents coagulants : il est alors anticoagulant; un mélange à parties égales de sang normal et de la solution reste

liquide indéfiniment. Le principe actif est précipitable par

(1) Morawirz, Hofmeisters Beitrage, 19038. x Zur Kenntnis der Vorstufen des fibrinferments. »

(2) Deutsch. Arch. f. Clin. med., 190%, LXXX. « Ueber die Spepitizitat des fibrinfermentes und seiner Vorstufen. »

(3) Societé de Biologie, 21 janvier 1911. « Nature de l’antithrombine. Precxistence de cette substance dans le foie. »

28 janvier. « Substance anticoagulante du foie. Entrainement de cette substance par une solution faiblement alcaline. »

% février. « Circulation artificielle dans le foie. Entrainement de l'antithrombine. »

% mars. « Extraction directe de l’antithrombine du foie, Influence de la congélation. »

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l'acide acétique glacial; redissous en eau alcaline, il conserve les mêmes propriétés.

Comme le chauffage à 100°, un vieillissement de 24 heures fait apparaître la propriété anticoagualante de la solution.

M. Blaizot (1) a répété le procédé sur le plasma oxalaté du chien. Le précipité que l'acide acétique détermine dans le plasma, redissous (après deux lavages à l’eau salée) dans la solution de CO“Na?, est au bout de 24 heures très anticoagulant. Deux gouttes dans 1 centimètre cube de plasma salé dilué empechent la coagulation.

En résumé, le rôle pressenti d’une antithrombine dans le sang normal est aujourd'hui bien près de se démontrer Si son degré d'influence dans la coagulation comme aussi son mode d'action au cours du processus r.stent incertains, c'est une raison de plus pour se garder d'affirmer qu'elle est, contrairement à l’antithrombine de peptone, sans effet sur la réaction de la kinase avec Le thrombogèene, qu'elle ne peut limiter cette réaction et que le sérum ne contient pas de kinase. Il faut dans toute interprétation d'expérience réserver une part d'influence à l’antithrombine.

Ce serait pour l'organisme une alternative singulière que cette fonction de coagulation, dans laquelle on le verrait partagé entre deux nécessités contraires et épalement urgentes : maintenir le sang liquide dans la circulation, assurer sa prise immédiate à la première perte sanguine. C’est qu'aussi l'organisme n'opère pas lui-meme

(1) Biologie, 8 avril 1914. « Extraction de substances anticoagulantes du plasma normal de chien. »

Starr.

la coagulation. Ge qu'il fait et ce qu'il livre, c’est un sang coagulable; les causes extérieures physiques se chargent du reste. Elles déterminent la coagulation. En un mot, tous les éléments y sont, thrombogène, thrombokinase, calcium; mais ils n’entrent en réaction qu'après une impulsion qui leur vient hors des vaisseaux. Gette impulsion est le contact de corps étrangers « mouillables ». On comprend alors bien mieux que l'organisme s'emploie uniquement à prévenir par son antithrombine la réaction entre les éléments qu'il fournit.

Lorsqu'on recueille le sang d’une veine dans un tube paraffiné, ce sang reste longtemps liquide. Bordet et Gengou (1) en centrifugeant dans le meme tube obtiennent un plasma pur, qu'ils décantent dans un verre paraffiné. Le plasma reste liquide pendant 24 heures. Mais si l’on en verse une partie dans un verre non paraffiné, il coagule en quelques minutes. Il contenait donc du calcium, du thrombogène, et aussi de la thrombokinase que les plobules avaient sécrétée dans le tube paraffiné (2). La paraffine, ou plutôt l'absence du contact d’un corps mouillable a empêché, non pas la sécrétion de la kinase (3),

(1) Ann. Inst. Past., mars 1901. « Recherches sur la coagulation du sang et les sérums anticoagulants. »

(2) 1° Le plasma parafliné contient du proferment (thrombogène Æ kinase), car si l’on oxalate le plasma paraffiné, son transport dans uu verre ordinaire ne provoque plus la coagulation; et il faut alors, pour que le contact du verre produise son effet, récalcilier le plasma; 2° il ne contient pas de ferment puisque l'oxalate empêchait la coagulation ; et du reste la paraffine ne gêne pas l’action de la thrombine: le sérum fait coaguler le plasma paraftiné.

(3) L'expérience ne prouve pas du tout que le contact du verre soit sans influence aucune sur la sécrétion de la kinase. Sans doute le plasma parafiüné semble contenir du proferment en quantité normale, étant donnée la vitesse de sa coagulation dès qu'on le transporte dans un verre ordinaire. Mais pendant la centrifugation du sang paraftiné, la sécrétion a eu du temps pour se poursuivre et le plasma pour faire provision de kinase; tandis que la coagulation naturelle dans toute cette kinase doit être livrée en un instant. L'influence stimulante du verre est très vraisemblable.

mais la réaction entre la kinase et le thrombogène (1). Cette impulsion, qui est le dernier facteur dans la théorie, est loin d'etre négligeable puisque dans les conditions naturelles elle se montre décisive.

La réaction exige d’autre part, pour s'effectuer, certaines conditions de milieu, de concentration saline notamment, qui sont bien entendu celles du sang naturel. Mais si l’on exagère la concentration du sang (par addition de solution saline) au moment où il s'écoule, on rend impossible la coagulation, bien que ce sang possède au complet tous les éléments de la réaction Et par centrifugation on obtient un plasma qui reste liquide, mais dans lequel on peut provoquer la réaction, avec la coagulation qui s’en suit, en ramenant sa concentration saline à la normale.

Tel est le plasma salé.

Le plasma salé.

On recueille trois parties de sang dans une partie d’eau salée à 20°}, de sorte que le mélange se trouve salé à 5°, (2). Il est centrifugé aussitôt et jusqu'à limpidité absolue, puis décanté. Le plasma est rouge — en raison de l'hémolyse — d’une intensité de coloration du reste variable. Il est incoagulable.

Additionné d’eau distillée de façon que le taux de sel

s abaisse et se rapproche du taux normal du sans, le

(1) On assimile l’endothélium vasculaire à la paraffine pour son influence évidente sur le maintien de l’état liquide du sang (expérience du sang de la jugulaire de cheval entre deux ligatures).

(2) En réalité à 5,75 °, si l’on tient compte du taux salin des trois parties

de sang.

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plasma redevient coagulable; par exemple l'addition de 4 p. d’eau distillée à 1 p. de plasma salé rétablit le taux de 1°}, environ, et provoque la coagulation. Mais les éléments de coagulation du sang recueilli se trouvent alors très dilués, affaiblis, et la prise en masse du mélange se fait lentement, en 40 minutes en général.

Le plasma salé se conserve sans grande altération durant deux semaines. Il perd un peu de sa transparence, mais il garde intactes sa liquidité comme sa coagulabilité par la dilution.

Bordet et Gengou ont étudié le plasma salé et en ont précisé les caracteres :

1° Si au plasma salé on ajoute de l’oxalate en même temps que l’eau distillée, l'effet coagulant de la dilution n’est plus obtenu. L’oxalate, nous le savons, n'empêche pas l’action de la thrombine achevée; la thrombine n'existe donc pas dans le plasma salé.

2° Au plasma salé dilué et oxalaté restituons le calcium, la coagulation se produit. C'est toujours la même expérience que nous retrouvons : ce plasma qui, sans addition de ferment, par la simple intervention du calcium fait naître du ferment, contenait du proferment (thrombogène + kinase). Et le plasma salé, lorsqu'on ne l’a pas oxalaté, contient du calcium, du thrombogène et de la kinase. Evidemment Le taux de sel excessif empéche seulement la réaction entre ces éléments (1).

3° Le caillot du plasma salé dilué donne un sérum riche en fibrinferment, car ce sérum, oxalaté, coagule le plasma

oxalaté. Combien de temps après l'addition d’eau ce fer-

(1) Le mémoire de Bordet et Gengou étant antérieur aux travaux et aux conclusions de Morawitz et de Fuld, ils ne distinguent pas dans le proferment le thrombogène et la kinase, et au lieu de réaction entre ces deux éléments, parlent seulement de là transformation du proferment en ferment; ce qui ne

change rien.

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